Ulysses contre Scrivener : le grand comparatif

Auguste lectorat, si tu traînes suffisamment dans ces lieux de perdition, tu sais l’amour éternel que je voue à Scrivener. C’est pour moi l’application ultime d’écriture professionnelle, le couteau suisse qui atteint le juste équilibre entre liberté et structure, et je pense résolument qu’il sait s’adapter à tous les modes de travail. Cependant, il existe (systèmes Apple uniquement) un concurrent de taille, avec un parti-pris résolument différent, qui fonctionne également sur Mac et iOS : Ulysses. De la même façon qu’une guerre sainte Mac Vs. PC, OmniFocus Vs. Things, Amiga Vs. Atari, la discussion Ulysses contre Scrivener défraie de loin en loin le microcosme des auteurs geeks, certains annonçant leur soutien à l’un ou à l’autre à l’exclusion du concurrent.

Du calme.

Auguste lectorat, encore une fois, je descends des glaces polaires, environné d’orques jouant au ping-pong avec des otaries, pour donner mon avis que personne n’a demandé. Sachant que j’utilise les deux applications régulièrement… mais pour des choses différentes.

Les différences fondamentales entre Ulysses et Scrivener

Les deux applications s’articulent autour du même paradigme : un traitement de texte hiérarchique, permettant d’organiser fragments, scènes, chapitres à son gré dans l’équivalent de dossiers (un dossier par chapitre, par exemple). Il s’agit ensuite d’exporter le contenu désiré pour former un livre, une nouvelle, un article, dans un traitement de texte que l’on peut partager avec d’autres (typiquement un fichier Word envoyé à un éditeur). Les deux applications permettent de réordonner les fragments à son gré, de les identifier par mots-clés, surveillent toutes deux la taille d’un fichier (pour se fixer des objectifs de longueur).

Scrivener…
… et Ulysses.

Cependant, la comparaison s’arrête là, car les deux applications ont une philosophie de développement très différente.

Ulysses mise en effet sur le minimalisme, alors que Scrivener mise sur l’exhaustivité. Ulysses propose une interface extrêmement dépouillée (mais quand même puissante ; ce qu’on peut, soit dit en passant, obtenir avec le mode composition de Scrivener) pour réduire les distractions ; Scrivener cache des dizaines, des centaines de fonctionnalités poussées qu’il faut des années pour épuiser. Ulysses s’appréhende immédiatement ; Scrivener se gagne (je recommande toujours de faire le didacticiel inclus et d’y consacrer au moins deux heures pour comprendre ce qu’il apporte). Si vous êtes du genre à être distrait par des boutons ou des interfaces, Ulysses vous ravira ; si vous aimez pouvoir tout faire avec votre application et ne pas chercher ailleurs, c’est Scrivener qui reste l’application la plus puissante.

Deux applications, deux ambiances, deux use cases

Si les deux applications existent, fonctionnent et ont chacune leur aficionados, c’est bien qu’elles remplissent des rôles différents. Je vais essayer de les délimiter et expliquer mon propre choix (qui pourra être l’inverse du vôtre ; ce qui compte, c’est de produire un bouquin dont vous soyez content.e, sans trop de douleur). Je crois que toute la différence repose sur ce point : Ulysses centralise tous vos écrits au même endroit, Scrivener fonctionne par projets. 

Ulysses articule l’intégralité de ses fichiers autour d’une bibliothèque unique, qui conserve absolument tout, tout ce que vous faites. C’est évidemment structurable en dossiers à l’infini, avec de jolies icônes personnalisables. Scrivener le fait aussi, mais fonctionne en projets étanches et séparés. Si vous travaillez sur deux livres distincts, Ulysses vous proposera les deux au sein de la même bibliothèque, sous Scrivener, il faudra ouvrir (et synchroniser) deux projets distincts.

