Départ définitif de Meta d’ici fin février – plus de posts à partir de maintenant

Meta est un cancer pour l’humanité et la société, une entreprise malfaisante dont les pratiques et la culture sont irrécupérables. Récemment, Mark Zuckerberg a annoncé la fin de son programme de fact-checking et l’autorisation de formules et contenus déshumanisantes en droite ligne avec le gouvernement trumpiste, ouvrant grand les vannes à la désinformation. Rappelons aussi certains faits d’arme de cette merveilleuse entreprise au fil des ans parmi les plus notables (parce que la liste est interminable) :

Et dans un genre plus mineur, rien que la semaine dernière, il a été révélé que Meta a téléchargé illégalement environ 90 To d’œuvres littéraires pour nourrir son modèle de langage ; plus rien n’étonne, nous sommes totalement désensibilisés.

C’est une entreprise criminelle et pourrie jusqu’à l’os qui a confisqué, monétise et manipule l’une des activités les plus fondamentales de l’humanité : le lien social.

Je ne crois pas à l’argument fréquemment asséné comme quoi il faudrait rester sur ces réseaux pour y combattre les notions (je refuse de parler d’idées) qui s’y propagent. C’est une entreprise sans fin, qui fait le jeu des adeptes du sealioning, et l’exode en masse de X (laissant globalement l’extrême-droite dans une chambre d’écho) a montré que priver les notions néfastes d’oxygène, les empêcher de se propager, de réagir, ne pas les débattre mais les refuser en bloc, peut fonctionner.

Mais, Davoust, les gens ont bien le droit de s’exprimer comme ils veulent, non ? Tu vas rester dans ta bulle de filtrage ? Et la liberté d’expression, alors ?

La liberté d’expression doit impérativement s’accompagner d’un autre droit : la liberté d’information, et l’un ne peut pas fonctionner sans l’autre (merci Heather Marsh). Or, en arrêtant le fact-checking, Meta s’assure bien qu’il soit impossible d’accéder au second. L’algorithme de Meta a toujours été opaque, et l’entreprise peut donc vous présenter (comme depuis toujours) ce qui l’arrange sans que vous ne sachiez pourquoi ni comment. Cette opacité est évidemment en droite ligne avec des intérêts privés, qui ne sont pas les vôtres, ni ceux d’une population éclairée en possession de son destin.

C’est inacceptable, surtout vu l’état du monde et ce qui se passe depuis l’investiture de Donald Trump. (Cf la menace du dark enlightenment)

Notez bien que ça n’est pas, comme mon départ mal articulé en 2020, d’un refus total de toute forme de réseau social. Les réseaux restent un salon littéraire permanent, mais face à ce qui se passe, le confort de la chose est totalement négligeable face à la destruction collective opérée par Meta et l’impunité quasi-totale dans laquelle l’entreprise opère.

Le problème n’est pas le concept de réseau, la mise en contact de toutes les expressions possibles, mais l’opacité de leur fonctionnement, la conception d’algorithmes visant à retenir l’attention et promouvoir la dissension, et l’absence totale de contrôle de l’utilisateur·ice sur ce qui lui est présenté.

Je refuse de continuer à faire partie de ce système, et refuse dorénavant tout système algorithmique sur lequel je n’ai pas une information et/ou un contrôle suffisants. Pour cette raison, Bluesky – avec sa vue chronologique par défaut et ses outils de filtrage très puissants – ou Mastodon sont des alternatives tout à fait convenables, et j’ai même beaucoup de plaisir à utiliser Bluesky (où une grande partie de la profession a déjà migré).

Je ne quitte pas les réseaux, je quitte les algorithmes. Et plus rien d’estampillé Meta n’approchera ma vie publique1.

Comment suivre à partir de maintenant ?

Si vous voulez me faire l’honneur de continuer à me suivre, merci ! Cela recentre simplement les canaux (ce qui n’est pas un mal non plus) :

  1. C’est plus compliqué de faire migrer les contacts de WhatsApp à Signal, mais je m’y emploie.
2025-03-03T01:34:42+01:00lundi 10 février 2025|Dernières nouvelles, Non classé|2 Commentaires

« Les femmes sont la propriété de leur époux », pourra-t-on dorénavant lire tranquille sur Facebook

Oui, c’est le genre de post qui va dorénavant être autorisé sur Facebook, Instagram et Threads. Ou dire « les gays sont anormaux » ou « les jeunes trans n’existent pas ». Dans un mouvement de trahison opportuniste hélas parfaitement cohérent avec l’absence totale d’éthique de Mark Zuckerberg, Meta vient d’annoncer :

  • La fin d’une flopée de restrictions sur les discours haineux, permettant entre autres « toute allégation de maladie mentale ou d’anormalité basée sur le genre ou l’orientation sexuelle »
  • La fin de leur programme de vérification des faits, remplacé par des « community notes » façon X.

