Rasade d’humanité dans un monde surréaliste (L.III – IV)

20 mars 2008
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Livre III

« Monsieur, l’entrée précédente sur vos démêlés immobiliers était maladroite, grossière et qui plus inintéressante. Vous bloguez, certes, mais l’on attend de vous des propos d’une autre volée que le récit bas et irascible de votre quotidien morne. Moi qui espérais une leçon de choses, un éclairage philosophique ou même l’aperçu d’une vérité profonde qui me conduirait à un niveau supérieur de compréhension! Vous êtes, monsieur, un imposteur.

— C’est, madame, une bien grande peine que vous me faites là. Mais plaiderais-je coupable que cela atténuerait votre ire? Repartiriez-vous en votre foyer - ou sur une autre page web - avec le sentiment du devoir accompli? Ou bien achèveriez-vous votre lecture, débarrassée de la culpabilité relative à l’intérêt que vous portez à mes humbles tribulations? Madame, il n’est plus assidu lecteur de Gala que celui qui s’en défend. Il peut ainsi se livrer au voyeurisme avec l’assurance d’une conscience tranquille: il ne lit par plaisir mais par devoir, fourbissant ses armes afin de combattre justement ce qu’il honnit. Cependant, si vous voulez m’en croire, madame, si vous daignez m’accorder quelque patience, je vous promets que cette histoire a une réelle conclusion. Je ne puis vous assurer que quelque vérité s’y trouvera révélée mais les expériences de pensée qui nous sont chères y contaminent la réalité d’amusante façon. Ce que prouve au passage, d’ailleurs, votre présence ici. En vérité, ne seriez-vous pas vous-même la directrice de mon agence immobilière?

— Ah, monsieur, je suis issue de votre cerveau malade; c’est à vous de me le dire. Mais las, poursuivez, vous m’avez convaincue. »

Livre IV

Je vous remercie. Reprenons alors notre récit là où nous l’avons arrêté; tandis que nous devisons, je me tiens, figé par le pouvoir de l’imagination, immobile devant la porte; la voiture de l’agence, gelée dans la circulation, est paralysée par le temps narratif, la vapeur d’essence prête à exploser pour chasser le cylindre au cours d’un nouveau cycle et entraîner toujours plus avant les roues vers leur inéluctable destination. Que Chronos reprenne sa marche implacable et nous ramène au moment présent!

J’ouvris à ma visiteuse d’assez mauvaise disposition, agacé par les tracasseries régulières de cette agence et l’incohérence de ses missives. Son assurance à elle révéla aussitôt une humeur comparable; sûre de sa légitimité, de son importance, jaugeant face à elle un homme portant barbe et cheveux longs, elle me fit ressentir une froideur comparable à celle que les Inuits éprouvent dans leurs maisons de glace. Je n’étais qu’un va-nu-pieds, un probable chômeur irrespectueux de la propriété et des abattements fiscaux.

L’entretien se déroula rapidement mais avec tension, le moindre trou percé aux murs, la plus infime trace sur la moquette, le plus léger éclat du carrelage relevé avec une méticulosité implacable et d’un ton lourd de reproches. En vérité, je pense que le Tout-Puissant visitant son église et jaugeant à son entretien la fidélité de la paroisse n’aurait su se montrer plus vengeur. À chaque remarque assénée mécaniquement comme un méfait s’ajoutant à une liste toujours plus longue, je sentais mon âme toujours plus condamnée aux feux de l’enfer. Qu’importe la caution financière, madame!
Je vous parle ici de mon âme immortelle!

Oui, j’ai bien senti tout le matérialisme tant décrié de notre époque car il semblait que je n’aurais pu commettre pire crime que celui de vivre en appartement et donc, en accord, d’occuper les lieux. À chaque affront constaté, laissé seulement par une habitation normale, en bon pater familias que, je vous prie de croire, je suis, quoique sans les enfants, je fus fustigé d’un regard réprobateur et d’une série de questions inquistrices visant à établir la cause de chaque trou dans le mur.

