Combien dois-je demander pour une traduction ?
C’est une question qu’on m’a posé deux fois en deux semaines en privé, alors il semble qu’il puisse être utile de donner quelques pistes aux jeunes traducteurs et trices, surtout s’ils comptent faire de la traduction une activité semi-professionnelle, ou s’ils ont la chance de maîtriser une langue rare.
Comment souvent dans ces cas-là, l’Association des Traducteurs Littéraires de France (ATLF) vient à la rescousse avec un site proposant nombre d’informations sur le métier (http://www.atlf.org/).
Tout d’abord, et cela n’a rien d’une évidence, il faut s’assurer que l’on est convenablement armé pour s’engager à réaliser un travail de traduction, en particulier si l’on débute ou (c’est assez fréquent) que l’on rend service sur un contract ponctuel sans réelle intention professionnelle. Pour cela, le code de déontologie du traducteur est un précieux guide. Il faut notamment juger de la difficulté du travail à réaliser : un essai technique ou de la poésie ne poseront pas les mêmes embûches qu’un article de presse grand public ou qu’une nouvelle de littérature blanche. Il n’y a pas de lignes directrices autres qu’un examen de conscience honnête et approfondi, surtout si l’on débute, pour répondre à la question : « Suis-je capable de faire correctement ce boulot sans y laisser l’ensemble de mon sommeil pour les trois mois à venir ? »
Ensuite, combien demander ? L’ATLF réalise tous les ans une enquête sur la rémunération des traducteurs en fonction de la langue et du support (voir ici). Ces fourchettes peuvent servir de ligne directrice mais il faut avoir conscience que les tarifs peuvent varier bien davantage, notamment selon l’expérience du traducteur, la difficulté du support, l’urgence du délai, la rareté de la langue, etc. Toutefois, ils ne devraient pas descendre « trop » en-deçà de la fourchette basse. La traduction est un travail exigeant et une bonne traduction se paie. Si le donneur d’ordre n’a pas les moyens de la financer1, il lui faut peut-être s’interroger sur la pérénnité de sa stratégie à l’étranger.
Il faut noter que cette enquête donne les tarifs selon le dit « feuillet calibré standard de 1500 signes ». C’est n’est PAS une tranche informatique de 1500 signes calculée dans Word. Le feuillet est un étalon en vigueur depuis des décennies dans l’édition, hérité de la machine à écrire, et correspond à une feuille « modèle » d’approximativement 1500 signes. Je n’entre pas davantage dans le détail, il y a un excellent article et didacticiel sur la question encore une fois sur le site de l’ATLF à cette adresse (en PDF). Il est possible de calculer la rémunération selon le calibrage informatique, mais il convient alors de la majorer (voir enquête rémunération).
Enfin, je ne m’en étais pas encore fait l’écho, mais Pierre Assouline vient de publier un épais rapport sur la condition du traducteur, bourré de chiffres et d’analyses, fruit d’une longue et minutieuse enquête de terrain. Il est disponible gratuitement sous forme numérique sur le site du Centre National du Livre à cette adresse.
- Si c’est une entreprise, bien sûr. ↩
SFFT Awards : des prix pour de la traduction en anglais
J’ai un mois de retard sur cette info mais d’une part, elle a peu circulé, d’autre part, elle mérite de circuler : en juin dernier ont été remis les Science Fiction and Fantasy Translation Awards, qui visent à récompenser le travail de traducteurs de l’imaginaire de langues étrangères vers l’anglais. Il est très agréable de voir la traduction récompensée et reconnue, mais aussi quand il s’agit de l’apporter aux territoires anglophones, où la pénétration des littératures étrangères reste très faible. Bravo donc à tous les lauréats, mais aussi au jury pour cette initiative, qui est en plus dotée d’une somme monétaire divisée entre l’auteur et son traducteur (ce qui est rare).
Long Form Honorable Mention
The Golden Age, Michal Ajvaz, translated by Andrew Oakland (Dalkey Archive Press). Original publication in Czech as Zlatý Věk (2001).
Long Form Winner
A Life on Paper: Stories, Georges-Olivier Châteaureynaud, translated by Edward Gauvin (Small Beer Press). Original publication in French (1976-2005).
Short Form Honorable Mention
“Wagtail”, Marketta Niemelä, translated by Liisa Rantalaiho (Usva International 2010, ed. Anne Leinonen). Original publication in Finnish as “Västäräkki” (Usva (The Mist), 2008).
