Live report: Epica + Amberian Dawn + Kells, Nantes, 20/11

10 janvier 2008
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Les concerts de têtes d'affiche métal goth ou symphonique ne sont pas si courants en France et la venue d'Epica (Simone Simons, chanteuse, ci-contre) était assez attendue, surtout après l'annulation de leurs concerts en début d'année.

L'Olympic de Nantes est une salle bien adaptée à ce type de musique: assez petite et bien sonorisée, elle permet de profiter de la performance des musiciens et d'un son clair, puissant mais pas assourdissant, comme j'avais pu le constater lors de la venue de Within Temptation en 2006 pour la sortie de The Silent Force.

Le concert s'est ouvert sur une première partie d'abord assurée par Kells, groupe français qui vient de sortir son premier album, Gaïa. Le son est lourd, le chant tonique, et les compositions péchues se permettent même quelques variations harmoniques intéressantes et relativement inattendues. Du métal mélodique pas toujours très original mais diablement efficace (et c'est ce qu'on demande); et, surtout, plus intelligemment fait que le sommet de l'iceberg connu du grand public, comme les Evanescence et autres. Je reste en revanche un peu interloqué par le jeu de scène de Virginie, la chanteuse, qui aurait plus sa place dans une rave-party que dans un concert de métal, et plus dubitatif encore face à ses interventions qui se résument à donner les dates des prochains concerts et à nous encourager à acheter l'album présent à la boutique, si, si, vraiment, il y est, il est pas cher, et puis vous ne voulez pas aller le prendre? Je comprends qu'un groupe qui commence doive faire sa promo, mais too much is too much, et cela donne l'impression d'un show tellement rôdé qu'il va jusqu'aux interventions de la chanteuse. Bref, un léger manque de naturel et surtout de complicité avec le public. (Il me faudrait aussi adresser une pique aux 5-6 emo kids venus écouter du métal parce que ça fait cool et qui n'ont pas compris que non, on ne pogote pas en milieu de salle, on n'est pas chez Pleymo, le public métal vient écouter de la musique et pas se foutre sur la gueule.) Cela étant dit, Kells restera pour moi une bonne surprise.

Par contraste, les quelques morceaux que je connaissais d'Amberian Dawn ne m'avaient pas spécialement marqué, trouvant certains plans trop classiques (allez, les gars, le premier arrivé au point d'orgue a gagné), mais j'ai découvert que cela fait partie de ces groupes qui prennent toute leur dimension en live. Au contraire de la relative distance de Kells, le groupe a tout de suite établi une complicité avec le public, jouant avec lui, et, surtout, dégageant énormément d'énergie et de fun sur scène. Pas un gramme de prise au sérieux, juste d'excellents musiciens heureux de jouer entre eux et pour un public qui lui a rendu pleinement cette joie d'être là. La sonorisation a parfaitement restitué le contraste entre rapidité instrumentale et chant aérien, à laquelle la production studio ne rend vraiment pas justice. Bref, un moment d'alchimie unique comme il s'en passe parfois en concert et qui m'a poussé à écouter leur production d'un oeil neuf - et très intéressé. (J'adresse aussi, en passant, un souvenir ému à cette guitare vert pomme qui avait l'air autant à sa place entre les mains du rythmique qu'un banjo entre les mains de Dani Filth et à la backlineuse qui a accordé à la salle entière une vue imprenable sur ses fesses du haut du mur d'amplis. Ah, la joie des derniers concerts de tournée...!)

Et la tête d'affiche, ah... J'attendais ce concert avec une grande curiosité, trouvant qu'Epica, dans ses premiers albums, malgré des plans superbes, courait le risque de la répétition (Consign to Oblivion étant pour moi trop semblable à The Phantom Agony), tendance corrigée par leur dernier album, The Divine Conspiracy. Eh bien, ce fut une véritable claque qui démontra sans l'ombre d'un doute qu'Epica fait partie des grands, des très grands de la scène métal symphonique actuelle (mais puis-je être vraiment impartial avec un groupe qui a fait son cheval de bataille de la manipulation par les religions...?). Principalement parce qu'ils savent conserver un équilibre extrêmement délicat dans ce genre: la richesse de composition face à l'efficacité (équilibre particulièrement loupé par After Forever sur Invisible Circles, par exemple). La scène met parfaitement en avant cette finesse, privilégiant l'émotion et la musique sans jamais tomber dans la démonstration stérile de virtuosité (et pourtant, le talent des musiciens n'est pas à démontrer). Ce fut un spectacle grandiose, un groupe en très grande forme malgré la chaleur à crever de la salle, porté par des compositions magnifiques et un chant sublime comme toujours, qu'il s'agisse de Simone Simons ou de Mark Jansen (grunts, screams). Une petite surprise, d'ailleurs, sur la voix de Simone qui sonne beaucoup plus "pop" en live qu'en studio, sans cette teinte opéra, chaude et ronde qu'on lui connaît d'habitude, ce qui donne aux morceaux une coloration différente et assez intéressante. Un voyage à couper le souffle, dont je suis rentré enchanté, ébahi, avec des images et du son plein les oreilles.

Bref, la musique à son meilleur, quand les connaissances théoriques et l'habileté sont si poussées qu'elles servent le discours et le portent, invisibles, au lieu de le remplacer (comme chez Therion, par exemple). Je m'aperçois que cela rejoint mon idéal rêvé de la littérature: le style, la virtuosité se doivent d'être travaillés, poussés, affinés au point de disparaître et de laisser transparaître l'émotion. Beaucoup de travail, sans cesse, pour viser, à terme, l'économie de moyens et la justesse. Comme en ésotérisme?

Less is more.