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Ce week-end, rendez-vous à Cidre et Dragon

Un des meilleurs noms de festival du monde, mais qui ne comporte pas de forêt de bambous, en tout cas pas à ma connaissance, car c’est en Normandie, à Merville-Franceville-Plage.

Cette grande fête rassemble tous les ans un immense marché médiéval, des milliers de visiteurs en costume, des concerts (j’y ai vu Eluveitie il y a deux ans, rien que ça) tandis que le village se métamorphose pour un week-end entier aux couleurs de l’imaginaire. Ça vaut vraiment le coup (même si on n’est pas costumé) et c’est gratuit.

J’aurai le plaisir d’y revenir ce week-end au salon littéraire, avec plein de bouquins à proposer, à deux pas de la plage… Viens, y a du cidre et des dragons (l’un des deux sous réserve).

2019-09-27T09:59:10+02:00mardi 17 septembre 2019|À ne pas manquer|3 Commentaires

Procrastination podcast S03E10 : « Retour des poditeurs 02 (Judgment Day) »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Retour des poditeurs 02 (Judgment Day)« .

Deuxième session de questions / réponses pour Procrastination, où Mélanie, Laurent et Lionel épluchent les commentaires et retours des poditeurs sur l’émission. Au programme :
– Une longue discussion sur l’autoédition, à partir d’une opinion différente proposée
– La rémunération des nouvelles, au pourcentage ou au forfait ?
– Comment ça, tous les auteurs ne sont pas des Rowling?
– Des dinosaures

Références citées
– Pour commenter ou poser des questions, le fil de la saison 3 du podcast sur Elbakin.net : http://www.elbakin.net/forum/viewtopic.php?id=9353&p=3
– Créer soi-même ses ebooks, par Jean-Claude Dunyach http://jean-claude.dunyach.pagesperso-orange.fr/Ebooks.html
– Pierre Grimbert
– Claire Brétecher
– Escales sur l’horizon, Serge Lehman (dir.)
– Genèses, Ayerdhal (dir.)
– Le brontësaure https://bronteblog.blogspot.com/2014/11/batman-vs-robotic-emily-bronte-saurus.html

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

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Bonne écoute !

2019-05-04T18:45:52+02:00vendredi 1 février 2019|Procrastination podcast, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Procrastination podcast S03E10 : « Retour des poditeurs 02 (Judgment Day) »

Ignorer la précarité des auteurs conduira la langue française à disparaître

Image d’origine Gunnar Ries [CC BY-SA 2.0]

Ça va, tu es bien installé, auguste lectorat ? Déjà les vacances, ou en tout cas bientôt, avec le sapin, la détente, les cadeaux, tout ça ? Bon, c’est cool, parce que pour le dernier article sérieux de l’année avant la coupure annuelle, j’annonce, je vais te péter un peu le moral. Mais il faut, parce qu’il y a des idées qui me chatouillent depuis un moment, surtout à mesure que je voyage et vis de plus en plus souvent à l’étranger.

Rendons d’abord ce qui appartient à qui de droit à, heu… bref. Samantha Bailly (autrice et présidente de la Charte des auteurs jeunesse ainsi que de la Ligue des auteurs professionnels) disait l’autre jour :

Voilà voilà.

Pour résumer mon avis en deux mots (ou plutôt 280 caractères) :

Au bout d’un moment, il y a une équation simple. Si tu peux vivre de ton métier créatif, c’est parce que deux conditions se rencontrent :

  • Tu as assez de public pour générer du revenu
  • Le système te laisse le faire, voire t’y aide, mais dans tous les cas ne te pète pas les genoux à coups de barre à mine

J’aime assez combien on se glorifie de la francophonie, mais hélas, trois fois hélas, voyagez un peu et constatez combien cette belle illusion ne tient absolument pas dans les domaines de la culture populaire (dont l’imaginaire représente une part écrasante – coucou Star Wars, Marvel, Game of Thrones, Harry Potter etc.). La culture dominante, comme presque toujours, est de langue anglaise, et là-dedans, américaine. Je m’esbaudissais cette année de trouver Maurice Druon dans une petite librairie australienne en rayon fantasy (yeah), mais dire qu’il fait figure d’exception est un aimable euphémisme.

