Rhâgenda

31 mars 2014
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Juste une info rapide pour signaler que si vous cherchez la jolie vue de l’agenda, elle a disparu. Je me suis aperçu qu’elle était responsable des récentes lenteurs du site, même quand on n’affiche pas la page correspondante (ce qui en dit long sur la propreté avec laquelle ce plugin a dû être codé) et donc, ouste. Ce plugin (All in One Event Calendar pour ne pas le nommer) est quand même notoirement instable, et je pense qu’à moyen terme, il va dégager pour un autre, probablement commercial.

Apprenons à ponctuer des dialogues (3) : le formatage moderne

28 mars 2014
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mature-people(Articles précédents dans cette série : 1) les bases, 2) le formatage classique.)

Formatage moderne que j’appelle ainsi avec moi-même, car j’ai l’impression qu’on le trouve de plus en plus dans l’édition contemporaine. D’autre part, il évacue entièrement les guillemets, un signe parfaitement respectable de notre langue, et c’est bien un truc de moderne, ça, de virer des signes qui ne vous ont rien fait, tiens, ma bonne dame.

Le formatage moderne est donc en apparence plus simple à manier (mais en apparence seulement) :

  • Chaque réplique démarre par un retour à la ligne et un tiret cadratin ;
  • Les didascalies se mettent entre parenthèses (dès lors qu’il s’agit d’une phrase autonome, comme dans le formatage classique).

Ce qui donne, pour reprendre le même exemple que mercredi :

— Ceci est un exemple de formatage de dialogue, annonça Jean.

Pierre fit la moue.

— Vraiment ? Et nos répliques sont donc artificielles… ? s’étonna-t-il.

— Parfaitement. (Jean avait l’air content de lui.) Dis donc n’importe quoi, pour voir.

— Je ne suis pas d’accord avec cette manipulation (il frappa du poing sur la table) et je tiens à le proclamer !

— Proclame ce que tu veux, ricana Jean avec un sourire mauvais dont une longue description ne servirait qu’à montrer la possibilité de rallonger autant qu’on veut l’incise à partir du moment où cela reste clair pour le lecteur. L’exemple est déjà terminé.

Ça semble facile, hein ? Ça l’est, à première vue.

En résumé

  • Pas de guillemets, toute nouvelle réplique commence automatiquement à une nouvelle ligne par un tiret cadratin
  • Guillemets inusités
  • Incises et didascalies entre parenthèses
  • Ce formatage est plus répandu… Mais il oblige certains parti-pris qu’on peut trouver malvenus :

Sauf que…

Ce formatage présente, à mon sens, un piège majeur : puisque toutes les répliques doivent démarrer par un retour à la ligne, cela force à une mise en page qui peut s’avérer handicapante. En effet :

Il est possible que la même personne parle deux fois de manière rapprochée, mais avec deux tirets (dans les faits deux « répliques » à suivre), on peut croire à deux personnes différentes, ce qui induit une confusion ; il faut alors rééquilibrer en prévoyant une didascalie supplémentaire (« Bob dit : »), pas forcément pratique ;

Le retour obligatoire à la ligne que nécessite ce formatage plaque un rythme haché sur le dialogue, ce qui n’est pas forcément opportun (en exagérant, une scène romantique peut se trouver haletante comme un interrogatoire à Guantanamo) ;

Enfin, la construction de la phrase peut parfois pousser à des parenthèses incohérentes. Par exemple :

— Halte là ! s’écria Joss Carter. (Elle tira son arme et la pointa vers le suspect.) Arrêtez-vous ou je tire !

La didascalie se trouve coupée en deux (le verbe de dialogue et l’action de dégainer son arme1). Cela dérange ceux qui, comme moi, qui aiment bien la cohérence typographique.

Après, je connais quantités d’auteurs de renom et de talent qui adoptent ce formatage avec brio et se l’approprient sans mal. C’est évidemment une question de choix esthétique. Si vous me suivez un peu, vous aurez vite deviné que je préfère le formatage classique – paradoxalement assez proche du rythme anglais, mon autre langue.

Quoi qu’il en soit, on discerne en quoi le choix d’un formatage de dialogue n’est pas neutre et pourquoi il convient de respecter le choix de l’auteur ; les deux formes ne sont pas facilement interchangeables. Et les maîtriser donnera force, naturel et énergie à la narration de ces passages fondamentaux de la fiction.

