Le dark enlightenment, une des clés pour comprendre ce qui est en train de se passer sous nos yeux

J’hésite à relayer ça parce que c’est tellement aberrant que je me fais l’effet d’un conspirationniste, mais le déroulé théorique colle tellement avec l’actualité complètement insensée et terrifiante des deux dernières semaines (et France 24 en parle, donc ça n’est pas non plus zinzin) que ça vaut le coup de poser ça là, comme on dit, et je vous fais confiance pour évaluer la chose à l’aune de la réalité.

On connaît l’existence du Projet 2025, la feuille de route de Donald Trump, cependant il semble de plus en plus que ça ne soit que la partie émergée de l’iceberg, et le moyen pour arriver à quelque chose que… là tout de suite, à 9h45 du matin, je n’ai pas les mots pour décrire.

Prenez dix minutes de votre temps – vraiment, prenez-les – pour lire deux fiches Wikipédia (en anglais si vous le pouvez, elles sont plus développées et mieux sourcées) :

Celle de Curtis Yarvin, le « penseur » en tête de file du mouvement du dark enlightenment (néoréaction) qui pourrait bien former un des objectifs des bouleversements américains actuels :

Political strategist Steve Bannon has read and admired his work. Vice-president JD Vance has cited Yarvin as an influence, saying in 2021, « So there’s this guy Curtis Yarvin who has written about these things, » which included « Retire All Government Employees, » or RAGE, written in 2012. Vance said that if Trump became president again, « I think what Trump should do, if I was giving him one piece of advice: Fire every single midlevel bureaucrat, every civil servant in the administrative state, and replace them with our people.

Ça vous dit quelque chose ? (C’est explicite dans le Projet 2025)

Et donc, d’autre part, la page sur la néoréaction / NRx / dark enlightenment :

Neocameralism is the replacement for democracy where it gives everyone many options for « Exit » out of a undesirable autocracy and its taxes, rules and regulations, you don’t get to vote because in the neoreactionary ideal state they oppose democracy because it’s viewed as being anti-freedom, « Exit » is where you vote with your feet, you are free to bring your labor to another ‘gov-corp’ or governmental corporation, a complex patchwork of small, and competing, autonomous city-states.

Pour essayer de terminer sur une petite note d’optimisme quand même – je suis tombé sur ça, que je pose aussi, en annonçant d’emblée mon ignorance en la matière (insultez mon ignorance si vous voulez – si d’autres qui lisent ces mots ignoraient ça comme moi et se sentent l’envie d’aller creuser, j’aurai gagné ma journée) :

Two software developers became quietly known in tech circles in the 2000s and were almost the reverse image of each other. Both developed web alternatives. Both developed alternatives to the current government model.The right has read Yarvin and it shows. The left has not read Marsh and it shows.

Anonymous (@youranoncentral.bsky.social) 2024-12-06T05:58:45.972Z

Tout le fil vaut la peine d’être consulté mais en résumé, Heather Marsh serait diamétralement opposée à Yarvin, en s’attaquant aux mêmes symptômes (la difficulté d’organiser une société de plus en plus atomisée et volatile, en raison des développements technologiques) mais avec des réponses radicalement inverses, fondées sur l’ouverture et la collaboration.

Franchement, la page 3 de Binding Chaos part bien.

Corporations have the freedom to live in a world without borders or social responsibility, to own property no individual can claim and to control a one world government and legal system. This has had insupportable consequences for the world’s resources and individual rights.

Site et blog d’Heather Marsh, si vous voulez vous faire une idée.

2025-02-05T03:51:30+01:00mercredi 5 février 2025|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Le dark enlightenment, une des clés pour comprendre ce qui est en train de se passer sous nos yeux

Suppression définitive et finale de Facebook

Son invasion régulière et méthodique de nos vies privées, son rôle prépondérant dans la propagation d’hallucinations collectives, le danger qu’elle représente dans la défense des institutions démocratiques, sa mauvaise foi absolue dès qu’il est question de limiter un tant soit peu sa collecte de données personnelles, ses mensonges incessants et sa manie de revenir sur ses engagements (vous avez vu l’écran de partage de données dans WhatsApp ?), sa sociopathie dans l’usage de « l’engagement » comme métrique au lieu de se soucier de la qualité des interactions… 

Facebook, rôtis en enfer, virus de l’esprit, de la modération et de la joie de vivre.

