Howdy, auguste lectorat, me voici donc bien arrivé, à peu près remis de la courte nuit, l’ordre soigneux de ma valise n’est plus qu’un souvenir, mes souvenirs de démarrage en côte avec une bagnole manuelle ont intérêt à redevenir un ordre soigneux, j’ai rencontré mes premiers bugs imprévus sur le PC, mangé des samoussas sur le front de mer de Saint-Pierre, constaté qu’il fait super bon et que déjà, presque, je pourrais trouver qu’il fait un brin frisquet quand le soleil se cache, hein, à force qu’il me tape sur le crâne toute la journée. Problèmes de riche. Tu peux me haïr. Tu as raison.
L’installation se déroule donc tranquillement et nous prenons doucement nos marques. L’île est aussi belle que dans mes souvenirs, et cette fois je vais pouvoir la découvrir un peu plus posément, au quotidien, m’arrêter sur les petits détails, ce qu’on ne voit que sur la durée. En revanche, je constate déjà avec consternation et un agacement croissant à quel point l’île est tranquillement oubliée, ou ignorée, par la métropole, à une foule de petits détails. Tu veux t’équiper en menus bidules, tu as le réflexe du XXIe siècle : tu te renseignes sur Internet avec tes habitudes. Tu découvres vite que, ah, tu veux être livré – mettons par Amazon pour du petit matériel – mais mon pote, tu habites où, là ? La quoi ? Connais pas. Bon, admettons, les frais d’envoi sont plus élevés, etc. Là où ça devient carrément du foutage de gueule :
Salut, Conforama, je voudrais une info sur une dispon... euh...

Salut, Conforama, je voudrais une info sur une dispon… euh…

… OH WAIT
... dis-donc, Conforama, tu te foutrais pas de ma gueule ?

… dis-donc, Conforama, tu te foutrais pas de ma gueule ?

Les imbéciles sont tous nés quelque part, disait Brassens, et si un truc m’horripile, c’est l’aveuglement borné, la supériorité prétendue de ceux qui se croient au centre du monde – une certaine vision parisienne par rapport à la province ; une certaine vision métropolitaine par rapport aux îles. La psychologie sociale appelle cela le biais intra-spécifique ; dès lors qu’on appartient à un groupe, quel qu’il soit, on le considère intrinsèquement supérieur et une rivalité s’installe avec l’extérieur. L’expression la plus simple se retrouve dans (ne rigolez pas) ce grand succès des réfectoires étudiants – c’est à bâbord qu’on gueule le plus fort, etc. Sans rire, tentez l’expérience la prochaine fois que vous vous trouvez artificiellement séparé.e dans un groupe arbitrairement constitué : lâchez un innocent « ouais, on est mieux à gauche / en bas / sous le panneau vert » (sous-entendu : que les autres à droite / en haut / sous le panneau bleu) et voyez sous vos yeux ébahis éclore une rivalité aussi instinctive que stupide avec ceux d’en face tandis que la cohésion se renforce au sein du groupe même (s’il y a ici des joueurs de MMORPG qui ont fait des raids nécessitant une division arbitraire en groupes, vous devez bien voir ce dont je parle : mon groupe à moi il est forcément trop mieux que celui de l’autre). Bref, 1) tout ça n’a peut-être (probablement ?) aucun rapport avec la choucroute, 2) je suis assurément le plus mal placé de l’univers entier pour parler de ça mais il n’empêche : hey, la métropole, les îles existent, et ça serait bien que tu fasses un tout petit peu genre que tu es au courant, surtout si tu es une entreprise qui aime avoir des clients qui dépensent des sous chez toi. Et au minimum pour respecter les gens qui vivent ailleurs que chez toi. Sérieux, ce genre d’ignorance paternaliste charrie implictement tant de choses désagréables, moi, ça me fait honte. Mais ça, c’est parce que tu es jalouse du beau temps et de la mer. Je sais. Chut. Viens faire un câlin.