Je refusais obstinément de répondre à ces questions, jugeant que j’avais amplement passé l’âge de la maternelle et de la réprobation. Car, eh, madame! Il faut bien pour vivre que l’on fasse son trou! Mais ma visiteuse toléra mal que je nie implicitement son autorité et donc sa raison d’être, car elle appartenait, je pense, à ce genre de personnes qui mesurent l’importance d’un quidam à la superficie loi Carrez. Quelle sorte de traîne-savates étais-je pour qu’elle ne m’inspire aucune crainte? Diantre! Cette visite s’est achevée dans une plus grande tension encore, en particulier lorsque ma contrôleuse voulut m’imputer des travaux ne relevant pas de ma responsabilité, comme les joints de la baignoire.

Le diable est dans les détails, je l’ai déjà dit plus haut, ou plus bas par ordre chronologique inverse; c’est pourquoi le joint de baignoire, sous son apparence purement anecdotique, peut constituer le noyau autour duquel s’agrège, à la façon du fruit corrompu, les plus graves des conflits.

De la valeur et de la symbolique du joint de baignoire: tel est le sujet pénétrant et fondamental que nous étudierons dans les livres à venir.

One last save

7 mars 2008
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"Les dés ne servent qu'à faire du bruit derrière l'écran du maître."

Gary Gygax est mort mardi 4 mars.

Gary Gygax, c'était l'auteur principal de Donjons et Dragons, soit le premier jeu de rôle de l'histoire. C'était en 1974. Un loisir entièrement nouveau, inspiré du wargame mais qui allait vite prendre son indépendance, une sorte de mélange créatif entre le jeu de société, le conte, le théâtre d'improvisation...

D&D - et à travers lui le jeu de rôle tout entier - a formé toute une génération à une implication nouvelle dans l'imaginaire, une implication à la première personne. D'innombrables auteurs ont été nourris au JdR, lequel a stimulé leur imagination, leur a permis de faire leurs premières armes dans l'art de la narration, de jouer avec des mondes, avec le feu de la création, de tester des pistes et d'apprendre à juger quand une histoire fonctionne. J'en fais, très humblement, partie et je m'incline très profondément devant monsieur Gygax pour tout ce que j'ai appris à travers son jeu quand j'étais gosse.

Le versant simulationniste du JdR a engendré les "RPG" informatiques comme les Final Fantasy jusqu'à sa filiation la plus moderne et la plus connue aujourd'hui, World of Warcraft, où dix millions de personnes à travers le monde se retrouvent en ligne pour partager des aventures imaginaires dans un monde peuplé d'elfes, de gobelins et de dragons.

Tout cela remonte à D&D et à ce monsieur, Gary Gygax - un nom prédestiné à la fantasy; son oeuvre a véritablement fondé un pan entier de la pop culture actuelle. Grâce à sa création et son évolution, nous sommes des millions à avoir rêvé et à rêver encore.

Le soir de son décès, comme par extraordinaire, je jouais au même moment dans les Royaumes Oubliés mon jeune paladin archétypal comme seul Donjons et Dragons sait encore en faire. Je n'ai jamais eu la chance de rencontrer ce monsieur, mais je crois que c'était - involontairement - le meilleur hommage que nous puissions lui faire, pour le remercier de ce loisir qu'il a inventé qui continue de nous emmener dans de fantastiques voyages à travers des contrées fantastiques, dangereuses et intrigantes.

Rasade d’humanité dans un monde surréaliste (L.I – II)

12 février 2008
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En clin d'oeil à la talentueuse alchimiste LS, je dirai simplement en introduction:
The manner of this post (and those that will follow) is a very, very humble tribute to Sterne and his Tristram Shandy.

"Les mots sont comme les glands... Chacun d'eux ne donne pas un chêne, mais si vous en plantez un nombre suffisant, vous obtiendrez sûrement un chêne tôt ou tard."
- William Faulkner

Livre I

Dans une entrée précédente, je révélais au monde ébahi un fragment de ma correspondance privée - non pas quelque aventure croustillante aux frontières de la déviance et m'affirmant par le scandale - mais, plus prosaïquement, ma lettre de résiliation à mon agence immobilière. On fait les scandales que l'on peut.