Vous écriviez ? Eh bien, dialoguez, maintenant !

  1. Un cookie point à qui me dira qui est Joss Carter.

La photo de la semaine : nuage et pierres dressées

27 mars 2014
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Oui, on peut rencontrer un ciel pareil en Écosse. Il vaut mieux être en août, et j’avoue que ce n’est pas courant, mais quand même.

Cloud and raised stones

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Apprenons à ponctuer des dialogues (2) : le formatage classique

26 mars 2014
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lolcat-i-question-the-general-assumption-that-feli1 Pourquoi ponctuer correctement des dialogues ? Une autre raison : un éditeur m’a confié lundi après le premier article

Pense à glisser quelque part qu’un dialogue mal formaté est presque un critère de refus tant on en voit défiler et à quel point ceux qui les étudient sur tablette ou écran se RUINENT les yeux sur des listes à puce et des put*** de tirets et de mises en forme fantasques.

C’est clair, non ?

Bien. Tout est en ordre et assimilé après l’article de lundi ? Votre traitement de texte est configuré et la différence réplique / didascalie claire ? Alors, allons-y.

Comme énoncé lundi, le formatage classique fait appel aux guillemets et tirets de réplique. Tout le monde, en général, connaît la règle de base :

  • Ouvrir les guillemets au début du dialogue,
  • Tiret en tête de chaque réplique,
  • Fermer les guillemets à la fin du dialogue.

Mais c’est facile à dire. Que fait-on quand surgit une longue didascalie ? C’est la fin du dialogue, ou pas ? Et quand une précision narrative s’insère dans une réplique ? Je fais quoi ?

L’exemple suivant présente à peu près tous les cas de figure possibles :

« Ceci est un exemple de formatage de dialogue », annonça Jean.

Pierre fit la moue. « Vraiment ? Et nos répliques sont donc artificielles… ? s’étonna-t-il.

— Parfaitement. » Jean avait l’air content de lui. « Dis donc n’importe quoi, pour voir.

— Je ne suis pas d’accord avec cette manipulation (il frappa du poing sur la table) et je tiens à le proclamer !

— Proclame ce que tu veux, ricana Jean avec un sourire mauvais dont une longue description ne servirait qu’à montrer la possibilité de rallonger autant qu’on veut l’incise à partir du moment où cela reste clair pour le lecteur. L’exemple est déjà terminé. »

Rappelle-toi, auguste lectorat, la règle de lundi : la clarté. Les répliques étant incluses dans des guillemets (ou démarrant par un tiret), il s’agit de les fermer si une confusion est possible avec la narration. Dans les faits, on ferme les guillemets (et on les rouvre) si et seulement si la didascalie qui suit est une phrase autonome.

Ce qui nous donne, dans le premier cas :

— Proclame ce que tu veux, ricana Jean avec un sourire mauvais dont une longue description ne servirait qu’à montrer la possibilité de rallonger autant qu’on veut l’incise à partir du moment où cela reste clair pour le lecteur. L’exemple est déjà terminé. »

Et dans le deuxième :

— Parfaitement. » Jean avait l’air content de lui. « Dis donc n’importe quoi, pour voir.

À la lecture, c’est parfaitement transparent. Simple, non ?

Les parenthèses sont possibles, mais rares : elles servent en général à insérer une didascalie en rupture avec le flot naturel de la phrase, ce qui n’est pas très courant :

— Je ne suis pas d’accord avec cette manipulation (il frappa du poing sur la table) et je tiens à le proclamer !

Notez que la virgule se situe à l’extérieur des guillemets :

« Ceci est un exemple de formatage de dialogue », annonça Jean.

Car, grammaticalement, la réplique comprise dans les guillemets est un « paquet » indépendant ; la phrase se lit réellement comme suit :

Jean annonça : « Ceci est un exemple de formatage de dialogue. »

En revanche, si un point d’exclamation ou d’interrogation termine la réplique, la virgule saute. Elle ferait double emploi avec l’indicateur d’humeur du locuteur, qui figure alors dans la réplique.

