Procrastination podcast s10e12 – Les contraintes de taille

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s10e12 – Les contraintes de taille« .

Du haiku à la trilogie en cinq volumes, comment aborder la question gérer les envergurs de différents récts ? Peut-on changer la taille d’un projet pour la faire rentrer dans une autre catégorie, de la nouvelle au roman – ou inversement ?

Mélanie a une approche intuitive, mais son format de prédilection étant la nouvelle, elle sent quand une histoire déborde du cadre. Il lui est toujours assez facile de couper, mais pas rallonger.
Lionel est l’inverse : il écrit toujours au plus court, ce qui démontre la gravité de son cas, et trouve toujours des couches de profondeur additionnelles à une histoire (ce qui cause la gravité de son cas).
Estelle avance que les jeunes auteur·ices tendent souvent à sous-estimer la longueur de ses récits ; elle donne quelques pistes pour apprendre sa propre approche, et encourage l’expérimentation riche d’enseignements.

Reférences citées

  • Les éditions Critic
  • Josef Capek, Un Gâteau 100 fois bon

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2026-03-19T05:45:46+01:00lundi 2 mars 2026|Procrastination podcast|Commentaires fermés sur Procrastination podcast s10e12 – Les contraintes de taille

Vaincre l’angoisse de la page blanche avec la méthode… Pomodosignes

La méthode Pomodoro m’a littéralement sauvé la vie (et la carrière) pendant des années en découpant l’angoisse d’écrire les monstres que j’écris en sessions de travail digestibles ; avec quelques raffinements développés à l’usage pour le travail de création. Au lieu d’écrire 15000 signes (ce qui est vaste), on travaille 25 minutes (ce qui est simple). Refaites suffisamment de tranches de 25 minutes et vous avez 25 ans (je dois à peu près en être à ce stade pour La Succession des Âges).

Un truc m’a cependant toujours gêné, c’est la nécessité pour moi de devoir travailler ainsi depuis plusieurs années de manière à conserver un rythme de production correct. Certes, j’ai plus d’ambition et d’expérience ce qui, dans mon cas, est paralysant (je vois beaucoup trop vite les défauts du premier jet) ; je construis aussi des histoires beaucoup plus complexes qu’à mes débuts. Cependant : si je crois en mon travail, si j’aime mes projets, pourquoi sont-ils si difficiles à exécuter, au point que j’en doive me tromper l’esprit en découpant la journée en tronçons brefs ? Pourquoi parvins-je à rentrer tous les jours 1000 signes chaque matin en déplacement en 10-15 minutes quasiment sans difficulté, mais qu’une journée de travail libre n’en fournit parfois que 3000 ?

Pendant longtemps, je l’ai expliqué en me disant qu’avec des Pomodoros, je ne découpais pas l’effort (qui ne m’a jamais fait peur) mais l’angoisse (qui fait peur. C’est, heu, son job). Mais la méthode Pomodoro n’est pas sans défaut – toutes les journées ne sont pas égales, tous les efforts non plus. On peut ramer sur un détail pendant quinze minutes, comme tracer 2000 signes en une demi-heure. Un tronçon de 25 minutes est un tronçon facile à concevoir, mais il ne reflète pas vraiment, à mon goût, la nature de l’effort dans le cadre de la rédaction soutenue (le plus difficile dans mon cas). Parfois, ça roule. Parois, c’est la misère. C’est ainsi.

Et si, tout simplement, on changeait la métrique ? D’intervalles de temps, arbitraires et inégaux, on passait à une tranche de signes écrits, indiscutable et tangible ? Je travaille ainsi depuis quelque temps et les résultats sont comparables avec la méthode Pomodoro – ce qui est bien – mais sans la légère culpabilité de ne pas arriver à me botter les fesses temporellement – ce qui est bien, bien mieux. I give you, donc, la méthode Pomodosignes, extrêmement simple pour l’écriture et, pour ma part, bien plus gratifiante. Tout simplement, une pause de 5 minutes est permise tous les 2000 signes écrits (ajustez l’intervalle selon vos besoins ; par exemple, j’ai essayé 2500, c’est trop pour mon mental de poisson rouge).

Plus spécifiquement, la journée prend en compte les spécificités de l’effort bien particulier que représente la rédaction au long cours.