Coucou les pouvoirs publics, j’ai une putain de révélation qui va vous asseoir, accrochez-vous : les effectifs du public francophone n’ont aucune mesure avec le public anglophone. Ouais, je sais, c’est puissant, mais j’ai fait des études, c’est pour ça. Un public plus vaste entraîne mécaniquement un marché plus vaste et/ou plus rentable, et aussi davantage de moyens (où sont le Doctor Who, le Game of Thrones de la télé française ?). Donc, tu veux protéger ton marché culturel, tu l’aides un peu, ne serait-ce qu’en ne le matraquant pas avec des cotisations qui doublent du jour au lendemain ou en le laissant dans l’expectative quant aux changements de régime fiscal.

Il y a un truc capital à piger aujourd’hui : la mondialisation va dans les deux sens. C’est-à-dire, on reçoit la culture anglophone, mais évidemment, le public va aussi vers elle. Et mécaniquement, après, à la louche, vingt ans d’accessibilité du cinéma et de la télé sur les réseaux pirates (soit une génération), on constate une aisance toujours plus importante du public français avec la langue anglaise. L’attitude des années 90 « jamais je regarderai un film avec des sous-titres, c’est trop chiant » est devenu aujourd’hui « jamais je regarderai un film doublé, c’est trop naze ».

Ce qui veut dire que, mécaniquement, on sera de plus en plus nombreux à pouvoir écrire en anglais. On peut faire ce choix pour des raisons esthétiques, mais on peut aussi le faire pour des raisons économiques, parce qu’on en a marre du marché de niche et qu’on a un peu d’ambition pour la portée de son art (c’est pas forcément un mal, l’ambition). Quand je me suis mis un peu à la musique à côté, la langue de ma communication ne s’est pas posée un seul instant : c’était l’anglais, parce que, tu fais de l’électro et tu veux communiquer en français, HAHAHA, non, sérieusement ?

Je vais te le dire très clairement, auguste lectorat, et avec des gros mots : cet état de choses, ça me fait chier. J’ai parfaitement conscience que le dire n’y changera rien. Mais j’entends constamment des jeunes, y compris dans les cursus de traduction, m’expliquer que, quand même, l’anglais, c’est plus cool, on peut dire plus de trucs, c’est plus explicite (hint : absolument pas, mais c’est un autre débat) et que le français c’est ringard. Ça n’est pas nouveau, mais si on sape et démotive méthodiquement les auteurs, c’est l’assurance progressive de voir toutes les forces vives lâcher le français pour aller vers les terres plus vertes de la langue anglaise. Or : ce phénomène est déjà en cours. Encore une fois, je ne dis pas que tous les auteurs français qui ont fait le choix d’écrire en anglais le font pour ces raisons ; ce peut aussi être un choix esthétique. Mais la raison économique existe aussi, déjà, maintenant, la possibilité est réelle, et si on n’agit pas – genre en foutant la paix aux auteurs, juste, pour commencer –, c’est l’assurance d’accélérer encore la fuite des cerveaux.

Or une langue sans auteurs, c’est une langue morte. Aussi simple que ça. Le Québec l’a parfaitement compris, par exemple, en subventionnant son industrie littéraire pour lui permettre de résister et de faire vivre sa langue face à l’anglais. Avec un très beau succès, dirais-je en plus.

Pour ma part, il y a vingt ans, je me suis posé la question de la langue dans laquelle j’écrirais, étant à peu près capable de faire les deux, et j’ai opté pour le français. Un choix que je refais à peu près tous les cinq ans, résolument, parce que le français est une langue puissante, nuancée, évocatrice, créative, et qu’on peut lui faire faire des trucs de malade ; parce que j’ai aussi envie de croire en un imaginaire de langue française fort et fier capable d’offrir autre chose que les importations américaines, que c’est le pays où je suis né, et que bon, tout simplement, j’ai envie de lui être fidèle – ainsi, et ça n’est pas anodin, qu’à toi, auguste lectorat, qui me suis fidèlement. Mais je t’avoue qu’il y a certains jours où c’est plus difficile que d’autres de résister à l’envie de faire un gros fuck – en bon anglais dans le texte – à tous ces énarques.

Allez, j’arrête la diatribe ici, mais il est probable que je l’étudie plus en détail ; gardons cela dans un coin de notre tête, qui est ronde, alors où se trouve le coin… ? Bref, demain, c’est le message annuel de déconnexion, mais les bisous n’attendent pas le nombre des heures, alors, déjà, par anticipation : bisous.

