La nuit devait être de courte durée car je tenais absolument à venir au business meeting de la convention. Ces réunions, auxquelles tout participant de la Worldcon peut assister et où il peut voter, décident de l’avenir d’un certain nombre de projets de la science-fiction américaine, dont le lieu des conventions suivantes et la forme des prix Hugo.
None shall pass.

None shall pass.

C’était pour cette raison que je souhaitais particulièrement assister à la réunion du matin. Cheryl Morgan a alerté l’opinion sur le projet de suppression de la catégorie semi prozine, réduisant les revues aux fanzines et aux revues professionnelles, sans moyen terme. Exit donc la reconnaissance de Locus ou de Clarkesworld. La forme même de la réunion est assez impressionnante, avec une discipline ferme quant au temps de parole, à l’organisation des débats et aux propositions d’amendement, façon parlement, mais avec des geeks pour la plupart quinquagénaires proclamant sur leur T-shirt leur amour de Doctor Who et s’esclaffant à la moindre private joke. De quoi être encore plus consterné par notre Assemblée nationale. La proposition d’abolition de la catégorie a été rejetée par environ deux voix contre une. Les défenseurs de la motion ont expliqué leurs raisons : mal définie et mal cernée, la catégorie nécessite une refonte entière, et comment mieux procéder qu’en la supprimant ? Mouais. Les raisons de mon opposition, en tant qu’étranger, étaient différentes : malgré les spécificités de chaque SF&F à travers le monde, différentes selon les cultures, le monde entier continue à regarder ce que font les Américains. Et supprimet cette catégorie aurait envoyé un très mauvais message au monde : « les Américains se cognent des semi prozines. » Nous n’aurions pas eu connaissance des débats et des critiques – probablement fondées – à l’encontre de la catégorie, juste une suppression qui aurait pu avoir des répercussions regrettables dans les autres fandoms. Bref, la catégorie est maintenue et un groupe d’étude va oeuvrer à sa rénovation. Tout est bien.

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Présenté par l’adorable et dynamique Ellen Kushner, j’ai ensuite eu le grand plaisir d’une longue conversation avec Ellen Klages, avec qui nous partageons, hormis l’écriture, une passion : l’improvisation théâtrale. Ellen anime des ateliers à destination des écrivains pour les aider à dépasser les limites de leur créativité, à mettre en relation des éléments disparates pour en faire sortir une nouvelle étincelle. Alors que j’ai toujours insisté sur la valeur de la prise de risques et du danger qui force à se dépasser soi-même, en impro (ce qui dérive un peu de l’optique match) mais aussi en écriture, Ellen semble avoir une approche beaucoup plus libre, fondée au contraire sur une dissolution progressive de la timidité. L’heure était bien avancée quand je suis retourné au Palais pour me livrer à de coupables activités – alourdir ma valise de quelques kilos. Et je crois d’ailleurs que les gens de NESFA Press sont de dangereux criminels : dsc00057 Ne me demandez pas comment je vais rapporter ça en France. Je ne veux pas le savoir, je veux juste dormir avec la nuit. J’ai fini mon tour de panels par une introduction à la scène démo, ces codeurs, artistes et musiciens qui réalisent des oeuvres numériques animées d’une beauté abstraite fascinante, prouesses technologiques qui existent probablement depuis la naissance de l’informatique. Cela m’a fait plaisir de me replonger un peu dans ce milieu que je ne suis plus depuis la fin des années 1990 et cela donne envie de s’y replonger… voire de mettre la main à la pâte. L’énergie commence à redescendre un peu – surtout par la faute des conditionneurs d’air qui font passer en permanence d’un froid polaire à une chaleur estivale. Je crois que j’ai besoin d’un bon steak comme seule l’Amérique du Nord sait en faire.