Le paradigme d’Ulysses me semble une force pour un auteur de textes courts (articles, nouvelles, etc.), qui retrouvera non seulement tous ses projets en cours, mais les archives de ce qu’il a fait ; en revanche, je n’imagine absolument pas conserver toutes mes notes pour, mettons, « Les Dieux sauvages » (4 livres prévus d’un million de signes pièce avec huit points de vue changeant d’un livre à l’autre, et des méga-octets de notes, d’inspirations, de planification à côté) au même endroit que des idées d’articles de blog, une nouvelle sur laquelle je travaillerais en parallèle, les archives d’un livre passé… Je crois que, dans Scrivener, l’étanchéité entre projets est salutaire quand ceux-ci deviennent des environnements de travail à part entière, surtout quand lesdits projets ont des horizons qui dépassent une année.

De plus, sachant que, dans Ulysses, on peut exporter ce qu’on veut dans un fichier final, je trouve difficile de séparer les notes de la rédaction proprement dite. Scrivener offre en revanche une case à cocher très simple : oui, ce document fait partie du manuscrit, ou non, il n’en fait pas partie. Or, le dépouillement voulu par Ulysses, à mon sens, se prend ici les pieds dans le tapis ; une bibliothèque immense contenant des centaines, voire des milliers de documents va devenir un véritable enfer à maintenir et ordonner (au lieu de se concentrer sur l’écriture, ce qui est la promesse du logiciel) alors que Scrivener gère et contient très bien le « bordel organisé » que devient rapidement un livre en cours d’élaboration. Ce bordel reste confiné à son propre livre… ce qui est une garantie de santé mentale.

Le classeur, centre de Scrivener

Enfin, Ulysses s’avère assez limité pour joindre des fichiers à un texte, insérer des images d’inspiration ou des photos prises sur le terrain ; alors que Scrivener insère et redimensionne des images sans broncher au milieu de son texte comme un petit Word, mais peut aussi recomposer un système de fichiers si on le souhaite (pour intégrer des inspirations sonores, par exemple, au milieu de ses documents) et importe des pages web si on le souhaite (bienvenu pour les références). D’ailleurs, Ulysses construit son texte en Markdown, un langage à balises (il faut encadrer du texte avec des astérisques pour le mettre en italiques, par exemple) ; il faudra apprendre cette syntaxe, ce qui n’est pas terriblement compliqué, mais peut se révéler contre-intuitif pour un écrivain de fiction peu féru de technologie.

La légèreté d’Ulysses présente néanmoins des avantages nets pour l’instant inaccessibles à Scrivener. Déjà, Ulysses est très facilement automatisable : créer un nouveau document et le remplir de contenu prédéfini (pour faire une fiche de personnage, par exemple) est très aisé (mais, pour de la fiction, on peut se demander si c’est vraiment capital). Scrivener ne présente que des intégrations avec des logiciels tiers (mais davantage pensées pour la fiction, comme avec Aeon Timeline et Scapple).

De plus, l’export de documents est bien plus facile avec Ulysses ; on peut même le lier à son blog WordPress pour écrire hors ligne, puis publier une fois que l’on dispose d’une connexion stable. La compilation demeure le point noir de Scrivener pour bien des utilisateurs (bien qu’amélioré avec la version 3).

La synchronisation entre plate-formes et documents est aussi indéniablement plus simple avec Ulysses. Celui-ci utilise iCloud, qui fonctionne en arrière-plan sans problème, alors que la synchronisation de Scrivener est manuelle (sous iOS) et, si elle ne conduit pas à des problèmes, peut nécessiter plus d’attention. C’est dû à la complexité des formats ; Ulysses synchronise seulement du texte, alors que Scrivener présente tout un tas de marqueurs de position dans un projet, de métadonnées, etc. On a la lourdeur inhérente à la puissance.

Reste un argument de poids : le prix. Ulysses est passé à l’abonnement, une décision très impopulaire (mais un abonnement débloque toutes les versions sur toutes les plateformes), alors que Scrivener, y compris avec sa version 3, reste un achat « une fois pour toutes » en fonction de la plateforme. En gros, pour un an et demi d’Ulysses, on a Scrivener sur Mac et iOS jusqu’à la prochaine mise à jour majeure (ce qui a largement dépassé dix-huit mois la dernière fois).

Quelles applications pour quoi ?