Vous trouvez que je sur-réagis ? John Gruber (blogueur tech respecté) a compilé la plus accessible des listes de casseroles attachées à cette entreprise. Et je vous préviens, elle est aussi révoltante qu’interminable. Si le président de la NAACP qualifie Facebook de « menace pour la démocratie », c’est bien qu’il y a un énorme problème, et c’est une citation parmi beaucoup, beaucoup d’autres.

J’ai désactivé tous mes comptes sociaux il y a plus de six mois, à commencer par Facebook parce que je ne pouvais plus, en bonne conscience, continuer à me servir de cette plate-forme (et l’alimenter) en ignorant les dégâts qu’elle cause à notre monde. Mais les comptes existaient toujours, même invisibles, et ça me dérangeait depuis un moment, tant au niveau de la cohérence personnelle que du fait que, malgré tout, je continuais à ajouter « 1 » au nombre des utilisateurs dont peur se regorger cette entreprise criminelle.

Je suis maintenant débarrassé définitivement de ce fardeau. Attention, je ne vous donne pas de leçons, vous faites ce que vous voulez. Mais jetez quand même un œil à la liste ci-dessus. Et n’ayez pas peur de quitter la plate-forme. Non seulement on vit très bien sans, on vit mieux. Je peux en témoigner.

Note de bas de page : si un jour se crée un compte ou une page à mon ancienne adresse, facebook.com/lioneldavoust, il est donc évident que ça n’est pas moi, ou bien vous serez les premier·es prévenu·es.

On ne sait jamais, des fois que Mark Zuckerberg passe un pacte avec le diable pour s’acheter une âme.

2021-02-13T17:10:53+01:00jeudi 18 février 2021|Humeurs aqueuses|8 Commentaires

La démocratie, c’est perdre avec grâce

Bon, j’ai plein d’infos sympas sur les actualités, les bouquins à sortir, les interventions, mais à voir la température sur les réseaux sociaux du monde français entier, je vois clairement que ce n’est pas le moment, donc un mot rapide sur les élections.

Je lis beaucoup – notamment chez les mélenchonistes – que cette élection a été « volée », que c’est un « simulacre de démocratie », etc. Beaucoup des mêmes, écœurés par la défaite de leur candidat – ou par le fait, simplement, que leur sensibilités ne se retrouvent pas au second tour – prônent l’abstention ou un vote blanc.

Ceux-là me font exactement le même effet que tous ceux qui ont déserté Benoît Hamon au lendemain du résultat de la primaire : on prétend consulter le peuple, et puis le résultat ne convient pas aux plans établis ou aux espoirs ? Tirons-nous et clamons à la trahison !

La démocratie, c’est la consultation du peuple. Le résultat ne vous enchante pas, d’accord. (Moi non plus. À commencer par le fait de voir à nouveau l’extrême-droite en finale me consterne, désole, me met en colère. Je ne vous fais pas le couplet, il est connu depuis le temps.) Mais la voix du peuple, le résultat du peuple, ne sont-ils pas souverains ? Nous n’avons pas un système à deux étages à l’Américaine. Chaque bulletin mis dans l’urne est une expression exprimée, directement.

Beaucoup avaient l’espoir d’un changement de fond conformément à leurs convictions ; la déception est proportionnelle à la hauteur de cet espoir, ce qui est pleinement compréhensible. Mais que cette déception se transforme en négation totale du droit de vote – un droit pour lequel nos ancêtres se sont battus, ont saigné, sont morts ; un droit qui est, oui, confisqué ou refusé dans d’autres États – est une déclaration de nanti qui m’échappera toujours. Entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, il y a d’un côté un candidat dont on peut hautement critiquer, voire détester la politique si on le souhaite, mais dont le parti n’a jamais employé la discrimination et la peur comme tactique. L’autre représente un parti issu à l’origine d’un courant reconnu comme néo-fasciste.

Et vous resteriez chez vous le 7 mai ?

