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Comment écrire ses romans de fantasy ? [Entretien croisé avec E. Faye, M. Rivero, J. Bétan]

ActuSF nous a proposé à quatre, Estelle Faye, Mathieu Rivero, Julien Bétan et moi-même, de donner notre avis (parce qu’un auteur ça doit toujours avoir un avis sur tout, c’est vital) sur ce qui fait un bon livre de fantasy, et quel conseil donner aux jeunes auteurs.

Bon, ma réponse ne devrait pas tellement te surprendre si tu traînes ici depuis quelque temps, auguste lectorat, alors va lire celles des autres :

C’est ici.

2019-07-26T10:17:45+02:00mercredi 31 juillet 2019|Entretiens, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Comment écrire ses romans de fantasy ? [Entretien croisé avec E. Faye, M. Rivero, J. Bétan]

À l’écrit, un merde vaut dix enculés

Photo Jono

ALORS TU L’AS VU MON TITRE PUTÀCLIC

Non mais sérieusement. Si c’est formulé ainsi, c’est aussi pour s’en rappeler : je n’hésitais pas à le proférer de la sorte, dans les murs très saints et très blancs de la sacrée institution universitaire quand j’allais y faire des interventions autour de la traduction :

À l’écrit, un merde vaut dix enculés.

Quoi t’est-ce ?

Eh bien, tu veux faire un peu moderne, un peu hardboiled, genre moi j’ai pas peur de la provocation, de la vulgarité, avec mes personnages badass qui jurent comme des charretiers à chaque détour de page. J’écris comme ils parlent, et c’est des gros soudards qui boivent et décapitent, alors bon, ils causent grossier, hein ?

Eh bah, pas forcément.

Rappelons-nous que, comme tous les arts narratifs, la littérature n’est pas appelée à représenter le réel tel qu’il est (sauf si tu fais du Nouveau roman, et dans ce cas, je prie pour ton âme), mais à proposer des effets de réel. À le mimer / sublimer / représenter d’une manière intelligible ; c’est-à-dire (et cela me semble une école esthétique bien supérieure, mais ça n’engage que moi, mais je le pense fortement quand même) à en transmettre l’essence par la représentation évocatrice et signifiante, plutôt que par l’inventaire et l’exhaustivité. Mais c’est autrement plus dur.

Minute, je t’ai perdu ? Ah,

merde.

L’écrit n’est pas l’oral. (Duh ?) Ben oui : des mots écrits, dans la correspondance, n’ont pas du tout le même impact que les mêmes paroles prononcées de visu. L’écrit fait appel à un système différent de représentation, et comme la fiction vise à l’illusion de réalité, cela signifie qu’elle place, finalement, les curseurs de la tolérance à des niveaux différents que la vie quotidienne.

Si je fais tomber mon stylo et murmure « merde » comme un réflexe1, ça ne choquera pas forcément mon entourage même professionnel (mais faut dire aussi qu’on est cools).

En revanche, si j’écris la même chose dans un roman

Maladroit, Lionel fit tomber son stylo et murmura :

« Et merde. »

La différence n’est-elle pas visible ? Si c’est raconté, c’est signifiant ; si je dis « et merde », cela laisse entendre que je suis énervé, tendu, qu’on m’a piqué mon pain. Cela influera certainement sur la suite. Si je pète un câble (fictivement, hein) dans la suite de la scène, ce ne sera pas surprenant : ces deux lignes peuvent former un début de promesse narrative.

Alors qu’au quotidien, bon, on s’en tape, quoi.

Donc, faire preuve d’économie dans le langage, bien choisir ses passages potentiellement vulgaires leur donne paradoxalement plus de force. Au contraire, les enchaîner leur ôte tout impact. Et pourquoi ?

Exactement. Parce que,

à l’écrit, un merde vaut dix enculés,

Putain cong.

  1. Mes parents déclinent toute responsabilité concernant ce regrettable incident : ils m’ont très bien élevé, et voient avec consternation cette déplorable évolution langagière.
2019-07-26T09:40:11+02:00mardi 30 juillet 2019|Best Of, Technique d'écriture|9 Commentaires

Nous aimons tous (ou presque) la fantasy historique ! [table ronde aux Imaginales 2019]

Fabien Cerutti, Nicolas Bouchard, Sandrine Alexie, LD, Christophe de Jerphanion. Photo ActuSF.

Ce débat aux Imaginales 2019 a été capté par le site de référence ActuSF et faisait participer Sandrine Alexie, Nicolas Bouchard, Fabien Cerutti et moi-même. Modération et animation : Christophe de Jerphanion.

Il peut être écouté librement en ligne ou bien téléchargé sur cette page.

2019-07-26T09:36:55+02:00lundi 29 juillet 2019|Entretiens|Commentaires fermés sur Nous aimons tous (ou presque) la fantasy historique ! [table ronde aux Imaginales 2019]

Contes hybrides, un recueil à paraître aux éditions 1115

Si tu gardes, telle une chimère lynx / aigle à la vue plus aiguisée que la somme de ses parties, un œil sur les barres de progrès, auguste lectorat, tu auras peut-être remarqué une ligne à 100% avec « infos à venir ». Ooooh.

