Création et La Succession des Âges : le point avant retour en France

Résumé des épisodes précédents : ces derniers temps, La Succession des Âges doit avancer au rythme où il avance, parce que je dois veiller un peu sur l’animal et notamment son esprit, qui est nécessaire pour la production dudit Succession des Âges. Quelques mois ont passé, et j’avais promis de la transparence, donc : sachant que je m’envole de Melbourne dimanche pour revenir dans le pays de Michel Foucault et Bézu, le moment semble bien choisi pour expliquer où en sont les choses.

Comme je l’ai dit la dernière fois, je suis, disons, en reprise, et toujours dans une phase comportant énormément d’inconnues. N’ayez crainte, ça va, c’est juste que je dois toujours prendre garde à moi (prends gaaarde à toaaa). Je fais doucement jouer mes os pour éviter de me refracturer l’humérus de la rate, ce qui serait à la fois miraculeux et embêtant, puisque ça n’existe pas. En gros : je prends acte, j’écris beaucoup, mais c’est surtout du Zettelkasten personnel, speedrunnant 47 ans de réflexions laissées trop longtemps de côté. C’est intéressant, c’est fascinant, et surtout c’est nécessaire, et c’est là que le gros de mon travail porte (de garage).

Mais quand même, il faut bien manger des pâtes, donc je ne reste pas sans rien faire, et voici où en sont les choses.

Le travail sur La Succession des Âges a repris

Et c’est probablement la chose la plus importante à dire ici. J’ai eu une transition 2025-2026 difficile, mais il vient un temps où il faut le constater, se le dire, et puis avancer quand même. J’ai un retard absolument monstrueux sur à peu près tout et même mes obligations administratives de base en souffrent, donc il faut que je m’occupe de ça, mais à présent, je touche à nouveau le projet tous les jours un peu.

Et que se passe-t-il donc ? Je suis à l’orée de l’élan final du roman et de toute la saga. Ce qui représente encore un morceau d’envergure, vue la taille du bazar, mais représente quelque chose de concevable. Seulement, j’en ai brièvement parlé précédemment, mais je me heurte à un problème que je n’avais encore jamais rencontré : certains fils narratifs, conçus pour un roman de taille normale, révèlent une certaine fragilité pour soutenir les dimensions prévues sur un roman de taille anormale. Je suis donc en train de faire évoluer un pan important de l’histoire, non pas en termes d’événements mais de narration, pour donner plus de profondeur et de richesse thématique, avec l’introduction d’un point de vue supplémentaire, ce qui nécessite quelques recherches en amont pour bien l’habiter, allant jusqu’à Port d’âmes.

Un rare bout de Zettelkasten dans son état sauvage

Les lignes de coupe et les ajustements structurels sont tracés dans le plan, aujourd’hui, il me reste à habiter ces recherches pour donner vie au point de vue, et ces réécritures ciblées pourront commencer. Elles me permettront alors de porter le dernier acte du roman, où ce fil joue un rôle majeur (pendant que les autres personnages regardent leur montre en tapant du pied).

Ce que j’ai fait d’autre

Comme dit en janvier, je ne travaille sur aucun projet narratif de long terme qui ne soit pas « Les Dieux sauvages », mais mon cerveau a eu besoin d’aération. Qu’ai-je fait ?

Finaliser 65 Maladresses des jeunes manuscrits, qui sort donc très bientôt (le 7 mai !) et dont je suis vraiment très content. Plus content que je ne m’y attendais, pour tout dire : ce bouquin est allé bien plus loin que je l’en imaginais capable, et part très haut (ou très bas ? très loin ?) dans la pratique narrative, en association avec de la théorie sous-jacente que je ne me voyais pas en mesure d’aborder dans la formule stricte de fiches techniques. Je pensais qu’il serait utile, mais il s’est révélé une merveilleuse surprise pour moi. Comme quoi on peut être surpris même dans de la non-fiction.

Faire la bande-son d’un court-métrage d’horreur. Cela faisait vraiment très, très longtemps que je n’avais pas fait de production en-dehors de Procrastination. Retrouver cette discipline et travailler à l’image m’a fait un bien fou en stimulant une créativité totalement différente, mais néanmoins reliée à la narration. Cette production s’est approchée bien plus du sound design (dark ambient aux frontières du bruitiste) que de la composition, et je ne sais pas s’il y a matière à en faire une sortie d’EP pertinente en-dehors du film, mais cela m’a rappelé combien j’aime aussi cet exercice, que je compte retrouver davantage à l’avenir.