Short Form Winner
“Elegy for a Young Elk”, Hannu Rajaniemi, translated by Hannu Rajaniemi (Subterranean Online, Spring 2010). Original publication in Finnish (Portti, 2007).
Special Award
In addition to the standard awards, the Board of ARESFFT presented a special award to British author and translator Brian Stableford in recognition of the excellence of his translation work.
(Je suis particulièrement heureux de voir récompensé Edward Gauvin, qui avait réalisé l’excellente traduction de « L’île close » et qui se bat pour faire entrer l’imaginaire français aux États-Unis.)
Vous êtes bienvenu
Chère Davoust,
Merci beaucoup pour votre commande et la confiance en nous avec votre besoin important. Nous ferions de notre mieux pour satisfaire ou dépasser vos attentes. Nous sommes basés USA vendeur et toutes les commandes sont expédiées de Etats-Unis. En raison de la nature internationale de l’expédition, le temps de transit pourraient être entre 2-5 semaines, mai serait plus rapide. Temps pris par les autorités douanières varie selon les pays, le niveau de sécurité de port d’entrée. Ceci élargit la fenêtre de l’accouchement, mais la plupart des commandes ne tiennentpas très longtemps pour passer les douanes. Il a été observé que les articles plus lourds prend plus de temps que les douanes prendre, regardez de plus près.
Dans le cas, si vous avez besoin d’acheter des livres à partir de ressources locales en raison des contraintes de temps, nous avons 90 jours pas de question posée, sans frais pour l’acheteur politique de remboursement intégral. Nous sommes là pour vous servir et sortait de passage pour garantir votre satisfaction. Vous mai nous téléphoner au ###### en tout temps avec vos questions ou nous donner votre numéro de téléphone et nous vous rappellerons à votre convenance.
Merci encore de nous avoir donné la chance de vous servir.
Merci.
Bon, ça va, les êtres humains ont encore de beaux jours devant eux.
Des liens des langues
Une petite causerie sur la traduction : j’ai été très honoré de recevoir quelques questions d’un étudiant en langues pour son mémoire universitaire, qui traitait principalement du lien que le traducteur nourrit avec sa ou ses langues de travail. Les propos n’engagent évidemment que moi et mon propre cas, je ne sais pas si les réponses sont bonnes mais certaines des questions l’étaient sacrément en tout cas !
Comment ressentez-vous le besoin de lien à la langue que vous traduisez, et comment se manifeste ce lien ? Doit-il être constant ?
A partir du moment où l’on traduit régulièrement et donc que l’on pratique assidûment sa langue source de prédilection, je crois que ce lien devient une seconde nature, il fait partie de soi, comme tout ce que l’on apprend au point d’en acquérir une maîtrise intuitive. Cela dit, j’ai la chance d’être bilingue, dont j’ai peut-être un rapport particulier et immédiat à l’anglais. En conséquence, ce lien est donc constant, effectivement, et la pratique ne disparaît jamais, même après de longues périodes sans pratique. Je le vois simplement comme faisant partie de mon identité, au même titre que je sais lire ou conduire une voiture et je ne saurais pas me concevoir sans.
Pensez-vous que pour un traducteur, une immersion physique dans la langue et la culture liée à la langue traduite est indispensable ? Avez-vous vous-même vécu dans un pays anglophone ?
L’immersion physique ne me semble pas indispensable, en particulier pour la traduction littéraire. Tout d’abord, c’est un matériau que l’on peut méditer longuement avant de le restituer. D’autre part, la littérature, comme tout art, propose une représentation de la réalité et non la réalité elle-même, ce qui implique de comprendre prioritairement la façon dont la culture représente cette réalité, et non cette réalité elle-même (ce qu’accomplit avant tout la vie à l’étranger).
Après, une immersion (tout court) dans la culture source est indispensable, mais elle peut se faire d’un millier de façons: télévision, cinéma, littérature, actualité, essais, etc. C’est extrêmement facile aujourd’hui avec Internet.
Je n’ai pour ma part pas vraiment vécu dans un pays anglophone en-dehors de quelques vacances.
À force de côtoyer une langue étrangère – en l’occurrence l’anglais - existe-t-il un risque qu’elle « déteigne » sur la langue natale, que des calques inconscients apparaissent et altèrent la qualité de la traduction ?
