Découvrir Évanégyre, écrire « Les Dieux sauvages » et s’organiser pour écrire [entretien sur eMaginarock]

Après sa chronique sensible (merci !) de Port d’Âmes et sa lecture splendide des premières pages (merci également !), c’est l’occasion de faire le point avec Anouchka sur La Messagère du Ciel, trois ans après la publication du parcours initiatique et sentimental de Rhuys ap Kaledán dans la ville tortueuse d’Aniagrad. Nous parlons de la meilleure manière d’aborder l’univers d’Évanégyre, de son ordre de lecture (astuce : il n’y en a pas), d’organisation et bien sûr d’écriture autour de « Les Dieux sauvages » et de ce qui a changé (ou non) depuis Port d’Âmes.
Tu es un auteur prolifique : pas moins de 9 parutions en moins de 10 ans, dont un recueil de nouvelles et la création de l’univers d’Évanégyre (sans compter les nouvelles publiées dans des anthologies diverses et variées). Peux-tu nous parler de cet univers, ses règles, ses systèmes de magie ? Je crois qu’Évanégyre s’inscrit pile entre la fantasy et la science-fiction. À bien des titres, son esthétique se rapproche de la fantasy (on y parle de magie, il y a des époques médiévales claires), mais il est développé comme un planet opera, avec un vaste ensemble de récits tous indépendants les uns des autres, qui permettent toutefois au lecteur intéressé d’approfondir davantage l’histoire et les événements.
C’est à lire sur eMaginarock : encore merci, Anouchka, pour tes lectures attentives et ton intérêt pour Évanégyre !
2018-11-20T17:18:32+02:00mercredi 21 novembre 2018|Entretiens|5 Commentaires

À découvrir : une sélection des meilleurs podcasts sur l’écriture par la Guilde française des Scénaristes

Huit podcasts sur l’écriture et la narration, pas un de plus (ou peut-être un ou deux, allez, à mesure que cette page sera mise à jour, mais c’est pour dire que d’une, il y a une sélection, et de deux, ce qui suit est donc un insigne honneur) : c’est ce que propose la Guilde française des scénaristes sur cette pageProcrastination y figure (merci !), aux côtés par exemple de Jeff Goldsmith, ce qui est un insigne honneur, mais ça, vous le savez déjà, si vous n’êtes pas du genre à sauter ce qui a écrit dans les parenthèses. Merci, donc !  La sélection de podcasts sur l’écriture et la narration par la Guilde française des Scénaristes
2018-09-23T15:04:30+02:00mardi 25 septembre 2018|Technique d'écriture|2 Commentaires

Tour d’horizon des principaux logiciels d’écriture dédiés (édition 2018)

BORDEEEL je sais bien que j’avais eu une super idée un jour, mais où… (Photo Joao Silas)

La situation a bien évolué en sept ans, époque où j’ai proposé un premier tour d’horizon des principaux logiciels d’écriture dédiés. Le marché était bien plus diversifié, proposant des tas de paradigmes différents pour rédiger une histoire ; des usines à gaz, des environnements tout zens, et puis des solutions robustes, bien sûr, le tout en plein foisonnement. Aujourd’hui, le marché s’est hyper contracté et resserré autour de solutions à peu près toutes comparables. Et cette solution, c’est celle que propose Scrivener depuis vingt ans : un environnement d’écriture hiérarchique, où l’on peut conserver à la fois notes de création et texte proprement dit, où l’on peut structurer son récit au fur et à mesure en développant ses chapitres et ses scènes dans l’ordre que l’on souhaite, avec une vue d’ensemble qui permet de constater à chaque instant à quoi ressemblent rythme et ambiance. Un peu comme si l’explorateur Windows, ou le Finder de macOS, ne contenait que des fichiers texte que l’on peut bouger à son gré – le tout formant, d’un côté, la nouvelle ou le roman, de l’autre, les notes ayant servi à l’élaboration. (Voir les ressources reliées à Scrivener pour plus de détails.) Cependant, ce paradigme connaît plusieurs approches très diverses, qui n’est plus – et depuis longtemps – limité aux seuls logiciels professionnels d’aide à l’écriture. Déjà, écartons tout de suite l’évidence avant de recevoir la visite de la police de la pensée : aucun de ces outils n’est indispensable pour écrire un bon livre ; ils aspirent juste à aider l’auteur à structurer ses idées et à lui faire gagner du temps, pour peu que l’on soit sensible à ce genre d’approche. D’autre part, un bon vieux traitement de texte des familles convient parfaitement, comme l’ont exposé mes camarades Mélanie Fazi et Laurent Genefort dans Procrastination (s01e11, les logiciels d’écriture). On parlera ici d’outils dédiés qui prétendent aider l’auteur à réaliser son œuvre (romanesque – les logiciels d’écriture de scénario étant un autre genre d’animal).