Il est impossible de dire, après le premier tour de cette élection, que le système est « confisqué » quand les deux partis historiques se sont fait battre et que Jean-Luc Mélenchon termine dans un mouchoir de poche avec les trois qui le devancent, totalisant un score historique. (Oui, le système dans l’ensemble peut toujours fonctionner bien mieux, mais, si Jean-Luc Mélenchon n’a pas fini plus haut, ce n’est pas la faute du système électoral, ici.) Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’ont pas tiré leurs premières places d’un chapeau, mais des urnes. (Aussi ahurissant que ce soit dans le cas de la seconde.) Ils n’ont pas « acheté » leur victoire, ils la reçoivent du suffrage universel direct. Ça ne vous fait pas plaisir, à moi non plus. Mais vous ne pouvez pas – vous n’avez pas le droit de dire que certains ont « mal voté » et que le résultat est « volé ». Je vous renvoie à l’histoire pour faire le tour des États qui enseignaient comment « bien voter » à leur électorat – dans leur propre intérêt, vous comprenez, pour faire leur éducation.

Ce n’est pas un second tour Macron / n’importe qui d’autre, les amis. Des deux finalistes de ce premier tour, un candidat me semble clairement républicain, l’autre, not so much. Faut-il autre chose ? 

Oui, tiens. Allons écouter Jean-Luc Mélenchon himself en 2002 :

Le vote d’extrême droite doit être réduit au minimum par nos propres forces. Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui paraît indigne de soi? Ne pas faire son devoir républicain en raison de la nausée que nous donne le moyen d’action, c’est prendre un risque collectif sans commune mesure avec l’inconvénient individuel.

(Graissage de mon fait : une déclaration de haute noblesse à laquelle je souscris totalement. Pour ma part, dans deux semaines, je serai ce fameux « voisin » qui ira faire l’effort.)

Il faut se rappeler qui est l’adversaire, et continuer à mener ses combats en employant les règles de la démocratie et de la république, car c’est là-dessus que le pays fonctionne et s’est fondé, c’est notre fierté, et que c’est par ce biais qu’on s’engage à le changer. On prépare les combats du lendemain, l’opposition, le débat, la contestation si nécessaire, en allant voter pour que la possibilité de le faire, sacré bordel de dieu, existe encore demain ! La France insoumise, c’est environ 1/5 des suffrages exprimés ! S’il n’y a pas un après avec ça, un élan à prolonger, un dynamique à faire grossir davantage pour ceux qui la partagent – que faut-il ? Cette dynamique devait parvenir à convaincre, et c’est ce qu’elle n’a pas fait suffisamment dimanche ; tirez-en les conclusions que vous voulez, mais c’est ça, la démocratie. 

Bref. Résumons en un échange de tweets :

Pour aller plus loin, voir cet article de Slate pour la citation de Jean-Luc Mélenchon et une analyse que je partage en large partie.

EDIT : Je rappelle qu’un embargo sur l’apologie de l’abstention est toujours en vigueur dans les commentaires de ce blog (parce que ça prend des heures à modérer et que je ne souhaite pas offrir une plate-forme à ce discours). Veuillez donc vous… abstenir de rédiger ce genre de messages, qui seront supprimés. 

2017-04-25T17:38:56+02:00mardi 25 avril 2017|Humeurs aqueuses|32 Commentaires

Il y a un problème avec la démocratie

Donc voilà, tout le monde s’est réveillé avec un « c’est pas vrai ? » en voyant le résultat de l’élection du président du monde. Un homme que l’écrasante majorité de la presse et des dirigeants des grandes compagnies américains ont refusé de soutenir. Il est des élections qui semblent tellement évidentes, tellement jouées d’avance – « ils ne vont pas élire ce fou furieux, lui donner les codes de l’arme nucléaire alors que son propre QG de campagne lui retire l’accès à son propre compte Twitter ? » – que le résultat donne l’impression de s’être réveillé dans un monde parallèle.

La même chose s’est produite au moment du Brexit : un référendum dangereux, mais qui semblait si évident, dont le résultat ne pouvait pas décemment insulter la raison, mais qui, bien évidemment, s’est soldé en une catastrophe dont on peut douter que le pays se relève un jour.