Eh bien, il est venu, le temps des cathédrales infos.

Je suis très heureux d’annoncer la publication, pour le 18 septembre, de Contes Hybrides, aux éditions Mille Cent Quinze !

Il s’agit d’un recueil de rééditions de novellas difficiles à trouver aujourd’hui en anthologies. Je suis ravi de voir ces textes connaître une nouvelle vie, qui tournent tous autour de la notion de créatures différentes ou… hybrides, d’une perception différente du réel. Je ne peux pas encore dévoiler le sommaire ni la couverture (mais elle est incroyable… et il s’agit d’une vraie réalisation d’un plasticien, contrairement aux usages actuels), cependant on y trouvera des humains augmentés, des licornes, et évidemment, parce qu’on ne se refait pas, des créatures marines.

À cette occasion (et toujours pour La Fureur de la Terre), j’aurai le plaisir de participer à plusieurs salons et événements à l’automne : j’en reparlerai à mesure que l’été progresse !

2019-08-02T16:56:34+02:00jeudi 25 juillet 2019|À ne pas manquer|2 Commentaires

Suppression des comptes Instagram et LinkedIn

Donc, continuant le débroussaillage des réseaux commerciaux entamé il y a deux semaines, je me suis rendu compte que j’avais deux comptes dont je n’avais jamais fait grand usage : Instagram et LinkedIn.

Instagram m’a perdu quand Facebook s’en est mêlé et a ajouté ces foutues « stories » qui me sortent par le nez : cette pression de devoir poster tout le temps, chaque jour, des contenus éphémères va à l’encontre de ma philosophie quant à ces réseaux : un peu, de temps en temps, sans captivité, pour profiter du réel. La vie est trop courte pour se stresser de poster des machins visibles 24h et documenter pour le monde entier chaque instant de veille. C’est donc officiel : je suis un vieux con.

Sur LinkedIn, je me suis trouvé noyé de demandes de contacts de gens que je n’étais pas sûr de connaître, et d’ailleurs, je ne savais pas trop ce que je faisais là : parler bouquins ? Développer mon activité musicale actuellement en pause au profit de l’écriture ? Du coup, ça veut dire entrer en contact avec qui ? Sachant que je m’y connectais trois fois par an, cela faisait un lieu supplémentaire à maintenir : exit.

Donc, plus de profil Instagram ni LinkedIn, 404 not found.

Merci cependant à vous toutes et tous qui étiez sur ces réseaux et avez suivi l’expérience ; merci pour les échanges (un peu rares hélas) que nous y avons eu. On se retrouvera ici, sur Facebook et Twitter.

2019-07-29T01:53:07+02:00mercredi 24 juillet 2019|Dernières nouvelles|5 Commentaires

Les réseaux commerciaux ne nous appartiennent pas

Edit du 6 septembre 2019 : ma réflexion s’est poursuivie avec la Worldcon 2019 avec beaucoup de conférences et tables rondes sur le sujet ; les enseignements se trouvent ici, avec un retour, sous un format différent, vers les plate-formes.

Depuis que j’ai décidé de me mettre en retrait des réseaux, de l’immense caisse de résonance qu’ils donnent à nos egos, à notre désir bien humain d’apparence, il s’est passé un truc bizarre.

Moi qui ai toujours été technophile, geek, amoureux de la technologie et de ce qu’elle offre, c’est comme si j’avais mangé la pilule rouge de Morpheus. Je vois sur Twitter des conflits absurdes sur des détails d’expression pour des questions superficielles et des gens qui s’écharpent pour terminer malheureux et insomniaques. Je vois ceux et celles qui utilisent la plate-forme pour servir de manière froidement calculée leur renommée à travers l’instrumentalisation de vraies causes. Il y a aussi, heureusement, les vrais combats et les outrages populaires qui entraînent des conséquences positives. Mais je m’interroge de plus en plus sur le rapport signal-bruit. Le bilan est-il réellement positif, au final ?

Ces plate-formes ne sont pas conçues, de base, pour créer des rapports harmonieux. La facilité avec laquelle elles ont été détournées bien des fois (et combien les entreprises qui les portent ont montré, dans le meilleur des cas, leur inaction) en est la preuve. Je ne dis pas que cette régulation est facile. Peut-être est-elle impossible avec les outils actuels. En revanche, je trouve les initiatives comme celles d’Instagram, qui se glorifie de tester une fonctionnalité d’intelligence artificielle où l’application te demandera en substance « es-tu bien sûr de vouloir poster ce commentaire haineux ? », clairement risibles et largement insuffisantes.

PLUS META TU MEURS

Les réseaux sont importants quand on fait une profession un tant soit peu publique comme auteur, créateur, artiste. En particulier quand l’on travaille sur des projets de long terme comme des bouquins (qui, dans mon cas, ont du mal à sortir plus vite que tous les 12 ou 18 mois, ne serait-ce que parce que j’écris des monstres). C’est une façon de conserver le lien avec une communauté ; parfois, de lever le voile sur le processus créateur ; d’inspirer éventuellement ceux et celles qui viennent après nous, d’être inspiré par ceux et celles qui viennent avant, et de causer boutique avec les gens qui viennent à peu près en même temps.