Pour un auteur professionnel, je pense que les deux ont leur place, mais qu’Ulysses est certainement la moins justifiable des deux. En ce qui me concerne, tous les travaux d’écriture de fiction, nouvelles, romans et séries, se trouvent dans Scrivener car j’ai besoin de sa puissance et de sa capacité à isoler un projet donné en un seul environnement robuste et flexible. Ulysses me donne un environnement flexible et agile pour la forme courte : idées au hasard, articles ponctuels, interviews, blog (lequel représente une part non négligeable de mon travail d’écriture, quand même) etc. Je pourrais probablement le remplacer par une application plus légère qui ne fonctionnerait pas sur abonnement (notamment IA Writer) mais il y a encore dans Ulysses des tas de raffinements qui lui font conserver une (courte) tête.

Pour un auteur en formation, je pense que Scrivener représente le seul investissement nécessaire à présent qu’il existe sous iOS. L’adage est très simple : qui peut le plus peut le moins, et Scrivener reste indubitablement le plus puissant des deux. L’investissement est modeste, et l’application saura accompagner l’auteur dans son évolution tout en lui donnant, dès le début, des outils qui l’aideront. Ulysses me semble risqué car son côté « fourre-tout » peut engendrer un chaos sans nom dont on peinera à revenir.

Pour en savoir plus sur Scrivener, plein d’articles ici ; pour découvrir Ulysses, on peut passer par là : Mac App Store, iOS App Store.

De manière générale, si l’envie d’acheter cet outil (ou l’un des autres présentés sur ce site) vous vient, n’oubliez pas de passer par les liens proposés ci-dessus – vous contribuez à financer le temps passé à rédiger ces articles gratuitement. Merci ! 

2019-06-01T14:56:00+02:00mercredi 6 juin 2018|Best Of, Technique d'écriture|2 Commentaires

La boîte à outils de l’écrivain : minimiser les distractions avec Fluid

Bientôt un an que j’ai (re)mis le doigt dans les produits Apple – après avoir été aussi farouchement que stupidement réfractaire – et que j’ai vu ma productivité s’envoler littéralement, sans parler du plaisir que j’ai retrouvé à utiliser un ordinateur (plaisir disparu depuis longtemps avec mon utilisation de MS-DOS 6 – oui madame – où j’avais toujours eu la sensation de lutter contre mon ordinateur au lieu qu’il m’aide et soit mon fidèle compagnon). Je découvre encore aujourd’hui de petites merveilles d’automatisation, d’optimisation, de nouvelles applications qui me font gagner un temps fou.

Fluid est l’une de ces gemmes. Très simplement, Fluid permet d’encapsuler un site web dans une application autonome. C’est une sorte de « super-signet » qui se lance indépendamment du navigateur et offre la possibilité d’employer le site concerné de façon séparée.

À quoi ça sert ? À réduire les distractions, pardi. La limite entre les applications et le web purement informatif s’amincit toujours davantage. Accéder à une application web sur le navigateur, c’est s’exposer à tous ces onglets laissés ouverts qui réclament l’attention, c’est se tenter avec Facebook ou YouTube au lieu d’écrire (ou autres). Fluid transforme un site en application séparée, ce qui change l’état d’esprit : on utilise le service comme un programme réel, dans une fin précise, au lieu d’ouvrir la boîte de Pandore des autoroutes de l’information multimédia 2.0 participatives et citoyennes.

Je m’en sers tout le temps pour Focus@Will, par exemple, avec lequel je t’ai rabâché les oreilles (ce qui est paradoxal) (si tu ne comprends pas la blagounette, voir ce dont il s’agit), auguste lectorat. Bien que ce soit un site web, Focus@Will trône dorénavant comme une application indépendante dans ma barre de menu, lancée au démarrage de mon Mac, avec une jolie icône, ce qui me dispense de chercher Safari parmi toutes mes applis ouvertes pour trouver le contrôle de lecture. À la manière d’iTunes, je peux lancer et arrêter la musique à mon gré :

Créer une application Fluid est d’une simplicité absolue, il suffit d’entrer l’adresse du site web, de laisser le truc mouliner, et l’on dispose d’une application toute neuve à placer où l’on souhaite :