En résumé

  • Guillemets ouvrants et fermants au début et à la fin du dialogue ou en cas d’incise narrative, mais seulement si une confusion est possible avec la didascalie (typiquement, une phrase autonome)
  • Tirets cadratins en début de réplique si les guillemets ont été ouverts
  • Virgules à l’extérieur des guillemets (« Salut », dit-il) mais les autres signes sont internes et  (« Non ! » cria-t-il)
  • Rarement : si brève irruption d’une didascalie en milieu d’action, parenthèses.

Très long entretien autour de Léviathan sur Elbakin

25 mars 2014
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lachute-pointsEst-ce que l’on peut dire que dans votre recherche, il y avait également la volonté de déconstruire l’illusion consensuelle selon une de vos formules afin de mieux construire l’illusion de la fiction, de mieux abuser le lecteur tant sont nombreuses les pistes soumises à sa réflexion dans le roman ?

Il y a une question amusante qu’on me pose assez fréquemment. C’est D’où vous vient l’idée de la Voie de la Main Gauche et de la Voie de la Main Droite ? Mais là, je n’ai rien créé du tout ! La distinction existe vraiment en ésotérisme, elle remonte au Rig-vêda. Cela a été remis au goût du jour par les théosophes et, maintenant, c’est assez utilisé dans les sphères et les organisations ésotériques modernes (c’est-à-dire qui ont moins de vingt ans). C’est simplement une grille de lecture. Ensuite, évidemment, je rajoute de la fantasy urbaine par-dessus et je réinterprète ça à ma sauce, mais il y a un fond mythique authentique qui sert de socle à la série.

Merci à Elbakin, site de référence et d’actualités sur la fantasy, et particulièrement Owingketinketink et Izareyael, pour ce très long entretien, très fouillé, sur l’univers de La Voie de la Main Gauche réalisé aux dernières Utopiales, qui nous a permis d’explorer en détail les fondements mythologiques, ésotériques et psychologiques réels de la série, ainsi que son écriture, laquelle a constitué, en un sens, une forme de voyage initiatique également.

Tout l’entretien est disponible sur cette page.

Apprenons à ponctuer des dialogues (1) : mise en place

24 mars 2014
35 réactions

dialog_wheelConfucius l’a dit, le dialogue, c’est la moitié de l’être (ou bien il a dit un truc approchant, j’ai la flemme de chercher une citation qui fasse genre, convenons ensemble que nous sommes épatés) et, dans la narration de fiction, c’est probablement une des formes les plus directes d’action, de dramatisation (au sens de mise en scène, selon la racine grecque drama - et oui, là je suis sérieux), puisqu’en temps réel, et démonstrateur d’échange entre personnages, entre voix. Or, dans les textes qu’il m’arrive de relire, de la part d’étudiants de traduction ou de jeunes auteurs, je remarque fréquemment que la typographie et la ponctuation sont dispersées un peu au hasard, avec la gêne visible de manier tout cet attirail de signes complexes, guillemets et tirets. Histoire de mettre les choses à plat, trois petits articles cette semaine pour que vous soyez totalement au taquet sur la question et que vos dialogues transcendent la clarté pure du cristal, comme disait Lao-Tseu. (Non, c’est pas vrai non plus, mais vous aviez deviné.)

Pourquoi typographier correctement un dialogue ?

Pourlamêmeraisonqu’unephrasesansespacesestillisible. Les signes de ponctuation, la disposition des répliques, participent de deux choses :

  • De la clarté. Qui parle à quel moment ? Qu’est-ce qui fait partie de la réplique et de l’action ? Il s’agit pour le lecteur de lire avec fluidité, sans s’arrêter en se disant : « Quoi ? J’ai rien compris. »
  • Du rythme. La disposition des paragraphes, des répliques, la longueur de l’action au sein du dialogue contribuent à l’ambiance et donc, relèvent d’un choix esthétique – le vôtre.

Schématiquement, dans un dialogue, l’auteur transmet les informations nécessaires à la compréhension de l’action par deux canaux différents. Il y a :

  • Les répliques. Tout ce que les personnages disent : Ça va / beau temps n’est-ce pas / où sont les microfilms espèce d’enfoiré / etc. ; et
  • Les didascalies. (C’est davantage un terme de théâtre, mais puisque le dialogue est avant tout une technique théâtrale, acceptons-le.) Il s’agit de tout ce qui relève des précisions scénaristiques et de mise en scène : qui parle, comment, que se passe-t-il entre deux échanges, ce peut être aussi bref que « dit-il » et aussi développé que « dit-il d’une voix suave comme un été du Pacifique avec un regard lourd de toutes significations brûlantes auxquelles Barbara n’osait penser par crainte d’attenter à sa bonne éducation de jeune fille du Michigan ».

