À venir : « L’Impassible armada » en version Redux chez 1115

Doooonc si les éditions 1115 (Contes hybrides) présentent leurs vœux avec une carte des voyages littéraires à venir pour cette année (une splendide carte !)…

… je peux vous dire qu’il y a mon nom dedans, hein ?

Un nouveau petit livre sortira effectivement en juin chez la chouette maison d’édition lyonnaise, parce que travailler sur Contes hybrides était une grande joie (d’ailleurs, pour mémoire, le livre a été retenu dans la sélection trimestrielle du prix Bob Morane !). Et c’est officiel avec le programme 2020 des éditions 1115 dévoilé sur Just A Word :

Pour ce qui est du reste de l’année, nous pouvons déjà vous annoncer la réédition en juin de L’Impassible armada de Lionel Davoust, une novella qui se déroule dans les eaux gelées du Pôle, à bord d’un bateau prisonnier des glaces. Un texte à la frontière du réel, qui mêle humour et montées d’angoisse à la perfection. À tel point que nous travaillons à l’enrichir d’une manière pour le moins inédite, parce qu’une aventure pareille demandait un écrin ad hoc, qui mette en valeur ses zones d’ombre et son étourdissante richesse. Quitte à plonger dans cet étrange Flux qui circule entre la coque des bateaux, autant aller voir ce qui se cache sous la surface.

Couv. Julien Delval

« L’Impassible armada » était à l’origine une nouvelle publiée dans la toute première anthologie des Imaginales dirigée par Stéphanie Nicot, Rois et Capitaines, en 2009. Nous allons reprendre le texte… et donc, y ajouter un petit, mettons, contrepoint. Contrechant. Contrerécit ? Bref, d’où l’appellation de travail « Redux » ici ces lieux.

Cela restera un petit livre, facile à emporter, à dévorer – où se noyer :

Le jour où Jacke a sauté par-dessus bord, j’ai compris qu’il était temps d’agir.

Il ne l’a pas fait sans me dire mes quatre vérités, ça, non. Tout ce temps, je croyais qu’on était frères de bord, partageant les dangers de la bataille et le réconfort des camarades. Eh bien, il est sorti en uniforme d’apparat sous la lune perpétuelle qui dirige maintenant nos chiennes de vies. J’ai tout de suite vu que ça n’allait pas ; aucun de nous ne fait plus très attention à la discipline vestimentaire. Il est venu vers moi de ce pas raide et décidé qu’on a appris à reconnaître, les yeux dans le vide, fixés un peu au-dessus de ma tête, comme si j’avais un oiseau perché sur le crâne. Et puis il m’a dit avec cette voix monocorde, glacée, mécanique :

« Davenport, tu as une tête de rat, le caractère d’une fouine, je sais que tu triches aux cartes et je ne supporte plus d’entendre ton rire de hyène. »

Et puis il m’a salué, il a marché vers le bastingage, l’a enjambé et il a sauté.

Premières lignes de « L’Impassible armada ».

Plus d’infos au fur et à mesure !

2020-01-30T00:39:12+01:00jeudi 30 janvier 2020|À ne pas manquer|2 Commentaires

Devinez quoi, la technologie, c’est maintenant

Tandis que l’homme politique de la semaine disait encore une connerie sur la technologie (je mets même pas de lien, y a qu’à se baisser pour en trouver), je me disais, bon dieu, ça m’agace, il serait temps que j’écrive un machin là-dessus. Je suis fasciné – au sens passif agressif de « oh comme c’est stupide, c’est fascinant » – par la dissonance cognitive de nos sociétés relativement à la technologie.

Le cloud est la fondation de nos sociétés développées ; le smartphone est considéré comme acquis pour tout le monde ; il est difficile de fonctionner sans Google et/ou Facebook ; allez n’importe où et regardez le nombre de gens à la tête baissée sur leur téléphone : oui, les devices régissent nos vies. (Savez-vous comment on appelle à Taïwan les gens absorbés dans leur téléphone qui emmerdent le monde en n’ayant aucune conscience de leur environnement ? « La tribu des gens la tête en bas ».)