L'histoire de cette missive lancée dans l'éther et pour laquelle je ne m'attendais pas à recevoir de réaction a connu ce matin un rebondissement fort amusant et sur lequel, j'en suis sûr, il y a un sens plus profond à élucider. Mais, si vous le voulez bien, un peu de contexte d'abord.

Il me faut tout d'abord avouer que je n'ai pas envoyé cette lettre de façon purement gratuite; j'agissais un peu par réaction. Le ton légèrement polisson et ampoulé du courrier était une réponse codée aux méthodes de ladite agence dans le traitement de ses locataires. Ayant eu affaire aux intéressés du côté du locataire - traîne-savates, fauché, le jean troué, l'oeil vitreux, l'élocution traînante - et du propriétaire - bourgeois, aisé, prévoyant, l'investissement sain, la chemise repassée, la carte de visite immaculée - je n'ai pu m'empêcher de noter une certaine différence de traitement selon le rôle.

Je dois derecher convenir - et même reconnaître - que, parfois, j'accorde peut-être une importance démesurée au plus infime détail - mais le diable est dans les détails, dit-on, et, si j'aime autant le diable, c'est parce qu'il est révélateur. L'agence en question, donc, place plus que jamais le locataire dans la peau du fautif a priori, quémandeur d'un logement où vivre son insignfiante existence - qu'il fasse preuve de gratitude si on le lui octroie et qu'il n'oublie pas, avec le virement bancaire, d'adresser un e-mail de
remerciements et une boîte de chocolats à la nouvelle année.

Non, bien sûr.
J'exagère.

Livre II

Je suis, je pense, un gentil garçon, qui paie son loyer à l'heure, qui évite de faire du bruit le soir après 22h, qui dit bonjour à la dame (et au chien) dans l'ascenseur, qui fournit toutes les attestations qu'on lui demande, etc. Revers de la médaille: si je me sens soupçonné à tort, je deviens très vite très con, surtout dans le cas d'exigences léonines. Et l'agence enchaîne lesdites, probablement par excès de prudence, dans des courriers-types dont les formules sont d'une séchresse exemplaire. Cher locataire, "vous voudrez bien faire... " (En fait, là, j'ai pas envie.) Cher propriétaire, "nous vous remercions de bien vouloir trouver..." (Ah, mais c'est très aimable, merci à vous.)

Ma lettre d'origine, je l'avoue, s'amusait donc toute seule de ces tournures, aparté entre moi-même et vous, lecteurs de ces futiles et stupides expériences, tout en clôturant le dossier d'un implicite et joyeux "tout cela n'importe guère, somme toute". Et, en effet, je recevais, trois jours plus tard, d'un air tout aussi guilleret, une autre lettre circulaire de leur part où l'on exigeait cette fois, lors de l'état des lieux, la remise d'un duplicata de la facture de location de la shampouineuse à moquette. Je suppose que c'est pour le locataire indélicat et surpris dans sa saleté une manière de se dédouaner: "je sais, les sols sont immondes, mais regardez, j'ai quand même loué une shampouineuse". Que leur prévenance en soit remerciée! La shampouineuse comme mot des parents. Et, autrement, j'imagine que constater la propreté leur serait insuffisante; il leur en faut connaître le moyen d'action, car, il est vrai, comment s'assurer autrement que nul esclavage, nulle servitude, nulle action contre nature ou contre l'environnement, nulle déviance, nulle atteinte aux bonnes moeurs ne sont intervenus dans le nettoyage des sols? La shampouineuse comme caution morale!

Joyeux solstice d’hiver 2008

24 janvier 2008
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Chenille : 'Tain y a un pixel mort dans le ciel
Dan : On appelle ça une étoile

(BashFR quote #8720)

Le chassé-croisé des fêtes

19 janvier 2008
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Don't try this at home. Seriously.