Donald Trump a remporté sa victoire sur la base de la haine, de la démagogie et d’une forme institutionnelle d’ignorance (et, dans une moindre mesure, c’est vrai, de l’abus d’assurance joint à l’incompétence crainte de sa rivale). C’est le triomphe de l’Amérique suprémaciste et obscurantiste, celle qui nie le changement climatique, qui croit qu’on peut arrêter l’immigration mexicaine en construisant un mur géant façon rideau de fer à la frontière, etc. Le Brexit, quant à lui, a été décidé sur la base de mensonges éhontés – irréfutablement démontés depuis…

Dans les deux cas, la consultation générale, démocratique, du peuple a engendré un résultat aberrant, allant à l’encontre de la raison même. Voire, de la réalité. Dans les deux cas, il est plutôt facile de pointer les causes principales : les mensonges éhontés des politiques (le Brexit, mais aussi Trump) et le tragique déficit d’éducation des électeurs, conduisant à des réactions absurdes nées de la peur et du malaise ambiant (Trump, mais aussi le Brexit).

L’économie et la démocratie ont ceci de commun qu’elles sont fondamentalement basées sur une hypothèse impossible : elles postulent une décision rationnelle qui s’appuie sur une information parfaite de l’acteur individuel. Ce n’est plus possible, sur tous les sujets, en 2016. La démocratie est « la pire forme de régime à l’exclusion de tous les autres », pour citer Churchill, mais là, un problème sévère se pose. Parce qu’entre autres causes, une certaine forme d’obscurantisme intellectuel (religieux, mais pas que ; Chomsky pointe à juste titre que l’élite d’un régime démocratique n’a aucun intérêt à avoir des électeurs informés et instruits) crée un peuple crédule, ignorant, manipulable à l’envi, et que la voix de la raison se fait toujours plus faible avec le temps dans la cacophonie. C’est ainsi que le Royaume-Uni se retrouve à quitter l’union européenne et que les États-Unis élisent Trump.

Dans les circonstances actuelles, la démocratie façon XXe siècle a vécu – comme tout système, elle est en train d’atteindre ses limites dans un monde qui a changé ; ses failles – rares et subtiles, mais présentes malgré tout – ont été trouvées et exploitées par des politiciens qui savent s’appuyer sur le viscéral au lieu de la raison, sur l’instantané au lieu du long terme – et les réseaux sociaux, stimulant l’appétence pour le contenu viral, fort, émotionnel, n’y sont pas étrangers, car ils sont conçus pour stimuler ce qu’il y a de plus bas dans l’espèce humaine.

Que faire alors ? Fichtre, je n’en ai aucune idée. Je ne suis absolument pas en train de dire qu’il faut exclure des citoyens de la consultation, ni revenir à une forme de gouvernement plus centralisé encore, ce qui ne conduirait qu’à davantage d’abus. La solution serait bien évidemment de renforcer l’éducation dans toutes les strates de la société, mais, à ce stade, en tout cas à court terme, cela semble tenir de l’utopie – car il faut la volonté politique et les moyens, sans compter qu’une spirale descendante d’ignorance semble s’amorcer, à mesure que les incultes et les menteurs se retrouvent au pouvoir, et promeuvent davantage ces mêmes phénomènes qui les ont vu élire. Je suppose qu’il existe déjà quantité de réflexions sur des modes de consultation ou de gouvernance alternatifs fondés entre autres sur Internet – si vous avez votre favori à recommander, n’hésitez pas à le faire en commentaires, qu’on puisse éventuellement changer cette farce tragique en réflexion sur l’avenir, dusse-t-elle dépasser notre propre espérance de vie (mais restez courtois, il s’agit d’être constructif). Par exemple, à titre personnel, ces temps-ci, je m’interroge sur le suffrage universel : j’ai de vagues notions d’économie, mais je ne suis pas économiste – il me paraît curieux que ma voix, sur un dossier économique par exemple, ait le même poids qu’un spécialiste, vu que je suis, à peu de choses près, incompétent. Bien sûr que je souhaite faire usage de la possibilité de m’exprimer, mais je ne vais pas non plus prétendre lutter à armes égales avec un chercheur en la matière qui a des années d’étude et d’expérience derrière lui. Le grand nombre, c’est risquer le triomphe de l’ignorance ; mais le petit nombre, c’est risquer la confiscation du pouvoir (et la féodalité). What then? 

À ce stade, je me prends à trouver un attrait certain pour le tirage au sort hérité des Grecs – ces jours-ci, ça nous donnerait au moins une chance de tomber sur le bon choix… Si je me souviens bien, dans Chants d’une Terre lointaine, Arthur C. Clarke plaisante même en disant que c’est la seule chance pour un peuple d’avoir un dirigeant un tant soit peu correct, car qui n’aurait surtout pas envie de se retrouver à ce poste – et que ce devrait être le premier critère de compétence.