2018-12-21T09:05:37+02:00jeudi 20 décembre 2018|Humeurs aqueuses|5 Commentaires

Ce week-end, c’est Cidre et Dragon !

Yep ! Ce week-end se déroule ce festival vraiment très agréable en Normandie, grand rendez-vous de l’imaginaire et de ses cultures sous toutes ses formes avec des auteurs, concerts (Eluveitie ! Oui, j’ai ma place), cosplay, jeux de rôle, une allée entière avec un marché médiéval prodigieux, et j’en passe.

J’y serai tout le week-end en dédicace avec plein de beau monde ; c’est vraiment un rendez-vous très agréable où j’ai beaucoup de plaisir à revenir après l’année dernière, et ne peux que vous exhorter avec ! plein ! de points ! d’exclamation ! à venir aussi.

Toutes les infos pratiques sur le site officiel.

2017-09-23T14:26:23+02:00lundi 11 septembre 2017|À ne pas manquer|10 Commentaires

Vous voulez créer un logiciel d’aide à la création (écriture) ? Ayez conscience de ce qui suit

C’est intéressant : à chaque saison, à chaque année, viennent ses idées. L’année dernière, je recevais presque simultanément trois invitations ou présentations de projets de plate-formes sociales liées à la création, et j’écrivais ces recommandations. Il semble que cette année, avec deux propositions coup sur coup plus une troisième, la synchronicité soit à la création de logiciels d’aide à la création, notamment à l’écriture. Et comme je vois là aussi un certain nombre de points récurrents, peut-être est-il pertinent de balancer quelques idées dans la nature. Dont chacun fait évidemment ce qu’il veut, hein.

(Peut-être s’agit-il juste d’un biais d’observation puisque j’ai enfin – avec retard – publié le diaporama sur les logiciels d’écriture la semaine dernière.)

Déjà, un mot en passant, je suis très honoré de recevoir des invitations et des comptes gratuits, mais si vous saviez le nombre de projets en développement, ça vous ferait frémir ; je ne peux hélas pas tester tous les projets qui se montent et faire un retour détaillé – c’est un travail de consultant. Mais peut-être puis-je donner ici un avis pour servir et valoir ce que de droit, ou pas.

Bref. Super. Vous avez votre idée, votre plate-forme de développement, la passion et l’envie et plein de temps devant vous pour construire quelque chose, mettre enfin l’informatique au service du créateur et de la littérature. Discours doux à mes oreilles. Qu’est-ce que je peux dire pour éventuellement vous aiguiller ? 

Un grand classique dont je ne connais hélas pas la source.

Probablement un seul truc, mais majeur :

Ayez conscience de la concurrence existante

Il existe deux ténors sur le marché : Scrivener (pour la puissance) et Ulysses (pour la légèreté1). Ces deux logiciels – surtout le premier, je l’ai vu à la Worldcon cette année – sont appréciés et utilisés quotidiennement par des milliers d’écrivains de par le monde (ainsi que par des universitaires, essayistes, avocats, journalistes)… Ils bénéficient d’années de développement, de retours de professionnels, avec parfois plusieurs programmeurs à plein temps toute l’année dessus… Bref, ils ont de la bouteille.

Pouvez-vous rivaliser avec ces gens-là ? 

Ah, je ne dis pas du tout non. Peut-être. Mais dans ce cas, c’est comme partout : il faut une vache de bonne idée (voire plusieurs), ou alors avoir identifié un manque gravissime chez la concurrence et proposer une solution tellement élégante que nul ne pourra se passer de votre logiciel au détriment de l’existant. C’est ainsi que Scrivener a balayé Word pour les auteurs, que Facebook a détrôné MySpace, Google a remplacé AltaVista, etc. Ce n’est absolument pas impossible, bien entendu ; les trois exemples précédents sont (à l’époque de leur réussite) la preuve d’une victoire de David contre Goliath.

Mais si c’est pour refaire ce qui existe déjà, ou pour proposer juste une variation trop mineure, je crains que vous n’alliez au-devant de déconvenues. Pour deux raisons :

  • Si vous débutez, vous risquez (au début) de faire moins bien ;
  • Même si vous faites aussi bien, vous n’attirerez pas les auteurs habitués à leurs outils qui marchent déjà très bien et en lesquels ils ont confiance.

