Comment j’ai écrit ma meilleure scène de torture

Couv. service artistique Seuil d’après (c) Hannah Stouffer / fstop / Corbis et (c) Bill Varie / Getty Images
Tiens, comme on fait dans la saison 3 de Procrastination un épisode sur le sous-texte, une petite anecdote d’écriture qui me revient de loin en loin, sur l’importance de la place laissée au lecteur : c’est un conseil central fréquemment donné, de suggérer plutôt que de montrer explicitement, de laisser le lecteur habiter le récit, en gros de lui donner la place de projeter ses propres images, ce qui est beaucoup plus efficace que de tout dire : le rôle de la littérature n’est pas tant de cadrer et de raconter que d’évoquer et d’emmener le lecteur en promenade. L’anecdote, donc. À l’issue de Léviathan : le Pouvoir, on m’a fréquemment reparlé (et cela arrive encore aujourd’hui) d’une certaine scène de torture d’un personnage aimé des lecteurs (attention, quelques léger spoilers à suivre). De son horreur viscérale, de la terreur qu’elle représente. Cela fait évidemment très plaisir quand un lecteur vous dit qu’il a fait des cauchemars par votre faute (ouais, on fait un métier bizarre) : ça veut dire que vous avez réussi votre coup. J’ai failli intituler cet article « comment j’ai écrit la scène de torture parfaite », sauf que ça aurait vraiment trop fait putàclic, alors je me suis abstenu, mais cela aurait été pourtant la vérité : car cette scène, en réalité, n’existe pas. Si vous avez lu la série, vous pouvez la chercher. Ce qui se passe, c’est que je la suggère entièrement. J’utilise un antagoniste dont j’ai amplement montré la puissance de nocivité, je tabasse un peu mon personnage chéri, d’accord… mais presque tout le reste (hormis la torture psychologique, mais c’est une autre histoire) se déroule hors caméra, appuyé par des hurlements provenant de la cave. Quand on le retrouve, il est totalement brisé (… en ayant subi des tourments supplémentaires dont on ne sait que les marques). La scène est horrible et parfaite non pas parce que je l’ai écrite, mais parce que j’ai triché éhontément – j’ai pris soin de laisser le lecteur plaquer dessus ses propres terreurs et épouvantes. Elle est donc forcément parfaite, puisqu’en réalité, elle n’existe pas – elle invite chacun à investir les événements de ses cauchemars personnels. Ce n’est pas un truc qu’on peut faire quinze fois par livre, mais se reposer sur le hors-champ, en cinéma comme en littérature, est une des techniques les plus éprouvées. L’exemple fréquemment cité dans le cinéma, Alien, fonctionne parce qu’on ne voit jamais la créature ; sa révélation, c’est comme sortir le lapin du chapeau à la fin du tour de magie – c’est le dénouement, mais en même temps, c’est la fin du jeu. C’est ouvrir la boîte de Schrödinger et résoudre l’indétermination. La boîte est intéressante parce qu’elle est fermée, qu’on s’interroge ; et si l’on ne s’interroge pas sur la fin d’un livre, pourquoi lire ? Sans aller jusqu’à un cas extrême comme suggérer un pan d’action, cet espace est indispensable à ménager à tous les niveaux de l’écriture, il me semble. Le travail de l’écrivain me semble reposer presque entièrement sur le sous-texte, comme on en avait déjà parlé dans le cas de la traduction.
2018-07-23T10:48:33+02:00lundi 23 juillet 2018|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Comment j’ai écrit ma meilleure scène de torture

« Regarde vers l’ouest » republiée dans l’anthologie du festival ImaJn’ère, Monstres Cachés

Tous les ans se tient l’extrêmement agréable festival ImaJn’ère à Angers, auquel j’ai eu le plaisir de participer plusieurs fois, et à chaque fois le festival propose sa propre anthologie en lien avec le thème choisi. 2018 ne fait pas exception, et il faut noter que le livre n’ouvre pas ses pages qu’aux auteurs établis mais aussi aux débutants à travers un appel à soumissions annuel : une initiative à saluer ! Le thème de cette année est Monstres cachés, et le livre bénéficie d’un splendide écrin de Philippe Caza :

Couv. Caza

Au sommaire

  • Célia Rodmacq
  • Cédé
  • J.A. Reeves
  • Christian Ravat
  • Samantha Chauderon
  • David Verdier
  • Brice Tarvel
  • Roxane Dambre
  • Simon Sanahujas
  • Lionel Davoust
  • Julien Heylbroeck
  • Beth Greene
  • Martine Leroy
  • Camille Leboulanger
  • Audrey Calviac
  • Pierre-Marie Soncarrieu
  • Arnaud Cuidet
  • Christine Luce
  • Thomas Geha
  • Jean-Hugues Villacampa
  • Sarah et Romain Mallet
  • Francis Carpentier
  • Jérôme Verschueren
  • Patrick Eris
Avec une préface de Philippe Caza, une postface de Jean-Hugues Villacampa et 20 illustrations intérieures.

