Archives mensuelles : juin 2019

Désolé mais je ne peux pas discuter en temps réel [annonce de service]

Bref et rapide article qui servira de référence ultérieure : je reçois de plus en plus (c’est la facilité des réseaux sociaux, et ça c’est très bien) des messages qui commencent juste par « bonjour » ou « puis-je discuter avec vous ? »

Je suis désolé mais je reçois toujours davantage de messages, de sollicitations (et je vous en remercie toutes et tous, à commencer par vous, toujours, lecteurs et lectrices qui contribuent à mettre les bouquins sur les radars d’un public toujours croissant). Écrire reste mon travail principal, ce qui m’occupe le gros de la journée (pendant laquelle je reste scrupuleusement loin de toute distraction), et je ne me connecte donc au courriel et aux réseaux qu’une fois par jour (une poignée tout au plus). Je ne peux donc absolument pas discuter en temps réel.

Les lignes de communication sont toujours ouvertes aux demandes, questions et commentaires, mais dans l’intérêt de l’efficacité, j’aimerais vous demander de préciser directement ce dont il est question pour assurer de mon côté une réponse qui n’arrive pas dans dix mois. Et si vous lisez cet article parce que je vous y ai référé, veuillez ne pas le prendre mal, c’est seulement une invitation à me dire directement ce qui vous amène, et on verra ce qu’on peut faire.

Merci !

2019-06-24T08:29:30+02:00mercredi 26 juin 2019|Journal|2 Commentaires

Gris, le jeu vidéo rejoint la poésie

Ma vie est ainsi faite qu’en ce moment, les seuls jeux vidéo que j’ai le temps de faire doivent durer une poignée d’heures tout au plus, mais ne partez pas, parce que Gris, même court, vous donnera plus de sens et d’émotion que bien des triple-A en mode games as a service avec ses loot boxes à la con.

Qu’est-ce que Gris ? Et sans vouloir reprendre une formule devenue cliché à force sur certains jeux indé : comment parler de Gris sans déflorer l’expérience ?

Eh bien, d’abord, Gris est beau. Beau à l’image : ne vous fiez pas aux captures d’écran qui ne rendent pas réellement justice au travail de Conrad Roset, artiste autour duquel le jeu s’est construit ; il n’est pas rare de s’arrêter à plusieurs reprises, pad en main, pour dire « Bon dieu, mais c’est beau, pour de vrai ». De faire des captures d’écran. Qui ne serviront à rien, car il faut vivre cet univers, le voir en mouvement, s’y impliquer, pour le ressentir – au-delà du moment, il ne restera que des photos figées qui ne racontent rien. Beau au son : la bande-originale réalisée par Berlinist, merveilleusement mélodique et mélancolique, sublime l’image, et le sound-design est impressionnant d’efficacité, malgré son minimalisme.

Qu’est-ce que Gris ? Je peux dire que Gris est un jeu de plate-forme réflexion, mais je n’aurais rien dit. Je peux dire, comme le font beaucoup de sites, que Gris commence par l’histoire d’une jeune femme (laquelle donne son nom au jeu), qui perd sa capacité de chanter dans un monde privé de ses couleurs. Mais Gris est avant tout un voyage, une expérience qui – ne vous y trompez pas – est un vrai jeu, et non une installation virtuelle. Il faudra réfléchir par moments pour avancer, regarder autour de soi pour comprendre la logique de ce monde étrange et intemporel, où reposent pourtant des vestiges qui semblent surgis des millénaires. Le level design, à ce titre, est exemplaire – une réelle leçon. J’ai rarement vu un jeu autant réussir à guider le joueur presque sans une ligne de texte, à lui faire passer des émotions seulement à travers des mécaniques de gameplay, comme ces toutes premières séquences où, loin de réaliser une action, la moindre pression sur un bouton fait au contraire s’effondrer Gris de désespoir.

Cette même transmission du sens transpire à travers le moindre élément du jeu. Depuis ces statues dispersées à travers les niveaux, jusqu’à la symbolique fondamentale de ce voyage – rendre la vie à ce monde –, Gris n’explique rien, mais invite à ressentir, à imaginer, à recevoir le sens de ce qui est montré à travers certaines images d’une force incroyable, que je ne veux pas dévoiler. Mais ce silence ne désigne nullement, comme certains jeux moins aboutis, un manque d’inspiration ou une paresse de la part des concepteurs. C’est le silence de l’œuvre d’art aboutie, qui offre au lecteur, joueur, spectateur, l’espace de l’habiter, et de la vivre, pour la faire sienne.