George Bernhard Shaw affirmait que la démocratie est le régime qui assure qu’un peuple n’est jamais gouverné par mieux que ce qu’il mérite. Le problème, c’est que les peuples sont multiples, et que beaucoup vont souffrir des quatre ans à venir. (Heureusement que ce n’est « que » quatre ans.)

À nous d’être intelligents chez nous l’année prochaine…

2016-11-09T10:24:47+01:00mercredi 9 novembre 2016|Humeurs aqueuses|12 Commentaires

J’ai une mission pour vous

not_votingAuguste lectorat, j’ai une mission pour toi.

Le 25 mai, dimanche, ce sont les élections européennes.

Il faut que tu ailles voter. 

Si tu ne peux pas (par exemple, si tu es aux Imaginales) il faut que tu fasses fissa une procuration. C’est facile : tu vas à ton commissariat de quartier avec le nom, la date et le lieu de naissance de celui ou celle qui bénéficiera de ta procuration (qui doit voter dans la même commune que toi) et c’est réglé. Ça se fait tout simplement. Il faut juste te bouger une demi-heure. Il faut le faire. (Vite, ça urge.)

C’est important. C’est important parce qu’il se décide énormément de choses à l’échelon européen qui influence nos vies au quotidien. C’est important parce qu’il y a dans les tuyaux un accord secret de libre-échange qui pèsera lourd sur nos vies et sur l’organisation du commerce mondial.

C’est important parce que voter est un droit qui n’est pas universel à travers le monde : il s’agit d’un devoir et non d’un luxe.

Peu importe que tu sois blasé-e de la politique française, de son jeu de dupes, que tu imagines que cela n’a aucune influence. Regarde un peu ceux chez qui on n’a pas le droit de vote, s’il y a une influence du citoyen. Est-ce comparable à notre situation ? Non. Alors agis. Pas de flemme abstentionniste, s’il te plaît.

L’Europe n’est pas la France ; l’échelon international est plus vaste, et différent de notre attitude actuellement un peu mollassonne. Par contre, l’Europe concerne de façon très directe la France, et donc toi, de façon immédiate.

Va voter, sinon je te trouve et te démonte comme lui, là, dans la vidéo.

Nous profitons de 69 ans sans guerre sur nos sols et la Première Mondiale a un siècle cette année. Agis !

Mais, auguste lectorat, tu es quelqu’un de bien, et je pense bien qu’ici, je prêche un convaincu, n’est-ce pas ?

2014-05-15T18:10:09+02:00vendredi 16 mai 2014|Humeurs aqueuses|101 Commentaires

Votez pour le prix Merlin !

prix_merlinLe prix Merlin, organisé depuis 2002, est un prix particulier, car c’est un prix du public dans le domaine de la fantasy (homologue du prix Rosny pour la science-fiction). C’est-à-dire que VOUS votez pour vos oeuvres favorites de l’année écoulée. C’est l’occasion unique de faire entendre vos goûts, d’envoyer un message clair de soutien aux auteurs et éditeurs que vous aimez, et de signaler aux décideurs ce que vous appréciez.

Cela ne fonctionne, comme tout jeu démocratique, que si les votants sont le plus nombreux possible, afin de niveller les distorsions statistiques qui peuvent se produire dans ce genre d’entreprise. Je vous encourage donc très vivement à participer – impossible d’avoir tout lu, bien sûr, le système est forcément imparfait ; mais si, justement, vous avez lu un petit auteur chez un éditeur inconnu, c’est le moment où jamais de le signaler (voire d’ajouter leurs noms sur les listes via le formulaire dédié).

Il existe deux catégories : roman, et nouvelle. Je figure bien entendu sur les listes mais ne vous invite nullement à voter pour moi plus particulièrement que pour un autre. Mon voeu est simplement de voir le plus grand nombre de lecteurs participer à cette initiative afin qu’avec le Rosny, ces prix se hissent au niveau du prestigieux prix Locus chez nos camarades anglophones.

> Pour voter, c’est ici <

 

2013-02-01T23:08:49+01:00vendredi 8 février 2013|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Votez pour le prix Merlin !