Doit-on racker un Virus Ti2 quand on peut le piloter en software, ou bien le laisser accessible pour accéder quand même à ses boutons ?

Préparer mon voyage. Parce que oui, je ne viens pas seulement manger du saucisson et faire des bisous à des gens, je vais tournicoter un peu et proposer ateliers et conférences (quasiment tous complets à l’heure actuelle – merci pour votre confiance). S’agit toujours de réviser tout ça, de faire évoluer les formules d’année en année, et de venir frais et dispos.

La suite des événements et projets

L’écriture reste en tâche de fond pendant les six semaines à venir. Je viens en France, je fais beaucoup de choses, mais il s’agit toujours de toucher le projet tous les jours (et de commencer la journée par là). Clairement, le rythme d’une tournée de printemps ne se prête pas à de l’écriture de fond, mais l’essentiel, c’est de ne pas lâcher. Je rentre à Melbourne début juin, et…

La dernière ligne droite débute ensuite. Je n’ai pour ainsi dire que La Succession des Âges à faire (hormis mes actuels impératifs d’existence) et je compte entrer dans un tunnel de Fourrières jusqu’à bouclage du premier jet. Comme dit précédemment, je ne parle plus dates de remise ou de publication, mais voilà donc où nous en sommes.

2026-04-23T06:51:32+02:00jeudi 23 avril 2026|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Création et La Succession des Âges : le point avant retour en France

En écriture, ne négligez pas les coûts de préproduction

J’ai découvert un certain nombre de pièges avec l’écriture de « Les Dieux sauvages », en particulier La Succession des Âges (il avance, il avance, il est gros), et je pourrais sans doute écrire un Comment écrire de la fiction ? complet sur les leçons apprises à la dure au cours de ce projet ; mais ce serait curieusement spécifique, alors autant en partager ici quelques-unes, hein ? Histoire que vous puissiez les refaire tranquillement de votre côté et qu’on puisse ensuite trinquer à notre déréliction.

Le piège du moment, en ce qui me concerne, soit, dans mon contexte, la lenteur ajoutée à l’écriture, ce sont les coûts de préproduction. Dans le cinéma, c’est bien connu : on voyage sur les lieux de tournage pressentis, on les choisit, on conçoit les costumes, ce qui représente un investissement avant même le tournage du premier plan. Dans le jeu vidéo aussi : on crée du concept art, on architecture son projet, on explore des mécaniques et on les choisit et les affine avant de réaliser le produit à part entière.

Rien de tout ça ne semble vraiment s’appliquer à l’écriture de fiction, hein ? Surtout quand on clôture une saga sur laquelle on travaille depuis des années. En principe, l’histoire est connue, les personnages aussi, les lieux ont été établis, « il n’y a plus qu’à » dérouler.

Évidemment, non. La Succession des Âges nous emmène dans des lieux qu’on n’a pas encore vus en détail, touche à des concepts plus vastes de l’univers d’Évanégyre, et bien sûr apporte son lot de révélations finales. Ces révélations ont toujours été prévues depuis le début de l’écriture (relisez le prologue de La Messagère du Ciel à la lumière des derniers événements de L’Héritage de l’Empire), certaines lignes de dialogue des ultimes scènes existent depuis… 2016. Mais sentir et savoir ce qu’on va faire n’est pas équivalent à lui donner vie.

Écrire une histoire exige une vie à part entière, une connaissance intime et approfondie des lieux, des fonctionnements, des raisons d’être des choses – il faut en savoir beaucoup plus qu’on ne va en dire, car autrement, il est impossible de trier et de savoir quoi dire. Et cela, mes amis, c’est du coût de préproduction. On arrive à Plan-de-Cuquiel, cité elfique qu’on croit connaître car on en parle depuis 3000 pages, mais il faut alors décider : quelle logique aux lieux ? Quelle organisation sociale effective par rapport aux intentions voulues ? Certes, c’est une communauté anarcho-syndicaliste, mais techniquement, qui est le secrétaire général depuis deux ans et est-ce que ça se passe bien, ce qui se transcrit littéralement dans l’atmosphère de l’auberge où les personnages font halte pour la nuit ?