Do the Google dance

18 janvier 2008
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Allez, tous les copains se livrent à l'exercice, et il faut dire qu'il est rigolo, alors à mon tour. L'interface d'administration d'Over-blog permet de voir par quelle combinaison de mots-clés les internautes parviennent sur le blog qu'on tient quand ils passent par un moteur de recherche. De grands moments d'étrangeté en perspective, de petits univers révélés par les centres d'intérêt d'un visiteur anonyme.

Let's do the Google dance.


Il y a déjà une première catégorie de visiteurs ancrés dans le réel. Mais genre, bien ancrés, avec les deux pieds coulés dans le béton, le regard sur l'horizon et l'oreille au Blackberry. J'espère ainsi que l'internaute qui recherchait "American way of life, grosse maison, grosse voiture" n'a pas été trop déçu de découvrir que ce blog ne proposait pas le mode d'emploi demandé. (Enfin, si, toi et moi, cher lecteur, nous avons dépassé ce stade, délaissant la richesse vulgaire au profit de l'ambroisie et des jeux de mots stupides. J'avais révélé Le secret pour gagner beaucoup et sans le moindre effort tout en restant chez soi en guise de troisième entrée de mon ex-blog MySpace. Forcément, après, j'avais plus grand-chose à dire.)

Par ailleurs, si j'avais su que proposer "la crise financière en temps réel" risquait de m'attirer de l'audience, je m'y serais mis plus tôt. Mais je peux exaucer cette attente, ne t'en va pas, visiteur, c'est pour toi.

10 PRINT
« Bob!
— Dude?
— On est dans la merde. Vends tout.
— J'en ai plus.
— Alors rachètes-en pour en revendre. »
20 GOTO 10

De rien, ça me fait plaisir.

Comme quoi celui qui cherchait de la "Political demotivation" risque d'avoir été mieux servi, lui.

Mes aventures téléphoniques m'attirent aussi de nombreux internautes confrontés à l'âpre et désespérante jungle de la Société de l'Information. Hélas, cher visiteur, je suis désolé. J'ai un aveu à te faire. Je déteste le téléphone. Je hais les portables. J'en ai un, mais il me sert de répondeur et vaguement de machine à envoyer des SMS quand, par extraordinaire, je n'ai pas de connexion au Net. Mais, tout aussi bizarrement, je ne peux pas en recevoir (non, laisse tomber, ce serait trop long à expliquer). Faire preuve de naturel quand je parle dans le tuyau me demande autant d'efforts que de sourire à un créationniste. Tu pourrais me répondre, cher visiteur, que je ne connais pas de créationniste et que je pourrais donc dépenser cette énergie inutilisée en téléphonant plus
souvent. Eh bien, cher visiteur, je me permettrai de te rétorquer qu'on était en train de parler de tes téléphones, pas de créationnisme, tu seras gentil de ne pas détourner la conversation comme ça, c'est incroyable, ça.

Bref. A toi, oui, toi dont je sens la détresse - "on m'a vendu un téléphone volé" -, je répondrais que t'es mal. Mais tu sais, dans ce genre de cas, il n'y a pas 36 possibilités. Tu vas chez les flics, tu portes plainte contre la boutique, tu râles. Il y a des lois. Ah, tu l'as acheté à un particulier? A un copain? A un inconnu? Tu sais, dans ce genre de cas, il n'y pas 36 possibilités. Tu postes l'anecdote sur VDM, et puis... C'est tout.

Celui qui cherchait "Naze telecom", en revanche, a dû plus apprécier sa visite. Surtout pour le côté naze, hein. Pas telecom.

Et puis il y a une requête que je trouve au choix très mignonne ou très inquiétante: "changer la voix temps réel gratuit". Ecoute, si tu veux impressionner les filles, tu sais, attends un peu, ce n'est qu'un passage, moi aussi on me prenait pour ma mère quand je répondais au téléphone à l'âge de dix ans, mais maintenant je chante du black metal, j'ai une grosse barbe et je fais peur aux petites vieilles qui se retrouvent dans l'ascenseur avec moi, tu verras, la vie te donnera ta revanche.

Par contre, si c'est pour faire du terrorisme, je dis: c'est mal. Bouh. Kids, don't try terrorism at home.