Ce qu’on veut, et pas

Les recommandations de 2011 tiennent à peu près, mais on va y ajouter quelques avertissements, mentionnés dans la conférence sur les logiciels d’aide à l’écriture (diaporama en accès libre ici). Pour récapituler, on veut un outil non-intrusif, qui sache s’adapter à la manière de travailler ; qui fournisse à la fois des outils puissants d’organisation, de rédaction, mais sans enfermer l’utilisateur dans une structure qui tue la spontanéité. Cela signifie notamment que tous les logiciels basés sur des « formules » ou des banques de données de scénarios, situations, personnages sont disqualifiés d’entrée car la créativité ne repose pas sur un inventaire de questions (« Comment s’appelle ton personnage principal ? » « Quel est son problème ? » « Qui est sa famille ? » « Maintenant, passons au méchant » etc.) mais au contraire, pour l’immense majorité des gens, sur un fonctionnement analogique (le nom de mon personnage principal me fait penser à son origine sociale qui me fait penser à sa famille qui me fait penser au contexte de l’époque qui me fait penser aux pouvoirs en présence qui…) L’idéal est de pouvoir construire autant, ou aussi peu que l’on veut selon qu’on est structurel ou scriptural, en disposant dans un même outil de toutes ses références (personnages, descriptions, lieux etc.). Que le logiciel s’efface en abaissant au maximum la barrière pour l’auteur entre sa pensée et la réalisation de celle-ci. 

Que ne sont-ils pas devenus ?

La plupart des grands acteurs de 2011 sont moribonds aujourd’hui, et je ne saurais les recommander davantage. À l’heure où j’écris ces électrons, au milieu de l’année 2018 :
  • Une nouvelle version de Writing Outliner doit arriver depuis des années, mais toujours rien ; le blog est mis à jour une à deux fois par an, et l’ancien n’est pas compatible au-delà de Word 2013 – il est donc inutilisable.
  • Liquid Story Binder XE est toujours disponible, mais les dernières nouvelles datent de… 2011, justement. Je pense qu’on peut dire que l’application est abandonnée.
  • Writer’s Café a été bizarrement mis à jour en 2017, alors que la dernière version datait de… 2009. C’est donc peut-être le moins mort des trois, mais ça ne vaut quand même probablement pas la peine d’y aller, à moins de débuter totalement (l’application est particulièrement bien pensée pour un auteur débutant).
Cependant, il y a de nouveaux acteurs, et surtout de nouvelles approches sur le domaine. Les deux ténors de l’écriture sont aujourd’hui Scrivener – et Ulysses.

Scrivener et Ulysses, deux approches pour les pros du texte

Scrivener et Ulysses sont les rois du traitement de texte hiérarchique, le paradigme dont je parlais plus haut. Ce sont à mon sens les deux leaders du marché, qui offrent chacun leur version très mûre et réfléchie d’un outil d’écriture non-intrusif, flexible et puissant.