Et pourtant, aux hauts échelons de décision, que ce soit dans le privé ou le public, on continue à gérer « cette histoire d’informatique » (ou de digital, si l’on tient vraiment à ne pas avoir l’air de savoir de quoi on parle1) comme dans les années 80. Genre, ah oui, c’est intéressant ce que ça permet de faire, le crayon optique de votre TO7/70 sur votre écran cathodique, c’est certainement l’avenir, ça devrait bien se populariser un jour et transformer la société, mais je vois quand même ça d’un peu loin parce que ça a l’air d’une affaire de spécialistes, on n’y est pas, hein.

Ça n’est fucking pas une affaire de spécialistes. C’est l’affaire de tout le monde, c’est notre présent, et c’est tellement notre présent depuis longtemps que ça en devient presque même le passé, eh oh, réveillez(ons)-v(n)ous.

Donc voilà ce que j’avais envie d’écrire mais ô stupeur, je me suis rendu compte que je m’étais déjà excité sur la question en 2017 : que l’histoire des technologies était complètement passée sous silence dans l’enseignement alors que c’est l’une des clés les plus importantes pour comprendre notre monde (et surtout où il va). Donc, j’ai pas de mémoire (vive).

Bref, il est grand temps que la société s’empare de deux axes :

  • Éduquer réellement les gens à l’usage de la technologie pour leur en rendre le contrôle, au même titre qu’on les forme à la syntaxe, à la grammaire, à l’expression, à l’histoire, au permis de conduire ;
  • Le moindre candidat à une fonction de décideur doit pouvoir démontrer qu’il n’est pas une buse totale sur ces sujets car, breaking news, nous sommes en DEUX MILLE VINGT.

Comment faire ça ? Houlà, je suis auteur, moi. Si j’avais le moindre soupçon d’esprit pratique, vous vous doutez bien que je ferais un vrai métier.

  1. In before les gens qui vont soutenir que si si c’est comme ça qu’on dit.
2020-01-23T01:43:37+01:00mardi 28 janvier 2020|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Devinez quoi, la technologie, c’est maintenant

Contes hybrides dans la sélection trimestrielle du prix Bob Morane

Couv. Victor Yale

Oooh, voilà qui fait grand plaisir, surtout pour des textes que nous avons rendus à nouveau disponibles avec les éditions 1115 : Contes hybrides a été retenu par les jurés du prix Bob Morane pour leur quatrième sélection de 2019. Merci infiniment pour cette attention !

Féliciations aux autres sélectionnés de la catégorie nouvelle :

Christophe Corthouts : Mémoires vivaces, Évidence Éditions

Lionel Davoust : Contes hybrides, Éditions Mille Cent Quinze

Ken Liu : Jardins de poussière, Le Bélial’

Bruno Pochesci : L’espace, le temps et au-delà, Flatland

Toute la sélection de ce trimestre peut être consultée ici, avec notamment les catégories romans francophones et étrangers.

2020-01-23T01:50:20+01:00lundi 27 janvier 2020|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Contes hybrides dans la sélection trimestrielle du prix Bob Morane

Le rapport Racine est disponible

On l’attendait tel Godot, et on commençait en effet à se demander s’il arriverait, mais le voici : le rapport sur la condition des artistes et auteurs, liés aux mutations des secteurs économiques, est en ligne.

Comme toujours, il va falloir attendre qu’il soit examiné par les spécialistes, et que s’ouvrent les débats qu’il est censé générer, mais je trouve qu’un optimisme prudent est permis. Dans le récapitulatif des conclusions, je relève par exemple, dès la deuxième phrase, en gras dans le texte (toutes les emphases sont ici de mon fait) :

La mission relève ainsi un phénomène déjà ancien de fragilisation des conditions de vie et de création des artistes-auteurs, aggravé récemment par des facteurs conjoncturels, tandis que les artistes-auteurs demeurent insuffisamment organisés pour faire entendre leur voix et que les pouvoirs publics ne les prennent qu’imparfaitement en considération dans leurs politiques.

Y a un peu tout, là.

