Service d'ordre au taquet

Dawaaaaaaaaa

Et voilà, c’est fini… Et j’ai donc la sensation frustrante de n’avoir vu qu’un quart de tout ce que la convention avait à offrir. Forcément, mais n’empêche : j’aurais voulu m’initier à la filk, mieux voir les costumes, traîner un peu plus du côté des panels éditoriaux américains… Impossible de tout faire. La fatigue s’accumulant, j’ai observé un rythme plus réduit ces deux derniers jours, mais encore une fois riche en rencontres ; j’ai eu le plaisir de discuter longuement avec Sheryl Curtis, la brillante et charmante traductrice des nouvelles de Jean-Claude Dunyach, chez qui j’avais eu le plaisir la veille au soir d’assister aux feux d’artifice donnés par la ville de Montréal pendant tout l’été, soirée qui s’était poursuivie en longs échanges sur la technique littéraire avec Laurent Genefort et Lucas Moreno. J’embrayais à 14h sur une séance de dédicaces sans m’attendre à rencontrer personne : difficile de vendre des livres en français dans une convention majoritairement anglophone et, en plus, Neil Gaiman était présent sur un débat à la même heure, drainant immanquablement tout le public. Pourtant, un charmant Américain s’est approché avec cette phrase ô combien gentille : « When I see a writer alone, I always think he’s an undiscovered treasure1. » Il s’est avéré qu’il lisait un peu le français, et il est reparti avec un De Brocéliande en Avalon payé en dollars américains à la suite d’une conversion hâtive… Je n’avais pas fini mon magasinage, comme on dit ici, et, entre deux rattrapages du blog, je suis allé lorgner cette fois les innombrables T-shirts promouvant l’Université d’Arkham ou le jeu de rôle. C’est là que j’ai connu un grand moment de solitude ; cherchant à visualiser les tailles, j’ai demandé au vendeur « How is the S&M ?2 » Nous avons échangé un long regard interloqué, puis fait comme si de rien n’était et continué à parler T-shirts et non vinyle.

Laurent Genefort, Danièle Martinigol, Stéphane Marsan (modérateur), Jeanne-A Debats

Laurent Genefort, Danièle Martinigol, Stéphane Marsan (modérateur), Jeanne-A Debats

Le métier de traducteur a ceci de fantastique qu’il permet d’approcher les plus grands. C’est ainsi que j’ai pu approcher les auteurs du Nouveau Space Opera, anthologie au sommaire de rêve. Puis je suis allé assister à un débat qui promettait d’être piquant – « la SF française, ses hauts et ses bas ». Un panel très intéressant et drôle, comme toujours (je vous invite à jeter un oeil au résumé de Jeanne sur son blog). Danièle Martinigol a hélas très bien résumé la situation ubuesque de la SF avec cette réaction d’un lecteur : « Vous êtes sûre que vous faites de la SF ? Non, parce que j’aime pas ça, mais là, j’aime bien. » La SF a vraiment la peste. Je devais moi-même enchaîner sur un débat intitulé « la programmation des lecteurs de SF » mais, de tous les intervenants, je suis le seul à m’être pointé. Il faut dire que ce débat était programmé en même temps que la cérémonie de remise des prix (résultats ici), mais, du coup, je n’ai ni fait le débat, ni pu voir la cérémonie. Une déception, mais amplement contrebalancée par le fait que mon amie journaliste Cheryl Morgan s’est vue couronner par un prix Hugo ! Congratulations again, Cheryl ! I’m so happy for you and it’s well deserved ! C’est enfin une délégation française un peu assommée qui s’est mise en quête d’un restaurant. Le quartier chinois de Montréal se trouvant à deux pas du palais des congrès, nous sommes mis en quête d’un établissement recommandé par le guide, mais dont le repas s’est avéré… confus. Les serveurs parlant à peine anglais et pas du tout français, nous nous sommes retrouvés à nous demander si 1) nous recevions bien ce que nous avions commandé et 2) mais c’est quoi exactement dans l’assiette, en fait, d’abord ? Ajoutons à cela le fait qu’un des garçons répétait en boucle, comme replié sur lui-même : « dawaaa… dawaaa… » Je m’interrogeais sur la possibilité qu’il veuille le mettre (le dawa) jusqu’à ce que nous comprenions qu’il avait repéré nos badges de la convention et nous appelait en fait collectivement « Star Wars ». Oui. Des racines. Que j’ai fait cuire. Bonne nourriture.
  1. « Quand je vois un auteur seul, je me dis toujours que c’est un trésor à découvrir. »
  2. S&M signifie SM en anglais… Tiens, ça va me rapporter des hits, ça.