Bon, mon horloge biologique indique 6h du matin mais je m’étais promis de chroniquer l’événement jour par jour, alors banzai. Cette première journée qui se termine fut un grand moment de plaisir. Passée la première intimidation face à la taille proprement ahurissante de l’événement (la Worldcon occupe tout le palais des congrès de Montréal, propose des dizaines d’animations simultanées et une librairie qui ferait se pâmer tout bibliophile), on découvre un événement qui mêle à la fois interventions pointues sur le genre et atmosphère qui ne se prend pas au sérieux – l’enthousiasme du fandom tel qu’on l’aime. J’imagine bien qu’il ne doit pas être exempt de ses querelles de clocher, mais qu’importe : l’étranger que je suis ne les voit pas et profite. dsc00009 Le revers de la médaille de cette programmation très diversifiée est évidemment la répartition inégale du public sur les animations, mais peu importe ; le format « convention » draine évidemment des lecteurs avertis et permet d’engager de véritables discussions au cours des débats souvent assez longs (90 minutes). Modérés par Alexandre Lemieux, Jeanne-A Debats et moi avons commencé par discuter des mérites et des pièges dudit « web 2.0 », convenant assez largement qu’on écrit d’abord un blog pour se faire plaisir et non (contrairement à ce que l’on raconte partout) pour des questions très hype marketing de « présence » ou d’« image ». Ça, c’est un miroir aux alouettes. On blogue bien sûr parce qu’on peut échanger avec les lecteurs, mais aussi, tout simplement, parce que ça nous fait marrer et/ou parce qu’on a parfois des choses à dire qui nous tiennent à coeur. Comme toute écriture en soi, finalement.
La cravate à pois et la caravane met le chocolat dans le papier d'alu.

La cravate à pois et la caravane met le chocolat dans le papier d'alu.

Le débat suivant, plus pointu, modéré par Laurent Genefort, portait sur la « French touch » en fantasy. Après un récapitulatif de Stephan Laurent présentant la fantasy comme fille d’une tradition remontant à Rabelais, Voltaire et Boris Vian (ce à quoi je souscris pleinement), nous nous sommes interrogés avec Pierre Pevel et Stéphane Marsan sur cette patte française (si patte française il y a). Nous avons beaucoup tourné autour de la question  – difficile d’y répondre quand on en fait partie -, mais nous nous sommes efforcés de plonger dans le genre et notre inconscient collectif et je pense qu’il s’est lancé beaucoup de pistes intéressantes, notamment à l’aide des interventions de Stéphane qui connaît évidemment les deux mondes éditoriaux, anglo et francophone. La fantasy souffre parfois d’une interprétation restrictive – notamment en France – alors que ses frontières ne font que s’étendre, muter et défricher des territoires toujours plus vastes, comme la fiction interstitielle. Cette journée s’est terminée avec le plaisir de revoir Ellen Kushner et Delia Sherman, qui doivent compter au double panthéon des personnes les plus adorables et les plus intéressantes de la planète. Ellen s’est faite embarquer dans une tradition des Worldcon, semble-t-il, les « charades » (rien à voir avec le terme français) qui consistent à faire deviner par mime à son équipe des titres de SF&F. Très marrant, surtout avec la perversité avouée du choix des titres (« Gray 17 is Missing », épisode de Babylon 5, il n’y a guère eu que… heu… eh bien… votre serviteur qui voyait de quoi il s’agissait). Bref, je pense que le plaisir est suffisamment manifeste pour que je n’en rajoute pas une couche. L’ambiance est évidemment assez différente des festivals français (c’est une convention – donc sur inscription et sans publicité au grand public, ce dont nous avons moins l’habitude), mais l’équipe et les participants se comportent tous comme les membres d’une grande famille, mettant tout le monde à l’aise. Demain, plus de Twitter. Si j’y arrive. Il faut dire que le service était en rade aujourd’hui, succombant à une attaque DoS. Dommage, je voulais tenter une mise en abyme au moment où le débat que je suivais parlait justement du côté éphémère des twits. Salauds de hackers, y m’ont pété ma blague.