C’est ainsi qu’on se retrouve à devoir faire du worldbuilding inattendu et imprévu alors qu’on pensait dévaler la longue pente vers sa conclusion. Écrire, c’est choisir l’information pertinente et vivante à donner pour incarner l’histoire. On peut en improviser beaucoup sur le moment. Mais pas tout.

Attention aux coûts de préproduction.

2025-09-07T09:20:56+02:00mercredi 10 septembre 2025|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur En écriture, ne négligez pas les coûts de préproduction

Créer n’équivaut pas à produire. Les chantres de l’IA ne pigeront jamais (ou : pourquoi on joue à Demon’s Souls)

Il ne se passe guère de semaine en ce moment sans qu’un énième chantre de l’IA vous explique combien ceux qui refusent de s’en servir sont des néo-luddites, que le basculement est inévitable, et rendez-vous compte ! Grâce à ça, ils ont pu produire cent cinquante morceaux de musique dont ils ont inondé les services de streaming, c’est le futur, imaginez tout ce qu’on peut produire qui est à la portée de tout le monde.

L’IA génère un tas de confusions en mélangeant des tas de sujets (souvent par des gens qui les maîtrisent mal), mais ici, et dans une grande partie des discours concernant la création artistique, on trouve une ignorance qui consiste à équivaloir créer avec produire. C’est-à-dire équivaloir le résultat (et souvent les fantasmes de célébrité, de statut et d’identité qui vont avec : moi, j’ai produit une symphonie, moi, j’ai produit un livre) avec le processus.

Il se trouve que créer, en effet, vise souvent la production d’un résultat, et c’est la motivation première, mais ça n’est pas le processus. Le processus, et l’immense récompense de la création, j’oserais dire sa raison même, c’est le chemin. C’est tout ce qu’on apprend et réalise au fil des difficultés successives ; c’est presque une initiation à chaque fois.

Holà, Davoust, t’es vraiment un néo-luddite pour tenir un discours pareil, en plus t’es new age maintenant – 

Tut tut. Pourquoi vous jouez à Demon’s Souls ? Pourquoi ce jeu, initialement destiné à un public restreint au Japon, a fini par devenir un succès planétaire, fondant un genre à part entière jusqu’à engendrer l’un des titres les plus marquants de la décennie, Elden Ring ?

Le plaisir de l’accomplissement. Le plaisir de faire, de réaliser quelque chose. Le plaisir du parcours.

Cet exemple, ce monstrueux succès commercial, prouve magnifiquement pourquoi il est crétin d’équivaloir création (accomplissement, chemin) et résultat (j’ai fini le jeu).

Les techbros chantres de l’IA s’imaginent que la difficulté de créer représente un ennemi à abattre ; j’adhère entièrement au discours consistant à accélérer les apprentissages, donner les outils, mais ça ne signifie pas détruire le chemin au passage.

Selon cette logique, toujours plus facile à comprendre dans le cadre de la musique, il n’y aurait aucun plaisir, aucune finalité à jouer d’un instrument, à chanter, à danser ; seul le résultat, la production comptent. Quelle vision de la vie asséchée et stérile. Selon cette logique, pourquoi chanterais-je sous la douche, puisque Hatsune Miku le fait à ma place ?

Parce que, je ne sais pas, c’est nourrissant ?

Cette vision est plus que stupide, cela témoigne d’une ignorance fondamentale de la création : c’est le chemin qui constitue la finalité, pas le résultat. Le résultat est l’outil qui motive à élaborer une forme aussi achevée que possible de ce chemin.

L’IA n’est pas un outil créatif au même titre que l’est, par exemple, un sampleur qui fournira une matière sonore qu’on manipulera au-delà du reconnaissable (comme avec la synthèse granulaire). J’ai joué avec des outils de création musicale et textuelle ; on va beaucoup plus vite droit au résultat voulu en faisant le boulot soi-même pourvu qu’on accepte de prendre un temps minime d’apprentissage. Et surtout, telle qu’elle est vendue, promise, cette IA voudrait ôter l’étape de création artistique qui représente le but même de toute l’entreprise.