Photo Rodney Smith

Et puis il y a mes préférés, les recherches complètement improbables, surréalistes, poétiques, qui aboutissent ici, sans qu'il n'y ait aucune réponse mais, quelque part, je suis absurdement heureux que des requêtes aussi curieuses donnent sur cet endroit - il faut le dire - foncièrement inutile.
Il y a déjà "vraiment navré de cet oubli". Ecoute, franchement, ce n'est pas grave. Ca nous arrive à tous, et je suis prêt à parier que cela se reproduira. Mais tu sais, si tu as oublié quelque chose sur ce blog, n'aie crainte, je te le garde en attendant. Reviens quand tu veux, il t'attendra là où tu l'as laissé.

Il y a celui qui cherche un "mot débile". Voilà enfin une demande pour laquelle je me sens pleinement qualifié. Attention, cher visiteur, tu es prêt? Bien. Respire un grand coup. Je t'offre ce mot: glabënchlaf. Il est débile, ça, c'est une certitude. Je peux te fournir un certificat d'authenticité. Fais ce que tu veux de ce mot. Il est à toi. Je pourrais aussi te présenter au visiteur qui cherche un "jeu de mot débile" et à celui qui aurait aimé un "jeu de mot sur Nantes" (sauf que j'ai dit que je n'en avais pas trouvé, haha, pwned).

Je suis confus pour l'internaute qui cherchait "jeu vidéo impliquer internet maison des feuilles", mais le célèbre livre de Danielewski n'a pas encore donné naissance à une adaptation vidéoludique. En même temps, MC Escher est mort, et il aurait au moins fallu l'avoir à la direction artistique. Et la couleur tombée du ciel à la palette graphique.

Enfin, je suis très interloqué par celui qui recherche "Davoust en chinois". S'il trouve, ça m'intéresserait de savoir.

Et puis il y a une requête tellement mignonne qu'elle m'a désarmé et je suis navré, mais je ne peux y répondre. Elle concerne la recherche d'une "histoire réelle heureux". J'imagine un gamin découvrant les méandres d'Internet avec un sourire édenté, captivé par la masse de la connaissance humaine, ou bien une jeune femme déjà un peu déçue par la vie, les cheveux en désordre, les yeux creux, qui voudrait juste croire que tout n'est pas si moche. Qu'est-ce que je peux faire?

Rien.

J'ai des histoires réelles. J'ai des histoires heureuses. Mais les deux?

Well, I can do the Google dance.

Live report: Epica + Amberian Dawn + Kells, Nantes, 20/11

10 janvier 2008
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Les concerts de têtes d'affiche métal goth ou symphonique ne sont pas si courants en France et la venue d'Epica (Simone Simons, chanteuse, ci-contre) était assez attendue, surtout après l'annulation de leurs concerts en début d'année.

L'Olympic de Nantes est une salle bien adaptée à ce type de musique: assez petite et bien sonorisée, elle permet de profiter de la performance des musiciens et d'un son clair, puissant mais pas assourdissant, comme j'avais pu le constater lors de la venue de Within Temptation en 2006 pour la sortie de The Silent Force.

Le concert s'est ouvert sur une première partie d'abord assurée par Kells, groupe français qui vient de sortir son premier album, Gaïa. Le son est lourd, le chant tonique, et les compositions péchues se permettent même quelques variations harmoniques intéressantes et relativement inattendues. Du métal mélodique pas toujours très original mais diablement efficace (et c'est ce qu'on demande); et, surtout, plus intelligemment fait que le sommet de l'iceberg connu du grand public, comme les Evanescence et autres. Je reste en revanche un peu interloqué par le jeu de scène de Virginie, la chanteuse, qui aurait plus sa place dans une rave-party que dans un concert de métal, et plus dubitatif encore face à ses interventions qui se résument à donner les dates des prochains concerts et à nous encourager à acheter l'album présent à la boutique, si, si, vraiment, il y est, il est pas cher, et puis vous ne voulez pas aller le prendre? Je comprends qu'un groupe qui commence doive faire sa promo, mais too much is too much, et cela donne l'impression d'un show tellement rôdé qu'il va jusqu'aux interventions de la chanteuse. Bref, un léger manque de naturel et surtout de complicité avec le public. (Il me faudrait aussi adresser une pique aux 5-6 emo kids venus écouter du métal parce que ça fait cool et qui n'ont pas compris que non, on ne pogote pas en milieu de salle, on n'est pas chez Pleymo, le public métal vient écouter de la musique et pas se foutre sur la gueule.) Cela étant dit, Kells restera pour moi une bonne surprise.

