Archives mensuelles : septembre 2019

Accueil/2019/septembre

Le voyage, cette fausse motivation narrative

Ouaiiiis j’entends déjà d’ici le bruit du goudron qu’on fait bouillir, les couinements des poules qu’on plume, le frottement des pierres à aiguiser sur les fourches. M’en fous je me suis immergé ce matin dans une solution de nano particules oléophobes alors BRING IT ON

Remarquez, contre les fourches, ça aidera pas des masses

À la réflexion POP POP POP du calme, laissez-moi m’expliquer

Donc. Depuis la rando-catastrophe de Frodon Sacquet à la Montagne du Destin (« 0/5, temps dégueulasse, autochtones détestables, je déconseille »), le voyage est un motif extrêmement fréquent en fantasy, et on le retrouve dans beaucoup de premiers manuscrits. Et en fait, pourrait-on arguer (et de fait, a argué ton humble serviteur une manette de NES à la main, auguste lectorat), le voyage est une composante fondamentale de la quête, du voyage du héros et tutti quanti : il s’agit d’aller chercher quelque chose, d’accomplir quelque chose. Alors il est où, le problème avec se servir du voyage pour architecturer son histoire ? Pour faire le truc, il faut bien sortir de chez soi et y aller, non ?

Vu à Cidre et Dragon

Eh bien oui, et non. Le voyage, ça marche probablement pour donner une direction à son histoire. Mais avec sa cousine honteuse qu’on planque lors des dîners de famille, l’errance, c’est beaucoup plus compliqué. Et la différence est subtile, mais puissamment dangereuse pour la tension narrative.

Une histoire se fonde sur la tentative d’accomplir quelque chose. On réussit ou pas, c’est une autre histoire (ou plutôt c’est celle-ci qu’on est en train de raconter, suivez un peu, quoi), mais… il y a donc une direction. Un but. Un élan. Qui peut changer, bien sûr. On peut décider que tout cela n’en vaut pas la peine et vous savez quoi, Gandalf, vous êtes bien sympa mais vous n’étiez pas à Bree et ça ne se fait pas de manquer un rendez-vous alors moi je vais rentrer à la Comté fumer des trucs chelou, merci bien. (Non, je déconne. N’écrivez pas ça. C’est une rupture de promesse narrative. Ou bien si, écrivez-le carrément, mais faites-le vache de bien ou alors c’est vers vous que se tourneront les fourches de vos lecteurs.)

Mais donc, une errance, un voyage sans but, devient extrêmement difficile à manier car, par essence, c’est une intention floue. Ou même, c’est un manque d’intention. Je vais là ? Ou là ? Peu importe. Et donc : si ça n’importe pas pour moi, pourquoi mon lecteur devrait-il s’en soucier ?

Aha.

En général, les récits de voyage (ou d’errance) fonctionnent au mieux quand ils se rattachent à un impératif plus puissant (atteindre le pôle nord, perdre un doigt au-dessus d’un lac de lave, arriver à survivre au travers du spectacle itinérant…). Or doncques : le voyage n’est alors plus, au sens narratif, la motivation… mais le moyen d’un but. Et ça n’est pas du tout la même confiture pour les personnages.

« Mais qu’est-ce qu’il raconte ? grommela mon adversaire immémorial, ma némésis invaincue, Jean-René Artifice-Rhétorique, tout en affûtant sa fourche. Ça existe, les récits d’errance, même que c’est vachement bien ! »

Ah mais tout à fait, Jean-René, et je suis bien content que tu me donnes la réplique de manière artificiellement rhétorique, merci.

De rien. (Minute, quoi ?)