Cela peut effectivement se produire dans les premiers temps de la pratique (heureusement, l’éditeur veille) et c’est d’ailleurs ce qu’on entend parfois dans la bouche d’étudiants de la traduction: la langue source leur paraît (souvent le cas pour l’anglais), plus vive, plus claire, plus « sexy ». Mais c’est, à mon avis, le parfum d’étrangeté qui parle. Je pense (c’est en tout cas mon expérience) qu’avec le temps, on acquiert de mieux en mieux les spécificités et forces de chaque langue et, loin de les mêler, on les sépare mieux, ce qui finit par éviter les calques. Ce sont deux « circuits », presque deux manières de penser différentes et bien distinctes.
La perte de contact avec sa propre langue vous semble-t-elle un risque sérieux ? (par exemple dans le cas d’un traducteur expatrié depuis de nombreuses années)
Dans le cas d’une expatriation, oui. Je l’ai en tout cas entendu dire de la part de confrères ou consoeurs. La traduction requiert une pratique constante des deux langues pour continuer à les « sentir » au mieux et ainsi les servir l’une comme l’autre; dans le cas contraire, on court peut-être le risque de perdre le lien intuitif à sa langue maternelle, qui permet d’en maîtriser les subtilités. Mais, dans le cas d’un traducteur vivant en pays francophone, je pense que le processus exprimé à la question précédente l’en protège. Tant qu’il travaille ses langues et reste critique, je pense que l’expérience le met à l’abri.
Vous est-il déjà arrivé de devoir traduire en Français un document traduit une première fois vers l’Anglais depuis une autre langue ? Si oui, les références culturelles ont-elles posé problème ?
Cela m’est arrivé, et je ne me rappelle pas de problèmes de références culturelles, mais il faut voir que la traduction est extrêmement dépendante du contexte. Ces textes courts ne posaient a priori pas de problèmes de ce genre, ou bien les références faisaient partie du « parfum d’étrangeté » propre à l’original, et sont donc passées sans aucun problème au français.
Lors de la traduction d’un texte, on peut-être amené à adapter certains éléments (de langage, de culture) pour le lectorat ciblé. Dans cette optique, l’utilisation de régionalismes vous semble-t-elle acceptable et utile ?
Il n’y a pas de réponse définitive en traduction: chaque cas est un nouveau problème auquel il faut réfléchir avec un oeil neuf en pensant aux spécificités des deux langues, leur rapport entre elles et à la culture décrite (qui peut être sans rapport avec les langues dont il est question). Cela va donc dépendre totalement du contexte, de l’intention de l’auteur, de l’effet en français, du ton de l’original, etc. Tout va donc dépendre du contexte. Dans certains cas, le régionalisme sera la solution, dans un autre, il ne fonctionnera pas.
Etant donné l’existence de plusieurs variétés d’anglais, pensez-vous qu’il soit souhaitable qu’un traducteur se « spécialise » dans une aire géographique anglophone qu’il connaît mieux que les autres ?
Les différences linguistiques sont présentes mais pas insurmontables à mon avis; si ces anglais ont effectivement un « goût » légèrement différent, je pense la pratique permet de les assimiler. On sera peut-être plus à l’aise sur l’anglais américain que britannique, par exemple, mais cela jouera surtout sur la rapidité d’exécution. Le retravail et le recul viendront gommer d’éventuelless interrogations par la suite.
Ce qui peut jouer en revanche, c’est la familiarité avec un certain contexte culturel; là, surtout en littérature générale, ces disparités peuvent prendre un poids non négligeable. Mais cela devient une question de familiarité de civilisation plus qu’une question de langue à proprement parler.
En parlant et en lisant

Couv. Paul Kidby
J’ai diablement du pain sur la planche en ce début d’année, ce qui explique ces quelques entrées un peu courtes, mais je ne t’oublie pas, auguste lectorat, je suis là, regarde. Je peux te proposer des mots, ceux des autres et les miens, suscités par les autres. Si, si, cette phrase veut dire quelque chose, je t’assure.
Entretiens
L’équipe de l’excellent Vade-Mecum du Disque-Monde, consacré à l’univers pratchettien, a eu l’extrême gentillesse de me proposer un entretien aux dernières Utopiales : un moment bien rigolo, chaleureux et déconnant comme il se doit, retranscrit ici, où l’on parle de la co-traduction de la série La Science du Disque-Monde, mais aussi d’écriture.
Ils ont également réalisé une traduction en français de l’entretien proposé par The Portal, qui peut se lire ici. Merci à eux !