Exactement ce dont on a besoin en ce moment à l’échelon planétaire.

Meta est un putain de cancer sur la civilisation, un réservoir de négativité dont le fonds de commerce est basé la polarisation avec ces foutus algorithmes. C’est un mensonge de prétendre que l’on peut tenir des conversations équilibrées et posées sur ces machins : le COVID nous a montré, en temps réel et pendant deux ans, le bordel que ça a été alors qu’il y avait des politiques en place. La manière dont l’engagement fonctionne promeut mécaniquement la désinformation et le contenu d’extrême-droite. C’est le paradis du sealioning. Lever les restrictions, ça signifie mécaniquement promouvoir le sensationnalisme, la bêtise, la réaction immédiate. C’est la fin de la tempérance.

Je n’ai jamais fait mystère que je n’ai jamais vraiment aimé ces plate-formes, mais j’en reconnais l’intérêt, en particulier en vivant à l’autre bout du monde, les comparant à un salon littéraire permanent. En revanche, je ne participerais en aucun cas audit salon si l’organisateur cautionnait les discours comme « les femmes transgenres n’existent pas, ce sont des hommes pathétiquement perdus » (chacun de mes exemples sont pris verbatim de la revue de presse en fin d’article), ce qui est le cas ici.

Je suis devenu écrivain pour, entre autres, être libre de mon discours et explorer les complexités du monde. C’est beaucoup trop de boulot pour, proportionnellement, une rémunération beaucoup trop modeste pour, en plus, accepter de compromettre avec ce que je crois et, même, écris.

J’avais bêtement cru, en revenant sur Facebook et en tâtant d’Instagram, que Meta avait évolué et peut-être compris son rôle social. Non, Meta est irrécupérable, c’est une entité fondamentalement toxique, opportuniste et toute hygiène mentale devrait l’exclure, au même titre que TikTok.

Je ne jette la pierre à personne de vouloir rester sur ces plate-formes parce qu’il ou elle y percevrait une nécessité d’existence (« toute ma clientèle est là, si je m’en vais, je me coupe de mes revenus »). Je pointerais cependant quelques faits tirés de ma propre expérience :

  • J’ai quitté tous les réseaux en 2020. Le tome 4 de « Les Dieux sauvages », L’Héritage de l’Empire, sorti en plein confinement et sans présence réseau autre que celle de Critic, n’a pas souffert.
  • J’ai connu une productivité et un calme sans précédent (rapport à mon métier qui est de, vous savez, écrire).
  • La qualité des échanges que j’ai eus (par la newsletter ou ici) a augmenté drastiquement.

Après, certes, j’ai eu moins d’échanges et de liens au quotidien, mais c’était beaucoup plus réfléchi, profond, intéressant. Donc, satisfaisant pour tout le monde. Ne vaut-il pas parler réellement à cent personnes que crier à dix mille que ça n’intéresse pas ?

Je pointerais aussi que ces plate-formes n’ont que le pouvoir qu’on leur donne et nous leur en donnons collectivement beaucoup trop. Elles sont très douées pour nous faire croire qu’elles sont indispensables, mais je crois fermement qu’il y a d’autres moyens de constituer nos communautés et, même, de constituer un réseau social. Bluesky est un excellent exemple de ça ; le seul réseau qui trouve réellement grâce à mes yeux et que j’ai plaisir à utiliser parce qu’il n’y a pas d’algorithme. Et les premiers retours sont que : certes, il y a moins de monde, mais proportionnellement, on trouve bien plus de clients (si c’est des clients qu’on cherche).

Ce qu’on peut faire

Se barrer en masse, comme de X (une des meilleures décisions de ma vie récente en termes de rapport énergie / bien-être).

Réfléchir aux alternatives, retrouver le bonheur d’une vie sans algorithmes, et les refuser.

