Locus relaie le limogeage scandaleux de Stéphanie Nicot des Imaginales

Je suis loin d’avoir été le seul à m’émouvoir de cette décision aussi scandaleuse qu’imbécile (rappel des épisodes précédents, et pourquoi la ville d’Épinal s’est mise dans une situation impossible), mais l’affaire franchit à présent les frontières : Locus, le magazine professionnel le plus important de l’imaginaire (en langue anglaise), s’en est fait l’écho ici, et ça n’est pas à la gloire de la mairie d’Épinal, comme de juste.

La ville a également réagi négativement aux requêtes présentées par Nicot pour obtenir une meilleure rémunération, pourtant, dans son appel d’offre, elle propose un salaire plus élevé que celle-ci n’en a jamais touché.

Locus

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2022-09-10T03:38:14+02:00lundi 12 septembre 2022|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Locus relaie le limogeage scandaleux de Stéphanie Nicot des Imaginales

Où, dans le scandale Facebook de la semaine, on découvre que l’entreprise tolère tout à fait les petites annonces pour du trafic humain

Il y a un truc ironique sur le fait que la plupart des réseaux conspirationnistes se retrouvent sur Facebook, c’est que franchement, s’il devait exister un reptilien, un Illuminati ou un démon majeur ayant revêtu un costume d’être humain, c’est assurément Mark Zuckerberg tellement son entreprise semble s’ingénier à absolument tout faire pour incarner une force maléfique de premier plan à notre époque.

Le Wall Street Journal rassemble des dossiers accablants (et ça n’est pas une figure de style : c’est littéralement un panégyrique avéré du capitalisme dans tout ce qu’il a de plus sociopathe) sur le réseau qui commence par F comme Fuck You, et la dernière en date mérite une action en justice devant la Cour Pénale Internationale :

Scores of Facebook documents reviewed by The Wall Street Journal show employees raising alarms about how its platforms are used in developing countries, where its user base is huge and expanding. Employees flagged that human traffickers in the Middle East used the site to lure women into abusive employment situations. 

En gros, il est (était) possible de trouver à employer des femmes de ménage taillables et corvéables à merci, sans contrat, avec confiscation du passeport au passage, et la réponse de Facebook a été spectaculairement tiède.

Une entreprise qui monétise votre attention et votre temps pour vous captiver en fomentant des conflits alimentés par algorithmes, qui siphonne vos données par tous les moyens possibles et imaginables, qui s’en tape totalement de la santé publique, de la démocratie, de la raison tant que ça vend de l’espace aux annonceurs, et qui fait tout ce qu’elle peut pour éviter de se soucier des dignités humaines les plus fondamentales parce que TU COMPRENDS LES CARTELS AUSSI PEUVENT ÊTRE INTÉRESSÉS PAR NOS PUBS DE TONGS, franchement, je dois sur-réagir, je ne vois que ça.

2021-09-18T16:21:02+02:00mercredi 22 septembre 2021|Humeurs aqueuses|3 Commentaires

ReLIRE aux oubliettes

Les dirigeants de ReLIRE, incapables de comprendre le problème.

Les dirigeants de ReLIRE, incapables de comprendre le problème.

Yatta ! Comme j’en ai parlé à plusieurs reprises, auguste lectorat, impossible de ne pas réjouir – enfin – de la décision de la Cour de Justice de l’Union Européenne qui vient, purement et simplement, de coller une balle dans la nuque du projet léonin ReLIRE, dont se gargarisaient scandaleusement les pouvoirs publics et qui a coûté une somme honteuse au contribuable.

Rappel rapide des faits : il s’agissait avec ReLIRE d’autoriser – sans l’accord préalable de l’auteur – la réédition de livres indisponibles au bénéfice, pour moitié, des éditeurs qui les avaient laissés s’épuiser. L’auteur touchait certes 50% des bénéfices, mais devait s’opposer volontairement à l’exploitation de son travail s’il ne désirait pas entrer dans le dispositif (principe de l’opt-out), par ailleurs entaché d’un nombre d’erreurs dans sa base de données qui défonçait carrément toutes les limites de l’incompétence. En gros, s’il ne surveillait pas attentivement le registre chaque année, son travail se trouvait exploité sans son accord explicite – et prouver qu’il était bien l’auteur tenait du parcours du combattant. (Résumé plus détaillé ici.)

Grâce au combat mené par Sara Doke et notre immensément regretté camarade Yal Ayerdhal, avec la compétence pointue de Me Franck Macrez, la CJUE a statué : le droit moral est souverain, et l’auteur seul peut entendre disposer de son travail – qui lui appartient ; ce siècle exige-t-il tant qu’on le rappelle ?