Alors oui, ça existe, parce que déjà, il y a toujours des contre-exemples, et qu’on fait ce qu’on veut en art, tant qu’on fait ça bien, donc vraiment, sérieux, pose ta fourche, mais si on y regarde de plus près, ces récits s’organisent souvent autour de deux axes :

  • L’errance soutient un propos ancré sur ce thème, il est en quelque sorte le support de sa propre démonstration, constitutif de sa propre narration ;
  • Elle est un prétexte pour des histoires d’échelle plus réduite, condensées dans le parcours, et leur somme trace un tableau qui représente plus que la somme de ses parties. (Genre la série télé Le Rebelle. Ah mais ouais, c’est que j’ai des lettres, moi1)

Id est : l’errance est un symbole mais, encore une fois, elle fait difficilement office de motivation, donc de moteur unique à une histoire. Une errance est un motif, mais je présente au jury que dans une grande majorité de cas, elle ne suffit pas à porter à elle seule une tension narrative. (Et le but de la tension narrative, à la base, c’est de faire en sorte qu’un lecteur s’intéresse à la suite des événements. Elle prend évidemment bien des formes, et tout le monde n’en attend pas la même chose.) Pour cela, il lui faut une raison, et cela en fait, dans la majeure partie des cas, un voyage.

(Je pourrais m’arrêter là mais je m’en voudrais de passer sous silence qu’ensuite, un des « pièges » qui guette l’auteur de voyages consiste à conserver une forme de cohérence narrative à son histoire. Trop de premiers récits de fantasy reposent sur des quêtes qui sont simplement des prétextes à des visites de mondes imaginaires – or, le problème d’une histoire, c’est que si elle peut se permettre des détours atmosphériques, il lui faut quand même une forme de cohérence et de trajet pour que le lecteur ait l’impression que tout cela va quelque part et ne forme pas qu’une suite de péripéties sans rapport entre elles visant simplement à ralentir l’arrivée au dénouement. Mark Twain le déplorait lui-même : « It’s no wonder that truth is stranger than fiction. Fiction has to make sense. » Toute la difficulté du voyage consiste à concevoir des péripéties qui se relient d’une manière subtile, qui forment de réels obstacles dans l’accomplissement de la quête : « En plus, notre guide, le vieux, nous a fait passer par des caves insalubres parce que le temps était mauvais au col du Caradhras, sérieusement, ces gens ne pourraient-ils pas se renseigner à l’avance ? ». Et pour cela, nous pouvons nous aider de la formule toute simple de Parker et Stone. Oui, voici la fin de la parenthèse → )

  1. Et je le prouve : parmi ses rôles mémorables, Lorenzo Lamas a aussi joué dans Mega Shark Vs. Giant Octopus.
2019-09-29T03:09:22+02:00lundi 30 septembre 2019|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Le voyage, cette fausse motivation narrative

La photo de la semaine : Infinite Center

… parce que pris au centre de conventions de Londres à l’occasion de la Worldcon de l’époque.

Infinite center
Cliquez pour agrandir
2019-09-23T15:40:22+02:00vendredi 27 septembre 2019|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : Infinite Center

Une semaine d’émissions autour de La Fureur de la Terre à écouter en direct

J’ai les grands honneur et plaisir (ils sont deux, d’où le pluriel, heh) d’être à nouveau l’invité de Natalie Ramage pour son émission Il était une fois un livre, diffusée sur Fréquence 8, radio locale du bassin rennais.

Au programme : une semaine d’entretien en profondeur pour (re)découvrir la série « Les Dieux sauvages », avec bien sûr un focus plus prononcé sur La Fureur de la Terre, et à chaque fois, les superbes lectures de Natalie, qui fait découvrir quelques extraits du livre.

Ce sera toute la semaine, à écouter en direct sur 90.5 (Rennes) ou en ligne sur le site de la radio.

Horaires : 8h30 le matin, rediffusé à 17h15 en fin de journée.

Merci à Natalie et toute l’équipe de Fréquence 8 !

2019-09-23T15:50:55+02:00jeudi 26 septembre 2019|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Une semaine d’émissions autour de La Fureur de la Terre à écouter en direct

Comment écrire une histoire grâce au conflit ? [Atelier d’écriture en décembre]

Heads up! En décembre, j’aurai le plaisir de proposer à nouveau un de mes ateliers favoris sur la notion de conflit en narration, qui représente pour moi l’épine dorsale de tout récit (un récit, en son cœur, repose sur une volonté et un parcours, fussent-ils métaphoriques, ce qui sous-entend l’idée de résistance, donc de conflit).

