Causerie chez les Plumes Asthmatiques

19 juillet 2011
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Hop ! La causerie chez le très sympathique blog Les Plumes Asthmatiques (partenaire du colloque de 2012 à la Sorbonne sur l'Antiquité gréco-latine en fantasy) a été publiée dans son intégralité :

(Pour les fidèles de ce lieu de perdition, je crois que la part.2 est celle qui comporte le plus de nouveaux éléments, puisque nous avons longuement discuté de ces "nouveaux médias" et leur rapport avec la littérature, mais n'hésitez pas à jeter un coup d'oeil au reste !)

Tour d’horizon des principaux logiciels d’écriture dédiés

15 juillet 2011
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C'est une question qui revient assez souvent en atelier mais aussi en ligne : à partir du moment où l'on accepte que l'écriture d'un roman doit comporter un minimum de planification (d'une page de notes pour un scriptural à des dossiers entiers pour un structurel comme yours truly), que cette construction est un métier très particulier qu'il faut apprendre en partie par soi-même, quels outils peut-on employer pour se faciliter la tâche ?

L'ordinateur offre évidemment des facilités de classement, d'archivage et de traitement du texte uniques, aussi des logiciels d'aide spécialisés sont-ils apparus, avec des intérêts très inégaux.

Exigences

L'écriture doit, à mon sens, ménager un juste équilibre entre spontanéité et rigueur de construction ; une intrigue qui avance est une intrigue qui fait des choix, et les assume dans leurs ramifications. Mais, dans le même temps, la créativité de l'auteur ne doit pas être corsetée ni orientée vers un chemin qui lui déplaît intuitivement. Ménager cet équilibre est une condition indispensable de tout logiciel d'écriture.

Pour mériter cette appellation et être un minimum utile, un logiciel d'écriture doit offrir à l'auteur un environnement centralisé pour la construction de son récit, soit, principalement, deux versants :

  • La collecte de réflexions préparatoires, puis leur archivage pour s'y référer ultérieurement (Bob avait-il les yeux bleus ou noirs et était-il né en 784 de l'ère du Chaudron ou en 835 de l'éon de la Chaussette ?)
  • La construction du scénario proprement dit, c'est-à-dire le recueil des scènes et leur agencement progressif vers l'ordre final du récit.

Je suis loin d'avoir tout testé (même si j'en ai testé un certain nombre), et, ces exigences à l'esprit, j'aurais tendance à recommander l'un des quatre suivants, chacun assez flexibles pour convenir à diverses manières de travailler, tout en organisant les informations de façon puissante.

Quarté+

Scrivener

Scrivener a longtemps été une exclusivité Mac, mais une version Windows est en préparation (version beta téléchargeable et gratuite) pour sortie probable vers la fin de l'année. Le logiciel se présente plus ou moins comme un traitement de texte hiérarchique : un volet à gauche se comporte comme un classeur à intercalaires, chacun pouvant contenir un nombre illimité de fiches, qui peuvent aussi bien être des notes (personnages, lieux...) que des chapitres.

Ainsi, l'auteur effectue tout son travail dans Scrivener, de la préparation à la rédaction proprement dite. Pour l'organisation des scènes, le logiciel propose une vue "tableau en liège" où chacune se trouve punaisée virtuellement à la façon d'une fiche bristol, qu'il est ensuite possible de réarranger de manière à déterminer le meilleur ordre. Il sait également archiver plusieurs versions de la même scène, du premier jet à la version définitive, pour restaurer d'éventuels changements malencontreux.

À la fois puissant et très flexible, Scrivener associe le confort des outils dédiés à l'écriture à une grande fluidité d'usage, ce qui devrait lui permettre de s'adapter à tous les modes de travail. Deux regrets cependant : le traitement de texte est vraiment basique (il ne gère notamment pas les particularités de la typographie française et il sera très difficile d'y intégrer un pack de correction externe type ProLexis ou Antidote) et la beta sous Windows semble encore assez instable.

Site principal / Version Windows

Writing Outliner

Writing Outliner est presque une honte tant c'est une repompe éhontée de Scrivener : interface semblable, mêmes bonnes idées, on retrouve un grand nombre de fonctionnalités. Cependant, Writing Outliner est construit comme une surcouche à Word : lancez le traitement de texte, un projet Writing Outliner, et vous avez les fonctionnalités puissantes de l'un avec les particularités de l'autre. Pour cette raison, Writing Outliner aurait ma préférence, car l'on peut continuer à employer tous ses autres logiciels complémentaires (packs de correction), la typographie sera correctement gérée, etc.