Pour ma part, toutes ces informations seraient suffisantes pour me faire partir, à jamais, de tout ce que Meta touche de près ou de loin (comme j’ai déjà évacué avec succès Google et Microsoft de ma vie). Cependant, John Gruber de Daring Fireball, un analyste que je respecte, pourtant farouchement anti-Trump, décode différemment la situation – et c’est le seul truc qui retient ma réaction furieuse. Il tend à dire que les règlementations internationales (en gros, européennes) rendront impossibles ces changements et qu’il s’agirait ici de brasser beaucoup d’air pour un simple exercice de génuflexion devant l’orange bouffie. Ce qui n’est pas glorieux, mais me fait retarder ma décision de dynamitage ; non pas parce que j’aime Facebook et Instagram (non, je déteste ces machins qui me donnent l’impression de tuer quelques neurones à chaque ouverture) mais par respect envers vous, qui y êtes et m’accordez votre intention et votre fidélité.

Je vous ai déjà fait un numéro de « je m’en vais » (en 2020) pour « je reviens » et je suis très conscient du temps que vous-mêmes passez sur ces plate-formes (avec plaisir même, je ne juge personne). Je vous suis très reconnaissant de vos suivis divers, de vos commentaires, de nos interactions. Il n’est pas question que je fasse la girouette ou la diva, et si je m’en vais de nouveau, ce sera pour de bon, en assumant toutes les conséquences1.

Une chose est sûre, il me semble vital, dans le monde où nous sommes, d’attirer l’attention sur ces situations. Si je n’utilise pas la mienne, de plate-forme, pour parler de tout ça, pour rappeler qu’on se tue le cerveau collectivement en se rendant malheureux avec ça, et peut-être, suivant les déroulements à venir, d’agir en cohérence avec moi-même, pourquoi je fais ce travail, bon dieu ? Pourquoi je passe tant d’heures, parfois au détriment de ma vie personnelle, à façonner au mieux de ma compétence des histoires, des personnages qui se battent pour leur destin et leur actualisation ? Si elle l’avait devant lui, Mériane collerait une énorme gifle à Zuckerberg (et l’enverrait au tapis tellement il est tout fragile).

Nous devons inventer d’autres modes, reprendre le pouvoir de notre communication, de notre lien social. Meta a réalisé un hold-up planétaire sur une activité humaine fondamentale tout en la vidant de sa substance ; combien de temps allons-nous encore tolérer de nous polluer ainsi l’esprit ?

Références

  1. Venez sur Bluesky ! Tant que ça dure… mais je crois qu’ils ont compris leur positionnement qui est : « exactement le contraire du reste ». Aller à l’encontre de ce placement serait un suicide commercial, ce qui me donne espoir.
2025-01-12T21:38:06+01:00lundi 13 janvier 2025|Humeurs aqueuses|3 Commentaires

Tuyaux stupides et gens intelligents

Je trouve passionnant, particulièrement sur le Net, la possibilité d’avoir des discussions à plusieurs et d’inviter autant de participants qu’on le souhaite à un débat. Les systèmes de commentaires, forums etc. s’y prêtent très bien. Je vais donc élargir le principe de répondre publiquement aux questions sur la technique d’écriture à des domaines plus vastes ; spécialement si le point soulevé mérite une longue réponse, comme cela peut arriver au cours d’échanges privés. Cela me permet de proposer un article digne de ce nom sur un sujet qui me semble le mériter au lieu de trois lignes de mail vides, d’inviter d’autres opinions dans le débat et de refléter ce qui vous intéresse certainement.

Comme d’habitude, mon avis n’a l’ambition de n’être que le mien – d’avis. Mais les discussions (même passionnées) sont bienvenues, tant qu’elles restent dans les usages de l’endroit.

"Lutter est un processus sans fin. On n'acquiert jamais vraiment la liberté ; on la gagne et la remporte à chaque génération." Coretta Scott King

Avanti.

J’aimerais aborder avec vous […] une remarque que vous aviez réalisée aux Utopiales 2011 concernant le bien-fondé de la liberté d’expression sur le Net. Vous pensiez qu’elle devait être totale car les gens sont suffisamment intelligents pour séparer le bon grain de l’ivraie. Euhhhhh, à mon humble avis, je crains que cela ne soit pas vrai.

