Je ne sais pas ce qui se passe mais depuis que j’ai exposé sur la place publique mes aventures avec le démarchage téléphonique, les appels ont recommencé de plus belle. Encore un coup de la synchronicité. Enfin, ça met à l’épreuve mes capacités d’improvisation, disons. J’ai d’abord essayé la contre-réponse téléchargeable ici, mais le résultat ne fut pas assez marrant pour valoir la peine d’être raconté. Je viens en revanche de recevoir un coup de fil qui n’est pas drôle en soi – pas de Station Spatiale Internationale – mais qui est assez surréaliste sur le rôle des genres dans la société.

 

Démarcheur : Allô, monsieur Davoust ? LD, réjoui : Oui, c’est moi. Démarcheur : Je représente [une entreprise quelconque] et j’ai une excellente nouvelle pour toutes les personnes en couple! Etes-vous en couple, monsieur ? LD, toujours avec le sourire : Parfaitement. Démarcheur : Eh bien vous avez gagné deux magnifiques cadeaux ! Tout d’abord, un superbe appareil photo numérique pour vous, monsieur, et un splendide sécateur de jardin pour madame. WTF ? Chers amis, en ces temps où les repères s’effritent, où l’humanité s’égare, cherchant une lumière pour habiter son pauvre coeur assoiffé d’amour, voici révélé à nos yeux l’inconscient du XXIe siècle. Alors que la survie en open space a remplacé la chasse au mammouth, l’homme, les sens aiguisés par d’harassantes journées de corrections de macros Excel, est habilité à manipuler l’appareil photo numérique pour immortaliser (jusqu’à la prochaine onde électromagnétique) sa tribu familiale. La femme, pendant ce temps… heu… reste couper les rosiers ? Donne libre cours à ses instincts ataviques de cueilleuse préhistorique ? Ou bien remet en scène le fantasme originaire à titre cathartique ? Franchement ? Cela dit, ce n’est pas l’absurde de la situation qui m’a frappé sur le moment, mais le rapport de prix. L’homme reçoit un cadeau qui dénote un certain statut, à l’image prestigieuse, tandis que la gonzesse se récupère une vulgaire paire de cisailles. Ahem. Bref. Reprenons. Démarcheur : Eh bien vous avez gagné deux magnifiques cadeaux ! Tout d’abord, un superbe appareil photo numérique pour vous, monsieur, et un splendide sécateur de jardin pour madame. LD : Pour monsieur. Gros blanc. Démarcheur : Pour monsieur ? LD : Oui, le sécateur sera aussi pour monsieur. Démarcheur : Ah, euh, mais… Ah ! Très bien. (Nouveau blanc.) Eh bien, pour récupérer vos cadeaux, je vous convie tous les deux à… [On s’en fout.] Bon, il se trouve que c’est faux. Cela dit, même si les couples hétérosexuels sont statistiquement majoritaires, je suppose que si j’étais gay, ce genre de parti pris m’userait à la longue. (Message personnel: ma chérie, je suis désolé de t’infliger en public la cruelle déception que tu n’auras pas de sécateur. Je peux t’offrir un vaporisateur à pesticides à la place pendant qu’en homme parfaitement moderne, je me paierai un lecteur Blu-Ray.) En fait, après le coup du sécateur, je voulais tester l’ouverture d’esprit de ma correspondante. Au bout d’un instant de déstabilisation, elle a continué son laïus d’un ton soigneusement neutre, nous conviant mon compagnon et moi à un restau pour récupérer notre superbe appareil photo et notre splendide sécateur. C’est une époque amusante que la nôtre où
  • Si tu es en couple, on part du principe que c’est avec une personne de sexe opposé
  • Avec qui tu es marié
  • Et avec qui tu as des enfants
Oui, cest en vente pour Noël. (Le jouet, bande de nazes !)

Oui, c'est en vente pour Noël. (Le jouet, bande de nazes !)

Mais où
  • On « tolère » parfaitement que tu sois gay (ou femme, ou célibataire, ou immigré, ou fétichiste de la betterave), c’est-à-dire qu’on fait bien gaffe à ne surtout rien dire ni ne rien relever – plutôt que de se comporter normalement comme avec tout être humain
  • On t’offre des sécateurs
Soyons ouverts, mais dans le cadre.