Les techbros vendent la promesse d’un mensonge à des gens qui veulent se déclarer musiciens, écrivains, peintres, mais ne veulent surtout pas l’être – c’est-à-dire accepter l’effort, mais aussi les récompenses qui l’accompagnent (cf Demon’s Souls). L’ado qui écrit des poèmes maladroits avec son cœur pour le seul bénéfice de son tiroir sera toujours mille fois plus créatif que le producteur de hits de pop à la chaîne qui demandera à une quelconque IA musicale future de lui sortir à la chaîne des resucées de recettes qui marchent.

Et surtout, l’ado vivra cent fois plus dans ce processus émotionnel que le producteur, et personnellement, je trouve que l’intérêt de la création réside avant tout dans la vibration émotionnelle fondamentale qu’elle procure. Je n’ai pas envie que ChatGPT écrive à la ma place ; pas envie qu’un algorithme compose ou code pour moi ; je veux comprendre, apprendre, et faire moi-même. C’est tout le fucking intérêt.

Dans les mots de Zach Weinersmith, de Saturday Morning Breakfast Cereal :

Et là aussi, quantité d’amoureux de la discipline (et de professionnels) pourront répondre qu’ils ne veulent pas non plus qu’on automatise leur plomberie, et more power to them. Pourquoi les cours de bricolage du dimanche ont-ils tant de succès, si ce n’est pour s’approprier un savoir-faire ?

2024-08-15T01:18:21+02:00mercredi 14 août 2024|Humeurs aqueuses|2 Commentaires

Procrastination podcast s06e11 – Volume et vitesse d’écriture

procrastination-logo-texte

Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s06e11 – Volume et vitesse d’écriture« .

Comme toujours dans Procrastination, pas de normes, le moins possible de prescriptions, mais une interrogation sur la tendance à la compétition sociale pour écrire le plus, ou le plus vite possible : quel effet annoncer votre wordcount sur Twitter peut-il avoir sur votre cerveau ?
Mélanie reconnaît l’effet d’émulation chez certains auteurs, mais ne s’est jamais sentie à l’aise avec cette pratique, qui peut donner à ceux et celles dont le rythme est différent une impression d’inaptitude. Certains projets et certaines façons de travailler peuvent nécessiter un temps de maturation incompressible.
Estelle loue l’entourage virtuel et le soutien communautaire que l’on peut tirer d’une telle communication quand on ne bénéficie pas d’un milieu qui partage ses passions ; mais avertit qu’un mot écrit n’est pas forcément un mot qui reste dans un manuscrit.
Pour Lionel, le rythme varie énormément au cours d’une journée de travail, de l’écriture d’une scène ou d’un livre, et la moyenne horaire est une métrique trompeuse, surtout que « rentrer du signe » n’est pas l’intégralité du métier. Il avance toutefois les vertus qu’il trouve au fait de s’astreindre à un certain rythme soutenu.

Reférences citées

– Le NaNoWriMo, https://nanowrimo.org

– Stephen King, Écriture

– Terry Pratchett

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2022-04-03T08:56:25+02:00mardi 15 février 2022|Procrastination podcast|3 Commentaires

Autour de Procrastination et de la technique d’écriture (VOD sur Doctriz avec Mélanie Fazi et Estelle Faye)

Il y a une semaine, donc, Mélanie, Estelle et moi avons eu le grand plaisir d’être invité·es à causer du podcast Procrastination sur la chaîne Doctriz : nous avons revisité la genèse du podcast et son approche, mais forcément, ça a très vite dérivé vers des questions d’approche de l’écriture comme activité et comme métier, et bien sûr, on n’était pas d’accord et c’est tant mieux.

Un immense merci à Zelda pour avoir animé la conversation, à toute la communauté de Doctriz, à toutes et tous les universitaires qui promeuvent l’imaginaire comme sujet d’étude et clarifient à nos propres yeux ce que c’est que ce boxif que nous fabriquons, et à tout le public qui est passé ! La vidéo est disponible en rediffusion sur Twitch pour quelques semaines !

2021-04-23T11:07:35+02:00lundi 26 avril 2021|Entretiens|Commentaires fermés sur Autour de Procrastination et de la technique d’écriture (VOD sur Doctriz avec Mélanie Fazi et Estelle Faye)

« Les Dieux sauvages » adapté en comédie musicale !