La mission de l’auteur est cardinale : tout doit être fluide et clair. Si l’on confond les répliques avec les didascalies, il y a un problème. C’est à cela que sert, de la façon la plus transparente possible, la ponctuation des dialogues. Savoir la manier vous évitera des situations gênantes, par exemple le type dit « qu’il tire sur son voisin » alors qu’il devait vraiment le faire, ou bien la fille s’emmène toute seule au bout de la Terre alors qu’elle voulait le demander à ce beau jeune homme là-bas.

Il existe principalement deux systèmes de ponctuation de dialogues (les noms n’engagent ni le Littré ni le Bescherelle, c’est ma classification purement personnelle) :

  • Le formatage que j’appelle « classique », qui emploie guillemets (« ») et tirets (—).
  • Le formatage que j’appelle « moderne », qui n’emploie que les tirets (—) et appelle les parenthèses en renfort.

Nous verrons chacun d’entre eux dans les articles suivants. Il existe d’autres systèmes, plus ou moins composites entre les deux précédents, mais, de mes modestes expériences éditoriales, rien ne me prête à penser qu’ils soient en aucune manière standards et acceptés par l’usage. En gros, c’est moderne ou classique ; en-dehors, on n’est pas dans les règles.

Pour l’heure :

Quelques règles de base avant de commencer

Les guillemets en français sont les doubles chevrons. Point barre. Les guillemets « apostrophes » (soit ‘ ‘ ceci ‘ ‘ ) ne sont pas les guillemets français, mais anglais. On n’en s’en sert pas. (Ou alors, à l’intérieur d’autres guillemets déjà ouverts, mais restons simples sur cette série d’articles.) Les guillemets sont isolés du reste de la phrase par une espace1 insécable. Soit « chose » s’écrit en réalité «[]chose[]».

Si votre traitement de texte ne remplace pas automatiquement les guillemets anglais par les français, rien ne vaut de connaître le code caractère correspondant : sous Windows, maintenez la touche Alt, puis tapez le code sur votre pavé numérique. « : Alt + 0171. » : Alt + 0187.

Le tiret de dialogue est un tiret cadratin. C’est-à-dire que c’est un tiret long, le plus long de la police de caractères. Ce n’est pas un trait d’union (-) ni un tiret d’incise (semi-cadratin, plus long : –). Il s’obtient dans certains traitements de texte en tapant simplement deux tirets : — mais le plus efficace reste là aussi de connaître, sous Windows, son code caractère : Alt + 0151.

Les listes automatiques sont votre ennemi. Le dialogue s’aligne avec le reste du texte : même marge, même alinéa. Mais si vous commencez à taper des phrases qui commencent par des tirets cadratin, votre traitement de texte peut considérer qu’il s’agit d’une liste à puces et vous le formater comme tel – ce qui est exclu ici. Comparez :

dialogues-raccord

L’alinéa est matérialisé par la ligne rouge : dans l’exemple du haut, les tirets (qui ont été changés en semi-cadratins automatiquement par le traitement de texte) sont décalés par rapport au reste du texte. Ce n’est pas le cas en-dessous.

Rendez-vous donc dans les options de votre traitement de texte. Sous Word 2010 :

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Désactivez l’option correspondante, et profitez-en, le cas échéant, pour activer les guillemets français et les tirets cadratins automatiques.

Nous voilà prêts à étudier les deux grands types de formatages de dialogue en français.

  1. Car oui, les espaces sont féminines en typographie. C’est joli, non ?

Des plumes et des partitions

21 mars 2014
2 réactions

semaine_musicale_quimperAvant-hier et quelques semaines plus tôt, je me suis retrouvé sur les routes (pour Rennes, ça va – et Quimper, ça va encore). Le but : aller parler d’écriture à des lycéen-ne-s – ou plutôt, de la façon dont je le vois, les faire parler de leur écriture, et m’efforcer de leur proposer des armes pour la porter encore plus haut. Le contexte : le concours Plumes et Partitions, organisé par les semaines musicales de Quimper. Chaque année depuis 2011, plus de 400 élèves de secondaire, en collaboration avec leurs professeurs de français, envoient des nouvelles de quelques pages sur des thèmes fixés (en 2014 : « La nuit » ou « Rêves »). Un jury d’une quinzaine de personnes – écrivains, professeurs, journalistes – sélectionnent ensuite les finalistes, et le-a gagnant-e voit son oeuvre mise en musique par un compositeur lors d’un concert. Une jolie consécration. 

