Joyeux solstice d’hiver ! [déconnexion annuelle jusqu’en janvier]

Et wala, je t’en avais menacé hier, auguste lectorat, fichtre ! Depuis 2013 si mes souvenirs sont bons, je me livre à cette petite tradition de fêtes qui consiste à une déconnexion totale et complète des mails, des réseaux sociaux, du MONDE. Et ça fait le plus grand bien de prendre un peu de temps à l’écart (je recommande !). (Surtout que je suis toujours jusqu’au cou dans le bouclage de La Fureur de la Terre, qui n’en finit pas de finir, mais on reparlera en 2019, maintenant.) Merci pour votre suivi cette année encore en ligne, en vrai, à travers les bouquins, Procrastination, les trucs plus improbables, et de façon générale pour votre gentillesse. Je râlais hier, mais les contacts avec vous tou.te.s et votre enthousiasme me font simplement dire que j’ai énormément de chance. Voilà. Et maintenant, pour les fêtes, un truc qui fera du bien à TOUT LE MONDE : Rhââââââ oui. Retour en ligne prévu pas avant le 7 janvier, peut-être quelques jours après, mais en tout cas, par là. Merci, bisous, harmonie et conviction ! 
2018-12-20T09:19:44+02:00vendredi 21 décembre 2018|Dernières nouvelles|5 Commentaires

Ignorer la précarité des auteurs conduira la langue française à disparaître

Image d’origine Gunnar Ries [CC BY-SA 2.0]

Ça va, tu es bien installé, auguste lectorat ? Déjà les vacances, ou en tout cas bientôt, avec le sapin, la détente, les cadeaux, tout ça ? Bon, c’est cool, parce que pour le dernier article sérieux de l’année avant la coupure annuelle, j’annonce, je vais te péter un peu le moral. Mais il faut, parce qu’il y a des idées qui me chatouillent depuis un moment, surtout à mesure que je voyage et vis de plus en plus souvent à l’étranger. Rendons d’abord ce qui appartient à qui de droit à, heu… bref. Samantha Bailly (autrice et présidente de la Charte des auteurs jeunesse ainsi que de la Ligue des auteurs professionnels) disait l’autre jour :
Voilà voilà. Pour résumer mon avis en deux mots (ou plutôt 280 caractères) :
Au bout d’un moment, il y a une équation simple. Si tu peux vivre de ton métier créatif, c’est parce que deux conditions se rencontrent :
  • Tu as assez de public pour générer du revenu
  • Le système te laisse le faire, voire t’y aide, mais dans tous les cas ne te pète pas les genoux à coups de barre à mine
J’aime assez combien on se glorifie de la francophonie, mais hélas, trois fois hélas, voyagez un peu et constatez combien cette belle illusion ne tient absolument pas dans les domaines de la culture populaire (dont l’imaginaire représente une part écrasante – coucou Star Wars, Marvel, Game of Thrones, Harry Potter etc.). La culture dominante, comme presque toujours, est de langue anglaise, et là-dedans, américaine. Je m’esbaudissais cette année de trouver Maurice Druon dans une petite librairie australienne en rayon fantasy (yeah), mais dire qu’il fait figure d’exception est un aimable euphémisme. Coucou les pouvoirs publics, j’ai une putain de révélation qui va vous asseoir, accrochez-vous : les effectifs du public francophone n’ont aucune mesure avec le public anglophone. Ouais, je sais, c’est puissant, mais j’ai fait des études, c’est pour ça. Un public plus vaste entraîne mécaniquement un marché plus vaste et/ou plus rentable, et aussi davantage de moyens (où sont le Doctor Who, le Game of Thrones de la télé française ?). Donc, tu veux protéger ton marché culturel, tu l’aides un peu, ne serait-ce qu’en ne le matraquant pas avec des cotisations qui doublent du jour au lendemain ou en le laissant dans l’expectative quant aux changements de régime fiscal. Il y a un truc capital à piger aujourd’hui : la mondialisation va dans les deux sens. C’est-à-dire, on reçoit la culture anglophone, mais évidemment, le public va aussi vers elle. Et mécaniquement, après, à la louche, vingt ans d’accessibilité du cinéma et de la télé sur les réseaux pirates (soit une génération), on constate une aisance toujours plus importante du public français avec la langue anglaise. L’attitude des années 90 « jamais je regarderai un film avec des sous-titres, c’est trop chiant » est devenu aujourd’hui « jamais je regarderai un film doublé, c’est trop naze ». Ce qui veut dire que, mécaniquement, on sera de plus en plus nombreux à pouvoir écrire en anglais. On peut faire ce choix pour des raisons esthétiques, mais on peut aussi le faire pour des raisons économiques, parce qu’on en a marre du marché de niche et qu’on a un peu d’ambition pour la portée de son art (c’est pas forcément un mal, l’ambition). Quand je me suis mis un peu à la musique à côté, la langue de ma communication ne s’est pas posée un seul instant : c’était l’anglais, parce que, tu fais de l’électro et tu veux communiquer en français, HAHAHA, non, sérieusement ? Je vais te le dire très clairement, auguste lectorat, et avec des gros mots : cet état de choses, ça me fait chier. J’ai parfaitement conscience que le dire n’y changera rien. Mais j’entends constamment des jeunes, y compris dans les cursus de traduction, m’expliquer que, quand même, l’anglais, c’est plus cool, on peut dire plus de trucs, c’est plus explicite (hint : absolument pas, mais c’est un autre débat) et que le français c’est ringard. Ça n’est pas nouveau, mais si on sape et démotive méthodiquement les auteurs, c’est l’assurance progressive de voir toutes les forces vives lâcher le français pour aller vers les terres plus vertes de la langue anglaise. Or : ce phénomène est déjà en cours. Encore une fois, je ne dis pas que tous les auteurs français qui ont fait le choix d’écrire en anglais le font pour ces raisons ; ce peut aussi être un choix esthétique. Mais la raison économique existe aussi, déjà, maintenant, la possibilité est réelle, et si on n’agit pas – genre en foutant la paix aux auteurs, juste, pour commencer –, c’est l’assurance d’accélérer encore la fuite des cerveaux. Or une langue sans auteurs, c’est une langue morte. Aussi simple que ça. Le Québec l’a parfaitement compris, par exemple, en subventionnant son industrie littéraire pour lui permettre de résister et de faire vivre sa langue face à l’anglais. Avec un très beau succès, dirais-je en plus. Pour ma part, il y a vingt ans, je me suis posé la question de la langue dans laquelle j’écrirais, étant à peu près capable de faire les deux, et j’ai opté pour le français. Un choix que je refais à peu près tous les cinq ans, résolument, parce que le français est une langue puissante, nuancée, évocatrice, créative, et qu’on peut lui faire faire des trucs de malade ; parce que j’ai aussi envie de croire en un imaginaire de langue française fort et fier capable d’offrir autre chose que les importations américaines, que c’est le pays où je suis né, et que bon, tout simplement, j’ai envie de lui être fidèle – ainsi, et ça n’est pas anodin, qu’à toi, auguste lectorat, qui me suis fidèlement. Mais je t’avoue qu’il y a certains jours où c’est plus difficile que d’autres de résister à l’envie de faire un gros fuck – en bon anglais dans le texte – à tous ces énarques. Allez, j’arrête la diatribe ici, mais il est probable que je l’étudie plus en détail ; gardons cela dans un coin de notre tête, qui est ronde, alors où se trouve le coin… ? Bref, demain, c’est le message annuel de déconnexion, mais les bisous n’attendent pas le nombre des heures, alors, déjà, par anticipation : bisous.
2018-12-21T09:05:37+02:00jeudi 20 décembre 2018|Humeurs aqueuses|5 Commentaires