  • Le premier créneau est consacré à la reprise de contact avec le projet. On reprend ses notes, on relit, on se remet dedans, et on n’a qu’à écrire 1000 signes pour se permettre une pause. En déplacement, en période difficile ou d’urgence autre que l’écriture, on peut s’arrêter là ! On a déjà avancé.
  • Ensuite, on procède par tranches de 2000 signes. Chaque tranche octroie 5 minutes de pause. La beauté de la chose, c’est que cela prend en compte les sessions où l’on ne veut pas s’arrêter parce qu’on est possédé par l’écriture. J’ai fait 5000 signes au lieu de 2000 avant de m’essouffler ? J’ai droit à deux pauses, et la prochaine tranche ne requiert que 1000 signes avant de m’octroyer un nouveau bout de saucisson. C’est incitatif, directement corrélé à la quantité de mots produits dans le document, ramène l’attention à la production de matériel tangible, au lieu de l’aspect parfois flou de sessions de travail fondées sur le temps. Mais cela accepte aussi que, parfois, une phrase coûte plus cher que trois paragraphes entiers.

Tous les studios d’écriture (Scrivener, Ulysses) permettent en outre de calibrer sa session de travail en signes et de conserver un indicateur graphique de son progrès sous les yeux. Je recommande de commencer donc par calibrer la journée à 1000 signes, puis d’aller de 2000 en 2000 : c’est idiot, mais c’est une motivation colossale de voir enfin une barre de progrès de rédaction que l’on remplit régulièrement au lieu de cet énorme objectif idéal que, soyons honnêtes, on n’atteint jamais.

Scrivener permet d’éditer ses objectifs du jour, et notifie même quand on les atteint.

Évidemment, ça ne fonctionne que pour la rédaction, mais je trouve la planification et la réflexion bien moins difficiles à encadrer. Quand on rêve, tout est idéal, complet, juste ; les mots sont parfaits, le message est d’autant plus idéal qu’il peut demeurer inconsciemment vague à l’esprit et donc porteur des contradictions révélant l’absence de tout choix. La véritable épreuve du feu, c’est faire descendre cet idéal dans l’incarnation du langage ; c’est là, donc, que l’on peut bénéficier d’un coup de pouce comme ce genre de méthode.

2025-08-25T09:53:44+02:00lundi 25 août 2025|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Vaincre l’angoisse de la page blanche avec la méthode… Pomodosignes

Arrêtez de compter la longueur de vos textes en « mots »

Un mot (ha) qu’il me semble important de rappeler ici, surtout que le NaNoWriMo est dans un peu plus d’un mois :

Ne comptez pas la longueur de vos textes en mots.

L’usage de l’édition française, ce sont les signes espaces comprises.

Je sais, le NaNo utilise les « mots », mais c’est l’usage anglo-américain, d’où nous vient le NaNo, et cela s’est du coup transposé dans beaucoup de cercles de jeunes auteurs, mais je vous assure que personne ne compte ainsi dans l’édition française professionnelle.

Si vous voulez travailler avec ce milieu, prenez la bonne habitude, cela vous donnera l’air carré et au courant.

Et si vous ne voulez pas, comptez la longueur vos textes en tablettes d’argile, parce qu’un créateur se doit d’emmerder un peu le monde un peu quand même.

(Si la conversion vous donne du mal, multipliez / divisez mentalement par 6, en moyenne, puis donnez le résultat en signes d’un air assuré, personne ne le saura. Sauf moi, puisque je vous ai donné le truc.)

2020-09-21T17:58:43+02:00mardi 29 septembre 2020|Best Of, Technique d'écriture|10 Commentaires

Calibrer son document et se fixer des objectifs avec Scrivener

La Messagère du Ciel, premier jet terminé.
La Messagère du Ciel, premier jet terminé.

Les petites captures d’écran que j’ai partagé de loin en loin lors de la rédaction des Dieux sauvages (voir ci-contre) ont suscité quelques réactions : quel est ce logiciel ? Comment ça marche ? Comment me fixer des objectifs ?

Je pense que se fixer des objectifs d’écriture est un mécanisme utile pour avancer ses projets. Les objectifs varient bien sûr en fonction du temps disponible, de l’expérience, de la complexité du récit, mais l’expérience montre qu’il vaut mieux toucher un peu son projet tous les jours que beaucoup à intervalles irréguliers (on en a parlé ici à l’occasion du commentaire des règles sur l’écriture de Robert Heinlein). Entre autres parce que l’écriture s’apparente beaucoup à un muscle et qu’un muscle, ça travaille mieux régulièrement qu’un grand coup de temps en temps. Le travail régulier permet de conserver la motivation ainsi qu’une bonne mémoire de son projet, au lieu de devoir tout réapprendre à chaque fois.

Plus prosaïquement parce que l’expérience prouve que les longues périodes de temps disponible sont rares. Et que les attendre revient à risquer de ne jamais faire aucun progrès.