Scrivener…

Scrivener est indubitablement le plus puissant des deux, mais cette puissance intimide parfois les nouveaux utilisateurs. Qu’on se rassure : les fonctionnalités sont commodément cachées si l’on ne souhaite pas s’en servir, mais en contrepartie, comme je l’ai martelé partout, le didacticiel est INDISPENSABLE pour comprendre ce que Scrivener peut apporter. Soit : la capacité de gérer des projets d’écriture d’un immense complexité, avec des méga-octets de références, de pages web archivées, de photos, de fichiers PDF et que sais-je encore, avec la capacité de construire une véritable bible pour une série ou un univers. J’écris « Les Dieux sauvages » sous Scrivener, avec les archives des deux volumes précédents, toutes les notes de la suite, le manuscrit du volume en cours d’écriture, le tout dans un même projet qui pèse actuellement 550 Mo, et le logiciel est juste d’une robustesse à toute épreuve. Il est disponible sous Mac, Windows et iOS, ce qui me permet d’écrire partout, avec mon iPhone ou mon iPad, avec mes livres parfaitement synchronisés. Je n’hésite pas à dire que Scrivener a représenté un tournant majeur dans ma carrière d’auteur : c’était comme si j’étais un charpentier qui s’était enfin acheté des outils convenables. J’écris avec plaisir et sans (trop) de difficultés des livres actuellement très complexes (six à huit points de vue en fonction des volumes) en conservant une vue d’ensemble qui me paraît tout bonnement impossible dans un traitement de texte classique.

… et Ulysses.

En revanche, Ulysses est une sorte de version dépouillée, zen de Scrivener. Seulement disponible sous l’écosystème Apple (Mac et iOS), Ulysses cache encore davantage ses fonctionnalités, ce qui implique une puissance en retrait, mais bien davantage de simplicité. Ce qu’offre principalement Ulysses, c’est une expérience d’écriture à la fois ultra-dépouillée et immédiatement accessible ; on sent que chaque outil a été longuement soupesé avant d’être ajouté à l’ensemble, de manière à ne fournir que le nécessaire, et rien de plus. Là où Scrivener propose l’expérience la plus complète, Ulysses fournit l’expérience la plus minimale. À vous de tester les deux et de vous faire votre avis (ou de lire le comparatif détaillé ici), mais pour ma part, ma préférence – pour le roman et la nouvelle – va à Scrivener, de très loin. Il m’offre simplement toute la puissance que je souhaite si j’en ai besoin, et a un avantage net : le prix. Scrivener est un achat une fois pour toutes (enfin, une fois sur Mac, une fois sous iOS), quand Ulysses et passé à l’abonnement tant honni, ce qui le rend drôlement plus cher (Mac, iOS). On m’a également beaucoup parlé au fil des ans de yWriter, qui est une alternative à Scrivener, en plus léger (à mon sens) et avec une approche légèrement différente. Une version 7 est en développement actuellement (et il est gratuit). À mon humble avis, vu que Scrivener n’est pas hors de prix (toujours autour d’une cinquantaine d’euros), on aurait plutôt intérêt à aller s’y former, mais yWriter a des passionnés, et je m’en voudrais de ne pas le citer.

Des applications d’écriture qui ne disent pas leur nom

Depuis plusieurs années, un type d’application a fait florès, et ce sont les PIM (persona information managers), ou, plus prosaïquement, les applications de prise de notes. Des outils qui se proposent de conserver l’intégralité de vos données pour, à l’aide du cloud, vous les fournir où que vous soyez. Evernote a été le pionnier du genre (TreePad son ancêtre), mais depuis, il y a OneNote, Bear, DEVONthink continue son petit bonhomme de chemin… L’intérêt de ces applications est double : leur ubiquité (une application de notes n’a de sens que si vous pouvez y accéder partout) et le fait qu’elles émulent presque toutes le paradigme du traitement de texte hiérarchique (à la Scrivener / Ulysses). On peut parfaitement écrire un livre sur ces applications : beaucoup, d’ailleurs, l’ont été sous Evernote (plutôt pour de la non-fiction, cela dit). Si vous utilisez déjà ce genre d’outil au quotidien, n’hésitez pas à le regarder sous un autre angle : « puis-je écrire un roman avec ce truc » ?

Evernote (et ses vertes notes).

À titre personnel, je recommanderais de chercher toutefois deux critères : la possibilité de hiérarchiser les notes / documents (un livre n’a de sens que si les scènes sont le bon ordre) et la possibilité d’y accéder même hors ligne (à mon humble avis : outil cloud exclus) car l’inspiration ne frappe pas seulement quand on a de la 4G pleine balle. Ce qui, à mon avis, exclut d’entrée Evernote (car l’application est connue pour refuser de laisser l’utilisateur ordonner ses notes comme il le veut) et OneNote (car le moteur de synchronisation et d’accès aux données sur terminaux mobiles est juste catastrophique). Cependant, comme je viens de le dire, des livres ont été écrits avec Evernote. C’est bien que c’est possible.