Auguste lectorat, j’annonçais depuis quelque temps des projets accaparants mais heureux que j’espérais pouvoir dévoiler très bientôt. Initialement, l’annonce devait être faite en octobre pour une première en novembre, en même temps que la publication de L’Héritage de l’Empire ; mais, avec les conditions actuelles, on m’a autorisé à en parler dès maintenant, et je suis très, très heureux de pouvoir l’annoncer :

La saga « Les Dieux sauvages » va être adapté en comédie musicale !

Pour moi qui suis un grand fan d’œuvres comme Phantom of the Opera, qui m’efforce de cultiver un versant musical en parallèle de l’écriture, voir ainsi l’une de mes histoires mises en musique est un immense honneur, surtout que la première sera prévue au Her Majesty’s Theatre, dans la grande tradition des œuvres d’Andrew Lloyd Weber ! Le titre sera bien entendu, très sobrement :

The Feral Gods – The Musical.

Her Majesty’s Theatre à Londres. Photo: Andreas Praefcke / CC BY 3.0

Bien sûr, il s’agit d’une adaptation ; quand l’on écrit une saga de fantasy, on dispose de l’entière liberté de la littérature, et l’on ne se limite pas en termes de figurants, d’effets spéciaux ou de lieux. Cependant, les techniques modernes du spectacle, importées entre autres des grandes adaptations live venues du Japon, permettront, je peux vous le promettre, des visuels stupéfiants, comme ce Ganner holographique de trois mètres de haut plus grand encore que dans la série, car, ainsi que nous en avons discuté avec les producteurs, Ganner ne peut jamais paraître assez grand.

Surtout, il a été décidé – avec mon plein accord – que le ton parfois dur de la saga nécessitait quelques altérations pour être retranscrites sur une scène, au cours de performances live. Cependant, j’ai évidemment veillé au respect absolu de l’univers, de l’histoire et des personnages, ce qui me permet, dès aujourd’hui et en avant-première, de vous dévoiler les premiers highlights de cette adaptation qui promet de repousser encore davantage les limites de cette forme artistique, osant un mélange de genres inouï jusqu’à présent couvrant du symphonique jusqu’à la synthpop la plus catchy.

Ainsi Mériane, la Messagère du Ciel éponyme, réalise un certain nombre de duos avec Wer, et, dans le plus pur respect du récit et pour la première fois de l’histoire dans une comédie musicale, l’acteur jouant le dieu ne sera pas seulement invisible, il ne sera juste pas là du tout.

Mais cette voix divine dans ma tête 

Voix divine sourde et tempête 

Mais cette voix divine dans ma tête 

Leitmotiv, nuits secrètes 

Tatoue mon âme à mon dégoût

Mériane sur les remparts de Doélic dans The Feral Gods – The Musical

D’autre part, pour des raisons d’accessibilité à tous les publics, les confrontations entre Ganner et Chunsène ont été revisitées en duos lents et émouvants, laissant transparaître la quête de sens de chacune de ces âmes égarées et, au fond, tellement sensibles, en un clin d’œil aux plus belles pages de la chanson française, comme lors du poignant On aime juste tuer des gens (mais pas pour les mêmes raisons).

Leopol ne sera pas en reste, bien sûr. Il lui est donné les plus belles complaintes du spectacle, avec des morceaux comme Mon épée, ma masculinité ou encore Tout cela est très sale, c’est bien pour ça que je suis en blanc.

Leopol ramenant Mériane dans La Messagère du Ciel (photo de répétition)

Ce qui n’empêchera absolument pas les mélodies entraînantes et les grands ensembles de danse caractéristiques de la comédie musicale : même sans les costumes, j’ai vu les répétitions du ballet des Enfants d’Aska pour L’Éternel Crépuscule ! Ça pue du…, et je peux vous dire que c’est une incroyable émotion de voir ainsi les monstres odieux venus des profondeurs de votre inconscient prendre vie avec autant de sourires chaleureux.

Enfin, pour bien en restituer l’aspect résolument bizarre relevé par de nombreux lecteurs, les passages Ailleurs, décrivant les échanges entre les dieux Wer et Aska, seront par ailleurs retranscrits sous forme de passages bruitistes composés en collaboration avec l’IRCAM, avec un featuring spécial de Henry Rollins les scandant en spoken word.