Étant conçu pour des auteurs, Scrivener (fortement recommandé dans la boîte à outils de l’écrivain, ici) propose donc des fonctionnalités intégrées rusées et puissantes pour le maintien de ces objectifs.

Le calibrage du document

Tout d’abord, Scrivener propose un calibrage automatique du manuscrit en cours – la partie « Draft » ou « Manuscrit » – c’est-à-dire, ce qui finira dans la compilation. Les notes, recherches et autres documents de référence qui figurent à côté ne sont pas comptés (logique et rassurant).

Plus précisément, chaque document de la partie Manuscrit peut être intégré ou non dans la compilation manuellement. Ce qui permet de conserver, parfois, des notes à côté d’un chapitre quand cela s’impose. Ici, deux dossiers du projet de Port d’Âmes, contenant côte à côte le chapitre 3 finalisé et les notes correspondantes au moment de mes propres corrections.

Il suffit pour cela de cocher ou non la case de l’inspecteur « Inclure dans la compilation » :

(On la retrouve en mode plan dans les diverses colonnes personnalisables.)

Se fixer des objectifs

Commande (ou Control) – majuscule – T donne la fenêtre des calibrages et objectifs :

Un clic sur le bouton en bas à droite (Modifier) donne accès à la personnalisation des objectifs d’écriture, que ce soit pour le manuscrit en cours ou pour les quotas quotidiens. Comme nous calibrons des documents à la française, on préférera les caractères espaces comprises, qui sont l’unité de référence dans l’édition chez nous.

Les options offrent tout un tas de subtilités pour paramétrer au mieux son expérience (sous Mac, au moins, je ne sais pas où en est la version Windows) :

scriv-options-objectis

À vous de voir la rigueur que vous voulez vous imposer : autoriser les chiffres négatifs (quand on corrige, par exemple) peut déprimer… Ou pas si l’on cherche justement à faire maigrir un manuscrit. Je recommande d’activer la notification quand l’objectif est atteint ; c’est une belle récompense, et permet de s’affranchir d’une consultation compulsive du compteur à chaque paragraphe (ce qui nuit un tout petit peu à la concentration).

Il faut se rappeler que Scrivener calcule ses cibles sur les documents signalés comme étant dans la compilation uniquement (sauf si on lui dit le contraire dans les options ci-dessus). Cela signifie que si vous écrivez 5000 signes de fiche de personnage dans la section Référence, il ne le comptera pas, par exemple. Plus subtil, si vous écrivez 5000 signes dans un document du Manuscrit mais que vous décochez ensuite l’inclusion dans la compilation, ces signes seront comptabilisés dans le quota quotidien. Mais au contraire, si vous écrivez 5000 signes dans un document puis que vous l’incluez à la compilation par la suite, Scrivener ne gardera pas trace du calibrage écrit. De même, rédiger des notes dans un document inclus à la compilation est une bonne manière de faire monter artificiellement le quota du jour… Mais un piège qu’on se tend à soi-même quand il s’agit de les supprimer (car le quota s’en ressent d’autant). (Bien sûr que c’est du vécu.) Bref, ayez conscience de votre paramétrage pour ne pas vous laisser piéger par l’automatisation. (Conseil de survie de base au XXIe siècle.)

Vous voilà parés pour tenir vos objectifs quotidiens – et ça tombe bien, car nous sommes en plein NaNoWriMo, le mois de l’écriture ! (Et si vous êtes en manque de motivation, pour mémoire, j’avais contribué un petit pep talk en 2013 archivé ici.)

Pour plus de ressources sur Scrivener et peut-être franchir le pas, si ce n’est pas déjà fait, rendez-vous sur cette page.

2019-06-07T22:41:27+02:00mardi 8 novembre 2016|Best Of, Technique d'écriture|8 Commentaires

124% (une forme de photo de la semaine)

Okay, quand je suis énervé et que je me donne une to-do list avec comme objectif en béton armé de terminer le roman AUJOURD’HUI (enfin, hier), on ne joue plus.

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39 000 signes en une journée, ce n’est pas mon record (qui doit être, de mémoire, de 60 000 signes en finissant à 4h du matin), mais ça reste pas mal. Ainsi se termine pour moi le premier jet de La Messagère du Ciel, premier tome de « Les Dieux sauvages ». Avec un dépassement de signes finalement encore assez raisonnable, surtout que je sais, d’expérience, que mes premiers jets tendent à maigrir aux corrections. (Léviathan : la Nuit avait perdu ainsi environ 20% du volume de son premier jet, même si ce chiffre se réduit de livre en livre, à mesure que je deviens plus précis pour atteindre la cible que je me fixe au préalable.) Il reste une ou deux bricoles à ajouter / rafistoler sur le gros œuvre, mais je peux dire, à toutes fins utiles, que le roman est terminé. Yay ! (En espérant, comme toujours, qu’il en vaille la peine, etc, etc.)