À titre personnel, je me réjouis avec une joie carrément sauvage de cette victoire et n’adresse que mépris à toutes les huiles guidées par la paresse qui crurent un jour bon d’exproprier les auteurs de leur propre travail. Et, comme le signale Sara dans cet excellent entretien donné à Actualitté, on peut s’interroger que les sociétés d’auteurs ne s’en réjouissent pas davantage, à l’exception du SELF.

Plus d’informations sur la décision et le dossier, voir cet article qui récapitule l’ensemble des décisions.

Merci à tous les combattants qui ont défendu ces droits pourtant fondamentaux et inscrits de longue date dans les conventions internationales.

2016-11-21T18:08:50+01:00mardi 22 novembre 2016|Le monde du livre|Commentaires fermés sur ReLIRE aux oubliettes

Pourquoi sommes-nous contre ReLIRE ?

On sait super bien compter, à la BNF.
Y a comme un souci

En voyant diverses réactions pas forcément bien informées ici et là, il me paraît important de rappeler, de façon très résumée, pourquoi les auteurs du SELF et du Droit du Serf (entre autres) s’opposent au registre ReLIRE.

Tout d’abord, qu’est-ce que ReLIRE ? Ce registre vise à numériser des œuvres littéraires publiées au XXe siècle et devenues indisponibles faute d’édition, puis à les diffuser de manière marchande.

Pourquoi y sommes-nous opposés ? 

Plusieurs raisons, mais la première et la plus simple : parce qu’on ne nous demande pas notre avis. L’État décide des œuvres qu’il veut ainsi diffuser, et c’est à l’auteur de signaler son refus, moyennant

  • La surveillance d’une base de données sur son propre temps (il n’est pas prévenu des intentions publiques) ;
  • Une procédure longue et infamante (il lui faut prouver qu’il est l’auteur de ses propres livres !)

C’est une expropriation pure et simple. Nous disposons des droits sur le fruit de notre travail, c’est à nous qu’on doit demander l’autorisation, pas l’inverse ; or l’État entend en disposer comme il le souhaite, dans le plus pur mépris de la personne. Dans le même genre, le registre Google Books, vivement combattu par l’édition française il y a quelques années, semblait plus civilisé… Mais à l’époque, ces lobbies qui aujourd’hui imposent ReLIRE brandissaient le droit d’auteur comme rempart, pour inverser totalement le discours à présent qu’ils ont la certitude que l’argent tombera dans leur poche et pas celle de Google.

Deuxième raison : l’éditeur d’origine est rémunéré par les ventes à parts égales avec l’auteur, ce qui est un comble, puisque si l’oeuvre est indisponible, c’est justement que l’éditeur d’origine a laissé l’oeuvre s’épuiser – donc qu’il a abandonné toute exploitation commerciale. Ce qui est parfaitement compréhensible – mais dans ce cas, pourquoi est-il à nouveau rémunéré ? Il a choisi d’abdiquer son travail d’exploitation. D’autre part, l’auteur n’a pas son mot à dire sur le prix d’exploitation de sa propre oeuvre par l’État !

Troisième raison : la loi méconnaît (et piétine) la nature de la culture et de l’art, contrevenant de manière flagrante à la convention internationale de Berne, dont la France est pourtant signataire. Une oeuvre de l’esprit est par nature immatérielle ; elle ne peut pas être inféodée à une fixation sur un support matériel (cela signifie, en substance, qu’on ne fait pas de différence entre le fait que j’imprime un livre sur du papier, produis un fichier, ou fais une lecture publique : c’est la même oeuvre, ce qui relève du bon sens). Or, ReLIRE se focalise sur la première édition papier (et se trompe tout le temps sur le périmètre, voir l’image en illustration), ce qui est totalement opposé à un principe que la France a signé depuis… 1886 (date de la convention de Berne). Cela a pour conséquence fâcheuse de nuire très sévèrement à une reprise commerciale par un éditeur équitable, ou même à la diffusion libre par l’auteur lui-même. C’est un véritable hold-up public, qui ne va pas dans votre intérêt, les lecteurs.

Quatrième raison, qui vous concerne encore plus directement, amis lecteurs : les exigences de correction des fichiers numérisés sont ridicules (on va se retrouver avec des bouquins truffés de coquilles) et il est plus que probable qu’ils seront verrouillés par DRM (pour une initiative publique, c’est gonflé).

Je passe sur les détails, comme les limites chronologiques non respectées, le financement ubuesque, la concurrence déloyale, le caviardage des pages Wikipédia dédiées au projet… Il s’agit seulement d’un rapide résumé pour ceux qui découvrent le dossier. Pour en savoir plus : voir les sites du SELF et du Droit du Serf.

(J’aurais bien fait une BD, mais c’est à peine si je sais dessiner un bonhomme bâton.)