À propos de « Regarde vers l’ouest »

Je propose pour ma part une réédition d’un texte pour lequel j’ai beaucoup d’affection, car il s’agissait à l’époque d’une de mes premières incursions dans l’univers qui allait devenir Léviathan. Comme dans le cas d’Évanégyre, le texte est entièrement indépendant de la série, et fait d’ailleurs intervenir des personnages sans lien direct avec les romans ; l’ambiance est simplement voisine. Histoire d’initiation, de création, de (pro)création (comme le titre de l’anthologie de 2007 dirigée par Lucie Chenu où la nouvelle est initialement parue), de couple et d'(in)compréhension, « Regarde vers l’ouest » met en scène Travis, père qui a remonté la piste de son ancienne compagne pour réapparaître dans sa vie et celle de son fils qu’il n’a pas vu depuis sept ans. Cherche-t-il à reconstruire les ponts qui ont été brisés ou bien vise-t-il des objectifs plus occultes ?

Se procurer l’ouvrage

L’anthologie est actuellement disponible en précommande à un tarif préférentiel sur le site d’ImaJn’ère. Et elle sera bien entendu en vente pendant l’événement, qui se tiendra les 28 et 29 avril aux salons Curnonsky d’Angers.
2018-05-07T12:39:34+02:00jeudi 12 avril 2018|À ne pas manquer|3 Commentaires

À propos de La Messagère du Ciel et de sa suite, Le Verrou du Fleuve [interview sur ActuSF]

Ce blog est un scandale, on n’y trouve pas de contenu complètement original depuis au moins deux semaines, MAIS y a plein de trucs ! Promis ! Procrastination, bien sûr, et puis je travaille d’arrache-pied sur la finalisation de Le Verrou du Fleuve (« Les Dieux sauvages » II) dont je sais qu’il est TRÈS attendu, et ça me fait un immense plaisir – et donc, je veux qu’il soit ma priorité. Et du coup, aujourd’hui, je vous propose une interview, justement, autour de « Les Dieux sauvages », la genèse d’Évanégyre, quelques mots sur Le Verrou du Fleuve, et en quoi la construction de cette série et de la trilogie « Léviathan » peuvent différer. Merci à Estelle Hamelin d’ActuSF : c’est lisible ici (ou en cliquant sur ma trombine à droite).
Actusf : Avez-vous des inspirations / influences particulières pour Les Dieux sauvages ? Lionel Davoust : Très clairement, il y a l’épopée de Jeanne d’Arc – mais Les Dieux sauvages ne relève absolument pas de la fantasy historique ; je pense d’ailleurs qu’à part quelques éléments très évidents, il faut très bien connaître la période pour retrouver les traces de son histoire. Cela ne m’intéressait pas du tout de réécrire les événements ; des auteurs font cela merveilleusement bien, soit dit en passant, mais ça n’est pas mon projet. Ce qui m’intéresse, ce sont les mythes, c’est la couche d’interprétation et surtout de rêve que l’on plaque sur le réel. Donc, plutôt qu’adhérer aux événements, je me suis abreuvé à une strate « ultérieure », c’est-à-dire à la légende. Mon inspiration n’est pas tant l’épopée de Jeanne d’Arc que le mythe qui en découle, tout ce qu’on a créé autour d’elle, et ce sont ces représentations, ces fantasmes, qui m’intéressent (comme le fantasme de l’empire romain civilisateur inspirait La Volonté du Dragon et La Route de la Conquête).
2017-12-20T16:49:42+02:00jeudi 21 décembre 2017|Entretiens|Commentaires fermés sur À propos de La Messagère du Ciel et de sa suite, Le Verrou du Fleuve [interview sur ActuSF]

« Le mois de » chez Book en Stock (3) : religions, organisation, musique des mots…