Site officiel

Liquid Story Binder XE

Attention, on entre dans du très lourd. LSBXE (pour les intimes) constitue à peu près l'accouplement contre nature d'un logiciel d'écriture avec une centrale de contrôle de silos à missiles atomiques. C'est la Rolls, le logiciel ultime, qui sait tout faire, d'archiver la moindre de vos réflexions à minuter à la seconde près l'emploi du temps des personnages, en passant par la diffusion automatique de musiques d'ambiance pendant votre rédaction. LSBXE regorge littéralement de modules dans tous les sens pour accomplir des tâches auxquelles vous n'aviez peut-être même pas pensé.

LSBXE a juste un léger problème : il est parfaitement incompréhensible.

Du moins, tant qu'on n'est pas prêt à investir un temps certain pour l'apprivoiser (je ne parle même pas de créer avec). La prolifération des modules, une aide très fonctionnelle mais qui n'aide pas à comprendre comment on est véritablement censé s'en servir, des partis pris d'interface inhabituels qu'on croirait hérités d'un logiciel Adobe en font une usine à gaz très jolie (du moins sur les captures d'écran) mais avec une courbe d'apprentissage sacrément raide. Écrire un roman avec ça me fait l'effet de dresser la comptabilité du foyer avec R : on peut, mais ce serait tellement plus simple avec Excel. Je le mentionne parce que LSBXE a ses fans inconditionnels et que le logiciel reste d'une énorme puissance. Tant qu'apprendre à s'en servir ne constitue pas une forme particulièrement retorse de procrastination...

Site officiel

Writer's Cafe

S'il y a  LSBXE à l'extrémité hardcore du spectre, alors Writer's Cafe se trouve à l'autre (avec Scrivener quelque part au milieu) : simple d'usage, un look un peu Fisher Price sur les bords, plein de messages positifs et de citations d'encouragements d'auteurs connus, W'sC se veut volontairement rassurant pour l'auteur un peu incertain qui cherche à donner une forme à la myriade d'idées qui lui bouillonnent dans la tête. Et, franchement, ce n'est pas un mal.

W'sC veut recréer tout un environnement de travail unique pour l'écriture, un « bureau dans le bureau », proposant ses modules comme autant d'applications séparées, dont, avouons-le, un certain nombre fait un peu gadget (un générateur de noms pas bien transcendant, un répertoire de citations d'encouragement - sympa mais pas indispensable -, etc.). Il propose tout de même un journal, un carnet pour les réflexions en vrac, etc. En fait, W'sC montre plutôt quelle devrait être la méthodologie d'un auteur moderne, mais c'est un encouragement à trouver de meilleurs outils pour chaque tâche proposée.

Cependant, W'sC vaut son prix pour un seul et unique module, Storylines (en capture d'écran). C'est l'outil dédié le mieux conçu que j'aie essayé pour l'organisation d'un scénario. Chaque personnage ou ligne narrative est représenté physiquement sur le tableau ; chaque carte représente une scène, ou un chapitre, avec détails, lieux, etc. Très simple d'emploi mais très bien pensé, ce module permet de jeter à plat les idées d'une intrigue complexe pour les trier et les ordonner d'une façon très confortable, tout en orientant subtilement l'auteur pour se poser les bonnes questions. Encore une fois, le traitement de texte ne peut pas lutter avec un Word, mais, pour l'organisation de récits complexes à points de vue multiples, c'est un outil de débroussaillage à ne pas négliger. On peut aussi le recommander à l'auteur qui ne s'est jamais essayé à de tels outils, au jeune auteur qui cherche à se cadrer, avant de passer à Scrivener ou Writing Outliner.

Site officiel

And the winner is...

Bon, après ce tour d'horizon, je crois que l'article ne serait pas complet si je ne précisais pas ce que j'utilise moi-même parmi ceux-là.

Réponse ? Aucun.

J'utilise un autre mélange d'outils, qui ne sont absolument pas spécialisés pour l'écriture de fiction, et l'un d'eux est tout simplement Word. Le logiciel d'écriture ne fait pas l'auteur ; c'est se connaître qui aide à canaliser sa créativité. Un soft d'écriture ne remplacera pas la pratique ni, surtout, la méthodologie qui en découle. En ce qui me concerne, j'ai retrouvé les options qui m'étaient les plus chères et le juste mélange de flexiblité et de rigueur dans d'autres combinaisons de logiciels - mais ce n'est que moi. Des écrivains plus expérimentés utilisent LSBXE, Writer's Cafe, Scrivener au quotidien (on peut citer Michael Marshall Smith ou Holly Lisle pour ce dernier) avec profit : à vous de voir là où vous vous sentez le mieux. Tous ces logiciels proposent des versions d'évaluation : téléchargez-les et essayez-les !

Dans l'intervalle, si vous avez des logiciels préférés ou à recommander, n'hésitez pas à le faire en commentaires !