2020-01-20T01:15:50+01:00jeudi 6 mars 2014|Le monde du livre|7 Commentaires

Le racket de Facebook : pourquoi vous ne verrez plus le contenu qui vous intéresse

Facebook, connu pour ses méthodes cavalières, son attitude monopolistique, son usage moins que reluisant des données personnelles, vient de franchir un nouveau cap d’indécence. Lisez bien ce qui suit, car cela vous concerne, que vous soyez un utilisateur simple ou un communicant, dans votre droit à parler et à être entendu sur le premier réseau social mondial. Facebook abuse de sa position dominante en prenant ses utilisateurs en otage d’une façon proprement intolérable.

Autrefois (il y a un an), quand vous postiez une nouvelle sur votre mur ou votre page (« Je me suis marié ! » ou bien « J’ai publié un nouveau livre ! »), tous vos amis, tous ceux qui s’étaient abonné à votre page, la voyaient1. C’est normal : à la base, si vous êtes ami avec quelqu’un, ou si vous « aimez » sa page, c’est que vous être intéressé(e) par ce que la personne ou le groupe en face veut vous dire. Vous voulez l’entendre, ou du moins le savoir. Mettons, pour faire simple, que c’est une forme d’abonnement.

Sauf que non.

L’équation – calculée par Dangerous Minds dans cet article, sur lequel se fonde le présent billet et dont je ne fais que reprendre les conclusions – est d’une terrible et scandaleuse simplicité. Curieusement, depuis plusieurs mois, la portée des contenus baisse artificiellement – ceux-ci ne sont vus que par 15% des personnes qui vous suivent et amis. Comme par hasard, Facebook propose une solution : pour toucher les 85% restants… Payez.

Soit, payez pour parler à vos amis, vos clients, vos lecteurs, votre famille – ce que vous êtes censé faire naturellement sur un outil comme Facebook. Si vous publiez une nouvelle, un article sur votre mur ou votre page : vous pouvez payer Facebook pour « promouvoir » ce contenu et s’assurer qu’il soit davantage visible auprès de vos abonnés. Sinon… il a toutes les chances de tomber aux oubliettes. Tant pis pour vous.

En tant qu’utilisateur simple du réseau, cela signifie que vous ne verrez plus forcément le contenu qui vous intéresse, pour lequel vous avez accepté de recevoir des mises à jour : groupes de musique, écrivains, blogs… Mais aussi vos amis : votre soeur a perdu son chat, votre frère a eu un bébé, votre neveu a eu son bac, votre maman a organisé une sortie au musée – vous aurez de grandes chances de l’ignorer, à moins d’aller manuellement sur la page, de faire partie des 15%, ou que les personnes en question aient payé pour promouvoir leur statut…

Plus que ridicule : scandaleux, une véritable prise d’otage, un racket parfaitement mafieux. Se rendre indispensable en montrant (plus ou moins) patte blanche, puis, une fois la position dominante atteinte, dire « maintenant, pour continuer à utiliser dans des conditions normales un outil qui fait partie de votre vie, il va falloir passer à la caisse ».

« Facebook, est gratuit et le sera toujours » ? Ben tiens. Pour un petit blog, un groupe de musique indépendant, un auteur comme moi, en plus d’être scandalisé par la pratique, cela ne vaut pas le coup. Payer 5$ par article de blog que je voudrais promouvoir ? Je vais un salon, je devrais débourser 5$ pour que cette nouvelle puisse vous atteindre ? Quel type de communication est-ce là ? Je n’ai pas 15$ par mois à mettre dans la poche de Zuckerberg. C’est déjà – quand ça marche convenablement – ce que je touche en droits d’auteur pour un salon littéraire entier !

Et je ne vous parle pas des pages – jetez un oeil aux tarifs :

Imaginez le coût que cela représente si vous gérez un blog pro publiant 5 articles par jour…

Je vous encourage vivement à faire circuler l’information. Facebook est déjà une entreprise parfaitement prospère, cette opération n’est qu’un mouvement purement avide et scandaleux qui achève de me la rendre détestable. Je m’y trouvais pour les amis et aussi pour créer ce qu’on fait ici : une communauté sympa où la discussion est intéressante et fournie. Si je ne peux plus communiquer avec vous – je ne parle pas des nouvelles éditoriales ou de mon actu littéraire, simplement de vous parler, bon sang, c’est ma raison première d’avoir un blog – qu’est-ce que je fais là-bas ?

Heureusement, il y a d’autres solutions que Facebook pour se tenir au courant.

Comment faire pour rester informé ?

