[LD] [Du haut de sa tour d’ivoire qui est carrée… ivoire est carrée… Hou hou hou]
[Service client d’Orange] [Troisième verger après le soleil]
Messieurs, Veuillez noter que, par la présente, je résilie mon abonnement Internet à Orange (formule 8 mégas). C’est pour moi une grande tristesse de quitter vos services que j’ai connus depuis les balbutiements de l’ADSL. C’est un pan d’histoire qui s’effondre. Ah, que de noms secrets, sortis de l’imagination fertile des commerciaux : Netissimo, Wanadoo ! Formules imprécatoires qui se voulaient magiques, mais qui sonnaient plutôt comme des efforts poussifs visant à convaincre le client vaguement appréhensif face aux mystères de « l’Internet » que sa pratique était facile et amusante. Des noms ésotériques, construits sur des principes qui ne l’étaient pas moins, obéissant à des formules cachées, transmises seulement au coeur des nuits les plus sombres parmi la très fermée confrérie des Consultants : un nom branché se doit de comporter les syllabes « issime » ou « doo ». Le problème, comme vous l’avez bien vu, messieurs, c’est que le « branché » est une denrée périssable. Espérons qu’au contraire, la nouvelle « Orange » le sera moins, du moins tant qu’elle ne sera pas dévorée par Vodaphone – un nom fort peu heureux en langue française, lui, évoquant l’atroce image d’un émétique administré par 0811 (13 centimes d’euros la minute de consultation, mais le temps de mise en relation est gratuit). Hélas, messieurs, je pardonnai vos errements – les déconnexions intempestives qui ne furent résolues que par une enquête physique sur le DSLAM ; le service technique qui ne rappelle jamais quand il promet de le faire ; même, messieurs, même, votre usage abusif de ce pauvre David Bowie en musique d’attente qui, s’il n’a peut-être rien contre l’usage et l’abus, serait probablement consterné de se voir progressivement associé à la frustration du temps d’attente. Mais je fus terrassé par une latence excessive due à des problèmes de transaction entre Orange et OpenTransit, ce que les techniciens de la hotline, à la compétence inférieure à la mienne, n’ont jamais daigné comprendre ; je l’avoue, messieurs, à ma grande honte, j’en gourmandai sévèrement certains qui ignoraient jusqu’à l’existence du traceroute. Mais peut-on travailler sérieusement sur les autoroutes de l’information en ignorant l’existence de leur GPS ? Je crois, messieurs, que si nous pouvons nous enorgueillir d’un si beau réseau routier, c’est que nos ouvriers savent différencier le bitume de l’asphalte. En conclusion, en guise d’adieu, messieurs, il me reste à vous léguer un modeste don, une citation de Robert Sabatier trouvée sur Internet qui nous concerne, vous et moi : « À notre époque où l’on parle tant de communication, la vraie communication est poétique. » Je l’ai trouvée via ma connexion… Free.
Lionel Davoust (Par lettre simple)