Revue de presse
Sélections
Le blog Imaginelf retient La Volonté du Dragon parmi ses coups de coeur de l’année 2010, tandis que Sci-Fi Universe retient L’Importance de ton regard dans sa sélection. Merci !
L’Importance de ton regard
L’avis de IfIsDead (lire l’article complet) :
LD nous livre ici un excellent recueil qu’il serait dommage de rater. On se sent transporté dans ses histoires, on s’inquiète pour ses personnages. On n’a plus qu’une hâte, c’est de lire le reste de ses oeuvres.
La Volonté du Dragon
L’avis de Heat27 (lire l’article complet) :
La Volonté du Dragon fut d’une lecture très agréable. J’ai passé un bon moment. Le format “court” ne nuit en rien à son intérêt, et puisque l’auteur annonce qu’il reviendra prochainement foulé les terres d’Evanégyre, j’espère que ce sera sur un roman plus “trapu” afin de mieux découvrir cet univers.
L’avis de Zordar (lire l’article complet) :
[...] style très vivant [...] La bataille navale est très bien rendue grâce à l’immersion du lecteur à bord de La Volonté du Dragon, le vaisseau amiral de la flotte de l’Empire [...] Le suspense dure jusqu’au bout.
Merci à tous les chroniqueurs !
Traduction littéraire, FAQ
Je reçois ces temps-ci pas mal d’interrogations (souvent d’étudiants) relatives au métier de la traduction, littéraire en particulier, et parfois un peu floues, si bien que je ne sais pas très bien quoi répondre exactement. Or, il y a deux ou trois ans, une étudiante (qu’elle en soit remerciée, puissent ses corrections d’épreuves se faire toujours dans la tranquillité avec de longs et confortables délais) m’avait posé des questions très précises par mail sur le domaine, ce qui a plus ou moins pris la forme d’un entretien ; hé, dis-donc, me suis-je dit sous ma douche, pourquoi ne pas poster ce texte sur le blog pour servir de Foire Aux Questions, et les consoeurs et -frères pourraient ensuite réagir, et les gens que ça intéresse poser d’autres questions, et ça pourrait, genre, servir de ressource ? Mode collaboratif web 2.0, tout ça ?
Pour compléter la question, je vous invite instamment à jeter un oeil à l’Association des Traducteurs Littéraires de France, au dossier Traduction réalisé par ActuSF et aux questions aux traducteurs de Lucie Chenu (avec la réserve qu’en ce qui me concerne, certaines réponses commencent à être très datées, surtout sur le lien entre traduction et écriture : l’entretien a sept ans).
Here we go.
J’ai cru comprendre que vous étiez ingénieur avant de vous lancer dans ce que vous faites maintenant, aussi comment avez-vous fait la transition entre les deux ? De quelle manière avez-vous débuté en traduction ? Quelles démarches avez-vous effectuées ?
J’ai commencé par traduire pour des revues littéraires de qualité, mais qui paient peu (ou pas), faute de moyens, car ce sont des très petites structures souvent associatives. Mais ce sont des passionnés ou amateurs très éclairés qui gèrent ces structures, ce qui en fait une excellente école (j’ai par exemple eu la chance immense de faire mes premières armes sous l’égide de traducteurs professionnels reconnus). D’autre part, cela permet de se constituer une première bibliographie (ce qui, en édition, tient lieu de CV) pour aller frapper chez des structures de plus en plus grandes et donc de plus en plus rémunératices. Cela fait donc boule de neige, mais ce processus peut être long (plusieurs années). J’ai tiré le diable par la queue un petit moment avant d’arriver à en vivre correctement. Ce genre de parcours est relativement courant en SF&F, mais il comporte évidemment une part de risque importante – sans parler du besoin d’arriver à se former par soi-même.
Pour les démarches, je me suis simplement investi dans ces revues, rencontrant les équipes en festival, me construisant mon carnet d’adresses, ouvrant les yeux et les oreilles en quête d’une occasion.
Que demandent les éditeurs de la part d’un traducteur littéraire (en matière de qualifications, de compétences) ?