Par contraste, les quelques morceaux que je connaissais d'Amberian Dawn ne m'avaient pas spécialement marqué, trouvant certains plans trop classiques (allez, les gars, le premier arrivé au point d'orgue a gagné), mais j'ai découvert que cela fait partie de ces groupes qui prennent toute leur dimension en live. Au contraire de la relative distance de Kells, le groupe a tout de suite établi une complicité avec le public, jouant avec lui, et, surtout, dégageant énormément d'énergie et de fun sur scène. Pas un gramme de prise au sérieux, juste d'excellents musiciens heureux de jouer entre eux et pour un public qui lui a rendu pleinement cette joie d'être là. La sonorisation a parfaitement restitué le contraste entre rapidité instrumentale et chant aérien, à laquelle la production studio ne rend vraiment pas justice. Bref, un moment d'alchimie unique comme il s'en passe parfois en concert et qui m'a poussé à écouter leur production d'un oeil neuf - et très intéressé. (J'adresse aussi, en passant, un souvenir ému à cette guitare vert pomme qui avait l'air autant à sa place entre les mains du rythmique qu'un banjo entre les mains de Dani Filth et à la backlineuse qui a accordé à la salle entière une vue imprenable sur ses fesses du haut du mur d'amplis. Ah, la joie des derniers concerts de tournée...!)

Et la tête d'affiche, ah... J'attendais ce concert avec une grande curiosité, trouvant qu'Epica, dans ses premiers albums, malgré des plans superbes, courait le risque de la répétition (Consign to Oblivion étant pour moi trop semblable à The Phantom Agony), tendance corrigée par leur dernier album, The Divine Conspiracy. Eh bien, ce fut une véritable claque qui démontra sans l'ombre d'un doute qu'Epica fait partie des grands, des très grands de la scène métal symphonique actuelle (mais puis-je être vraiment impartial avec un groupe qui a fait son cheval de bataille de la manipulation par les religions...?). Principalement parce qu'ils savent conserver un équilibre extrêmement délicat dans ce genre: la richesse de composition face à l'efficacité (équilibre particulièrement loupé par After Forever sur Invisible Circles, par exemple). La scène met parfaitement en avant cette finesse, privilégiant l'émotion et la musique sans jamais tomber dans la démonstration stérile de virtuosité (et pourtant, le talent des musiciens n'est pas à démontrer). Ce fut un spectacle grandiose, un groupe en très grande forme malgré la chaleur à crever de la salle, porté par des compositions magnifiques et un chant sublime comme toujours, qu'il s'agisse de Simone Simons ou de Mark Jansen (grunts, screams). Une petite surprise, d'ailleurs, sur la voix de Simone qui sonne beaucoup plus "pop" en live qu'en studio, sans cette teinte opéra, chaude et ronde qu'on lui connaît d'habitude, ce qui donne aux morceaux une coloration différente et assez intéressante. Un voyage à couper le souffle, dont je suis rentré enchanté, ébahi, avec des images et du son plein les oreilles.

Bref, la musique à son meilleur, quand les connaissances théoriques et l'habileté sont si poussées qu'elles servent le discours et le portent, invisibles, au lieu de le remplacer (comme chez Therion, par exemple). Je m'aperçois que cela rejoint mon idéal rêvé de la littérature: le style, la virtuosité se doivent d'être travaillés, poussés, affinés au point de disparaître et de laisser transparaître l'émotion. Beaucoup de travail, sans cesse, pour viser, à terme, l'économie de moyens et la justesse. Comme en ésotérisme?

Less is more.