Un mot de logistique toutefois : il est bien sûr impossible de rendre une saga de cinq très épais volumes encore en cours d’écriture au cours d’un spectacle de seulement deux heures, aussi l’histoire sera-t-elle légèrement condensée et adaptée. Cependant, les techniques de pointe du spectacle vivant ne seront pas les seules à être importées du Japon : pour la première fois dans l’histoire de la comédie musicale, The Feral Gods – The Musical adoptera le rythme du kabuki, soit une représentation sur une journée entière.

Pour le premier volume de la série, bien entendu.

Crédit photo « Leopol ramenant Mériane » : par Chouaib brik sur Unsplash.

2020-03-30T09:05:30+02:00mercredi 1 avril 2020|Expériences en temps réel|6 Commentaires

Quelques séries TV d’imaginaire françaises récentes

À la Worldcon, j’ai eu l’honneur d’être invité à participer à une table ronde sur les séries télé d’imaginaire étrangères, et donc, étant le Français de service, sur les séries françaises.

Ce à quoi j’avoue que ma première réaction a été : « heu, on en a ? »

Médisance ! Mauvaise langue ! Oui, on en a (surtout grâce aux efforts de Canal+ et d’Arte, qui produit depuis plusieurs années des mini-séries de SF – vous avez peut-être entendu parler notamment de Trepalium). Et donc, je m’étais tapé un marathon de séries d’imaginaire françaises récentes pour me distraire de mon plus gros marathon (entamé en avril 2018 : me taper toutes les séries Marvel Netflix dans l’ordre, j’ai bientôt fini, mais ça n’en finit pas de finir, bientôt je vous dirai quoi penser, car j’ai forcément raison).

Alors, que trouve-t-on comme productions relativement méconnues, comparées aux rouleaux compresseurs américains ? Petit tour d’horizon d’une sélection un peu aléatoire, remontant sur les dernières années, en mode vignettes et avis rapides pour partager ce qui pourrait être intéressant ou pas1. Beaucoup ont évidemment déjà parlé de ces séries à leurs sorties, l’idée ici est seulement de partager ma session de rattrapage, si vous les avez ratées comme moi à l’époque.

Osmosis (SF)

Production : Netflix.

Le pitch : Présenté comme le Black Mirror français. Dans un futur proche, une startup française mêle la technologie des réseaux commerciaux à l’intelligence artificielle pour concevoir un implant neuronal assurant de trouver l’âme-sœur.

Ça vaut le coup ? L’idée de base est excellente, il y a des développements et arguments qui pouvaient être riches de réflexions (humanisme contre transhumanisme), mais le tout est gâché par une implémentation hasardeuse du concept (l’amour semble ici exclusivement fondé sur le physique, ce qui est absurde) et surtout par un scénario cousu d’invraisemblances, des acteurs très insuffisants et une « chute » qui ne peut plus être originale dans la SF du XXIe siècle. Je n’en garde qu’une petite tendresse pour Hugo Becker qui campe un substitut de Steve Jobs pas inintéressant. Ne pas y aller.

Ad Vitam (SF)

Production : Arte.

Le pitch : L’humanité a déjoué la vieillesse : dans un futur proche, tout le monde peut se régénérer à partir de 30 ans et connaître ainsi la jeunesse éternelle. Un flic centenaire enquête sur une vague de suicides de jeunes qui semble être un acte de protestation contre le système.

Ça vaut le coup ? L’idée est simple mais bien explorée à travers une intrigue relativement concentrée (l’enquête policière), le scénario n’est pas démonstratif ni verbeux mais laisse son univers s’établir et respirer, les acteurs sont solides. La fin pourra peut-être laisser un peu indécis – elle me semble là un peu manquer son impact par un discours trop elliptique – mais si l’on n’attend pas une chute en forme de coup de poing, il y a de quoi beaucoup réfléchir dans cet univers jeune et apparence, mais vieux dans sa tête. Si la thématique vous parle, oui, allez-y.

Les Revenants (fantastique)

Production : Canal+.

Le pitch : Dans un petit village de montagne dominé par un barrage hydroélectrique, les morts reviennent à la vie sans aucun souvenir de leur disparition. Des familles brisées se ressoudent tant bien que mal autour du retour d’un enfant mort, des conjoints pleurant des amours disparus les voient revenir, la vie du village est bouleversée et les réactions se polarisent.

