Worldcon : jour 1
Bon, mon horloge biologique indique 6h du matin mais je m'étais promis de chroniquer l'événement jour par jour, alors banzai.
Cette première journée qui se termine fut un grand moment de plaisir. Passée la première intimidation face à la taille proprement ahurissante de l'événement (la Worldcon occupe tout le palais des congrès de Montréal, propose des dizaines d'animations simultanées et une librairie qui ferait se pâmer tout bibliophile), on découvre un événement qui mêle à la fois interventions pointues sur le genre et atmosphère qui ne se prend pas au sérieux - l'enthousiasme du fandom tel qu'on l'aime. J'imagine bien qu'il ne doit pas être exempt de ses querelles de clocher, mais qu'importe : l'étranger que je suis ne les voit pas et profite.
Worldcon : jour 0
... Ben oui, parce que ça commence en réalité que demain.
J'aime les aéroports. Pas seulement parce que ce sont des lieux riches de potentialités mais parce que tout le monde y a l'air factice, en plastique, disposé là, souriant, pour le bénéfice du vrai touriste. Je suis persuadé que c'est comme à Disneyland. De pauvres gars enfilent des peaux de voyageurs gais pour un salaire de misère et déambulent dans l'aérogare en prenant des vols qui n'existeront jamais. Les cravates en duty free sont perpétuellement recyclées. La moitié des gens assis sur les banquettes n'en décollent jamais, et personne ne s'en rend compte.
Programme Worldcon
Malgré ma décision tardive d'aller à Anticipation, l'équipe de programmation a eu la gentillesse de bien vouloir m'intégrer au programme ; merci à elle, surtout à Jean-Louis Trudel !
L'événement s'annonce d'une envergure proprement gigantesque qui, à en juger par le guide préliminaire, tient un peu du festival de Cannes. C'est à la fois très impressionnant et très enthousiasmant de voir les littératures de l'imaginaire célébrées avec une telle passion et autant de moyens. Ça risque de faire un choc au petit Français que je suis. :)
J'aurai le plaisir d'intervenir sur trois débats (sous réserve de changements de dernière minute) :
- Jeudi 6 août, 15h30 : Web 2.0 : distraction ou ressource ? Le web 2.0 (blogues, réseaux sociaux, etc.) sert-il l’écrivain ou l’éloigne-t-il de son boulot principal ? Avec Alexandre Lemieux, Michael Citrome, Jeanne-A Debats, LD.
- Jeudi 6 août, 17h : Fantasy: The French Touch. Fantasy has flourished in French over the last twenty years. How has it been different? What are its particular strengths? Avec Stephan Laurent, Natasha Beaulieu, Laurent Genefort, Pierre Pevel, LD.
- Dimanche 9 août, 20h : La programmation des lecteurs de SF. Faut-il être tombé(e) très jeune dans la marmite pour aimer la SF ? Avec Peter Cohen, Julie Martel, Lily Faure, LD.
Des séances de dédicaces, voire de lectures publiques, seront probablement prévues. (Je serai notamment dimanche 9 août à 17h avec l'intrépide équipe de l'anthologie le Nouveau Space Opera, paru chez Bragelonne, pour parler de traduction.) Dès que j'en sais plus sur les horaires, je mettrai un mot ici et sur Twitter.
Je suis vraiment enthousiaste à l'idée d'aller à Montréal. Ce sera mon troisième voyage là-bas, j'aime beaucoup ce pays. Je n'ai qu'un regret : je ne serai pas en mesure d'aller faire un peu de whale watching (« croisière aux baleines », comme on dit là-bas en bon français) ! Ce sera pour la prochaine fois. :)
Around ze world
C'est marrant, ce matin je regardais le diaporama-souvenir des 40 ans de la mission Apollo 11 (40 ans déjà, fichtre), rêvant sur des photos d'une puissance évocatrice rare, rappelant à l'homme son insignifiance dans l'univers, comme celle-ci :

Et combien l'espace, immense et froid, nous écrase de son indifférence, gouttes de conscience perdues dans le vide. Difficile de conserver son arrogance humaine, l'assurance d'avoir raison en toutes choses, quand on voit ce genre de photos, qu'on s'imagine, puce au loin. Mais ce n'est pas de la soumission à la nature ni du mysticisme new-age, juste le retour d'un peu d'humilité et la simple sensation de faire partie du monde, tout simplement.
Qu'a-t-on besoin d'une autre appartenance quand on a celle-là ?
Tout cela pour dire que c'est pour un petit billet d'infos placé sous un signe... planétaire.
Tout d'abord, l'équipe de SF Signal m'a fait l'honneur de me demander mon avis sur la question suivante : « Que se passe-t-il sur la scène SF&F internationale que les lecteurs anglophones risquent de manquer ? » Mon humble tentative de réponse se trouve ici (en anglais) ; les contributions (bien meilleures) des autres auteurs sont lisibles également sur cette page et celle-là.
