Un environnement de recherche simple et puissant avec Obsidian et DEVONthink
L’histoire est un éternel recommencement, disait Nietzsche, plus ou moins. Après des années d’errance dans le désert – depuis que j’ai quitté Evernote, à vrai dire, il y a maintenant plus de dix ans (!) – je me suis trouvé dans une situation inconfortable concernant mon système de notes. Evernote présentait un avantage considérable : être un « everything bucket » – c’est-à-dire l’application standard où l’on balance toutes les informations dont on a besoin, de son prochain billet de train à la notice de son four à micro-ondes en passant par les notes sur son roman. Telle une colonne sédimentaire, le présent site de perdition propose un certain nombre d’articles sur Evernote, à une époque bénie où l’on n’avait pas vraiment conscience de la sécurité de ses données, où la prétendue IA n’était pas un sujet, et où mes exigences en termes de gestion de fichiers et de flexibilité n’étaient pas aussi aiguisées (c’est la faute à Apple qui m’a injecté le virus de l’expérience utilisateur). Mais en 2026, quand on fait un travail de création ou de recherche au sens large, avec la double exigence de gérer des notes et de travailler sur documentation, comment fait-on de manière puissante, sécurisée et, si possible, sans se ruiner totalement ?
L’histoire étant donc un éternel recommencement, j’ai fini par revenir à l’organisation claire et simple que j’avais commencé à établir à mon passage sous Mac, avec l’emploi du chef de file des gestionnaires de documents, DEVONthink, en parallèle avec Obsidian (et nourri par Drafts, abordé ici). En effet, prendre ses notes et gérer sa documentation recouvrent deux exigences relativement contradictoires, orientant le choix de deux outils complémentaires aux approches différentes et permettant de distinguer ses propres mots des mots des autres.
Obsidian, j’en parle tous les mardis, c’est mon seigneur et maître avec Scrivener, l’application où je prends et conserve l’intégralité de mes notes personnelles (méthode Zettelkasten) et fais maturer mes projets comme mes réflexions sur la vie, l’univers et le reste.

Obsidian offre une expérience utilisateur quasiment inégalée pour ce qui est de construire une réflexion, d’organiser du savoir, de gérer un journal, de bâtir, en un mot (enfin, quelques) une base de connaissances. Son agilité est inférieure à celle de Drafts (où la réactivité et l’immédiateté forment l’exigence fondamentale), mais son focus sur la manipulation de fichiers Markdown intégrant des médias relativement légers (de préférence des images et des PDF) n’en fait pas une excellente bibliothèque.
C’est donc ici qu’entre DEVONthink, qui est à l’opposé du spectre par rapport à Drafts. DEVONthink est l’une des applications vénérables du Mac ; un gestionnaire de documentation et de recherche bien velu, puissant, lourd comme une berline allemande. Principalement conçu pour les ordinateurs de bureau (même si la version mobile offre une partie des fonctionnalités), il est fait pour ingérer des Go entiers de données, les analyser et les automatiser, et servir de référence aux chercheur·ses.
Il est tout à fait possible de conserver toutes ses notes dans DEVONthink et de se débarrasser d’Obsidian – bien des gens le font – mais sachant que les deux applications ont des forces opposées et qu’en plus, elles se calquent naturellement à des rôles distincts, il devient naturel de les employer en parallèle. Chacune expose des liens directs à ses documents : d’un raccourci clavier, je peux copier un lien à une de mes fiches Obsidian (obsidian://) ou à un document DEVONthink (x-devonthink://), me donnant la capacité de sourcer une réflexion personnelle inspirée par une lecture (d’Obsidian à DEVONthink) ou bien de diriger une lecture vers les idées qu’elle a inspiré (de DEVONthink à Obsidian).

L’usage des applications devient donc très simple : mes mots vont dans Obsidian, ceux des autres dans DEVONthink. La beauté de DEVONthink, c’est qu’il accepte tout : une interview de 2h30 en vidéo sous YouTube, ou bien un fichier texte de quelques dizaines d’octets avec une citation mémorable. Les deux sont ouverts en parallèle et en permanence, et je saute de l’un à l’autre via des liens et quelques macros simples1.


En somme :

| Rôle | Impératifs | Application |
| Capture rapide | – Immédiateté, fluidité, mobilité – Capture automatique de métadonnées (date de création, géolocalisation) | Drafts |
| Construction d’une réflexion, notes personnelles (Zettelkasten) | Interface pensée dans ce but : – Outils puissants pour relier les notes – Travail sur plusieurs notes en parallèle – Personnalisation de l’outil en fonction des besoins | Obsidian |
| Bibliothèque numérique et archivage des sources | – Peut ingérer n’importe quel document – Sans limite de taille (vidéo, podcast) – Fonctionne en mobilité | DEVONthink |
Je suis pour l’instant ravi de cette organisation, et j’en sens l’effet : mon esprit se pose, la clarté se forme, le plaisir du travail grandit. Je sais que je dis ça tous les six mois, mais je crois que j’ai trouvé le vrai squelette de mon organisation. Et je suis joie.
- Oui, je pourrais utiliser Hookmark pour ça, mais je n’ai pas encore réussi à en comprendre l’intérêt par rapport aux liens natifs que les applications fournissent. ↩