Cliquez pour agrandir

Utilisant l’adresse du lecteur de Focus@Will, j’obtiens très simplement ce résultat, qui n’est pas une capture d’écran de mon navigateur mais bel et bien le résultat de l’application « Focus@Will.app » que je viens de créer en deux clics :

Et, depuis le menu de mon application, je peux la réduire simplement dans la barre supérieure, comme un simple tableau de bord système :

Fluid a toutefois un petit défaut : jusqu’ici, je n’ai pas réussi à l’obliger à retenir mes informations de connexion concernant un site donné ; à chaque rallumage du Mac, par exemple, je dois entrer à nouveau mon mot de passe dans la fenêtre de mon application Focus@Will. J’ignore si c’est un bug de l’application ou moi qui n’ai pas trouvé la bonne option, mais je ne me soucie guère de ces quelques secondes perdues par rapport à l’efficacité que je retire de l’astuce.

Fluid est gratuit à l’essai (et propose déjà beaucoup de fonctionnalités), la version complète coûte seulement 4,99 $. Je n’ai pas hésité une seule seconde en voyant tout le potentiel du principe ; en fonction des besoins de chacun, je suis sûr qu’il existe des centaines de petites astuces et d’utilisations productives à trouver pour minimiser les distractions.

C’est pour ce genre de gemmes et d’optimisations magiques que je ne regrette pas un seul instant d’être passé sous Mac. Certes, l’achat m’a fait mal au portefeuille, mais je considère que la différence d’investissement m’a déjà été remboursée avec ce que j’ai gagné en plaisir et en efficacité au quotidien.

[Site web de Fluid]

2019-06-04T20:29:30+02:00jeudi 9 février 2017|Best Of, Technique d'écriture|7 Commentaires

Windows ne nous écouterait-il pas un peu trop ?

Quand Windows 10 est sorti, c’était un peu la panique à bord, sur la quantité d’informations que le système fait remonter à Microsoft quant aux habitudes de l’utilisateur. Et les options de confidentialité sont assez intimidantes par leur nombre et leur complexité. La crainte s’est un peu tue, en partie par résignation, en partie pour bénéficier des « services » que propose l’engin. Et puis, théoriquement, on peut tout bloquer. En conséquence, quelle ne fut pas ma surprise en installant OverSight, un utilitaire Mac libre qui affiche une notification quand une application veut accéder au micro ou à la caméra (pour surveiller de potentiels accès non autorisés). Je fais tourner une machine virtuelle Windows 10 avec Parallels dans mon Mac, afin d’accéder à quelques applications indisponibles chez Apple (principalement des dictionnaires), en vertu de ma migration plus tôt cette année. Or, micro désactivé, Cortana désactivée, OverSight persiste à me signaler que, dès que Windows tourne, mon micro reste ouvert : oversight-windows Pardon ? Pourquoi ? Comment ? Tu enregistres quoi ? Tu en fais quoi ? Aucune idée de la raison pour laquelle cela se produit, aussi, dans le doute, m’est avis que ma machine virtuelle va bien vite perdre tout accès à Internet. Pendant ce temps-là, chez Apple, on rappelle l’adage : « si c’est gratuit, c’est vous le produit », une raison de plus qui me conforte dans mon choix.
2016-10-21T16:46:39+02:00mardi 25 octobre 2016|Journal|10 Commentaires