Verrouille et ferme ta gueule

Le Cri, Edvard Munch

Je suis vraiment très, très énervé. Je suis profondément énervé par la bêtise crasse qui peut parfois animer les gens bien intentionnés, les gens qu’on interroge au micro dans le journal de 20 h de TF1 qui s’improvisent experts sur l’écologie, la politique internationale et les embouteillages dûs à la neige, je suis écoeuré par l’inertie générale de ceux qui haussent les épaules en justifiant l’avenir par le présent, et je suis surtout encore plus consterné par cette part importante de nos peuples qui remet par ignorance les rênes de son existence à des bouchers déguisés en gendres idéaux tels des moutons à l’abattoir. Je dis beaucoup « je » mais, comme je l’ai dit, je suis hors de moi. Gueuler ne servira pas à grand-chose, j’en ai conscience, mais ça me défoulera, et si ça peut t’informer, auguste lectorat, alors je n’aurai pas perdu 10 000 signes pour rien.

La loi LOPPSI 2 a été adoptée hier. Cette loi touche à un certain nombre de méthodes de centralisation et de gestion de l’information personnelle pour faciliter les investigations criminelles. Mais, comme tous les serpents de mer que pond ce merveilleux gouvernement dont la rhétorique repose sur un seul et merveilleux principe, l’insulte à l’intelligence, il comporte un volet destiné une fois de plus à contrôler l’information – et donc à altérer la perception du monde.

Retour sur Hadopi

Un détail pris isolément n’est pas significatif. Il faut, pour comprendre l’offensive coordonnée sur la liberté d’information et d’expression menée par le gouvernement Sarkozy, composer une image globale de sa relation avec la presse, avec le droit du citoyen (voir l’excellent blog de Maître Eolas) et par rapport au Net. J’ai longuement parlé de cette loi grotesque, stupide et trompeuse, dont l’intention se résume à une seule chose : faire entrer chez le citoyen une mesure de surveillance volontaire de son activité en ligne au titre fallacieux que celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher. J’invite ceux qui sont d’accord avec cette idée à aller jeter un oeil aux méthodes des propagandes totalitaires.

Hadopi ne protège pas le droit d’auteur, ne protège pas les ayant droits, c’est une loi idiote, coûteuse, inefficace et absurde, votée par des députés moutons qui ne pigent strictement rien à la technique et s’inquiètent uniquement de leur réelection, de leurs appuis et du millésime du dîner de ce soir. Hadopi repose sur une technique de manipulation éprouvée, l’épouvantail rhétorique : brandir une cause juste avec lequel on ne saurait disconvenir pour justifier n’importe quelle extrémité en comptant sur l’ignorance des gens comme des prétendus penseurs (oui, c’est votre attitude sur ce dossier que je vise, Alain Finkielkraut). Ici, l’épouvantail était la mort de la culture et de la création (plaçant le gouvernement Sarkozy en chevalier blanc défenseur d’un domaine où on le voit pourtant peu) et le véritable but l’instauration volontaire de la surveillance.

LOPPSI, pourquoi demain, vous ne saurez rien

LOPPSI repose sur la même méthode. L’épouvantail rhétorique : la pédophilie. Il y a quelque chose dans notre époque qui fait de l’enfant l’ultime objet de sacralisation : l’enfant est roi, l’enfant est suprême, l’enfant est bon. Quantité de personnes balancent le cerveau au vide-ordures dès qu’il est question d’enfant : on retombe soi-même en enfance, divisant son QI par deux ; tout devient justifiable, même l’inacceptable. Qui n’a jamais entendu dire « je suis contre la peine de mort, sauf pour les pédophiles » ? Quel type de raisonnement est-ce là ? L’enfant justifie l’abdication de la raison.

Par conséquent, diaboliser Internet comme un repaire de pédophiles permet d’ouvrir la porte à tous les abus, dont ici le filtrage des contenus sans intervention de l’autorité judiciaire. De façon purement arbitraire. Qui saura que tel site est bel est bien pédophile ou non ? La pédophilie est déjà un crime, interdite sur le Net, poursuivie et châtiée. On ne trouve pas de sites pédophiles dans Google. Internet ne regorge pas de types louches prêts à assassiner des enfants à coups de clavier – pas plus que dans le quartier où on les laisse rentrer seuls.

Cette mesure est très grave à deux titres.

