… Ben oui, parce que ça commence en réalité que demain. J’aime les aéroports. Pas seulement parce que ce sont des lieux riches de potentialités mais parce que tout le monde y a l’air factice, en plastique, disposé là, souriant, pour le bénéfice du vrai touriste. Je suis persuadé que c’est comme à Disneyland. De pauvres gars enfilent des peaux de voyageurs gais pour un salaire de misère et déambulent dans l’aérogare en prenant des vols qui n’existeront jamais. Les cravates en duty free sont perpétuellement recyclées. La moitié des gens assis sur les banquettes n’en décollent jamais, et personne ne s’en rend compte. J'ignore qui chantait sur cette scène, mais après deux envolées à la Céline Dion, j'ai fui.Me voici donc posé dans ce pays que j’affectionne particulièrement et dont je me délecte de l’accent à la moindre occasion. Et j’ai découvert que les Francofolies se jouent en même temps que la Worldcon. Faire 6000 km pour arriver à un festival qui se tient également à 300 km de chez moi, c’est plutôt marrant. Et agréable, surtout que j’ai vu dès mon arrivée et par pur hasard un concert gratuit d’un groupe local de rock à gros son nommé Ariel. Efficace et sympathique, du moins aux oreilles d’un type dans un état second qui n’a pas l’habitude de faire des concerts à 3h du matin (heure française). Les festivals sont amusants parce que la plupart des rencontres se font dans les ascenseurs. Le milieu de l’imaginaire est quelque peu universel – c’est ainsi qu’à plusieurs reprises, entre le 6e et le rez-de-chaussée, les conversations entre arrivants s’installent. « Hi, hey, you look like an science-fiction fan. » Probable ; je suppose qu »il me faut admettre que je ressemble guère à un formateur en mammographie – éminente discipline dont l’hôtel où je séjourne accueille un congrès. C’est, enfin, également dans l’ascenseur, en route vers une poutine, que m’a rejoint un gars bizarre en pieds nus et avec une simple serviette autour des reins, parti pour descendre avec moi au parking souterrain. J’en étais déjà à dévider toutes sortes de réflexions sur la bizarrerie des services accessibles dans les hôtels d’affaires, sur les étranges inclinations de l’individu et à m’efforcer de comprendre ce qu’il allait fiche quand l’arrivée de l’ascenseur a coupé court à mes réflexions, m’offrant l’illumination. Le « P » de l’ascenseur signifiait Piscine et non Parking. Sur ce, la réalité ayant repris ses droits, il est plus qu’amplement temps de se coucher.