Ouch, il est décourageant, le panorama. Mais pas forcément. D’une part parce que si, en vous disant ça, je vous évite de casser votre PEL dans une start-up condamnée d’avance, je crois que ça n’est pas inutile. D’autre part, se poser la question de la, ou les, grandes idées fortes de votre projet n’est absolument pas vain. Ce qui nous entraîne à la question suivante :

À qui vous adressez-vous ?

Prenons une analogie bien connue : Picasa ou Photoshop ? Ou encore : Audacity ou Ableton Live ?

Il y a tout à fait un public pour des outils simples et légers qui font très bien ce qu’ils font, sans nécessité de puissance. Pour retoucher ses images rapidement, Picasa convient très bien à beaucoup de monde. Pour retailler rapidement un fichier son, Audacity convient dans bien des cas.

Après, un pro de l’image a besoin de l’artillerie lourde (Photoshop), un pro du son a besoin de puissance (Ableton Live).

Posez la question à une salle remplie d’illustrateurs professionnels. Demandez-leur combien d’entre eux utilisent Photoshop (au moins un peu). Je pense que 3/4 des mains se lèveront. Même chose pour les musiciens concernant Ableton Live (ou Logic, ou Cubase, la concurrence est plus riche dans ce domaine).

Scrivener, c’est le Photoshop de l’écriture. Vous voulez séduire les pros, vous vous trouvez en concurrence avec Photoshop. (Du moins, ceux qui utilisent Photoshop : dans l’épisode de Procrastination sur les logiciels d’écriture, Laurent Genefort et Mélanie Fazi ont professé utiliser Word et s’en tirer, de toute évidence, très bien avec ! Tout comme Rodin se passait très bien de 3DS Max… Mais nous parlons ici de logiciels résolument spécialisés et nous nous plaçons dans le cas de leurs potentiels utilisateurs intéressés.)

Cela ne signifie pas que c’est le seul public (c’est peut-être même le public le moins intéressant : restreint, exigeant, difficile à séduire). Il y a toutes sortes d’auteurs, il y en a qui sont intimidés ou pas intéressés par la puissance de Scrivener / Photoshop.

Du coup, si vous souhaitez vous lancer dans un tel projet, la seconde question à se poser après la Grande Idée, c’est… à qui m’adressé-je ? Quel est mon public ? Comment vais-je construire mon outil pour lui parler ?

(Une part de moi peine à se dire que j’écris ça, ça me semble un peu les bases fondamentales de la gestion de projet, mais l’expérience prouve que ça reste assez mal enseigné en France, donc bon, si ça peut servir…)

Florilège de fausses bonnes idées

Vous la tenez, votre killer feature ? Le truc qui fera de votre logiciel un best-seller de l’industrie et qui vous vaudra les honneurs d’Emmanuel Macron ? Super ! Après vous avoir pété le moral avec des considérations comme le marché et le développement, je vais maintenant vous expliquer pourquoi votre idée est pourrie. Il est pas trop bien, le moment que vous passez avec moi, là ?

Plus sérieusement, tout cela est dit du point de vue, là encore, de celui ou celle qui passe la journée sur ce genre d’outil ; cf supra sur le public visé. Si je ne suis pas votre public, ce qui suit ne vous concerne évidemment pas.

Une composante sociale (réseau, discussion, échange, compétition). Personnellement, non. Déjà, voir l’article de l’année dernière sur la pertinence de créer un réseau social, mais en gros, quand j’écris, j’écris, je ne discute pas. Ça me paraît une idée terriblement mauvaise d’intégrer toutes les distractions propres à Facebook dans l’outil d’écriture. D’autre part, même si je communique parfois sur le nombre de signes que j’effectue, je ne fais pas de concours avec mes camarades sur l’instant. Ce qui compte, au final, c’est la qualité du résultat, pas le nombre de pages (dit le mec dont l’éditeur a dit un jour en rigolant : « même pour faire un retour sur une couverture, il écrit une trilogie »). Je sais cependant qu’il y en a que ça motive, que cela atténue la solitude du métier : donc, votre kilométrage peut varier. (Your mileage may vary.)