Bien des écoles de création littéraire américaine résument la notion d’histoire à celle de conflit. Où est l’adversaire ? Qui les personnages doivent-ils vaincre ? Mais cette notion est souvent mal comprise, résumée à une opposition binaire entre deux camps et à une confrontation souvent fondée sur la violence. Or, dans le contexte de la création narrative, elle est bien plus vaste : elle représente l’énergie fondamentale de tout récit, tandis qu’elle exprime, de façon globale, la notion de difficulté et de tension, qui sous-tend toute intrigue romanesque. 
À la fois question préparatoire féconde et boussole pour s’extirper d’une impasse littéraire, la notion de conflit en narration forme un socle dont la compréhension profonde aide l’auteur à rendre ses récits plus efficaces, plus prenants, tout en simplifiant son travail en lui fournissant les questions cruciales qui l’aideront à progresser dans son histoire. Et, loin d’un affrontement binaire de film à grand spectacle hollywoodien, elle lui permettra au contraire, s’il le désire, de complexifier ses intrigues et ses personnages sans jamais sacrifier le suspense et l’intérêt du lecteur. 

Cela se déroulera comme toujours à l’école parisienne Les Mots, dans le Ve arrondissement, les samedi 14 et dimanche 15 décembre. Un week-end très studieux en perspective, mais c’est le but, hein ?

Pour les horaires précis et modalités d’inscription, rendez-vous sur cette page. Attention, l’atelier est limité à 12 places.

2019-11-07T23:33:37+01:00mercredi 25 septembre 2019|À ne pas manquer, Technique d'écriture|4 Commentaires

Quelques séries TV d’imaginaire françaises récentes

À la Worldcon, j’ai eu l’honneur d’être invité à participer à une table ronde sur les séries télé d’imaginaire étrangères, et donc, étant le Français de service, sur les séries françaises.

Ce à quoi j’avoue que ma première réaction a été : « heu, on en a ? »

Médisance ! Mauvaise langue ! Oui, on en a (surtout grâce aux efforts de Canal+ et d’Arte, qui produit depuis plusieurs années des mini-séries de SF – vous avez peut-être entendu parler notamment de Trepalium). Et donc, je m’étais tapé un marathon de séries d’imaginaire françaises récentes pour me distraire de mon plus gros marathon (entamé en avril 2018 : me taper toutes les séries Marvel Netflix dans l’ordre, j’ai bientôt fini, mais ça n’en finit pas de finir, bientôt je vous dirai quoi penser, car j’ai forcément raison).

Alors, que trouve-t-on comme productions relativement méconnues, comparées aux rouleaux compresseurs américains ? Petit tour d’horizon d’une sélection un peu aléatoire, remontant sur les dernières années, en mode vignettes et avis rapides pour partager ce qui pourrait être intéressant ou pas1. Beaucoup ont évidemment déjà parlé de ces séries à leurs sorties, l’idée ici est seulement de partager ma session de rattrapage, si vous les avez ratées comme moi à l’époque.

Osmosis (SF)

Production : Netflix.

Le pitch : Présenté comme le Black Mirror français. Dans un futur proche, une startup française mêle la technologie des réseaux commerciaux à l’intelligence artificielle pour concevoir un implant neuronal assurant de trouver l’âme-sœur.

Ça vaut le coup ? L’idée de base est excellente, il y a des développements et arguments qui pouvaient être riches de réflexions (humanisme contre transhumanisme), mais le tout est gâché par une implémentation hasardeuse du concept (l’amour semble ici exclusivement fondé sur le physique, ce qui est absurde) et surtout par un scénario cousu d’invraisemblances, des acteurs très insuffisants et une « chute » qui ne peut plus être originale dans la SF du XXIe siècle. Je n’en garde qu’une petite tendresse pour Hugo Becker qui campe un substitut de Steve Jobs pas inintéressant. Ne pas y aller.

Ad Vitam (SF)

Production : Arte.

Le pitch : L’humanité a déjoué la vieillesse : dans un futur proche, tout le monde peut se régénérer à partir de 30 ans et connaître ainsi la jeunesse éternelle. Un flic centenaire enquête sur une vague de suicides de jeunes qui semble être un acte de protestation contre le système.