Ça vaut le coup ? Les Revenants fait un tragique grand écart entre une saison 1 de haute tenue (pour peu qu’on accepte un rythme lent, très psychologique) et une saison 2 beaucoup plus bancale. Les personnages sont riches et bien campés ; la multiplicité des points de vue est maîtrisée ; les nombreuses intrigues ont toutes quelque chose à dire ; l’idée est explorée dans toutes ses ramifications et la série joue intelligemment en filigrane avec certains codes de l’horreur. Hélas, le scénario laisse entendre depuis le début qu’il va quelque part, sauf que pas vraiment. La saison 2 flirte avec quelques clichés et se termine sans les révélations qu’on attendait et avec une mystique qui n’est pas à la hauteur de tout ce qui a précédé. Si l’on aime les intrigues familiales et les ambiances de villages en huis-clos, on y trouvera son compte, mais il faudra préférer le voyage à la destination.

Transferts (SF)

Production : Arte.

Le pitch : Dans un futur proche (encore…) la technologie permet de transférer l’intégralité d’un esprit d’un corps à un autre. Un père de famille plongé dans le coma depuis des années se retrouve dans le corps d’un capitaine de la brigade spéciale justement chargée de traquer et surveiller ces « transférés ». Il doit apprendre à naviguer dans un monde qu’il ne reconnaît plus en protégeant sa véritable identité pour espérer retrouver son ancienne vie et sa famille.

Ça vaut le coup2 ? Transferts est juste assez foutraque, avec des idées dans tous les sens, une Église catholique qui retrouve son ascendant sur la société, une brigade spéciale littéralement fasciste et un personnage central complètement paumé quant à ce qui lui arrive pour que ça marche. Certaines ficelles de l’histoire sont vraiment grosses, mais il y a des idées de personnages brillantes dans un univers cohérent et bien exploité, vu à travers son relatif loser de héros qui ne sait plus du tout où il en est, et l’équilibre entre idéalisme et cynisme est ménagé de façon intéressante. Il devait y avoir une saison 2 qui ne verra probablement jamais le jour, aussi certains coups de théâtre lancés dans le dernier quart d’heure de la saison 1 ne connaîtront pas de réponse, mais en-dehors de cela, les intrigues principales sont bouclées. C’est suffisamment singulier pour vraiment valoir le coup de se lancer.

Le Secret d’Élise (fantastique)

Production : TF1 (là je triche un peu pour la France, Le Secret d’Élise étant fondé sur un concept américain, qui a donné également Marchlands en Grande-Bretagne).

Le pitch : Tout s’organise autour de l’histoire parallèle de trois familles ayant vécu à trois époques différentes dans la même maison, en 1969, 1985 et 2015. Un drame ayant eu lieu en 1969 a des répercussions sur toutes les époques, jusqu’à la découverte de la vérité.

Ça vaut le coup ? Le Secret d’Élise ne révolutionne rien, mais a visiblement fait ses devoirs et étudié les tropes pour s’en servir avec une intelligence. La série est davantage une saga familiale qu’un récit de fantastique (même s’il est fondamental au déroulement) et l’histoire est archi-classique, mais la production est absolument irréprochable. Les trois époques prennent vie à travers un intelligent jeu de décors et de colorimétrie et on se prend à s’émouvoir des drames familiaux traversés aux trois époques. C’est très classique, mais c’est exécuté avec intelligence et cœur, et donc – à condition d’être sensible au format de la saga familiale et de ne pas chercher un fantastique très poussé – cela fonctionne très bien.

Trepalium (SF)

Production : Arte.

Le pitch : Dans un monde dévolu toujours davantage à l’hypercapitalisme, le chômage atteint les 80%. Les « actifs » sont littéralement esclaves de leur entreprise et se livrent une guerre incessante de performance et de productivité, au sein d’une ville située derrière un mur qui les sépare d’une immense « zone », où sont relégués ceux qui n’ont plus rien et se battent pour survivre.