Procrastination est la première des recherches Google !

On dirait un poisson d’avril, mais on n’est pas en avril, alors c’est vrai ! La définition de « Procrastination » est en tête des recherches Google de l’année 2018 ! C’est la gloire ! … on me souffle dans mon oreillette que ça n’a rien à voir avec le podcast du même nom. Que c’est un mot du dictionnaire à la base. Donc bon. Okay. (merci à toutes ceux et celles qui me l’ont signalé !) 
2018-12-19T07:05:11+02:00mercredi 19 décembre 2018|Juste parce que c'est cool|3 Commentaires

Veuillez méta-répliquer le morpho-résonnateur instable avant de body-surcharger conceptuellement

Ooooh, c’est bientôt Naouwel. Et que serait Naouwel sans des jouets rigolos qui clignotent ? Un Naouwel communiste ! Voilà ! Je retrouve le lien presque à l’instant et c’était trop rigolo pour ne pas le partager : Yann Minh, grand pionnier devant l’éternel des espaces conceptuels de la Matrice, a mis en ligne une version mise à jour du corvophraseur. Qu’est-ce donc ? Eh bien, le repo GitHub nous dit :
Le corvophraseur est un petit logiciel légendaire de génération de texte en AppleScript, créé autour de 1998 par Luc ‘Skywalker’ Heinrich, upgradé pour mac Os X par Pierre Alain Dorange, et qui pastiche de façon humoristique et caricaturale l’écriture de SF. Comme il est possible de modifier le champ lexical du Corvophraseur facilement, ce dimanche 28 octobre 2018, je me suis amusé à en faire cette version NøøCyberpunk Transhumaniste. Quelques exemples de phrases générées par cette version : « Il est possible que le sur-nooscaphe transhumain puisse nano-synchroniser l’anti-matière modulaire, mais seulement si nous pouvons recréer la poussée réplicative et anti-discriminer la cyberaugmentation numérisée ! » « Voici l’émetteur cyberspatial dont il est temps de méta-synchroniser le capteur cybercognitif sans oublier d’annuler l’ultra-tropisme réplicatif. »
Et j’en passe, il faut aller sur la page, on vous dit. Vous l’aurez compris, c’est à la fois complètement inutile et parfaitement rigolo, une étincelante combinaison de qualités qui entraîne l’obligation formelle et solennelle de jouer avec un petit moment. Puis de brancher ça dans un synthétiseur vocal. Qui se déclenche toutes les cinq minutes. Pendant le réveillon. Avec votre belle-famille. Ultra-traditionaliste. Oh, the places we will go (Sinon, je pose ça là, un article s’interrogeant sur le bien-fondé de cryogéniser son chat.)
2018-12-11T22:34:52+02:00mardi 18 décembre 2018|Juste parce que c'est cool|2 Commentaires