Je ne suis pas tout à fait sûr d’avoir dit « sont ». Par contre, j’ai certainement dit « devraient », ce dont je suis parfaitement capable (ouais). Si j’ai dit « sont » quand même, mes excuses : je pensais « devraient ».

Vous faites certainement référence à ce que j’expliquais sur le principe de neutralité du Net, fondamental à son fonctionnement, qui stipule que le Net doit être le même pour tout le monde. Les tuyaux acheminant les données sont censés être « stupides », c’est-à-dire ne rien filtrer, et laisser l’utilisateur faire son choix et critiquer ce qu’il reçoit, de la même manière que la presse est libre (dans certaines limites) ou que le téléphone et le courrier postal sont des systèmes neutres (à vous de choisir avec qui vous correspondez et si vous préférez échanger des dessins de Bambi ou des plans de bombes à neutrons).

Je considère ce principe sain, car je pense que la liberté d’expression, à partir du moment où elle est accompagnée d’équité, entraîne toujours plus de conséquences positives que négatives dans une société. Je suis donc toujours dubitatif quand une société civilisée se préoccupe de la restreindre, surtout quand c’est à des fins de « protection ». Et c’est très à la mode en ces temps-ci, où, pour des crimes certes ignobles mais dont l’ampleur réelle en ligne paraît discutable, comme la pédophilie, on se propose d’instaurer un filtrage global du Net qui permettra de couper arbitrairement n’importe quel site (voir ce coup de gueule).

À partir de quand protège-t-on les plus faibles, et à partir de quand infantilise-t-on un peuple quand son gouvernement décide qu’il n’est pas assez grand pour décider par lui-même ? Qui choisit ce qui peut circuler – ce qui peut être dangereux quand on y est exposé trop jeune, par exemple – et ce qui ne l’est pas ? Quid custodies custodiet ?

Est-ce à dire qu’il n’existe aucun courant de pensée inacceptable dans une société civilisée, contre lequel lutter ? Non, bien sûr, mais ce n’est pas du tout la même chose. Combattre, dans ce domaine, c’est informer, éduquer, en employant les règles du débat démocratique. C’est faire appel à l’intelligence des gens, propager le savoir, leur donner les outils pour s’informer, et puis, progressivement, leur faire confiance pour agir en êtres humains. Il faut que le citoyen ait le pouvoir de filtrer l’information qui lui parvient, et non que d’autres décident à sa place de ce à quoi il a accès. C’est simplement ce que cela signifie. Pour cela, les protocoles doivent rester agnostiques.

Je suis d’accord avec les fondateurs de Freenet : je pense résolument que les démons ne conservent leur force que tant qu’ils sont refoulés. Il me semble qu’il en est de même avec les idées négatives et la bêtise. L’interdit entraîne deux conséquences regrettables. D’une part, elle donne aux idées qu’on cherche à refouler une aura de séduction, comme l’Inquisition Romaine en a fait l’expérience à répétition, où les thèses mêmes qu’elle cherchait à contrôler ont joui d’une publicité inattendue (effet Streisand, en termes modernes). D’autre part, comme le dit l’adage, ignorer le passé, c’est se condamner à le réitérer. Comme on le sait sur Internet depuis toujours : « Don’t feed the troll. »

Alors, non, je ne pense pas que les gens soient, aujourd’hui, tous en mesure de filtrer les informations qui les assaillent en permanence. Je pense en revanche qu’ils en ont le potentiel, si on leur donne les outils, et qu’ils doivent l’acquérir, prendre la maîtrise de la technique. Cela n’arrivera qu’en leur faisant un peu confiance, et c’est nécessaire pour que nous apprenions tous une forme de maturité. C’est un problème d’éducation, un problème de civilisation, n’est-ce pas, monsieur Sarkozy, et pas un problème avec les idées en elles-mêmes. Ce n’est pas une chose qui se réglera en dix ans ; c’est peut-être même un des grands projets de notre époque, et il nécessite du doigté et de la prudence. Mais à force d’essayer de soigner les symptômes (les idées qui circulent) et non les causes (la nécessité constante de développer l’esprit critique face à l’information), je crains que nous finissions par nous retrouver aussi démunis qu’en essayant de soigner les bubons de la peste avec du Biactol.

(En fait, même pour un article de blog, c’est forcément lapidaire et résumé.)

2019-01-07T07:42:52+01:00jeudi 12 janvier 2012|Humeurs aqueuses|17 Commentaires
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