Ça vaut le coup ? Trepalium oscille sans arrêt entre le brillant et l’horripilant. La série semble très consciente qu’elle descend d’une certain archétype de l’âge d’or de la SF qui mettait davantage l’accent sur une idée, souvent à travers l’opposition entre une élite déshumanisée et une foule déshéritée, et lui rend d’innombrables hommages. Les inspirations art nouveau, la technologie bizarrement rétro, l’architecture et les costumes donnent à l’ensemble une patte graphique extrêmement réussie. Malheureusement, Trepalium tient beaucoup trop à son discours de dénonciation politique du productivisme pour laisser la place à ses personnages d’exister par eux-mêmes, à son scénario de reposer sur des piliers solides… et à son spectateur de s’investir dans le récit. L’impression d’assister à un prêche domine : l’industrie c’est mal, le travail c’est l’esclavage, l’ambition rend fou, le fanatisme vous coupera des vôtres – s’adresser avec davantage de subtilité à l’intelligence du spectateur, au lieu de lui marteler ce qu’il est censé penser, aurait probablement mieux servi le propos. À mon sens, le traitement de Trepalium est hélas trop léger pour pouvoir recommander la série sans hésiter.

  1. Je laisse évidemment de côté Kaamelott, d’une part parce que tout le monde connaît, et d’autre part parce que la licence génère pour ainsi dire sa propre catégorie : c’est génial.
  2. Donc oui, ca peut rappeler Carbone modifié, mais en uniquement en surface : à l’existence du transfert près, on pourrait tout à fait se trouver en 2019.
2019-09-23T14:59:34+02:00lundi 23 septembre 2019|Fiction|6 Commentaires

Le NaNoWriMo commence aujourd’hui !

C’est aujoud’hui que commence le onzième NaNoWriMo, pour un mois marathon d’écriture. Du mal à produire ? Pas le temps, trop fatigué pour travailler sur votre grand récit ? Alors tentez ce défi.

Qu’est-ce que c’est ?

NaNoWriMo est l’acronyme de National Novel Writing Month (mois national pour la rédaction d’un roman). C’est une intiative fondée en 1999 dont le but est simple : chaque auteur à s’inscrire se fixe l’objectif de rédiger en un mois (novembre) un roman de 50 000 mots (300 000 signes). C’est une quantité qui peut impressionner, et c’est le but : le pire ennemi de la rédaction est évidemment la procrastination, mais elle cache un petit cousin, le perfectionnisme, qui est très souvent un frein lors de la rédaction proprement dite. Il ne s’agit évidemment pas de ne rien retoucher au premier jet, qui est souvent amplement améliorable, mais d’écrire ce premier jet sans restriction.

Il arrive fréquemment lors de la rédaction qu’un censeur interne vienne se pencher sur l’épaule pour juger chaque phrase, chaque tournure, et les déclarer ineptes, absurdes, ridicules. On conseille souvent d’étrangler cette voix, qui n’a pas à intervenir à cette étape du travail : elle ne fait que retenir l’envie et l’inspiration, alors qu’il faut au contraire (presque) tout se permettre pour dégager des idées surprenantes, des personnages vivants, bref, l’inspiration. C’est plutôt au moment de la relecture et du retravail (ou, éventuellement, si l’on cale) qu’il convient se montrer critique, soit après coup. (En ce qui me concerne, je suis souvent été agréablement surpris par les passages qui me semblaient affreux la veille au moment de la rédaction : si je m’étais arrêté, je n’aurais fait aucun progrès. Et même quand c’est irrécupérable, j’ai au moins évacué une mauvaise piste.)

Le défi du NaNoWriMo oblige, entre autres, à s’affranchir de ce censeur : pas le temps de l’écouter ! Pendant ce mois, il n’y a plus d’excuses qui tienne : plus de « je n’ai pas le temps », de « ce n’est pas assez bon », ce qui compte avant tout, ici, c’est la quantité.

Comment ça marche ?

Le NaNoWriMo est avant tout un contrat que l’on passe avec soi-même, mais l’importante communauté qui s’est construite autour permet de partager anecdotes, encouragements, astuces pour progresser. Il suffit de s’inscrire (le site comporte une section – partiellement – francophone). Le principe consiste à proclamer un peu partout que l’on s’est inscrit au défi… Histoire de s’obliger à tenir l’engagement.

Qu’est-ce qu’on gagne ?

Ah, société consumériste ! On ne gagne rien, si ce n’est un premier jet complet qu’il n’y a plus qu’à retravailler, et l’assurance qu’on a pu terminer un livre, et donc qu’on pourra le refaire.

L’adresse en clair : http://www.nanowrimo.org/fr

2010-11-01T10:53:01+01:00lundi 1 novembre 2010|Technique d'écriture|7 Commentaires
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