La semaine dernière se sont déroulés les Highland Games à Tobermory, l’occasion pour le HWDT de tenir un stand pour proposer au public quelques animations et découvertes sur le thème de la faune marine, et pour nous volontaires de donner un coup de main – mais surtout de découvrir la tradition de ces jeux typiques d’Écosse. On entend parler de ces sports d’hommes forts, comme le lancer de tronc, et cela existe : il faut le voir pour le croire. Des Highland games, c’est évidemment beaucoup de musique, et cela commence par une parade. Les aînés du village le traversent en costume traditionnel, suivis par un bataillon entier de lycéens et lycéennes armés de cornemuse, qui gravissent les collines suivis par la foule jusqu’au terrain où se dérouleront les jeux. Lequel est un golf. On est loin de l’élitisme supposé, des voiturettes ombragées, de l’herbe impeccable et des médecins libidineux accompagnés d’infirmières à blouses courtes, et tant mieux. Toute la journée se déroulent des épreuves classiques d’athlétisme, course, saut, en catégorie « Open » pour tous ceux qui sont prêts à tenter leur chance – où l’on voit avec grand plaisir toutes les classes d’âge se mêler – ou « Local », pour les vrais de vrais. En parallèle, les concours de danse traditionnelle voient s’échiner les filles sur des chorégraphies très précises et ardues (tandis que le vent plaisante avec leur jupon, ce qui réveille chez l’assistance masculine quelques regards égrillards et ataviques remontant à l’époque où, sans nul doute, elles dansaient ansi sur les tables, et eux assis sur les bancs profitaient d’une parfaite contre-plongée). Mais les choses dangereuses viennent ensuite. C’est marrant, parce que, vus de loin, ces Écossais semblent de taille normale. Sauf que non. Quand on s’approche, on se rend compte que, pour faire un sport pareil, il faut mesurer 2m10 minimum, peser un quintal de muscles et être capable de décapiter à mains nues un écrivain un peu impertinent, alors du coup on dit bonjour, on sourit, et on propose une pinte d’une toute petite voix, parce que, merde, ces mecs lancent des troncs. Il ne s’agit absolument pas d’un jeu de force brute mais de finesse (à partir du moment où l’on a les reins assez solides pour déménager tout seul un buffle sur sept étages dans un escalier en colimaçon parisien, s’entend). Il ne faut pas du tout lancer le tronc le plus loin possible, mais le lancer droit. C’est-à-dire lui faire effectuer une rotation complète en l’air (minimum pour valider l’essai) ; la ligne qu’il forme alors une fois à terre doit être la plus proche possible de l’axe initial. Un bon lancer est droit, pas de traviole. Sachant qu’un tronc « standard » mesure dans les 6m de long (deux étages) et pèse près de 80 kg. Mais bien sûr. Je ne suis même pas sûr d’être assez adroit pour y arriver avec un cure-dents. La journée s’est close sur le lancer de poids, un truc bien standard et simple en comparaison qui pâlit un peu, je… … ou pas. Le poids (« marteau écossais ») pèse la bagatelle de 28 kg. Et le jeu consiste à le lancer par-dessus la barre. D’un solide coup de rein. Incidemment, on court fortement le risque de reprendre ledit marteau sur le coin de la bouille – et que les athlètes restent tranquillement en place à évaluer la qualité de leur lancer sans redouter le truc retors qui menace de leur réduire l’encéphale à zéro. Pendant que des Écossaises à la langue bien pendue sifflent sans vergogne les concurrents en leur donnant d’affectueux surnoms (ici, on ne se qualifie pas d’armoire à glace mais de fridge ) et en leur demandant de lever le kilt un peu plus haut, mon mignon, allez quoi. (Les locaux m’ont confirmé qu’on ne porte rien sous un kilt. Il fallait que je demande. Mais pas que je vérifie.) Une ambiance évidemment très chaleureuse pour une journée bon enfant, ensoleillée – ce qui n’est pas si fréquent – et très détendante. Pourtant, il y avait de bout en bout, une réflexion qui me tournait dans la tête : je m’imaginais des siècles plus tôt, confronté à une charge de telles forces de la nature, décrivant de grands moulinets avec leurs claymores. Il n’y a vraiment pas de quoi faire le malin, et c’est là qu’on commence à mesurer ce que devait être la légendaire valeur des guerriers highlanders