Je ne suis pas le premier à le dire, j’espère ne pas être le dernier, mais : quelque chose a horriblement mal tourné, dès lors que l’on a commencé à quantifier la portée de nos brèves, de nos photos de chats, que l’on s’est mis à télécharger des applications pour se rendre plus beaux ou belles que nature sur Instagram, que l’on a inventé le terme d' »influenceurs ». Aaaah que je hais ce mot.

J’en ai déjà parlé précédemment, mais : les réseaux sociaux ne nous appartiennent pas. Le terme est d’ailleurs extrêmement trompeur, et je vous encourage à appeler un lolcat un lolcat et à les désigner par leur véritable terme (qui n’est pas de moi) : les réseaux commerciaux.

Il ne s’agit aucunement de tisser du lien entre les êtres humains ; si cela arrive, c’est une belle conséquence, mais c’est un effet secondaire du système et non son but. Facebook, Twitter et consorts ne vivent que d’une chose : de la publicité. Il s’agit donc de générer de l’engagement. Ce qui est très différent. Il s’agit d’inciter l’utilisateur à rester sur l’application, à la consulter le plus souvent possible, pour lui diffuser de la publicité. Il s’agit de générer des réactions instinctives, brutales ; il s’agit de séduire l’utilisateur en l’incitant insidieusement à se présenter de la manière qui générera le plus de commentaires, de validations, de likes. Ils se bâtissent sur l’ego, l’apparence, amplifient toutes les provocations, et comme si ça ne suffisait pas, ils siphonnent nos données personnelles. Encore une fois, je ne suis pas le premier à le dire, loin de là, mais il me semble important de continuer à le rappeler.

Il me semble important aussi de rappeler que les réseaux commerciaux ne sont pas l’ensemble du territoire de la pensée. Ils sont même, en ce moment, une part importante du territoire de la non-pensée. Bien sûr, encore une fois, il se passe de belles interactions avec ces outils, mais je crois résolument que c’est grâce aux gens, et certainement pas grâce à l’outil.

Il nous revient de nous détacher de cette tyrannie de l’immédiat pour retrouver une mesure de quiétude, et c’est aussi un autre des effets de la pilule rouge que je ressens en ce moment. Je n’éprouve plus aucune « FOMO » comme on dit en bon anglais – fear of missing out, la peur de manquer un truc, une des pulsions fondamentales qui nous pousse à nous connecter plusieurs fois par jour sur les réseaux (ou même pour s’assurer qu’un énième shitstorm stupide n’explose pas en notre absence). Je n’avais même pas pleinement conscience que je la ressentais. Mais en ayant fermement refusé que les plate-formes se servent de moi, en ayant résolument décidé de m’en servir à la place – pour amplifier mon travail, qu’il soit gratuit ou non, et maintenir les belles conversations avec les gens de qualité – je retrouve une sérénité et une concentration presque invraisemblables. Une présence à l’instant. Plus de petite pression en fond qui te dit : « ça fait longtemps que t’as rien publié sur Instagram, tu devrais peut-être poster ce coucher de soleil ». Ou « et ma story ? Je fais pas de story. Est-ce que je devrais ? J’essaie ? » Sachant qu’en vrai, tout le monde s’en fout, de mon coucher de soleil (et tout le monde a bien raison). Je partage avec joie mon processus d’écriture, mes réflexions sur le sujet, mais ma vie, et mes moments, n’appartiennent qu’à moi. Pour la dixième fois, je ne suis pas le premier à le dire. Mais l’expérience est incroyablement libératrice.

Il nous appartient de retrouver la temporalité et la réflexion dans les espaces de pensée. Je ne crois pas qu’on puisse les trouver sur les réseaux commerciaux. Ils ne sont pas conçus pour. Ils sont conçus pour nous captiver, ce qui a ses bénéfices également, je ne jette pas le bébé avec l’eau du bain1, mais cela n’a rien à voir. Plusieurs – sur les réseaux, justement – l’ont rappelé : il faudrait peut-être revenir aux blogs, à des communications plus substantielles, dans l’esprit de la vraie presse d’investigation qui prend le temps d’analyser, réfléchir, argumenter. Ce qui n’empêche pas de poster une photo de chat. De s’exprimer avec ironie. Mais pour cela, je crois que les blogs sont les mieux placés. Les outils existent toujours, comme les infrastructures. Facebook et Twitter ne les ont pas détruits. Pour ma part, j’y suis revenu, et bon dieu, ça fait du bien, vous savez.

Vous allez voir que bientôt, on va ressusciter les webrings.

Pour aller plus loin, en anglais : My kids aren’t getting social media accounts and yours probably shouldn’t either

  1. Sérieusement, c’est quoi cette expression ? Le bébé ne passe de toute façon pas par la bonde. Même en appuyant très fort.
2019-09-06T23:37:32+02:00lundi 22 juillet 2019|Humeurs aqueuses|23 Commentaires