Qu’il est beau

Hé yeah, j’ai reçu mon exemplaire de l’artbook tiré du jeu de plateau Abyss, spendidement illustré par Xavier Collette, où figure la nouvelle courte « Obsessions« , et qui propose un très joli sommaire (David Calvo, Mathieu Gaborit, Thomas Hervet, Rozenn Illiano et donc ton humble serviteur, auguste lectorat) :

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Superbe objet, et c’est vraiment très agréable de pouvoir admirer le travail splendide de Xavier, qu’on apprécie déjà dans le jeu, en belle taille. Je suis vraiment ravi d’avoir participé à cette expérience un peu différente.

La prochaine actu, c’est… ma participation à l’anthologie des Imaginales, dirigée cette année par l’illustre Jean-Claude Dunyach. Les infos sont déjà disponibles en ligne, pour qui sait chercher, mais je vais faire durer le suspense, comme ça, parce qu’en réalité, j’ai un mauvais fond.

Work in progress

Alors qu’avril frappe à nos portes, nous enjoignant de ne pas nous découvrir d’un fil (mais qui s’habille de fils ?), je voyage vers le Port d’Âmes, autrefois nom de code supertanker, plongeant dans le manuscrit et l’amenant à mes exigences actuelles de qualité et de narration, car ce fut une longue écriture, sur plusieurs années.

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C’est un vache de gros bestiau, à peu près de la taille d’un volume de Léviathan. Trop gros, d’ailleurs, à mon goût, pour cette histoire-là, et mon travail va principalement consister à couper, couper, couper, sans pitié et même avec joie, car je crois toujours davantage à l’efficacité d’un récit par la concision. C’est amusant, on constate assez souvent une évolution classique chez les auteurs, mentionnée par Zelazny lui-même : quand on fait ses premières armes, on redoute avant tout de ne pas être clair ou compris, et l’on termine par donner mille précisions, souvent toutes inutiles, quand l’essentiel demeure passé sous silence. Avec l’expérience – c’est en tout cas humblement mon impression – on sabre toujours davantage pour ne donner que le vrai signifiant. En un mot comme en cent, on lâche prise sur son récit. Car on fait confiance au lecteur pour établir la connivence – on lui donne seulement les éléments vitaux, et on lâche prise, ayant compris que l’histoire qu’il recréera dans son esprit sera forcément différente de celle qu’on imagine, et que, dès lors, le travail de l’auteur ne consiste pas tant à prêter à voir, qu’à donner à rêver.

Un message du ciel

Or doncques, l’Église me spamme ma boîte aux lettres (je ne fais pas mystère du peu de cas que j’accorde à ses missives, ce qui se couple ici à l’agacement de vivre en principe dans une résidence fermée et donc inaccessible aux fâcheux).

Cela dit, je remercierai ici la Providence, car, visiblement, le bon ecclésiastique avait un nom prédestiné pour charger les boîtes aux lettres :

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Alléluia !

Le CNL imposera la rémunération des auteurs en dédicaces : pourquoi c’est une catastrophe (MIS A JOUR)

ERRATUM et MEA CULPA – si l’argumentation ci-dessous reste valide, les subventions ne concernent pas les dédicaces mais les animations. Cependant, cela pose un vrai problème dans le cadre de tables rondes / cafés littéraires / débats qui sont à distinguer des conférences. Un débat entre auteurs ne nécessite guère de préparation, puisque c’est le modérateur qui s’en charge. Là encore, ceux qui bénéficieront de l’exposition seront les mêmes. Voir les conditions ici. Merci à ceux qui ont corrigé sur Twitter ; et au temps pour moi, toujours retourner à la source (que j’ai, pour ma défense, cherchée mais sans trouver).

Hier, il était question de défraiement. Aujourd’hui, plus grave, une information qui semble être passée sous le radar collectif et qui est pourtant d’une importance primordiale : sous un an – soit demain, pour un événement culturel – le Centre National du Livre ne subventionnera plus que les événements prévoyant une rémunération pour les auteurs venant en dédicace.

