Il se trouve toujours quelque chose pour se dresser sur le chemin de mes bonnes intentions – lesquelles étaient, en l’occurrence, la rédaction rapide de comptes-rendus pour les festivals et la mise en ligne des photos. Le quelque chose en question étant la mort de mon plus fidèle mode de communication, mon… clavier. De très mauvaises habitudes de frappe ancrées depuis l’adolescence jointes à des journées entières passées devant l’écran m’ont lancé plusieurs alarmes dans les poignets en la personne du fort sympathique syndrome du canal carpien, que j’ai réussi à juguler par l’utilisation adéquate, non pas de la médecine, mais de la geekerie : la recherche du clavier ultime, au confort parfait, minimisant la tension musculaire. Je l’avais trouvé, c’était mon amour, l’Enermax Aurora Premium, lequel est décédé tragiquement des suites d’une indispensable opération de nettoyage de la dernière chance (manger devant l’écran, çay male). Je vous demande donc d’observer un instant de silence en sa mémoire (morte) : Snif. Merci. Je suis à présent l’heureux possesseur d’un énorme presse-papiers AZERTYUIOP en aluminium brossé, ou d’une arme lourde me servant à assommer d’éventuels intrus dans ma demeure. Il était hélas irremplaçable, pour la bonne raison… qu’Enermax, pour des raisons qui m’échappent complètement, en a cessé la fabrication. Je lui ai trouvé un remplaçant presque aussi bon, l’Acrylux, toujours de chez Enermax, dont je rédigerai un petit test dans les jours qui viennent. Bref, j’ai récupéré mes moyens (comme mon écart-type et ma variance). Parlons des Imaginales, donc, même si c’est terriblement réchauffé à présent, et que des tas de comptes-rendus fort sympathiques ont fleuri sur le web, mais il faut bien que j’enrobe un peu mes mauvaises photos, n’est-ce pas ?

Extension du domaine du festival

Stéphanie Nicot (directrice artistique) et Bernard Visse (directeur) l’ont dit lors du cocktail de clôture de l’événement, les Imaginales effectuaient cette année une transition marquée vers un festival un peu plus grand en prévision de son dixième anniversaire l’année prochaine (les dates sont déjà prévues : 26 au 29 mai 2011). L’agrandissement le plus notable s’est matérialisé par la présence d’un deuxième Magic Mirror, pour une augmentation d’environ un tiers du nombre des débats et rencontres, et l’établissement d’autres stands en extérieur dans tout le parc du Cours. Malgré cela, à entendre les festivaliers comme les invités, les Imaginales sont parvenues encore une fois à conserver cette atmosphère de convivialité qui a contribué à faire sa réputation, ce qui n’est pas un mince exploit. On peut gager que la manifestation saura grandir encore davantage de façon intelligente, comme elle le fait depuis 2001.

En garde

Il suffit pour s’en convaincre de penser à une des surprises notables de cette édition : l’organisation d’une rencontre d’escrime (quoi de plus fantasy ?) improvisée par les auteurs eux-mêmes, en l’occurrence Laurent Gidon et Greg Keyes ! Un moment très sympathique où les participants ont même eu la gentillesse de nous expliquer les règles du jeu, le fonctionnement de l’équipement et les finesses des affrontements. Et c’est en voyant l’épuisement des concurrents après la session qu’on comprend en un instant qu’Errol Flynn ou Zorro ne pouvaient raisonnablement pas se battre au fleuret pendant des heures : l’escrime, c’est encore plus intense que le squash, et en plus on peut tuer son pote.

Laurent Gidon et Greg Keyes

À l’école des plus grands

J’ai eu le plaisir cette année d’accompagner comme inteprète deux auteurs américains d’une gentillesse et d’un professionalisme confondants, chacun à sa façon. Jacqueline Carey tout d’abord, auteur de la trilogie Kushiel (Bragelonne), grande saga d’aventure et d’intrigue qui propose une héroïne fascinante dans un univers qui renverse bien des normes de la sexualité et de l’amour. Pleine d’humour, très accessible pour ses nombreux fans, c’était un plaisir toujours constant de l’entendre répondre avec vivacité et une grande intelligence aux questions sur la place de l’érotisme dans la littérature de genre et les rôles des sexes. En plus, l’accompagner m’a permis de rencontrer les très sympathiques équipes des sites Bit-lit.com et de Terre d’Ange le temps d’interviews : comme en traduction littéraire, j’adore m’effacer derrière la voix que je traduis pour devenir une sorte de petite souris discrète, heureuse d’assister à ces moments privilégiés. J’avais également la chance d’accompagner Robert Charles Wilson, un des plus grands auteurs de SF actuels, notamment de l’immense Spin (Grand Prix de l’Imaginaire), ou encore des Chronolithes et d’À travers temps. Wilson propose à chaque fois dans ses récits ce qui fait, à mon sens, une grande idée d’imaginaire : il sait allier simplicité et vertige, puis il traite de l’humanité, de personnages réels et touchants confrontés à des bouleversements qui dépassent l’entendement. Je l’ai entendu dire – à mon immense plaisir, je l’avoue – que SF et fantasy menaient un même combat : celui de parler de l’humain confronté à ce qui est plus grand que lui. Pour Wilson, la question centrale des littératures de l’imaginaire n’est pas introduite par « et s’il se passait telle chose ? » mais par « qu’est-ce que cela nous ferait s’il se passait telle chose ? » La première question, affirme-t-il, introduit une dissertation ; la fiction traite en réalité de la seconde. Et moi, je veux dire : mais ouaiiiis ! Les Imaginales, c’est aussi l’occasion de retrouver tous les amis qu’on ne voit qu’à l’occasion des festivals (et de regretter l’absence des autres) ; je ne citerai pas de noms par crainte des oublis (si j’avais fait cette entrée il y a un mois…), mais, encore une fois, ce fut une belle année, notamment au sein de l’équipe événementielle et des inteprètes qui ont toujours la pêche et le sourire.