Par ailleurs, je serai présent à Anticipation, le Congrès mondial de la science-fiction (« Worldcon »), qui se tiendra à Montréal du 6 au 10 août 2009. Je suis vraiment ravi de venir à cet événement ; en plus de représenter une grande chance pour les littératures de l'imaginaire de langue française, car la convention se tiendra bien évidemment en anglais et en français, permettant des rencontres uniques avec les États-Unis, j'ai un amour immodéré pour le Québec (qui est quand même le pays qui nous a donné l'improvisation théâtrale, la poutine et Marc Labrèche, chacun pris isolément valant déjà ma vénération éternelle). J'ai déjà réservé ma visite guidée nocturne dans le Montréal hanté.
Je m'efforcerai de vous faire partager l'événement en ligne via le site ConReporter, plus exactement sur cette page (qui agrège ce blog et Twitter).
Bon, seul ennui, cela veut probablement dire que je dois m'atteler à ce que je repousse depuis un moment : construire un versant anglais à ce site web. Pas évident sans mettre le dawa dans les adresses françaises, que je ne veux pas changer une énième fois. Donc, si vous voyez le site se comporter bizarrement, n'ayez crainte, n'essayez pas de régler votre téléviseur, c'est juste que je contrôle les horizontales et les verticales. Ou, du moins, que j'essaie.
Epinal’chimie
C'est toujours difficile d'écrire une entrée sur un festival, parce que, comme on dit, "you had to be there". Je peux me limiter à un "ouais c'était cool" ou rédiger un compte-rendu détaillé, mais ça devient vite ennuyeux, et il me faudrait deux jours que, hélas, je n'ai pas... De plus, d'autres sites comme ActuSF ont fait d'excellents compte-rendus parfaitement détaillés, comme toujours. Site qui a également réalisé une interview vidéo des auteurs, de l'illustrateur et de l'anthologiste de Rois et Capitaines, la voici en guise d'intro... Vous pourrez admirer en fond une superbe toile cirée blanche de tente amovible, idéale pour les manifestations en extérieur, les mariages et les cocktails, devis sur demande, réservation préférable.
Sion, je vais m'efforcer de me limiter aux anecdotes racontables... Non qu'il y en ait à ne pas répéter mais, comme je le disais, "you had to be there" - l'année prochaine, peut-être?
Les festivals de ce genre sont toujours l'occasion de retrouver les copains, même si, traduisant également des tables rondes pour l'organisation, ce fut principalement entre deux portes. J'ai eu également la joie de retrouver des visages connus et de faire de nouvelles rencontres; les signatures furent extrêment agréables. Une des forces des Imaginales est sa convivialité, à la fois pour les lecteurs (je l'espère) et pour le métier. J'ai appris d'Andrzej Sapkowski tout un répertoire de blagues polonaises, mais il faut son talent de conteur pour les relater...
J'ai surtout échangé avec Cheryl Morgan, critique et essayiste connue notamment sous nos longitudes pour le webzine Emerald City, et j'ai été frappé de constater combien, bien que me considérant un brin geek, j'étais en retard quant aux possibilités innombrables d'expérimentation et de communication qu'offre le Net. Il y a bien sûr cette retransmission de la cérémonie du prix Imaginales via Internet - une technique tellement simple mais tellement élégante que je peine à comprendre pourquoi on ne s'y est pas intéressé plus tôt en France - mais aussi une foule d'autres outils. Les Américains sont très nombreux sut Twitter, par exemple - ce qui nous a permis de suivre du restaurant avec Cheryl la cérémonie de l'Eurovision de façon beaucoup plus drôle et condensée que la véritable émission.
Bref, j'ai pris une vraie leçon de futur et je l'en remercie sincèrement. Résultat des courses:
- Perdez chaque jour de précieuses secondes que vous auriez pu consacrer à des activités productives: suivez-moi sur Twitter!
- Je suis en train de refondre le site et le blog pour en faire une seule et même entité, en plus beau, plus grand, plus fort. Il faut juste que je dépoussière mon HTML et mon PHP, parce que ce que je veux faire n'est pas évident. (D'ailleurs, s'il y a un roxxor de Wordpress dans la salle...)

Trois milliards de dollars pour chaque abonnement.
(En dollars du Zimbabwe, bien sûr. Quoi, pourquoi vous me regardez comme ça?)
J'en profite pour rappeler d'ailleurs l'existence du service en français, donc. Tout est expliqué sur la version française du site (qui a gravement besoin d'un coup de plumeau, je sais), ici. Si vous décidez de vous abonner... nous allons prolonger l'offre des deux mois gratuits, à condition que vous joigniez à votre virement Paypal la phrase exacte "je n'étais pas aux Imaginales alors je me passerai des trois milliards de dollars car je suis grand prince [ou princesse]; deux mois gratuits me suffiront".
Et puis bien sûr, il y avait la remise du prix Imaginales. Le fait que nous devions installer la retransmission avec Cheryl (et donc trouver le wi-fi dans l'auditorium) fut un excellent antidote à toute forme de stress: je n'ai tout simplement pas eu le temps de réfléchir. 