Alors, quoi ? Champagne, festoyons, on se préoccupe enfin de la condition des auteurs ?

Non. C’est une catastrophe.

Organiser un festival littéraire est un événement coûteux, lourd, complexe. En général, les fonds proviennent de deux sources : de l’État (collectivités locales, structures comme le CNL) et/ou du festival lui-même (soit, en général, un prix d’entrée, mais aussi, par exemple, la location des stands).

Dans un cas comme dans l’autre, la renommée et la pérennité d’un festival est, quand même, en corrélation directe avec son succès (salut à toi, porte ouverte). Et comment faire venir du public à mon festival ? Avec une programmation qui fait envie, bien évidemment, soit des grands noms, des auteurs connus du plus grand nombre. Comme dans l’édition, on panache des oeuvres à public plus restreint avec des « locomotives ». C’est une saine gestion qui équilibre impératifs financiers et mission culturelle.

Mais, dès lors que, pour toucher les (vitales) subventions du CNL, un événement se doit de rémunérer les auteurs, cela entraînera mécaniquement et paradoxalement une réduction de son enveloppe budgétaire1. Entraînant des conséquences comme :

  • Une augmentation du prix d’entrée (voire un passage du gratuit au payant) – en une époque qui s’efforce de promouvoir la lecture, hausser le prix du ticket d’entrée est une tragédie pour les plus démunis ;
  • Surtout, des choix bien plus draconiens et sans risque sur les auteurs au programme.

En d’autres termes, qui va-t-on préférer, favoriser ? Les grands noms, les auteurs très grand public, les coups éditoriaux – contribuant par là-même (et sous la contrainte !) à réduire la diversité culturelle, à contracter toujours davantage le paysage éditorial vers la sécurité, à creuser le fossé entre les très gros vendeurs et les auteurs plus confidentiels ou exigeants, et entre les marchés (roman sentimental contre poésie, par exemple). En outre, ces auteurs à grand succès n’ont probablement guère besoin de ce genre de rémunération, par opposition à un auteur confidentiel ! De plus, quel festival soucieux de sa survie ira parier sur un auteur débutant, sur une jeune maison d’édition, sur un premier roman – alors qu’une certaine diversité règne encore, quand même, dans le paysage des événements en France ? Qui donnera au jeune auteur cette chance supplémentaire de percer, de rencontrer son public ?

Oui, le défraiement est un minimum, mais forcer les festivals à rémunérer pour obtenir les précieuses subventions n’entraînera que l’effet contraire à celui escompté : favoriser toujours la sécurité et faire de la littérature une affaire, soit d’écrivain rentier, soit de très, très grand public. À accentuer l’écart entre le mass media et les niches. Établir une forme de rémunération en échange du temps passé, admettons ; mais pas ainsi, pas sur cette enveloppe déjà serrée, surtout pas, alors que les temps sont durs pour tous ! À moins que le CNL ne prévoie un dispositif garantissant la diversité des invités, mais sur quelle base ? Et surtout, quel champion international d’échecs aura la puissance mentale pour mettre sur pied un système dont la lourdeur de gestion ne siphonnera pas toutes les économies réalisées ? Et quid des auteurs étrangers ? S’ils sont exempts de ce système, ne les invitera-t-on pas davantage – mais oui, très bien ; la langue anglaise a bien besoin qu’on la promeuve un peu plus2

Sous couvert de protéger les auteurs, cette réforme est une catastrophe pour la diversité du paysage éditorial, la lecture et son public. Pour une analyse plus poussée et plutôt bien équilibrée du problème, lire cette lettre ouverte de Lionel Destremau, directeur de Lire en Poche (Gradignan).

  1. Bien sûr, tout cela ne concerne pas les conférences, ateliers, animations et autres interventions nécessitant une préparation en amont, qui représentent un travail différent et valent donc une rémunération séparée, comme exposé hier.
  2. Ceci étant dit sans aucune animosité pour les auteurs étrangers, étant traducteur par ailleurs ; mais je constate justement tous les jours ou presque les dommages sur le français de l’acculturation anglo-américaine.