Apple, six mois plus tard

goinfre_for_a__productive_day_of__writing___brainstorming_for_the_new_series-__amwriting__fantasyOu presque. En avril, je faisais un coming-out entamé secrètement un peu plus tôt, après vingt-cinq ans de travail et d’optimisation sous Windows allant jusqu’à l’adoption de la tablette Surface : je retournais chez Apple. Après avoir mis le petit doigt dans l’engrenage, j’ai recyclé tout mon vieux matériel informatique, téléphones etc. et suis passé entièrement sous Mac et iOS (iPhone, iPad). C’est une discussion qui apparaît parfois au détour d’un salon, donc, six mois plus tard : que donne la transition ? Je ne reviendrais pour rien au monde en arrière.  J’ai encore un unique PC Windows à la maison (une machine de jeu vieillissante) et la prendre en main me provoque à chaque fois des bouffées d’hostilité. Cette interface atroce, mal pensée, hideuse, qui plante une fois par semaine sans raison, me paraît sortir tout droit des années 80. Sérieusement : j’éprouve le même fossé entre Windows 10 et mon Mac qu’entre Windows et le DOS. Pourquoi, me diras-tu, auguste lectorat ? Après tout, les Mac c’est cher, après tout, Apple fait une marge de dingue, après tout, Apple c’est verrouillé. Je le sais, j’ai tenu moi-même ces arguments. Eh bien, c’est peut-être idiot, mais travailler sur un Mac est à la fois productif et extrêmement agréable. C’est bien simple : en prenant en main mon iMac, je me suis aperçu que je pouvais prendre un plaisir sincère à travailler sur un outil informatique, quand je me « contentais » de travailler depuis vingt-cinq ans sous Windows. Et mine de rien, la plupart d’entre nous passent à présent 80% de leur temps de travail devant des écrans (encore plus vrai pour les indépendants) : ce facteur n’est clairement pas à négliger. Les écrans Retina (tout en n’étant qu’une appellation commerciale, je sais) sont d’une précision ahurissante qui donne aux caractères une réelle finesse et une lisibilité incomparable. Même l’Arial est beau avec, c’est dire. (Après, c’est peut-être le cas sur tous les écrans haute résolution, mais je n’ai pas eu la même expérience sur la Surface Pro par rapport à l’iPad, par exemple.)
Mais surtout, comme le dit l’adage, sans maîtrise, la puissance n’est rien. Que m’importe une machine prodigieusement puissante si le système d’exploitation rame à s’en servir et s’il faut un refroidissement de centrale nucléaire pour le faire tourner sans risque ? J’ai un Macbook Air tout pourri (vraiment, 4 Go de RAM, c’est la misère de nos jours) qui fait pourtant tourner sans sourciller une machine virtuelle Windows avec des dictionnaires à côté des applications Mac habituelles. Mon iMac rigole quand je lance Ableton Live avec synthés virtuels lourds et instances multiples de Kontakt. La seule fois où j’ai réussi à approcher du plantage, c’est quand j’ai voulu mettre la machine en veille alors qu’il ne restait plus de place sur le disque système. Quand Windows aurait gelé voir craché un écran bleu, le Mac a figé les applications, mais m’a conservé parfaitement la main sur le système, me laissant libre de quitter de force ce que je souhaitais, et de redémarrer proprement. Ma machine virtuelle Windows se met à jour à chaque démarrage ou presque. Le Mac, jamais, et, le cas échéant, il me demande poliment mon avis, sans jamais rien m’imposer. Je reste pantois de jour en jour devant la quantité d’optimisations et de raccourcis qu’on mettre en place sous un Mac. On reproche à Apple ses systèmes fermés, mais, dans la pratique, c’est tout le contraire. MacOS et iOS se scriptent aujourd’hui avec une profondeur et une puissance que je n’imaginais possible que sous Linux (et avec une bonne maîtrise de la ligne de commande1). J’ai personnalisé mes outils d’une façon que je n’imaginais même pas possible de nos jours. D’un ensemble de raccourcis clavier, je lance en une fraction de seconde des opérations qui m’auraient nécessité une dizaine de clics de souris sous Windows ; et bien d’autres choses se font toutes seules, juste parce que j’ai pris le temps de les configurer (et de me renseigner, aussi). Hazel surveille mes dossiers et automatise tout un tas d’actions répétitives. Par exemple : je reçois un justificatif SNCF à me faire rembourser. Il me suffit de le télécharger : Hazel entre alors dans le fichier PDF, reconnaît le trajet et la somme, me lance l’impression et me renomme ensuite le fichier classé dans un dossier à date. Sans intervention de ma part.  Alfred lance mes applications, recherches Google, sert de calculette, va fouiller mes sites web favoris (dictionnaires en ligne, etc.), conserve l’historique de mon presse-papiers et effectue même mes opérations système (mise en veille, etc.) sans que j’aie besoin de toucher la souris.
Deux minutes passées à construire la requête pour une opération que j'effectue 50 fois par jour.