And the winner of 2018 is…

Le gagnant sera toujours l’outil qui stimulera votre créativité et vous permettra de produire le livre que vous souhaitez avec autant d’aisance que possible. Cependant, s’il me faut désigner un choix, c’est (et cela ne surprendra pas les lecteurs de longue date de ce blog) donc Scrivener. Je ne vois pas de raison (à part si l’on a un terminal Android, et encore, on peut synchroniser Scrivener avec Android) de ne pas s’y investir : il est abordable, puissant, présent sur presque toutes les plate-formes majeures. Si l’on a déjà des habitudes bien ancrées avec des logiciels de prise de notes et qu’ils sont adaptables sans mal à l’organisation des idées et de fragments en cours de rédaction, on gagnera dans un premier temps à creuser dans cette direction pour plier l’outil à sa convenance (il est généralement préférable d’éviter la multiplication des outils, car cela entraîne la fragmentation des idées), jusqu’au moment où l’on attaquera la mise en ordre. En revanche, le logiciel qui me semble surévalué, du moins tant qu’on n’est pas professionnel et qu’on peut justifier la dépense supplémentaire pour des usages bien précis, est Ulysses. L’application est agréable et bien conçue, mais l’abonnement est exorbitant pour un jeu de fonctions que l’on trouve, encore une fois, dans Scrivener. De manière générale, si l’envie d’acheter ces outils (ou l’un des autres présentés sur ce site) vous vient, n’oubliez pas de passer par les liens proposés ici – vous contribuez à financer le temps passé à rédiger ces articles gratuitement. Merci ! 
2018-07-31T09:26:48+02:00mardi 31 juillet 2018|Best Of, Technique d'écriture|5 Commentaires

Exercice, inconscient et Rihil

Petit exercice proposé par Jean-Claude Dunyach au cours de la Masterclass des Imaginales que nous avons donnée la semaine dernière (temps imposé : dix minutes) :
Le Rihil inclina sa tête communicante, invitant Jethra à franchir le palier de laminaires tressées. Peu rassurée, mais peu disposée à contrarier un individu qui la dépassait d’un bon demi-mètre et aux pseudopodes terminés de lourdes massues osseuses, elle s’exécuta avec un sourire embarrassé – en espérant tout à coup que montrer les dents ne serait pas perçu comme un signe d’agression. L’intérieur de l’habitat dégageait une puissante odeur de jasmin inexplicable sur une planète gazeuse. Jethra maudit une nouvelle fois ses préjugés ataviques de primate évolué en contemplant l’austère sérénité de la sphère. Le fond était rempli d’un sable noir ultra-fin qui épousa la semelle de ses bottes avec le moelleux d’un épais tapis. Les parois courbes arboraient d’étranges images géométriques monochromes réalisées sur un papier brun – mais, pour autant que la jeune femme le sache, il aurait tout aussi bien pu s’agit de calligraphies exquises, des diplômes du Rihil ou de la variante locale du test de Rorschach. Une lanterne à huile de baleine-ciel pendait à la voûte – probablement la source de l’odeur de jasmin. Le Rihil la dépassa de son étrange démarche chaloupée pour s’asseoir en tailleur sur le sable devant elle ; un exercice fascinant pour une espèce munie de quatre membres inférieurs dotés d’articulations à 360°. D’un pseudopode à massue, il invita Jethra à l’imiter. Celle-ci réfréna un raclement de gorge gêné. Portant le traducteur universel à sa tête communicante, le Rihil démarra la séance : « Pour commencer notre travail ensemble, préférez-vous me parler de votre enfance, ou bien de votre mère ? »
C’est amusant de constater comment l’inconscient fonctionne : j’avais besoin d’un nom immédiatement pour mon personnage (en dix minutes, on n’a pas le temps de finasser) et c’est « Jethra » qui s’est imposé à mon esprit, comme étant à la fois compréhensible, féminin et exotique. Je me suis évidemment rappelé aussitôt que c’est le nom d’une des îles de l’Archipel du Rêve, de Christopher Priest ; or, j’avais le plaisir d’être son interprète pendant les Imaginales proprement dites, qui commençaient le lendemain, et je venais de me replonger pas mal dans son œuvre pour faire sa traduction correctement. Visiblement, mon inconscient était resté « connecté » en sous-main à ses histoires.
2018-05-28T10:31:52+02:00lundi 28 mai 2018|Journal|1 Comment