Un éditeur veut du bon boulot, il se fiche d’où vous sortez : votre qualification première, c’est votre bibliographie, derrière laquelle passent les diplômes. Attention, cela ne veut pas dire qu’ils sont superflus (il y a par exemple un master de trad littéraire à Paris et j’enseigne un bref module à celui d’Angers) : ils vous donnent un certain nombre de réflexes qu’il faut autrement acquérir par beaucoup de travail personnel et une formation sur le tas (ce qui peut se faire dans la douleur et dans l’erreur…), en plus de vous aider à décrocher une première place plus facilement. Néanmoins, bien des traducteurs pros n’ont pas un tel diplôme et ont suivi plus ou moins le genre de voie que je décrivais plus haut. En résumé, les diplômes de trad vous faciliteront la vie, mais qu’ils ne sont pas indispensables comme dans la quasi-totalité des autres professions. Pour ma part, mon seul diplôme un tant soit peu relié au domaine est un Cambridge Certificate of Proficiency in English, qui sert juste à montrer que je pige un tant soit peu ce que je lis !
Est-il possible de se cantonner à un genre précis en traduction littéraire (je pense notamment à la SF et la Fantasy) ?
Tout à fait, c’est mon cas comme celui de nombreux traducteurs du domaine (Mélanie Fazi, Jean-Daniel Brèque, Gilles Goullet, Arnaud Mousnier-Lompré, etc.)
Est-il possible/conseillé d’exercer une autre activité professionnelle en parallèle ?
A « terme », la traduction littéraire est normalement un métier suffisamment rémunérateur pour être une activité à plein temps (et même davantage). Après, tout est toujours possible si vous avez le temps et la motivation. Disons que cela dépend des attentes de votre éditeur (s’il vous fournit contrat après contrat, il vous faudra finir par faire un choix) et de votre vitesse de travail. Certains confrères sont par exemple professeurs, musiciens, etc. et ont une entente particulière avec leur éditeur pour avoir des délais de remise « réalistes ». C’est possible avec de l’organisation et de la discipline, et c’est aussi un choix dans une certaine mesure.
Il faut quand même savoir que la traduction d’un ouvrage est un chantier au long cours dont il ne faut pas sous-estimer le volume de travail. Si vous travaillez pour un éditeur qui vous fournit régulièrement des contrats, vous aurez de quoi vous occuper à plein temps tout en en vivant convenablement. Dans les débuts, c’est peut-être plus compliqué, et vous devrez éventuellement fournir un volume de travail important le soir et les week-ends pour coupler ça à un job alimentaire, le temps de décrocher des contrats rémunérateurs, de vous constituer vos contacts – et de ne pas mourir de faim quand même dans l’intervalle.
Quelles sont les difficultés inhérentes à ce métier ?
D’abord celles de toute professon libérale : on marche au contrat donc, en cas de faillite d’un gros client, on peut se retrouver sans rien et devoir recommencer presque de zéro. Vous n’avez pas non plus trop le droit d’être malade ou d’avoir des accidents (ou bien il faut être prescient pour les prévoir…) : les contrats ont des dates de rendu gravées dans le marbre et si les éditeurs peuvent être compréhensifs en cas de coup très dur, être fiable est un qualité essentielle. A vous de vous organiser.
D’autre part, on travaille seul, souvent à domicile. Il faut aimer la solitude, ne pas tourner en rond comme un lion en cage quand on reste enfermé, savoir se motiver et de discipliner. Il faut aussi savoir rester en compagnie d’un même livre pendant des mois entiers, parfois jusqu’à l’écoeurement, et rester rigoureux quand même.
Enfin, comme dans tout milieu artistique, il peut parfois arriver que les mesquineries volent bas. Il faut en faire abstraction et continuer à faire son travail avec coeur, au mieux de ses capacités, sans prêter attention aux voix jalouses.
Enfin, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait se lancer dans la traduction littéraire en général, et de SF et Fantasy en particulier ?
Du courage et de l’opiniâtreté, parce qu’avoir le statut d’indépendant, se construire un carnet de contacts, apprendre le métier en permanence n’est pas forcément facile ni de tout repos (mais c’est aussi ce qui en fait l’exaltation).
Un véritable amour de la langue et de la littérature, parce qu’il faut chercher sans cesse la justesse du vocabulaire et des expressions, travailler son style, rester parfois très longtemps dans la même oeuvre (des années si on suit une série), avoir un côté perfectionniste parfois obsessionnel pour chercher le mot juste. De l’humilité aussi, parce qu’il ne s’agit pas d’une réécriture mais d’une transmission d’une oeuvre, ce qui implique une certaine plasticité d’expression pour passer d’un auteur à l’autre, d’un genre à l’autre, pour se couler dans le style. Egalement de l’humilité face aux corrections, surtout dans les débuts : toujours chercher le perfectionnement, l’apprentissage, la minutie.