Deux minutes passées à construire la requête pour une opération que j’effectue 50 fois par jour. (Pas précisément sur ce mot-là, hein.)

BetterTouchTool me permet de programmer sur ma souris des dizaines de gestes tactiles qui en rendent l’utilisation plus rapide que jamais. Keyboard Maestro automatise tout et même le reste : si on peut interagir avec le système, Keyboard Maestro s’en souvient et le refait à la place de l’utilisateur. TextExpander (Mac, iOS) a augmenté de moitié ma vitesse de frappe et éliminé les casse-têtes relatifs aux liens, messages, noms qu’il me faut taper régulièrement (à commencer par mes propres titres, et quand on a eu la bonne idée d’intituler une nouvelle « Faisabilité et intérêt zootechniques de la métamorphose de masse », je vous jure que ce n’est pas du luxe). Omnifocus (Mac, iOS) est la Rolls des applications de productivité, avec laquelle personne ne peut rivaliser. C’est la solution GTD ultime (et je les ai à peu près toutes testées). Airmail (Mac, iOS) (en conjonction avec Omnifocus) m’a permis, pour la première fois de ma vie, d’être durablement à jour sur ma correspondance. Scrivener a été conçu sous Mac et comporte des dizaines de raffinements sous cette plate-forme. DEVONthink a éjecté bien fort Evernote et OneNote et leurs modèles commerciaux douteux. Autant d’applications qui sont devenues littéralement indispensables à mon travail aujourd’hui, et qui ont surtout augmenté de moitié ma productivité globale en retirant simplement les petites frictions que Microsoft nous a éduqués, depuis Windows 95, à considérer comme normales au quotidien. Je pourrais encore parler du clavier Mac dix fois plus rationnel concernant les caractères spéciaux comme les majuscules accentuées, de la continuité entre appareils, Mac / iPad / iPhone, et de leur synchronisation, de la tranquillité d’esprit que m’offre Time Machine (finies les réinstallations du système et les personnalisations perdues), de l’ubiquité de Photos… Alors oui, c’est cher. Oui, Apple fait de la marge, mais peut-on discuter de la correction des pratiques commerciales un instant ? Entre une entreprise qui me force la main pour adopter ses changements (Windows 10 qui s’installe presque de lui-même, par exemple), qui surveille mes données sur son cloud, qui s’en sert pour construire un profil commercial et me placer des publicités – Microsoft – et une autre qui réaffirme régulièrement son attachement à la vie privée de ses utilisateurs au point d’en faire un argument de vente2, et qui se concentre sur l’expérience utilisateur au lieu de son profilage – Apple – mon choix est fait. Il faut bien que l’argent vienne de quelque part : l’adage moderne dit « si c’est gratuit, c’est vous le produit« . Avec Apple, je sais ce que je paie : la recherche et développement, l’expérience utilisateur, la tranquillité d’esprit, la productivité, la vie privée (et, okay, le cours d’action de l’entreprise, mais coucou, c’est le monde dans lequel nous vivons – croyez-vous que Microsoft vous offre Windows 10 par bonté d’âme ?). L’équation est simple, je suis prêt à payer 30% de plus pour 50% de productivité en plus et 100% de crises de nerfs en moins. On peut, aussi et bien sûr, vivre totalement dans le monde libre avec Linux, LibreOffice etc. Mais le monde du libre conserve, quoi qu’on en dise, quantité de ces petites aspérités qui impliquent de vouloir / savoir mettre les mains dans cambouis. Pour ma part, je préfère mettre les mains dans le cambouis pour automatiser des tâches supplémentaires, que pour obtenir de la machine qu’elle fasse la base que je lui demande : fonctionner vite et proprement avec les applications nécessaires à mon travail (et la MAO sérieuse sous Linux, on oublie). Je l’ai dit et je l’affirme plus fermement encore après six mois : travailler vingt-cinq ans sous Windows a probablement représenté pour moi une perte sèche de temps. J’ai lancé la boîte à outils de l’écrivain alors que j’étais sous mon ancien système et, pour cette raison, quelques applications sont encore multi plate-formes, mais je t’annonce, auguste lectorat, que je suis navré : ayant pris l’engagement de ne recommander que des outils que j’utilise au quotidien, les applications risquent de dévier fortement vers les sphères Mac et iOS. Mais si tu travailles en indépendant, sérieusement, arrête de te tirer une balle dans le pied comme je l’ai fait pendant vingt-cinq ans. Mets tes préjugés de côté. Tente réellement et honnêtement, et fais l’effort d’apprendre comment cela fonctionne de l’autre côté de la barrière. Tu vas voir que tu peux travailler comme tu ne l’as jamais fait. Et c’est un anti-Apple de longue date qui te dit ça. Come to the d… erm, to the brushed aluminium side.
  1. Sachant que macOS est un Unix à la base, ceci explique quand même cela.
  2. Apple a d’ailleurs annoncé le démantèlement de sa régie publicitaire, iAd
2016-10-04T15:35:44+02:00jeudi 6 octobre 2016|Humeurs aqueuses|14 Commentaires