Mais c’est qu’il va causer longtemps

14 juillet 2011
2 réactions

Couv. Alexandre Fort

En fait, j'aurais dû être plus poli avec madame la marchande hier (je ne sais pas d'où m'est venu ce trip avec la marchande, probablement de la fromagère de lundi), car il y a maintenant autre chose à ajouter :

Causerie virtuelle

En effet, aujourd'hui commence une longue causerie avec votre serviteur : un entretien en profondeur, en trois parties, sur le blog Les Plumes Asthmatiques, partenaire du colloque de la Sorbonne sur les liens entre Antiquité et imaginaire où j'ai l'honneur d'être invité en 2012. J'y parle un peu de traduction, pas mal de technique d'écriture, beaucoup d'Internet et de réseaux sociaux. C'est là : Causeries : L'Importance de Lionel Davoust (1/3). Et oui, c'est un titre qui va faire beaucoup de mal à mes chevilles, mais qui me fait très plaisir de par son clin d'oeil avec le recueil.

Causeries réelles

D'autre part, les déplacements et événements autour de Léviathan : La Chute sont en train de s'organiser. Déjà trois dates à vous annoncer, mais on en reparlera :

 

Beaucoup de gens bons

13 juillet 2011
2 réactions

Couv. Eric Scala

« Bonjour madame la marchande, qu'est-ce que vous avez pour moi, aujourd'hui ?

— Ah, mon bon monsieur, plein de choses. Tout d'abord, l'anthologie Contes de villes et de fusées, aux éditions Ad Astra et où figurait « Le Sang du large », continue à émouvoir de nouveaux lecteurs. Vous avez par exemple :

  • Un panorama détaillé d'Olya ici,
  • Une très belle critique de la part de la revue québecoise Solaris, lisible là.

— Oh, merci, madame la marchande. Et sinon, sur La Guerre, anthologie d'une belligérance, où figurait « Point de sauvegarde » ? Je vous demande ça, c'est un de mes rares textes de SF, alors je me demande comment il est reçu.

— Bah écoutez, ça va pas mal, mon bon monsieur. Vous avez :

Couv. Simon Goinard Phelipot

— Alors ça c'est cool, ça me fait bien plaisir !

— Attendez, ce n'est pas tout : sur Victimes et Bourreaux, où figurait « Au-delà des murs », il y a un très bel article du Pingouin consacré rien qu'à vous.

— Waouh, ça, ça me fait encore plus plaisir ! Ah, je voudrais bien lui laisser un commentaire pour le remercier, seulement je n'ai aucun compte qui me permette de me logger sur son blog pour ce faire. Vous croyez que s'il consulte ses référents stats ou suit notre échange, je pourrais lui laisser un message ici ?

— Eh bien, essayez toujours, on sait jamais.

— D'accord. Voici : merci beaucoup pour ce très bel article, pour votre appréciation du texte et cette étude en profondeur ! J'en suis vraiment très heureux. Pas d'inquiétude, Evanégyre ne sera nullement abandonné, c'est un monde vaste où j'ai beaucoup  d'histoires à raconter ; la série Léviathan (les thrillers) sera menée en parallèle. Je voudrais seulement des journées de 48h !

Couv. Julien Delval

— OK, c'est archivé pour la postérité, soit l'Internet Time Machine, mon bon monsieur.

— D'accord. Et sinon, quoi d'autre ?

— Hein ? Vous trouvez pas que c'est déjà pas mal ? Vous en voulez encore ? Franchement, ces auteurs, tous des divas. Jamais satisfaits ! Fichez-moi le camp d'ici !

— Ah mais non, c'était juste une question, je...

— On dit ça ! Dehors, malotru !

— Aïe, oui madame, d'accord, lâchez ce rouleau à pâtisserie, s'il vous plaît, ça me fait mal à la tête et c'est une partie de moi dont j'ai besoin. »

SFFT Awards : des prix pour de la traduction en anglais

11 juillet 2011
4 réactions

J'ai un mois de retard sur cette info mais d'une part, elle a peu circulé, d'autre part, elle mérite de circuler : en juin dernier ont été remis les Science Fiction and Fantasy Translation Awards, qui visent à récompenser le travail de traducteurs de l'imaginaire de langues étrangères vers l'anglais. Il est très agréable de voir la traduction récompensée et reconnue, mais aussi quand il s'agit de l'apporter aux territoires anglophones, où la pénétration des littératures étrangères reste très faible. Bravo donc à tous les lauréats, mais aussi au jury pour cette initiative, qui est en plus dotée d'une somme monétaire divisée entre l'auteur et son traducteur (ce qui est rare).