Où l’on cause dans le poste

La bulle du livre

On également commis l’erreur de me faire parl… euh… j’ai également eu le plaisir d’intervenir dans des débats, lesquels ont été aimablement enregistrés par la vaillante équipe d’ActuSF et mis à disposition de tous ceux qui n’ont pu assister au festival (c’est sur cette page et dans ce fil du forum). Si vous n’avez pas peur d’entendre mes blagues foireuses en direct live, voici :
  • De la sueur, du sang et des larmes… La fantasy, c’est parfois brutal ! (avec Joe Abercrombie, Kristin Cashore, Maïa Mazaurette, animé par Jean-Claude Dunyach). Où l’on discute des raisons pour lesquelles nous sommes si méchants avec nos personnages alors que nous sommes au fond de notre coeur de gros mamours en sucre, et où je tente d’imposer la supériorité du canon dranique comme arme suprême de destruction massive, mais en vain. On s’est bien marré et je crois que le public aussi.
  • Déclin de la science-ficition, essor de la fantasy (avec Fabrice Colin, Serge Lehman, Stéphane Marsan, animé par Jérôme Vincent). Conférence extrêmement intéressante (pas de mon fait !) qui a dégagé un tas d’éléments sur l’évolution des genres, la perception du public et les réalités du marché.
  • Pourquoi être écrivain ? (avec Ayerdhal, Jean-Philippe Jaworski, Greg Keyes, animé par Jean-Claude Vantroyen). Dernier débat du festival, presque intimiste, avec une atmosphère détendue et propre aux confidences suscitée par la délicatesse de Jean-Claude Vantroyen, sur une question à laquelle il est pourtant diablement difficile de répondre.
Je veux aussi glisser une mention spéciale, bien que tardive, pour toutes les rencontres avec les lecteurs, habitués du festival, ou nouveaux visages : j’ai de très forts souvenirs de cette année et c’est un grand plaisir de retrouver des mêmes personnes d’une fois sur l’autre. Merci à tous pour votre gentillesse et votre intérêt !

Palmarès des prix

Impossible non plus de ne pas parler du festival sans citer les prix remis, même si les infos ont circulé :

Prix Claude Seignolle

  • Prix Claude Seignolle de Littérature orale : Lydia Gaborit-Commard, L’île de Noirmoutier, Paroles de conteurs, Éditions de l’Étrave
  • Prix Spécial du Jury : Les Éditions du Barbu / EdB à Plougastel-Daoulas, pour leur collection « Polars&Grimoires » et les Éditions Aubéron à Anglet, pour leur réédition des Contes populaires de la Gascogne de Bladé
  • Prix Claude Seignolle de l’Imagerie : Henri Comte, pour ses photographies illustrant la réédition de L’Hérault, fleuve d’or, de Maurice Chauvet, aux Nouvelles Presses du Languedoc
  • Prix Paul Sébillot de Folklore français : Jacques Messiant, avec Magie, sorcellerie d’aujourd’hui et croyances populaires, Éditions Ouest-France

Prix Imaginales

Les résultats sont disponibles ici.

Où l’on en parle ailleurs

Comme je le disais, beaucoup de compte-rendus présents sur le Net ; difficile d’en faire une sélection, mais les plus consultés semblent être…
  • Celui d’Elbakin.net
  • Ce fil de Bit-lit.com
  • Un compte-rendu très détaillé et beaucoup de photos sur le RSF Blog : Prologue, I, II, III, IV, V, VI
  • Khimaira World a également consacré un petit compte-rendu au festival, en plus de recueillir les réactions de plusieurs auteurs (dont, ô auguste lectorat, ton humble serviteur) ; ça c’est ici.

Et comme promis, des photos ratées

Introducing surtout le centre d’Épinal, qui est une jolie ville, très calme et agréable. Le festival se tient dans un parc, sur les berges de la Moselle, dans un cadre assez unique. Il faut (re)venir l’année prochaine !