Respecter la typographie française sous Scrivener pour Mac

Le Mac c’est le bien, je le dis depuis que j’ai reçu la Révélation après 25 ans de tristitude Windows, mais cela implique forcément de nouveaux réflexes. Scrivener, le studio d’écriture professionnel par excellence, est l’une des meilleures applications pour la construction d’œuvres narratives, mais elle présente un petit manquement : elle ne gère pas facilement la typographie française, notamment les espaces insécables avant les signes de ponctuation doubles. Cela se réglait sous Windows avec une astuce présentée ici (l’autocorrection) mais sous Mac, l’application gère différemment son autocorrection, ce qui rend la même manipulation impossible.

Alors, nous sommes sous Mac, dont les choses sont, de base, bien plus faciles : option-espace insère une espace insécable dans n’importe quelle application qui les reconnaît, ce qui réduit pour ainsi dire à néant le problème, mais on peut avoir envie d’optimiser encore plus sa frappe. Pour ma part, dans le feu de l’action, je n’ai pas envie de me contorsionner les doigts pour insérer ce caractère dès que c’est nécessaire.

La solution ? Là encore, l’autocorrection, pour se fixer une chaîne de caractères facile à taper qui va insérer toute seule l’espace requise. Mais on va faire ça au niveau du système :

Dans les Préférences Systèmes de macOS, allons dans « Clavier », puis « Texte » :

pref-texte
Cliquez pour agrandir

Il est ici très facile de remplacer une chaîne de caractères brève par une autre (cela ne remplace pas TextExpander, mais ça suffit pour les besoins présents). Pour ma part, je tape simplement deux fois le caractère associé, ce qui est remplacé par le même signe de ponctuation précédé par une espace insécable. Mais n’importe quelle autre combinaison (sauf quelque chose qui débute par une espace) conviendra.

Le plus beau, c’est que ces réglages :

  • Fonctionnent dans n’importe quelle application acceptant du texte enrichi (comme TextEdit, Ulysses, les navigateurs web etc.)
  • Sont synchronisés par iCloud, ce qui signifie que vous conserverez les mêmes réflexes de frappe, si nécessaire, sur vos appareils iOS et donc sur les éventuels traitements de texte que vous utilisez dessus (comme la version iOS de Scrivener).
2019-06-07T22:42:37+02:00mercredi 5 octobre 2016|Best Of, Technique d'écriture|6 Commentaires