Il existe d’autres réseaux sociaux qui n’ont pas – pour l’instant – introduit ce genre de fonctionnement haïssable. Twitter est le premier, mais il est par nature volatile. Google+, en est un autre, et il est calqué sur Facebook – si vous avez un compte GMail, l’inscription est transparente ; enfin, pour les tenants du libre, le projet Diaspora se veut être un réseau open source (J’avais annoncé mon départ des deux derniers pour des raisons que je pense toujours, mais face au geste de Facebook, j’y reviens.).

Toutefois, il existe d’autres façons de faire, plus anciennes et surtout plus libres, et ce site vous les a toujours proposées.

La plus simple est le flux RSS. Un flux RSS est un canal d’information fourni par un site qui contient les nouveautés publiées sur celui-ci – exactement comme le flux d’informations d’une page Facebook. C’est une solution gratuite, standard, que personne ne prendra jamais en otage. Pour en profiter, il suffit d’employer un logiciel – souvent intégré au navigateur, donc très simple – qui permette de lire ces flux et vous en tenir informé. C’est aussi simple que d’utiliser Facebook, et vous pouvez classer vos abonnements comme bon vous semble. Les deux solutions les plus populaires sont Google Reader et Netvibes. Il suffit d’ouvrir un compte, puis de vous abonner chaque fois qu’un site vous intéresse et qu’il propose un flux (icône ci-contre). Le flux principal de ce site est à l’adresse suivante :

http://feeds.feedburner.com/lioneldavoust

Enfin, il y a la lettre d’informations. Encore plus simple : après abonnement, les nouvelles vous arrivent directement par mail. On rechigne parfois à s’y inscrire, ce qui est compréhensible, car cela ajoute encore au volume de courrier électronique que l’on reçoit. En ce qui me concerne, ma liste a un trafic très réduit, et propose deux « niveaux » d’abonnement. Le niveau « basique » n’envoie que les nouvelles les plus importantes (les actus éditoriales), ce qui représente très peu de messages. De manière optionnelle, il est possible de s’abonner également au blog – de recevoir une notification à chaque nouvel article. Si vous souhaitez vous abonner, c’est ici.

Ce que cela signifie pour moi (et donc, pour vous et moi)

Pourquoi, finalement, suis-je sur les réseaux sociaux ?

Je l’ai dit plus haut, j’y suis pour la même raison que je tiens un blog : parce que j’aime tenir un bar. J’ai lu il y a longtemps sur la liste de discussion SFFranco – je ne sais plus par qui – que l’écrivain pouvait s’apparenter à un chamane moderne : il part en des lieux étranges, en lui-même, et il en rapporte des histoires pour partager avecsla tribu. Cela ne recouvre pas tous les méandres de la complexité affective du métier, mais j’aime assez. Je blogue, je suis sur les réseaux sociaux, je partage récits de voyage, aventures, photos, technique d’écriture, articles sur le métier, un peu pour la même raison : pour tenir un lieu de discussion sympa (bien sûr, je parle aussi de mon actu, mais il faut bien faire tourner la boutique), pour nous fédérer, vous et moi.

Si je ne peux plus faire ça correctement – ou alors, en mettant la main au portefeuille – pourquoi rester ?

Merci, Facebook, de ce petit réveil-matin, de ce rappel qu’à s’en remettre à une entreprise tierce, on ne demande qu’à être menotté. Au lieu de diluer mon énergie sur des réseaux qui ne m’appartiennent pas, je vais me replier sur ce qui m’appartient : ce site, ce blog, où je suis propriétaire de l’intégralité du contenu, où je suis le patron incontesté. Je ne déserte pas FB, G+; Twitter pour autant, où les articles et certains liens idiots continueront à être répercutés, mais j’y glanderai beaucoup moins – à quoi bon ? -, et vais m’employer à re-déporter la conversation et l’activité ici. En prévision, je vais déménager le serveur sur une plus grosse machine dès que j’aurai une fenêtre de tir, afin de supporter la potentielle montée en charge.

Je vais, contraint et forcé, « promouvoir » cet article sur Facebook – ce sera la première et dernière fois que Zuckerberg recevera mes 5$. Je vous invite très vivement, dès maintenant, à :

Pour ne pas perdre le contact si les articles sérieux ou moins sérieux, si l’actu littéraire, ou tout à la fois, vous intéressent ici. Car si vous ne comptez que sur les réseaux sociaux, nous risquons de nous perdre.

Faites tourner l’information, s’il vous plaît. Facebook joue beaucoup sur la désinformation et le manque de maîtrise de ses utilisateurs, et ce scandale doit être exposé.

  1. Pondéré par des algorithmes de popularité, mais n’entrons pas là-dedans.
2012-11-02T22:59:52+01:00lundi 29 octobre 2012|À ne pas manquer|97 Commentaires
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