Ça vaut le coup ? L’idée est simple mais bien explorée à travers une intrigue relativement concentrée (l’enquête policière), le scénario n’est pas démonstratif ni verbeux mais laisse son univers s’établir et respirer, les acteurs sont solides. La fin pourra peut-être laisser un peu indécis – elle me semble là un peu manquer son impact par un discours trop elliptique – mais si l’on n’attend pas une chute en forme de coup de poing, il y a de quoi beaucoup réfléchir dans cet univers jeune et apparence, mais vieux dans sa tête. Si la thématique vous parle, oui, allez-y.

Les Revenants (fantastique)

Production : Canal+.

Le pitch : Dans un petit village de montagne dominé par un barrage hydroélectrique, les morts reviennent à la vie sans aucun souvenir de leur disparition. Des familles brisées se ressoudent tant bien que mal autour du retour d’un enfant mort, des conjoints pleurant des amours disparus les voient revenir, la vie du village est bouleversée et les réactions se polarisent.

Ça vaut le coup ? Les Revenants fait un tragique grand écart entre une saison 1 de haute tenue (pour peu qu’on accepte un rythme lent, très psychologique) et une saison 2 beaucoup plus bancale. Les personnages sont riches et bien campés ; la multiplicité des points de vue est maîtrisée ; les nombreuses intrigues ont toutes quelque chose à dire ; l’idée est explorée dans toutes ses ramifications et la série joue intelligemment en filigrane avec certains codes de l’horreur. Hélas, le scénario laisse entendre depuis le début qu’il va quelque part, sauf que pas vraiment. La saison 2 flirte avec quelques clichés et se termine sans les révélations qu’on attendait et avec une mystique qui n’est pas à la hauteur de tout ce qui a précédé. Si l’on aime les intrigues familiales et les ambiances de villages en huis-clos, on y trouvera son compte, mais il faudra préférer le voyage à la destination.

Transferts (SF)

Production : Arte.

Le pitch : Dans un futur proche (encore…) la technologie permet de transférer l’intégralité d’un esprit d’un corps à un autre. Un père de famille plongé dans le coma depuis des années se retrouve dans le corps d’un capitaine de la brigade spéciale justement chargée de traquer et surveiller ces « transférés ». Il doit apprendre à naviguer dans un monde qu’il ne reconnaît plus en protégeant sa véritable identité pour espérer retrouver son ancienne vie et sa famille.

Ça vaut le coup2 ? Transferts est juste assez foutraque, avec des idées dans tous les sens, une Église catholique qui retrouve son ascendant sur la société, une brigade spéciale littéralement fasciste et un personnage central complètement paumé quant à ce qui lui arrive pour que ça marche. Certaines ficelles de l’histoire sont vraiment grosses, mais il y a des idées de personnages brillantes dans un univers cohérent et bien exploité, vu à travers son relatif loser de héros qui ne sait plus du tout où il en est, et l’équilibre entre idéalisme et cynisme est ménagé de façon intéressante. Il devait y avoir une saison 2 qui ne verra probablement jamais le jour, aussi certains coups de théâtre lancés dans le dernier quart d’heure de la saison 1 ne connaîtront pas de réponse, mais en-dehors de cela, les intrigues principales sont bouclées. C’est suffisamment singulier pour vraiment valoir le coup de se lancer.

Le Secret d’Élise (fantastique)

Production : TF1 (là je triche un peu pour la France, Le Secret d’Élise étant fondé sur un concept américain, qui a donné également Marchlands en Grande-Bretagne).

Le pitch : Tout s’organise autour de l’histoire parallèle de trois familles ayant vécu à trois époques différentes dans la même maison, en 1969, 1985 et 2015. Un drame ayant eu lieu en 1969 a des répercussions sur toutes les époques, jusqu’à la découverte de la vérité.

Ça vaut le coup ? Le Secret d’Élise ne révolutionne rien, mais a visiblement fait ses devoirs et étudié les tropes pour s’en servir avec une intelligence. La série est davantage une saga familiale qu’un récit de fantastique (même s’il est fondamental au déroulement) et l’histoire est archi-classique, mais la production est absolument irréprochable. Les trois époques prennent vie à travers un intelligent jeu de décors et de colorimétrie et on se prend à s’émouvoir des drames familiaux traversés aux trois époques. C’est très classique, mais c’est exécuté avec intelligence et cœur, et donc – à condition d’être sensible au format de la saga familiale et de ne pas chercher un fantastique très poussé – cela fonctionne très bien.