À propos de La Messagère du Ciel et de sa suite, Le Verrou du Fleuve [interview sur ActuSF]

Ce blog est un scandale, on n’y trouve pas de contenu complètement original depuis au moins deux semaines, MAIS y a plein de trucs ! Promis ! Procrastination, bien sûr, et puis je travaille d’arrache-pied sur la finalisation de Le Verrou du Fleuve (« Les Dieux sauvages » II) dont je sais qu’il est TRÈS attendu, et ça me fait un immense plaisir – et donc, je veux qu’il soit ma priorité. Et du coup, aujourd’hui, je vous propose une interview, justement, autour de « Les Dieux sauvages », la genèse d’Évanégyre, quelques mots sur Le Verrou du Fleuve, et en quoi la construction de cette série et de la trilogie « Léviathan » peuvent différer. Merci à Estelle Hamelin d’ActuSF : c’est lisible ici (ou en cliquant sur ma trombine à droite).
Actusf : Avez-vous des inspirations / influences particulières pour Les Dieux sauvages ? Lionel Davoust : Très clairement, il y a l’épopée de Jeanne d’Arc – mais Les Dieux sauvages ne relève absolument pas de la fantasy historique ; je pense d’ailleurs qu’à part quelques éléments très évidents, il faut très bien connaître la période pour retrouver les traces de son histoire. Cela ne m’intéressait pas du tout de réécrire les événements ; des auteurs font cela merveilleusement bien, soit dit en passant, mais ça n’est pas mon projet. Ce qui m’intéresse, ce sont les mythes, c’est la couche d’interprétation et surtout de rêve que l’on plaque sur le réel. Donc, plutôt qu’adhérer aux événements, je me suis abreuvé à une strate « ultérieure », c’est-à-dire à la légende. Mon inspiration n’est pas tant l’épopée de Jeanne d’Arc que le mythe qui en découle, tout ce qu’on a créé autour d’elle, et ce sont ces représentations, ces fantasmes, qui m’intéressent (comme le fantasme de l’empire romain civilisateur inspirait La Volonté du Dragon et La Route de la Conquête).
2017-12-20T16:49:42+02:00jeudi 21 décembre 2017|Entretiens|Commentaires fermés sur À propos de La Messagère du Ciel et de sa suite, Le Verrou du Fleuve [interview sur ActuSF]

Worldcon 2017, jours 3, 4 & 5

Et wala, auguste lectorat, me voici dans ma chambre d’hôtel avec du Master Boot Record en fond à m’efforcer de récapituler ce que je pourrais bien raconter et partager d’intense tant il y a de chose…
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#helsinki #sunset

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De manière générale, je pense qu’il faut vraiment saluer l’organisation. Organiser une Worldcon est un défi, le faire dans un pays européen peu connu des Américains multipliait les difficultés. J’avoue que le premier jour, devant les nombreuses difficultés d’accés aux tables rondes et un espace de vente assez dépeuplé, j’ai eu un peu peur. Mais en une seule journée, l’organisation a réagi avec une efficacité exemplaire et cette Worldcon, il me semble, se termine sur un succès qui n’aurait à envier à Londres et Montréal que davantage d’affluence étrangère – mais ce n’est certainement pas la faute de l’organisation ici qui a fait, en tout cas vu de l’extérieur, tout le nécessaire pour rassembler les conditions du succès.
J’ai résolument placé l’accent, pour moi, sur trois dimensions : le plaisir, l’écriture et (un peu) de « boulot » quand même (c’est-à-dire, le versant plus éditorial et économique) pour me tenir au courant de ce qui se fait hors de nos frontières géographiques et linguistiques. Côté plaisir, c’était très chouette d’assister par exemple à une présentation sur la demoscene – avec laquelle j’ai grandi à l’époque de l’Amiga, mais quel meilleur endroit que le pays de l’Assembly pour entendre parler de prouesses artistiques et technologiques ? Je garde le souhait lointain de m’investir un jour davantage dans le milieu, côté musique évidemment, parce que niveau codage, je suis un tout petit peu largué. J’ai été bluffé par une démo réalisée sur… une console de mixage, où les faders eux-mêmes étaient animés par le programme.
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Back to personal roots. #worldcon #demoscene