Gris n’est pas un jeu difficile, Gris n’est pas un jeu dangereux ; mais Gris est un jeu qui sait susciter des émotions et faire battre le cœur d’émotion, de mélancolie souvent, mais de joie aussi. Gris sait faire naître des sourires et serrer les tripes. Gris est fait pour être savouré, lentement, au fil des cinq petites heures qu’il dure, mais dont chacune est plus riche de sens et de beauté qu’un énième shooter stéroïdé ou que cinq épisodes d’une série TV débitée à la chaîne. J’ai été exaspéré par Braid (et surtout par la hype branchouille qui s’est fédérée autour). Pour moi, Gris est Braid en réussi, accessible, profond, beau et, surtout, en muet.

Je fais tout ce que je peux pour éviter d’en parler dans le détail car il est si court qu’il serait dommage d’en dire davantage. Mais Gris est pour moi une œuvre splendide, une preuve supplémentaire que le jeu vidéo n’est jamais aussi réussi que quand il arpente des terres artistiques, en termes d’émotions, qui s’appuient réellement sur sa grammaire narrative propre (tout comme le film, la littérature, la musique ont les leurs). Si vous avez un cœur, jouez à Gris. Et surtout, prenez le temps de le vivre, et de vous laisser gagner par lui. Le voyage vous accompagnera longtemps.

2019-06-24T11:16:00+02:00lundi 24 juin 2019|Geekeries|9 Commentaires

Héroïnes et mondes cachés [table ronde aux Oniriques 2019]

Ce débat aux Oniriques 2019 a été capté par le site de référence ActuSF et faisait participer Karim Berrouka, Christelle Dabos, Manon Fargetton et moi-même. Modération et animation : Jérôme Vincent.

Il peut être écouté librement en ligne ou bien téléchargé sur cette page.

2019-06-17T08:28:39+02:00jeudi 20 juin 2019|Entretiens|Commentaires fermés sur Héroïnes et mondes cachés [table ronde aux Oniriques 2019]

Se présenter par un dialogue (exercice)

Un petit exercice de la masterclass des Imaginales de cette année, proposé par Jean-Claude Dunyach, et pas évident : se présenter soi-même par un dialogue strict. Temps d’écriture : dix minutes.

Comme la moindre des choses, c’est de jouer aussi quand on anime un stage, voici mon humble tentative réalisée sur le moment, juste pour rire.

« Ben alors, hé. Le pauvre. Ça lui arrive souvent ? 

— Normalement non. À ce qu’il m’a dit, c’est même la première fois. Pourtant, il est censé en avoir fait, des voyages de whale-watching. Même que ça a été son métier, à une époque. Quand il était petit, il voulait être le commandant Cousteau. 

— Ben c’est peut-être pas plus mal qu’il ait changé de carrière, parce que là, il est tout gris. Vous savez, à un moment, il va falloir qu’il boive un truc. Ou qu’il mange. Ah, il m’a entendu. Ah, il bouge. Ah, manger, visiblement, ça va pas encore être possible. 

— Hé, chéri ! T’as vu, les orques sont là… ! Hmm. Bravo chéri, tu contribues à l’écosystème. Nourrir les poissons, c’est bien aussi. »

2019-06-17T08:27:51+02:00mercredi 19 juin 2019|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur Se présenter par un dialogue (exercice)

Procrastination podcast S03E19 : « Le personnage comme incarnation de l’auteur »

procrastination-logo-texte

Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Le personnage comme incarnation de l’auteur« .

Une question qui revient souvent et peut paraître angoissante – quelle quantité de soi peut apparaître inconsciemment dans ses propres écrits ? Peut-on être « vu » à travers eux ? Et sinon, comment éviter de transformer ses personnages en fantasmes patents, en délires de puissance, en idoles coupables ? Mélanie n’est pas inquiète outre mesure : s’insérer dans ses textes ? Et alors ? Peu importe tant que cela leur apporte quelque chose et que le récit fonctionne. Pour Laurent, la notion paraît même empreinte d’une contradiction interne, car la construction d’un personnage… en fait une construction, justement, laquelle est nécessairement extérieure, en partie. Derrière cette angoisse du « self-insert », Lionel lit une possible confusion entre les thèmes et les traitements de ceux-ci, entre les envies ou impulsions présidant à l’écriture d’un personnage et les manifestations, éminemment personnelles, de celui-ci dans l’œuvre.

Références citées

– Un post-it à mettre sur sa porte https://www.pinterest.fr/pin/161707442841870585

– Roland Barthes

– Christopher Stork

– Steven Pressfield, La Guerre de l’art

– Elizabeth George, Mes Secrets d’écrivain

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2019-07-01T07:29:23+02:00lundi 17 juin 2019|Procrastination podcast|1 Comment