Outil en ligne, uniquement dans le nuage. Celle-là, je la vois partout. Oui, je sais que c’est vachement plus simple pour coder, ça fait une plate-forme unique dans le cloud, c’est interopérable dès qu’il y a un navigateur Internet, je fais tout ça en responsive et youpi, je travaille une fois et je touche tous les systèmes de la Terre, je le vends en disant que ça offre la sécurité des données et une sauvegarde permanente. Sauf que non, non, non. NON. Pour ma part, je passe bien deux à trois mois hors de chez moi dans l’année, dans des trains, des avions, où la connectivité Internet est aléatoire voire inexistante. Hors de question que je perde du temps précieux d’écriture à ne pas pouvoir utiliser mon outil même au fin fond de la fosse des Mariannes (où ne se trouvent pas encore de relais 4G aux dernières nouvelles) : écrire, c’est quand je veux, pas quand le réseau m’y autorise. Non. Jamais. Niet.

Intégration d’outils tiers (dictionnaire, recherche)… Je pose une question simple : qui utilise sérieusement et uniquement les dictionnaires intégrés à… Word ? Personne. Pourquoi ? Parce qu’ils sont pourris et qu’il existe des outils cent fois meilleurs sur le marché. Quand on travaille sérieusement, on utilise les meilleurs outils disponibles. J’ai une licence d’Antidote parce que j’ai l’impression d’entendre dans mon oreille un petit diablotin m’insulter en allemand chaque fois que je voudrais presser le bouton « Vérification » dans Word. À moins de proposer quelque chose de quasiment aussi bon que les références du domaine considéré, l’outil ne sera pas utilisé. Ce qui équivaut à du temps de développement perdu. Et ça coûte cher, le temps de développement, on est d’accord, hein ?

Guider la création (avec des questions sur les personnages, la proposition de modèles de narration etc.). Du type : qui est ton héros ? Comment s’appelle-t-il ? Quelle est la couleur de ses yeux ? Non, non NOOOON cent fois non. Déjà, aucun modèle ne correspond à tout le monde. Mais surtout, la création fonctionne de manière analogique. Je pense à mon protagoniste, je pense à son histoire. Penser à son histoire me fait penser au pays d’où il vient ; à la culture où il a baigné ; à la religion qu’on y observe ; comment cela a façonné la langue ; ce qui, en retour, me donne peut-être son nom pour préciser qui il est. Je veux que l’outil capture tout ça sans broncher, saute tel un cabri ayant fait le conservatoire de danse classique d’un document à l’autre pour ne rien perdre de mon Immortel Génie™. Les logiciels qui posent ce genre de questions comme un inventaire à remplir sont aussi excitants pour la créativité qu’un premier rendez-vous romantique où la personne en face vous demande un inventaire de vos tares génétiques dans l’optique d’une compatibilité reproductive.

La marque d’un bon outil d’aide à la création est la liberté qu’il laisse à l’esprit, tout en fournissant, cachée jusqu’au moment où le besoin s’en fait sentir, toute sa puissance pour l’étayer. En le laissant nager quand il en est capable, en un sens, mais en sachant le rattraper ou le soutenir quand il part à la dérive. C’est pourquoi le crayon et la feuille blanche restent imbattables pour planifier, réfléchir, créer. Et cette même liberté, c’est ce que donnent les Photoshop et les Ableton Live de notre domaine. C’est pourquoi tant d’auteurs travaillent très bien, aussi, avec un document texte tous simple, avec Word ou encore moins puissant que ça. Parce que cela réduit les obstacles.

Voilà ce à quoi il vous faut réfléchir, ce avec quoi il vous faut rivaliser.

Tout cela étant dit, maintenant, j’ai hâte de découvrir votre Next Big Thing !

Kudos à SporadicFoobar pour les échanges qui ont permis de préciser certaines idées ici.

  1. Quoique Ulysses passant à l’abonnement, il y a peut-être un créneau à occuper, j’dis ça, j’dis rien.
2017-08-20T11:43:47+02:00mercredi 23 août 2017|Le monde du livre|3 Commentaires

Les cinq règles de l’écriture par Robert Heinlein (5) : Maintiens ton travail en circulation

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Rappel : cet article fait partie d’une série programmée sur les règles de l’écriture de Robert Heinlein. Introduction générale et sommaire

« Maintiens ton travail en circulation jusqu’à réussir à le vendre »

Nous voici au dernier article de cette série, avec la dernière règle de Robert Heinlein qui vise à amener un jeune auteur jusqu’à la publication. Encore une fois, d’apparence faussement simple : est-ce qu’il s’agit simplement d’inonder les boîtes de réception avec les mêmes textes jusqu’à ce que ça marche ?