Les vingt finalistes se voient aussi publiés dans une petite anthologie… et, heu, me gagnent avec (ruban cadeau autour du crâne, après tout, il faut bien que je tire parti de ma récente ressemblance avec un œuf de Pâques1). Nous avons parlé de technique d’écriture, je me suis efforcé de démystifier certaines idées reçues sur le travail de l’auteur (oui, il est normal de rencontrer des passages où l’on rame / non, l’inspiration n’est pas automatique / oui, l’écriture peut avoir une méthode / non, le temps ou le travail passés sur une oeuvre ne sont pas en corrélation directe avec sa qualité finale, malheureusement) et de passer mon mantra : apprendre à écrire, c’est apprendre à se connaître.

Bien, si j’en parle, c’est parce que, bon sang, j’ai été très, très agréablement surpris par la qualité des textes que j’ai lus, et, bon sang, c’est chouette. Dans ce que j’ai lu, il y avait une vraie énergie, des histoires, des personnages, un sens de la narration déjà très affûté, et beaucoup de sincérité. (Enfin, ça, on n’en sait rien. Il est impossible de savoir si un auteur est sincère, à moins de le connaître très bien. Mais tant que ça en donne l’illusion, le lecteur est content, et c’est important quand on écrit avec une visée publique.) Et surtout, une attitude vraiment très active, et critique vis-à-vis de la pratique de l’écriture. À ma question d’introduction volontairement provocatrice : « Quelles sont les règles de l’écriture ? » (réponse : aucune, en vérité, à part celle d’être compris-e), c’est limite si je n’ai pas eu une mini-rébellion : « aucune, sinon ce n’est pas drôle ! » « sinon tout serait pareil ! » Et ça, eh bien, ça me fait drôlement plaisir.

Cela me pose quelques questions sur ce qui se passe, cette période floue et mal définie, entre le moment où l’on a seize ans, les crocs dans l’existence, des idées à la fois peu formées et très déterminées, et le moment où l’on en a vingt, trente, où, pour beaucoup, on s’ossifie, on se dessèche, on n’ose plus. Je parle strictement (ah oui ?) d’écriture : dans mon passé de rédac’chef, il m’est arrivé de recevoir des textes bien moins aboutis, bien moins ficelés, que ces courtes nouvelle de lycéens, comme si, à un moment dans le passage à l’âge dit « adulte » (impôts – boulot – sexe hebdomadaire lumière éteinte – prêt immobilier – club Med annuel), l’esprit se disait : oh, non, je ne peux pas faire ça, on ne fait pas comme ça, je dois faire de cette façon parce que c’est comme ça – on se rogne les ailes. What ? On s’en fiche. Si l’écriture est un reflet de l’existence et que son travail se trouve, par quelque processus alchimique opaque, le reflet de l’attitude de l’auteur dans l’existence (je le crois un peu – ce qui ne vous dit pas grand-chose, au final), alors, eh bien, l’on fait ce que l’on désire, avec son cœur et sa sincérité, tant qu’on en assume les conséquences : narratives, dans l’histoire du papier, ou l’histoire de soi.

Donc, non, je ne parle pas strictement d’écriture.

Donc, chapeau, les gens, et merci. Vous avez une clarté certaine de vision et de travail, et c’était simplement réjouissant à découvrir. Vous m’avez bluffé (et c’est pas facile), dans vos textes comme dans nos échanges. Je voudrais simplement vous dire, si vous me lisez : ne perdez pas ça. Que les années qui s’ajoutent vous donnent simplement davantage de matière à réflexion et élargissent votre champ des possibles, et surtout pas l’inverse.

Quoi, je suis sentencieux ? Souhaiter bon vent à quelqu’un ne peut pas lui nuire ; il est toujours libre de s’en fiche. Ce qui, dans le présent contexte, est peut-être aussi bien – si ce n’est meilleur.

Smile. 

  1. Je déconne, hein. HEIN.