Le troisième volet de ce « Mois de » est en ligne chez Book en Stock ! Pour mémoire, il s’agit d’un mois entier de discussion à bâtons rompus sur les livres, l’écriture, et n’importe quoi d’autre, et tout le monde peut intervenir et participer (il suffit de poser sa ou ses questions en commentaires). Dans ce troisième volet, on parle de :
  • Religions et leur traitement dans La Messagère du Ciel
  • Organisation des journées de travail, comment les méthodes de productivité me permettent de garder le cap
  • Musique des mots
  • Poésie
  • La mer dans Léviathan
  • Inspirations chez certains grands noms…
C’est à cette adresse, et n’hésitez pas à rejoindre la discussion !
2017-06-15T18:45:40+02:00lundi 19 juin 2017|Entretiens|Commentaires fermés sur « Le mois de » chez Book en Stock (3) : religions, organisation, musique des mots…

La bande-originale de Léviathan s’enrichit d’un quatrième volet

Ce n’est pas une trilogie, ce sera une tétralogie : Jérôme Marie, compositeur de talent qui m’a fait l’immense honneur et le plaisir de compter une bande-originale inspirée de Léviathan, vient de sortir le quatrième volet de ce projet ambitieux, atmosphérique et mélodique, où le symphonique évoque ce qui se terre dans les profondeurs. Au menu de celui-ci, des ambiances plus exotiques avec un voyage au sud du Chili, mais toujours, l’attirance des profondeurs et des glaces de l’Antarctique… Ce quatrième EP est disponible sur toutes les plate-formes de téléchargement et de streaming – voir ici pour choisir la vôtre ! Je vous invite fortement à aller y jeter une oreille et à vous laisser emporter à votre tour.
2017-07-11T09:35:48+02:00mercredi 7 juin 2017|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur La bande-originale de Léviathan s’enrichit d’un quatrième volet

La bande originale de Léviathan disponible en ligne et CD !

C’est toujours un bonheur pour un auteur de voir son univers stimuler l’imaginaire d’autres artistes – c’est un rare privilège quand c’est un compositeur du talent de Jérôme Marie. Je le remercie profondément d’avoir architecturé, porté et mené à bien ce beau projet ; je suis très attaché aux sons, à commencer bien sûr par le rythme de la langue, et ce fut pour moi une réelle odyssée de redécouvrir le voyage initiatique de Michael Petersen à travers le prisme nouveau de sa musique. Elle évoque à la fois la nostalgie et l’implacabilité en un équilibre subtil qui restitue avec émotion le mystère Léviathan. Prenez garde à votre Ombre, car elle rôde dans les abysses de ce que vous entendrez… ! Nous y sommes ! (En fait, nous y sommes depuis le fin d’année dernière, mais je rattrape les informations depuis mon absence.) La bande originale réalisée pour la série Léviathan par Jérôme Marie est disponible sur toutes les plate-formes, et également en CD (avec aussi une édition ultra-limitée dédicacée si le cœur vous en dit). La musique est écoutable en entier sur le site de Jérôme Marie, avec un lien vers les commandes de CD. Pour les plate-formes numériques, c’est par ici : Et Spotify (ouh le joli widget) :
Grand merci à Jérôme Marie pour avoir prêté son talent à cet univers et cet histoire. Puisse cette musique vous fasse voyager jusqu’aux pôles et réveiller l’ardence !
2017-01-12T09:09:08+02:00jeudi 12 janvier 2017|À ne pas manquer|1 Comment

Des léviathans sonores

Un très, très joli cadeau qui m’est arrivé tout récemment : leviathan-bo-complet La bande-originale inspirée de la trilogie Léviathan, réalisée par Jérôme Marie, est à présent complète ! Trois beaux volets de musique évocatrice, épique, intimiste qui va de la glace des pôles aux motels des autoroutes californiennes. Je remercie très, très profondément Jérôme Marie pour tout son travail, le temps et le talent qu’il a consacrés à donner une vie sonore et symphonique à la série ! Pour mémoire, tout est disponible sur le site du compositeur pour seulement 3 € par partie – soit un peu moins qu’un CD pour l’intégralité ; elle est pas belle la vie ? Et, comme il l’a annoncé lui-même, nous préparons une édition ultra-super-duper-collector des CD signés, qui n’existera qu’à dix exemplaires. J’en reparlerai ici ! Un autre cadeau un peu plus insolite, mais, de l’infiniment grand au tout petit tout mignon, la concordance est trop belle :
Je ne suis pas en train de faire des trucs que la morale réprouve à ce pauvre petit torke, c’est un ocarina venu tout droit de Chine. (Un orquarina ?)  Je n’ai plus qu’à apprendre la berceuse de Zelda pour être crédible…
2016-11-18T10:05:43+02:00jeudi 22 septembre 2016|À ne pas manquer|1 Comment