Une mesure contre-productive

Tout l’effet qu’ont ces mesures sur le filtrage et la surveillance des communications entraîne une suspicion croissante à l’écart des gouvernements, rompant la confiance historique avec les représentants du peuple, mais surtout généralise et banalise l’usage de méthodes de cryptage et de dissimulation des échanges. Habituellement, seules les communications sensibles ou criminelles se trouvaient masquées de la sorte, facilitant pour les services de police l’enquête et l’infiltration des réseaux. Mais si tout le monde se met – par méfiance – à crypter ses communications, la tâche sera terriblement complexifiée et rendra très ardue la séparation du bruit d’un véritable signal criminel. Instaurer le filtrage, restreindre les libertés de communication, c’est encourager les contournements et rendre, à terme, bien plus difficile l’arrestation des criminels véritables.

Le filtrage sans discrimination

Qui peut vérifier qu’un site bloqué est bel est bien pédophile ?

Si l’on instaure dans les esprits l’idée que l’on peut bloquer des contenus pour des raisons de sécurité (ce qui est inefficace, voir point précédent), demain, ne peut-on imaginer le blocage de sites « menaçant la sûreté nationale » ? Qui, mettons, révéleraient des malversations dans les hautes sphères du pouvoir ? Des manipulations de la presse ? Des affaires Bettencourt, des Karachigate ? Des sondages défavorables ?

Comme, par exemple, Wikileaks ?

Brice Hortefeux osait prononcer la vomissable phrase suivante : « Parfois, la transparence est une forme de totalitarisme. » Même George Orwell dans son célèbre 1984 n’avait pas osé le formuler en ces termes, préférant un plus sobre « Ignorance is strength » (l’ignorance est une force) parmi les principes fondamentaux de Big Brother.

Comment les gens peuvent-ils l’écouter ?

Parce qu’ils ne réfléchissent pas ?

Dans ces conditions, peut-on encore s’interroger sur les véritables raisons qui poussent le gouvernement à restreindre les fonds accordés à l’éducation ou à supprimer les enseignements d’histoire au lycée ?

Ce filtrage ouvre la porte à la forme ultime d’effacement de l’information, de remodelage de la pensée. Avec cette loi, si on l’imagine par exemple étendue à la sûreté nationale (ce qui n’a rien d’impossible), une information peut entièrement disparaître du paysage sans laisser de traces. C’est l’équivalent informationnel du Patriot Act où toute personne pouvait se voir déchue de ses droits élémentaires et détenue arbitrairement dès qu’elle était seulement soupçonnée d’activité terroriste : demain, on vous emmène à Guantanamo et vous disparaissez de la circulation. C’est pire que le démenti, la manipulation ou la censure : avec cela, certains pans entiers du savoir peuvent disparaître – ne laissant même pas de trace. Avec cela, on peut réécrire l’histoire, altérer l’actualité, gouverner l’opinion dès qu’une information est jugée contraire au bon vouloir de celui qui tient les ciseaux.

Ici, c’est la pensée contraire qui peut se trouver rayée du paysage – allant jusqu’à annihiler le seul concept de pensée contraire.

La guerre ne fait que commencer

Il se joue quelque chose de très grave en ce moment et je suis atterré en voyant le sourire hébété d’une certaine majorité de gens qui marchent à l’abattoir contents, le regard et le cerveau vides. Les Anonymous, WikiLeaks et autres acteurs de la contre-culture Internet sont les fers de lance de la protection de nos droits civiques d’information et d’expression dans le monde de l’information de demain. C’est une véritable guerre qui s’installe entre les gouvernements dits « démocratiques » qui, progressivement, se muent en oligarchies reposant sur le principe de manipulation de la soumission librement consentie, et une poignée d’acteurs éclairés et très en colère contre ce qui se trame.

Internet n’est pas votre ennemi. Internet n’est pas non plus sans défauts : Internet est humain. Mais Internet protège votre droit à l’information et à la transparence. Cette guerre qui se déroule en coulisses est peut-être pour moi le précurseur du véritable théâtre d’opérations d’une forme très spéciale de Troisième Guerre Mondiale, celle dont l’enjeu n’est rien moins que notre cerveau, notre libre arbitre, notre personne entière.

Battons-nous, en commençant par nous-mêmes. Notre esprit critique et notre volonté de connaître sont nos premières armes.

2014-08-05T15:12:34+02:00vendredi 17 décembre 2010|Humeurs aqueuses|19 Commentaires
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