Long Form Honorable Mention

The Golden Age, Michal Ajvaz, translated by Andrew Oakland (Dalkey Archive Press). Original publication in Czech as Zlatý Věk (2001).

Long Form Winner

A Life on Paper: Stories, Georges-Olivier Châteaureynaud, translated by Edward Gauvin (Small Beer Press). Original publication in French (1976­-2005).

Short Form Honorable Mention

“Wagtail”, Marketta Niemelä, translated by Liisa Rantalaiho (Usva International 2010, ed. Anne Leinonen). Original publication in Finnish as “Västäräkki” (Usva (The Mist), 2008).

Short Form Winner

“Elegy for a Young Elk”, Hannu Rajaniemi, translated by Hannu Rajaniemi (Subterranean Online, Spring 2010). Original publication in Finnish (Portti, 2007).

Special Award

In addition to the standard awards, the Board of ARESFFT presented a special award to British author and translator Brian Stableford in recognition of the excellence of his translation work.

(Je suis particulièrement heureux de voir récompensé Edward Gauvin, qui avait réalisé l'excellente traduction de "L'île close" et qui se bat pour faire entrer l'imaginaire français aux États-Unis.)

Zen laitier

8 juillet 2011
11 réactions

Terminons la semaine avec un message d'espoir et d'amour :

Les produits laitiers, des sensations pures.

(Vu sur le marché de Rennes.)

Dix choses indispensables que m’a appris Mega Shark Vs. Giant Octopus

7 juillet 2011
18 réactions

Auguste lectorat, tu connais mon amour immodéré pour la faune marine (et, je l'espère, ma modeste compétence en la matière). Mais j'ai vu Mega Shark Vs. Giant Octopus et j'ai compris la vérité. L'océanobiologie n'a rien à voir avec ce que je croyais avoir appris, avec ce que j'avais expérimenté. Surtout quand un mégalodon et un kraken géant emprisonnés depuis des milliers d'années se trouvent libérés brutalement et foutent le dawa à travers le monde, traumatisant la navigation et les habitations côtières. Heureusement, un biologiste marin, ça sauve le monde. Et ça se tape son homologue dans le placard à balais.

Voici dix leçons qui, un jour, te sauveront la vie.

10. Les supérieurs de l'armée te gueulent tous dessus et font la tronche (mes condoléances pour la perf', Lorenzo Lamas).

9. Dès que la glace qui emprisonne un organisme se brise, il reprend direct son activité comme s'il ne lui était rien arrivé. (Au secours, j'ai peur de mes surgelés.)

8. À en juger par le morceaux de chicot laissé dans le cadavre de baleine au début, les requins géants n'ont pas des dents, mais des vilebrequins.

7. Tous les profs de biologie marine à la retraite disposent à la maison d'un iMac 28 pouces, d'une banque de données crocs & dentition complète de la faune mondiale et d'un spectrographe de masse que leur labo n'aurait jamais eu les fonds de se payer en vingt ans d'allocations de fonds.

Ah, tu tombes bien, j'étais en train de craquer le serveur du Pentagone.

6. Je l'avais pressenti en regardant Les Experts, j'en ai la confirmation : la science se résume exclusivement à mélanger des liquides dans des béchers sur fond de musique lounge dans une atmosphère tamisée en attendant qu'un truc vire au fluo. (Et si c'est vert, c'est très puissant.)

Soit c'est un très grand bureau, soit on a filé à ces pauvres gens de toutes petites chaises.

5. D'ailleurs, si tu ne trouves pas la solution à ton problème, envoie-toi en l'air dans le placard à balais et ça te viendra par magie. Je savais bien que j'aurais dû faire une thèse.

4. Un requin capable de nager à 800 km/h pour traverser l'Atlantique à toute berzingue n'est malgré tout pas foutu de rattraper un sous-marin de poche. Il était nucléaire, faut dire, et le nucléaire, c'est cool.

Le Crétacé était une époque tellement peu évoluée que les animaux avaient tous moins de polygones qu'aujourdhui.

3. D'ailleurs, les biologistes marins sont des têtes brûlées qui chouravent des sous-marins nucléaires de poche à l'armée pour aller passer du Beethoven aux baleines en migration. (Je jure que je n'invente rien.)

2. Pour atteindre une cible sous-marine, tire au canon anti-aérien. (Puis étonne-toi que ça foire.)

1. Tous les cuirassés américains et japonais ont le même plan intérieur, seul l'éclairage change.

"Mais qu'est-ce qu'on fout dans un data center ?" "C'est la passerelle d'un cuirassé, alors ta gueule."

"Mais qu'est-ce qu'on fout dans une laverie ?" "ON A DIT QUE C'ÉTAIT LA PASSERELLE D'UN CUIRASSÉ FFS§§§"

Allez, une petite bande-annonce ?