Trepalium (SF)

Production : Arte.

Le pitch : Dans un monde dévolu toujours davantage à l’hypercapitalisme, le chômage atteint les 80%. Les « actifs » sont littéralement esclaves de leur entreprise et se livrent une guerre incessante de performance et de productivité, au sein d’une ville située derrière un mur qui les sépare d’une immense « zone », où sont relégués ceux qui n’ont plus rien et se battent pour survivre.

Ça vaut le coup ? Trepalium oscille sans arrêt entre le brillant et l’horripilant. La série semble très consciente qu’elle descend d’une certain archétype de l’âge d’or de la SF qui mettait davantage l’accent sur une idée, souvent à travers l’opposition entre une élite déshumanisée et une foule déshéritée, et lui rend d’innombrables hommages. Les inspirations art nouveau, la technologie bizarrement rétro, l’architecture et les costumes donnent à l’ensemble une patte graphique extrêmement réussie. Malheureusement, Trepalium tient beaucoup trop à son discours de dénonciation politique du productivisme pour laisser la place à ses personnages d’exister par eux-mêmes, à son scénario de reposer sur des piliers solides… et à son spectateur de s’investir dans le récit. L’impression d’assister à un prêche domine : l’industrie c’est mal, le travail c’est l’esclavage, l’ambition rend fou, le fanatisme vous coupera des vôtres – s’adresser avec davantage de subtilité à l’intelligence du spectateur, au lieu de lui marteler ce qu’il est censé penser, aurait probablement mieux servi le propos. À mon sens, le traitement de Trepalium est hélas trop léger pour pouvoir recommander la série sans hésiter.

  1. Je laisse évidemment de côté Kaamelott, d’une part parce que tout le monde connaît, et d’autre part parce que la licence génère pour ainsi dire sa propre catégorie : c’est génial.
  2. Donc oui, ca peut rappeler Carbone modifié, mais en uniquement en surface : à l’existence du transfert près, on pourrait tout à fait se trouver en 2019.
2019-09-23T14:59:34+02:00lundi 23 septembre 2019|Fiction|6 Commentaires

La photo de la semaine : la vieille machine

The old machine
Cliquez pour agrandir

C’est splendide, mais je n’échangerais mon Scrivener pour rien au monde, on est d’accord.

2019-09-17T15:56:39+02:00vendredi 20 septembre 2019|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : la vieille machine

Le dynamisme d’un scénario expliqué en deux minutes

Je ne sais plus qui m’a recommandé cette vidéo apparemment assez connue (plus de 150 000 vues, je pense que ça va, c’est connu), mais en seulement deux minutes, elle va au cœur d’un principe fondamental de la narration et du dynamisme :

Trey Parker et Matt Stone, créateurs de South Park, expliquent en termes très simples (et en fucks bipés) que :

Euh, non. Enfin, si, mais pas là.

Si on regarde l’enchaînement des scènes de son scénario et qu’elles se relient par les mots « et ensuite », il y a un problème. Il se passe A, et ensuite B, et ensuite C → ce n’est pas une histoire. Où est l’unité ? La causation, les conséquences que l’on attend dans une histoire ? Si c’est une collection de scènes sans impact les unes sur les autres… ben ça court le risque que ce soit chiant, en fait.

À la place, deux mots sont autorisés :

  • Donc
  • Mais

Il se passe A, donc il se passe B, mais il se passe C… 

Voilà une histoire avec un cheminement, une énergie (coucou Aristote), et surtout une cohérence narrative qui conduit d’un point A à un point Z.

C’est une idée à la fois tellement simple et efficace que ce serait idiot de ne pas la garder en tête, surtout pour accroître la tension d’une histoire qui semblerait en manquer, ou pour aider à relancer une écriture qui s’enlise. Changer un « et ensuite » en un « donc » peut faire une immense différence.

2019-10-21T09:49:49+02:00jeudi 19 septembre 2019|Best Of, Technique d'écriture|8 Commentaires