… Du moins jusqu’à ses corrections. Mais c’est une étape beaucoup plus technique sur laquelle je sais que je progresse rapidement. Dans cette phase, je change totalement de casquette : du rôle d’auteur passant d’un chapitre à l’autre et découvrant l’histoire en compagnie des personnages à travers les grandes étapes préétablies du plan, je deviens, en un sens, mon propre ghostwriter. Ma situation est la suivante : je viens de recevoir ce manuscrit sur mon bureau d’un auteur un peu foufou, avec des problèmes à régler, un style à polir, une cohérence à surveiller ; à présent, mon rôle consiste à le rendre présentable tout en sachant qu’on ne me créditera jamais pour ce travail, mais que ce sera « l’autre » qui en retirera les lauriers.

Non, non, ce n’est pas du tout un métier bizarre.

https://www.instagram.com/p/BMWAJ-vgpM9/

2016-11-03T23:00:36+01:00vendredi 4 novembre 2016|Journal|7 Commentaires

Combien dois-je demander pour une traduction ?

C’est une question qu’on m’a posé deux fois en deux semaines en privé, alors il semble qu’il puisse être utile de donner quelques pistes aux jeunes traducteurs et trices, surtout s’ils comptent faire de la traduction une activité semi-professionnelle, ou s’ils ont la chance de maîtriser une langue rare.

Comment souvent dans ces cas-là, l’Association des Traducteurs Littéraires de France (ATLF) vient à la rescousse avec un site proposant nombre d’informations sur le métier (http://www.atlf.org/).

Tout d’abord, et cela n’a rien d’une évidence, il faut s’assurer que l’on est convenablement armé pour s’engager à réaliser un travail de traduction, en particulier si l’on débute ou (c’est assez fréquent) que l’on rend service sur un contract ponctuel sans réelle intention professionnelle. Pour cela, le code de déontologie du traducteur est un précieux guide. Il faut notamment juger de la difficulté du travail à réaliser : un essai technique ou de la poésie ne poseront pas les mêmes embûches qu’un article de presse grand public ou qu’une nouvelle de littérature blanche. Il n’y a pas de lignes directrices autres qu’un examen de conscience honnête et approfondi, surtout si l’on débute, pour répondre à la question : « Suis-je capable de faire correctement ce boulot sans y laisser l’ensemble de mon sommeil pour les trois mois à venir ? »

Ensuite, combien demander ? L’ATLF réalise tous les ans une enquête sur la rémunération des traducteurs en fonction de la langue et du support (voir ici). Ces fourchettes peuvent servir de ligne directrice mais il faut avoir conscience que les tarifs peuvent varier bien davantage, notamment selon l’expérience du traducteur, la difficulté du support, l’urgence du délai, la rareté de la langue, etc. Toutefois, ils ne devraient pas descendre « trop » en-deçà de la fourchette basse. La traduction est un travail exigeant et une bonne traduction se paie. Si le donneur d’ordre n’a pas les moyens de la financer1, il lui faut peut-être s’interroger sur la pérénnité de sa stratégie à l’étranger.

Il faut noter que cette enquête donne les tarifs selon le dit « feuillet calibré standard de 1500 signes ». C’est n’est PAS une tranche informatique de 1500 signes calculée dans Word. Le feuillet est un étalon en vigueur depuis des décennies dans l’édition, hérité de la machine à écrire, et correspond à une feuille « modèle » d’approximativement 1500 signes. Je n’entre pas davantage dans le détail, il y a un excellent article et didacticiel sur la question encore une fois sur le site de l’ATLF à cette adresse (en PDF). Il est possible de calculer la rémunération selon le calibrage informatique, mais il convient alors de la majorer (voir enquête rémunération).

Enfin, je ne m’en étais pas encore fait l’écho, mais Pierre Assouline vient de publier un épais rapport sur la condition du traducteur, bourré de chiffres et d’analyses, fruit d’une longue et minutieuse enquête de terrain. Il est disponible gratuitement sous forme numérique sur le site du Centre National du Livre à cette adresse.

  1. Si c’est une entreprise, bien sûr.
2014-08-30T18:33:01+02:00jeudi 8 septembre 2011|Best Of, Le monde du livre|24 Commentaires
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