Procrastination podcast S03E07 : « Introduire un univers imaginaire »

procrastination-logo-texte Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Introduire un univers imaginaire« .
L’univers imaginaire est la marque des littératures dites des « mondes » imaginaires ; que la divergence soit mince ou vaste avec la réalité courante, l’auteur de science-fiction / fantasy / fantastique doit introduire ces règles, ces spécificités, dans sa narration. Comment ? Laurent rappelle qu’un monde imaginaire, c’est une substance et des règles ; la difficulté réside dans les présenter tandis que l’histoire les déséquilibre. Lionel met l’accent sur l’histoire comme guide et comme véhicule, tant pour l’auteur que pour le lecteur, à travers les principes directeurs du récit. Mélanie propose deux grands versants, deux grandes méthodes de présentation d’un univers imaginaire constatées à travers sa pratique et ses lectures. Références citées – Les lois de Brandon Sanderson. 1 : https://brandonsanderson.com/sandersons-first-law/ (https://brandonsanderson.com/sandersons-first-law/) 2 : https://brandonsanderson.com/sandersons-second-law/ (https://brandonsanderson.com/sandersons-second-law/) 3 : https://brandonsanderson.com/sandersons-third-law-of-magic/ (https://brandonsanderson.com/sandersons-third-law-of-magic/) – Frank Herbert, Dune – Brandon Sanderson, La Voie des rois – J. R. R. Tolkien, Le Seigneur des anneaux (et son prologue)
Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :
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Bonne écoute !
2019-05-04T18:45:54+02:00lundi 17 décembre 2018|Procrastination podcast, Technique d'écriture|6 Commentaires

L’écriture romanesque comme un jeu. Jeu de rôle, improvisation théâtrale, jusqu’au lâcher-prise [invité dans Ludologies]

Ludologies, c’est un très, très chouette podcast qui se propose de traiter le jeu sous toutes ses formes : à travers ses créateurs, mais aussi scientifiques, journalistes, et évidemment ceux et celles qui le pratiquent. « Fait de société, l’émission les répercutions et les influences, tout en interrogeant ses modalités. Que ce soit du jeu de société, du jeu vidéo ou du jeu de rôle, l’équipe de Ludologies ne s’interdit aucun support ni aucune question. » Cette semaine, j’ai eu le grand plaisir d’être invité à l’antenne pour parler des liens entre les littératures de l’imaginaire et le jeu :
Est ce qu’on écrit l’imaginaire comme on peut le jouer ? Les liens entre jeux et écriture de l’imaginaire sont forts, on le voit dans les festivals de littérature qui sont nombreux à avoir des pôles ludiques (les Utopiales et les Imaginales pour en citer quelques uns). Partant de là, Fanny et Corentin ont interviewé Lionel Davoust, auteur de métier mais également roliste, auteur de jdr, podcasteur à ses heures, pour parler de jeux et d’écriture de l’imaginaire. On parlera de jeux de rôle beaucoup, de jeux vidéos un peu, et même de théâtre d’impro.
Merci à l’équipe pour leur invitation et leurs excellentes questions – attention, je suis bavard (tu commences à avoir l’habitude, auguste lectorat, je le crains). Je suis vraiment content que cela m’ait donné l’occasion d’aborder des domaines dont je parle assez rarement, comme l’improvisation théâtrale, ses similitudes avec le jeu de rôle et en quoi celui-ci diverge de l’écriture purement romanesque (à cause des impératifs de game design). À un moment, je dis même le mot « agentivité ». Brrrr, ça fait peur.
2018-12-11T22:06:12+02:00jeudi 13 décembre 2018|Entretiens, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur L’écriture romanesque comme un jeu. Jeu de rôle, improvisation théâtrale, jusqu’au lâcher-prise [invité dans Ludologies]