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Le plaisir, dans les Worldcons, c’est aussi et surtout les rencontres et les retrouvailles, des contacts que l’on voit parfois une fois tous les trois ans ou plus, avec qui l’on continue à échanger tout au long de l’année grâce à Internet, mais avec qui on se retrouve avec la même chaleur ; et puis les nouveaux amis qu’on se fait après une table ronde ou en discutant dans les couloirs. Pas de name-dropping, auguste lectorat, tu sais que ce n’est pas mon genre (ça me donne l’impression de me la raconter), mais voilà, c’était chouette, et je veux juste dire un grand kiitos à Sini pour avoir merveilleusement brisé les glaces et comblé les distances géographiques.
Un autre côté agréable des Worldcons est l’accent sur la technique de l’écriture et la disposition des intervenants à entrer dans le détail de leurs processus de travail. Ainsi que l’existence de présentations parfois très techniques pour transmettre des connaissances aux auteurs présents (on a beaucoup ri – heureusement – à la conférence sur la mécanique des blessures plus ou moins mortelles et les manières de les représenter de façon réaliste). La Worldcon proposait aussi beaucoup d’interventions sur l’écriture pour les fictions interactives (textuelles ou jeux vidéo) et j’en ressors avec quelques applications supplémentaires sur mon iPhone ainsi que des idées bien consolidées sur ce qu’il est intéressant ou pas de faire dans ce contexte. Ça m’a aussi parfaitement expliqué pourquoi la série de jeux Lifeline, bien qu’intéressante en surface, m’a rapidement lassé.
Niveau éditorial, il semble que la traduction de fictions étrangères en anglais connaisse un frémissement. Alors attention, ce n’est pas la porte ouverte à toutes les fenêtres, c’est juste un frémissement, mais la reconnaissance d’une nécessité d’ouverture des marchés (principalement de langue anglaise) est, en tout cas, exprimée. Ça ne change pas grand-chose à ce que je disais il y a trois ans (pour être traduit, la voie royale reste de faire un best-seller ou de la payer soi-même), mais au moins, le sujet est évoqué, et aussi de la part d’intervenants des maisons américaines majeures. Une statistique pour mettre les choses en contexte : 3% de la littérature publiée aux USA provient de traductions – dont probablement moins d’1% de littérature de genre.
Il reste à ce que ces intentions soient suivies d’effet, bien entendu ; un de ces quatre, dans un futur billet, je serai assez remonté pour parler de déséquilibres linguistiques mondiaux et de la nécessité de sauvegarder les langues, mais là, je comate un peu trop.
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Forge moderne. #worldcon

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Comme toujours, une Worldcon est épuisante, mais une telle fête de l’imaginaire, totalement décomplexée, sous toutes ces formes, est toujours une célébration pleine de positivité, d’énergie et de frat/sororité. La prochaine est en Californie, mais 2019, ce sera à Dublin, et j’ai déjà mon accréditation (surtout que l’Eurocon suivra juste après). 2020 promet d’être la Nouvelle-Zélande… mais là, c’est un peu plus compliqué. Et rappelons que la France, avec Nice, propose sa candidature pour 2023. Maintenant, retour au boulot, j’ai des signes à écrire (beaucoup…), mais cela fait vraiment du bien de sortir un peu la tête du guidon !
2017-08-13T20:03:31+02:00lundi 14 août 2017|Carnets de voyage|4 Commentaires

Ssssshhh

Très chouette. Excellent exemple d’organisation. Et un tout petit, petit peu mon genre de situation en ce moment. Je corrige. À demain. Si j’ai survécu.
2016-11-27T19:02:32+02:00lundi 28 novembre 2016|Journal|6 Commentaires