Enfin, j’ai lu que vous suiviez des études de traduction technique : je dois tout de suite vous avertir que la traduction technique et la traduction littéraire sont deux domaines complètement à part et même, pour certains aspects, diamétralement opposés l’un à l’autre. Vous avez certainement acquis un certain nombre de réflexes en trad technique qui seront non seulement inutiles, mais contre-productifs en trad littéraire. Par exemple, vous pouvez (que dis-je, vous devez) jeter Trados et autres mémoires de trad à la poubelle et les proscrire définitivement. La trad littéraire met beaucoup plus en valeur le propos, le message, l’atmosphère, le style (ce qui en fait un véritable exercice de création par certains moments) que la lettre de l’oeuvre, par rapport à la trad technique pour qui la précision passe avant toute autre considération.
Liens entre traduction et écriture
Ansset posait en commentaire la question suivante :
Le fait de lire / traduire de l’anglais apporte-t-il un plus à l’auteur que vous êtes (ou « vous a-t-il apporté beaucoup au début ? »)
C’est une question qui revient assez souvent, aussi mérite-t-elle peut-être un billet à elle seule.
Oui, lire l’anglais est un gros plus. En-dehors de la réponse un peu classique sur l’ouverture au monde et à des cultures différentes que constitue l’apprentissage d’une autre langue, c’est bêtement très utile pour les recherches académiques (on trouve plus de choses en anglais en accès libre et même des ouvrages plus pointus). D’autre part, cela aide beaucoup pour l’étude de la technique de l’écriture (laquelle est bien plus documentée en langue anglaise). Mais c’est la partie émergée de l’iceberg.
La traduction est une excellente école d’écriture (même si je ne recommanderais pas de passer spécifiquement par là pour écrire, comme me le demandait Galactic Sud : cela ressemblerait à s’entraîner au saut en hauteur dans le but de pratiquer un marathon – certes, cela muscle les jambes, ce n’est pas vain, mais autant attaquer directement par la course à pied). En effet, elle exige de travailler tous les domaines purement techniques de la rédaction de fiction, à savoir ceux qui relèvent de la langue : rythme, registre, exactitude, concision, style, etc. Et même, contrairement aux idées reçues, la part de création n’est pas absente de l’exercice comme dans le cas des recherches de néologismes ou la traduction de poésies : toute traduction est nécessairement une adaptation qu’on veut la plus fidèle possible, mais le texte est obligatoirement présenté à travers le filtre de la sensibilité du traducteur. C’est cela qui fait de la traduction littéraire une pratique nécessairement humaine et impossible à automatiser.
La traduction entraîne à avoir une attitude professionnelle vis-à-vis de l’écrit : c’est un matériau qu’il faut plier à sa volonté et cela contribue à désacraliser sa propre production. Il faut couler dans le style de l’original, sa pensée, ses intentions, et les retranscrire fidèlement en tirant parti de tout l’éventail d’expression de sa propre langue, mais en communiquant l’effet de l’original – changer de registre en conservant la même force. À ce titre, cela permet aussi de sortir de sa propre zone de confort en défrichant d’autres modes d’expression, en adoptant d’autres genres, d’autres modes de traitement, en les voyant en action. Mais la traduction représente aussi la lecture la plus profonde que l’on peut faire d’un texte puisqu’il s’agit de se l’approprier pour le restituer en réussissant un perpétuel numéro d’équilibriste entre fidélité et naturel : on réalise presque inconsciemment une analyse permanente du texte et l’on décortique par conséquent les techniques employées par les meilleurs, qu’il s’agisse de construction d’intrigue ou de personnages. C’est évidemment très instructif et nourrissant pour sa propre plume.
En un mot, la traduction littéraire a pour effet secondaire d’associer analyse profonde de la fiction et pratique de l’écriture dans un but précis. C’est donc, pour moi en tout cas, un excellent exercice qui m’a beaucoup appris et j’ai nettement senti un saut dans mon aisance (et la qualité de la production ?) dès que je me suis mis à la pratiquer de façon professionnelle.
Pour compléter, quelques entretiens extérieurs où le sujet a été également abordé : sur IfIsDead ; par Lucie Chenu sur nooSFere (l’entretien date un peu, il remonte à 2003) ; le dossier traduction réalisé par ActuSF.
Illustration par Underdark, licence CC-BY-SA-3.0.