Pas exactement. Ce sur quoi Heinlein met l’accent est en fait double :

Ne pas écouter le découragement. La majorité des auteurs vous le diront : ils ont tous essuyé des rejets, parfois en quantité, avant d’arriver à placer leur premier texte. Je cite souvent (parce qu’il est franchement renversant) l’exemple de Brandon Sanderson qui a écrit TREIZE ROMANS d’un MILLION de signes PIÈCE avant de vendre son premier. Percer prend du temps, apprendre l’écriture aussi. Recevoir des lettres de rejet est la marque d’un auteur qui se fait les dents. Et, de plus, il faut se rappeler que chaque support, chaque éditeur a son goût, et ce qui n’a pas convaincu l’un peut convaincre un autre. Donc, le lâcher-prise est indispensable.

Petite anecdote personnelle : avant d’être publiée (et de remporter le prix Imaginales, d’être podcastée, republiée, traduite aux États-Unis, même étudiée en essais et à l’université – je ne dis pas ça pour me la raconter mais pour le contraste avec la seconde partie de la phrase, qui arrive là : ), « L’Île close » m’a été refusée par plusieurs supports. « Bataille pour un souvenir » a connu un sort comparable. C’est sûr, ça ne fait jamais plaisir, mais la règle cardinale de l’écrivain doit toujours être : d’écrire, et idéalement de travailler à la chose suivante quand les précédentes circulent. Car :

Garder ton travail en circulation ne signifie pas le même travail. C’est un travers que je vois régulièrement chez des jeunes auteurs : ils ont sué sang et eau sur un travail donné et misent ensuite toutes leurs chances de publication / succès / célébrité / millions de dollars sur cet unique travail (et si ça ne marche pas, ils passent l’éponge). Alors c’est juste : après tant de travail et de temps, cela fait mal au cœur de devoir le remiser, mais il faut avoir conscience que c’est toujours probable (au moins pour un temps, avant d’acquérir la maturité d’identifier ce qui cloche et le corriger). Quand Heinlein dit qu’il faut garder son travail sur le marché, c’est qu’il faut continuer à alimenter le marché, et pour continuer à l’alimenter, il faut continuer à écrire. Les mots qu’on écrit ne sont jamais perdus : soit parce qu’ils sont bons (et finissent publiés ; joie) soit parce qu’ils sont mauvais – auquel cas, ils ont été sortis, écartés, on en a retiré une leçon importante, et la voie est dégagée pour les mots suivants, qu’on peut espérer meilleurs. Un écrivain est quelqu’un qui écrit, qui continue à produire, avant d’être quelqu’un qui publie. Se concentrer à tout prix sur ce dernier aspect, c’est confondre l’arbre et la forêt, c’est s’avancer vers de sévères déconvenues, car l’activité en elle-même ne fournira pas la joie qu’elle est censée donner à celui qui la pratique. Publier est merveilleux ; mais je crois fermement qu’écrire uniquement pour publier produit une distorsion usante dans la pratique artistique.

Quand je faisais mes premières armes, un des plus grands noms de la fantasy contemporaine m’avait confié un petit secret : dans ses débuts, cet auteur s’était fixé pour règle de conserver en permanence deux textes au minimum en soumission quelque part. Eh bien, c’est plus facile à dire qu’à faire, même dans le cas de la nouvelle. Mais j’avais adopté cette règle et, deux à trois ans plus tard, je publiais régulièrement, parce que cela me forçait à produire régulièrement, donc à expérimenter, et cela maintenait mon travail en circulation, ce qui augmentait mécaniquement les chances que je le place. Rétrospectivement, je considère cette période comme celle où je me suis professionnalisé – juste par l’application de cette petite discipline.

Et voilà ! Cet article termine la série des cinq règles sur l’écriture par Robert Heinlein ; la liste est toujours disponible ici. Mais l’été n’est pas terminé ! Si j’ose emboîter le pas du géant, je proposerai la semaine prochaine en bonus ma petite règle additionnelle, non pas parce que j’ose me comparer à Heinlein, mais parce que cela reste dans le thème des petits principes simples à appliquer et que, on ne sait jamais, ce petit addendum pourrait servir à quelqu’un, là, dans le vaste monde.

2019-06-07T22:43:01+02:00lundi 8 août 2016|Best Of, Technique d'écriture|6 Commentaires