J’avoue que ça me fait plaisir aussi de discerner dans un rapport officiel, pour une fois, une approche des mutations technologiques qui ne soit pas à côté de la plaque, au contraire :

De même, la désintermédiation et la diffusion à grande portée des œuvres grâce aux plateformes font courir un risque de surproduction et de destruction de valeur, sans résoudre le lien de dépendance des artistes-auteurs envers les acteurs de l’aval.

Cette expression « les acteurs de l’aval » revient plusieurs fois et décrit bien la situation des auteurs, à la fois à l’origine de la chaîne, et dans des relations de dépendance complexes (et bien souvent précaires) vis-à-vis à d’elle. Pour ce qui est de la destruction de valeur, oui, mille fois oui : cet article sur la course vers le bas de la perception de la valeur, et sa relation au marketing, va fêter ses dix ans et je reste 100% convaincu de ce que j’y dis (beaucoup moins du ton employé, mais hé, faut bien mûrir à force). Voir ici pour un parallèle plus récent avec le jeu vidéo.

Le rapport met en avant quelques mesures à prendre avant tout autre travail, je retiens pour ma part :

  • l’organisation rapide d’élections professionnelles qui permettront de donner corps et légitimité au Conseil national des artistes-auteurs à créer […]

  • conforter l’artiste-auteur au niveau individuel, en mettant à l’étude sans délai la définition d’un contrat de commande prenant en compte le travail de création […]

Si je suis un peu dubitatif par la constitution d’encore un corps professionnel (un remède très français : y a un problème ? Commençons par ajouter une commission en espérant que toutes les autres accepteront de s’y fondre), d’autant plus que le rapport signale l’illisibilité générale des structures du domaine, je lève les oreilles avec intérêt à l’idée de refondre la structure des contrats.

Samantha Bailly :

Donc, maintenant, les infos sont là, les recommandations aussi, les chantiers nécessiteront forcément du temps et des débats entre tous les représentants, mais si cela se concrétise, cela pourrait représenter une grande rénovation du métier.

2020-01-23T01:42:47+01:00jeudi 23 janvier 2020|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Le rapport Racine est disponible

Persister, chaque jour (Steven Pressfield)

Je l’avais envoyée aux abonnés de la lettre d’informations, mais je me rappelle si souvent cette citation, alors que ma date de finalisation pour L’Héritage de l’Empire arrive à grands pas, et surtout, j’ai pu tellement en vérifier la vérité :

[W]hen we sit down day after day and keep grinding, something mysterious starts to happen. A process is set into motion by which, inevitably and infallibly, heaven comes to our aid. Unforeseen forces enlist to our cause; serendipity reinforces our purpose. This is the other secret that real artists know and wannabe writers don’t. When we sit down each day and do our work, power concentrates around us. The Muse takes note of our dedication. She approves. We have earned favor in her sight. When we sit down and work, we become like a magnetized rod that attracts iron filings. Ideas come. Insights accrete.

Steven Pressfield, The Art of War

(Livre chroniqué ici.)

Le plus difficile dans l’écriture est souvent de s’y mettre. Mais dès que l’on prend la résolution sincère de le faire, réellement, ou que l’on prend au moins soin de maintenir le projet présent à son esprit, alors les efforts de chaque jour s’accumulent et le total est supérieur à la somme des parties. Combien de sessions ai-je entamé à reculons pour découvrir une super idée une heure plus tard, qui valait à elle seule l’effort ? N’aurait-il pas été dommage de céder à la Résistance, aux bonnes excuses, au fait de me dire que « je ne suis pas dans l’esprit aujourd’hui » ?

Est-ce facile ? Oh diable, non. Mais j’ai décidé que c’était important. Alors, je le fais, quoi qu’il arrive. En ce qui me concerne, c’est ainsi qu’au bout d’un moment, je me retrouve avec une nouvelle, un livre, une saga écrits. (… et j’en suis souvent le premier étonné, pour tout dire.)

(J’avais dit que je partagerais des choses plus brèves et aléatoires ici cette année. Considère, auguste lectorat, que c’est une tentative en ce sens.)

2020-01-22T00:53:24+01:00mercredi 22 janvier 2020|Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Persister, chaque jour (Steven Pressfield)