Au point que je n'ai pas vu l'escalier pour monter sur la scène, que je me suis trouvé les deux mains prises et mon petit discours soigneusement préparé dans ma poche, inaccessible, ce qui m'a forcé à improviser - mais ce n'était pas plus mal, en fin de compte; rien ne vaut la spontanéité de l'instant! Oui, bras, coudes, genoux à vous encore, mes frères et mes soeurs!
L'émotion ne devait pas cesser en redescendant de la scène: je retourne m'asseoir, reprenant la discussion pour transmettre la cérémonie en anglais (les mains tremblantes sur le clavier minuscule du netbook) et je m'aperçois qu'un type s'est assis à côté de moi... Mon père qui m'avait fait la surprise de sa présence. Moment incroyable.
Bref, des Imaginales encore fortes, qui me laissent lessivé mais heureux de toutes ces retrouvailles et ces nouvelles rencontres, surtout avec les lecteurs avec qui, j'en suis ravi, nous avons pu à chaque fois discuter un peu. A la prochaine fois, j'espère... et merci de votre soutien, comme toujours!
Programme Imaginales
Le site des Imaginales vient d'être mis à jour, avec notamment le programme des cafés littéraires. Je serai présent pendant toute la manifestation, mais notamment pour deux interventions :
Pour parler d'audioédition d'abord avec Utopod (qui a repris L'Île close dans mon cas), et probablement déborder sur les nouvelles formes de distribution de la culture :
Samedi 16 mai, 17 h 00 - Espace Cours / Table ronde Utopod, l'imaginaire en ligne... Un podcast Internet pour entendre nos histoires ! Avec Catherine Dufour, Xavier Mauméjean, Bruce Holland Rogers, Lucas Moreno, fondateur du podcast Utopod, LD
Et pour parler de mélange des genres ou même de l'absence d'étiquette dans le vaste ensemble des littératures de l'imaginaire (c'est en tout cas ce que je suppose) - la « fiction interstitielle », comme le dit Francis Berthelot :
Dimanche 17 mai, 10 h 00 - Espace Cours / Table ronde Nouvelle fiction, entre-mondes et autres échappées belles... quand les frontières des genres explosent ! Avec Francis Berthelot, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Luc Marcastel, LD
Chaque intervention devrait être suivie d'une dédicace sous la bulle du livre.
Des dédicaces et une profession de foi

Un grand bravo et merci, d'abord, au salon Rue des Livres et à la librairie Critc (site, blog)
pour un très agréable week-end de printemps il y a deux semaines: pour seulement sa deuxième édition, l'événement est déjà très impressionnant, extrêmement bien organisé par une équipe sympathique
et motivée, avec un nombre conséquent d'auteurs invités et des libraires dynamiques. On espère la pérénnisation et le développement de ce festival, qui a, semble-t-il, toutes les cartes en main
pour devenir un grand salon du livre en Bretagne.
Mention spéciale pour la cuisinière des déjeuners et pour l'équipe Critic qui nous a bichonnés, veillant à ce que nous ne manquions jamais de café, chocolat et bière - ce qui dénote bien là d'une
connaissance aiguë de la persona de l'écrivain.
Ce fut bien sûr l'occasion de joyeuses retrouvailles avec les amis dévoreurs de livres (comme Lelf - qui propose un tour d'horizon du festival), Jean Millemann, Sophie Dabat et de nouvelles rencontres. Et aussi de concrétisation de nouveaux projets... Ma bio dans Identités mentionnait que j'écrirai peut-être d'autres
textes dans l'univers de Bataille pour un souvenir; ce n'est plus un "peut-être", c'est maintenant une certitude.
Des histoires indépendantes les unes des autres, bien entendu, puisque destinées à des supports différents: rien n'est plus désagréable que de louper le contenu d'un récit parce qu'on n'a pas lu
les textes précédents - et je déteste l'artifice qui consiste à parsemer une nouvelle présumée indépendante de notes de bas de page du genre "pour comprendre, voir x ou y, page z". Cela revient à
faire passer le monde, le décor, avant les personnages, le sang de l'action. Et raconte-t-on une histoire (qu'il s'agisse d'une short short story ou d'une pentaologie) ou bien écrit-on un traité de
géopolitique imaginaire? J'ai l'intime conviction qu'un lecteur cherche le premier et se contrefout éperdument du second.
Ces nouvelles ne seront donc pas "fléchées" comme appartenant au même monde - mais les lecteurs assidus pourront jouer le jeu des résonances, des indices et des échos, en guise de "valeur ajoutée",
construire la tapisserie, s'ils le veulent, sans que ce soit nécessaire pour comprendre et apprécier le récit. Chaque ensemble narratif doit pouvoir être lu en premier et servir de porte d'entrée.
C'est, du moins, ma profession de foi. Nous verrons si j'y arrive, hein?
L'Identités Rennes Tour continue: Sophie, Jean et moi-même serons en dédicace samedi 4 avril au forum Privat (blog du rayon BD/SF), 5
quai Lamartine à partir de 15h.
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