OneNote sur la sellette

mistakesdemotivatorOneNote fait partie pour l’instant de la boîte à outils de l’écrivain, aux côtés d’Evernote et Scrivener, correspondant chacun à une phase du travail de création et d’écriture. Cependant, en passant sous Mac, je me suis aperçu d’un travers fortement désagréable de la part de Microsoft : OneNote Mac ne propose pas de sauvegarder des bloc-notes en local, uniquement sur le service de nuage OneDrive. C’est déjà agaçant en soi, mais cela pose aussi un réel problème d’éthique et d’usage, car Microsoft spécifie bien que ses robots parcourent le contenu stocké sur OneDrive en quête d’une violation de leurs conditions d’utilisation. Ce qui ouvre bien entendu la porte à toutes sortes d’abus et d’erreurs (exemple). Alors OK, pour un compte d’écriture, on n’est pas forcé de stocker des photos de nus (ou davantage…) mais rappelez-vous l’hypersensibilité actuelle à certains sujets, comme la guerre et le terrorisme (pour mémoire, mon éditorial tout à fait bénin sur l’usage du motif de la guerre en littérature avait été banni par Facebook sans raison valable et sans appel possible). Imaginez que vous travailliez pour votre roman de fantasy ou de science-fiction sur des sujets tendus, justement, comme le terrorisme. Les robots de Microsoft sauront-ils faire la différence ? Surtout dans le cas d’une anticipation de court terme, mettons dans la veine d’Oussama, de Norman Spinrad ? Je ne prendrais pas le risque. Microsoft promet qu’un être humain évalue la nature des données sensibles, mais ai-je vraiment envie qu’un humain vienne fourrer le nez dans mes données dès qu’un truc ne semble pas revenir à des robots ? Je commence à considérer qu’il n’est plus possible d’utiliser OneNote, aussi puissant et intéressant que soit l’outil. Pour les utilisateurs Apple, en tout cas, cela me semble hors de question (d’autant plus qu’accéder à OneNote sur un terminal mobile est un cauchemar d’absurdité dans la gestion de la synchronisation). Il reste pour l’instant dans la boîte à outils de l’écrivain parce que je n’ai rien de mieux à proposer, mais je recherche d’autres outils. Et j’en ai trouvé quatre sous Mac :
  • Curio, mon favori pour l’instant, sorte de OneNote davantage orienté sur le visuel et la cartographie mentale, bourré de bonnes idées ;
  • Outline clone littéralement OneNote et permet de sortir ses données (mais je l’ai trouvé un peu instable) ;
  • DevonTHINK, sorte d’Evernote sous stéroïdes, très prisé dans les milieux universitaires mais difficile d’accès ;
  • Tinderbox, un OneNote beaucoup plus austère mais aussi plus puissant sur la gestion de l’information, mais à conseiller surtout à ceux qui aiment programmer leurs outils.
Qu’en penses-tu, auguste lectorat ? As-tu d’autres propositions de ton côté ?
2016-06-06T12:07:26+02:00mardi 7 juin 2016|Technique d'écriture|6 Commentaires

Scrivener Windows 1.9 est disponible

scrivener-512Scrivener, dont je te rebats les oreilles, auguste lectorat, a sorti sa version 1.9 la semaine dernière pour Windows. Rien de bien dingue dans cette mise à jour, dont les notes complètes sont lisibles sur le site officiel, à part un truc que j’attendais et qui fait du bien : il est maintenant possible d’utiliser les tabulations et retours à la ligne dans les macros de compilation. Ce qui aidera grandement au formatage propre des manuscrits en sortie sans avoir à refaire une passe à la main. Le plan de développement de Lit’n’Lat consiste toujours à ce que la version 2.0 de Scriv pour Windows rattrape la version Mac (même si je commence à m’interroger sur la faisabilité d’un tel projet vu que Scriv Mac est en 2.7). Une modification peu visible pour l’utilisateur dans cette version 1.9 est une mise à jour du format des projets pour une future compatibilité avec les versions iOS (le gros projet qui occupe les développeurs actuellement). Bref, cela sent la version d’attente, toujours en préparation, je l’espère personnellement, d’un rattrapage de la version Mac par la version Windows. On verra bien. En tout cas, je suis toujours content quand on met à jour mes jouets. (Pour en savoir plus sur Scrivener, télécharger les suppléments maison et essayer gratuitement, c’est toujours ici que ça se passe dans la boîte à outils de l’écrivain.)
2015-10-15T14:45:33+02:00lundi 19 octobre 2015|Technique d'écriture|7 Commentaires

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