Ma position sur de potentielles éditions numériques
OK. J’ai pas mal parlé de livrel en fin d’année dernière, comme avec l’achat des liseuses, j’ai le malheur de causer édition numérique ici de temps à autre parce que, eh bien, je suis geek et auteur. Forcément, je sens un petit peu concerné. Or, je commence à recevoir de façon de plus en plus fréquente la question suivante :
Où puis-je te trouver en numérique ?
Alors autant faire un point qui servira potentiellement de façon ultérieure.
Ha. Grande et bonne question. Parce que, eh bien, il est vrai que mes bouquins sont très peu disponibles sous ce format. À part la page téléchargements et « Nuit de visitation », oui, je n’ai effectivement presque rien de disponible en numérique.
Réponse courte, donc : actuellement, aucun de mes livres ne sont disponibles en numérique. Si vous ne les trouvez pas, c’est que les éditions n’existent pas.
Ça entraîne donc quand même une question :
Pourquoi ?
Tout d’abord, il faut savoir que les droits numériques d’un ouvrage sont fréquemment associés aux droits du papier. Donc, si je vends, au hasard, mon épopée de fantasy intitulée Le Saigneur des Agneaux à l’éditeur Bob Bobby, Bob Bobby détient les droits. Il lui revient donc de réaliser l’édition numérique.
Cela entraîne deux cas de figure :
- Bob Bobby n’a pas de projets numériques. Il peut considérer que c’est un micro-marché, qu’il n’est pas assez gros pour ça, que les conditions des distributeurs le bouffent vivant, qu’il en a peur et que le numérique mérite de mourir dans un incendie au kérosène, peu importent les raisons : c’est son droit et son problème. Comme c’est mon droit et mon problème de signer avec un éditeur qui n’a pas de stratégie numérique. Tant que l’éditeur ne changera pas de politique (et le marché l’y forcera si ça en vaut vraiment la peine), l’édition numérique n’existera pas.
- Bob Bobby a des projets numériques, mais il fixe des conditions pour ceux-là, en termes de rémunération, de diffusion, de durée de cession etc. Là, c’est comme dans tout contrat d’édition : on se rencontre, on discute, on confronte nos vues. On tombe d’accord, ou pas. Comme on tombe d’accord sur les conditions d’une diffusion papier. Si l’on ne tombe pas d’accord sur les termes, l’édition numérique n’existe pas.
J’en profite pour glisser qu’un auteur n’a pas son mot à dire sur d’éventuels DRM. De la même façon que l’éditeur fixe le grammage du papier, la police de caractères, le prix de vente public, son distributeur, il décide de la présentation du fichier numérique et de son éventuel verrouillage. C’est son métier, il décide. Mal ou bien, de la même façon qu’on peut trouver une couverture inadaptée, mais c’est son rôle.
Je suis un team player
J’ai récemment reçu un mail super sympathique d’un lecteur potentiel me proposant de m’envoyer un chèque sous la table contre l’envoi par mail du fichier du manuscrit pour qu’il puisse le lire sur sa liseuse, parce qu’il préfère le numérique. Ça part d’une excellente intention (et ça rappelle l’affaire Thomas Geha) mais d’une, je ne peux pas faire ça, de deux, je me refuse à le faire.
- Je ne peux pas faire ça, car j’ai signé un contrat qui cède mes droits d’exploitation à un éditeur. Celle-ci lui revient. C’est mon engagement.
- Personne ne pourrait me choper à conclure ce genre d’arrangement, pourtant, je m’y refuse. J’ai la faille d’être un type qui respecte la parole donnée et les contrats signés. Je suis un team player et je me fie à mes interlocuteurs et mes partenaires (tant que la relation est harmonieuse et honnête, bien entendu). Je ne brise donc pas mes engagements.
Corollaire : il arrive parfois, dans certains cas, que l’édition numérique n’ait pas été prévue par un contrat. Techniquement, je dispose donc toujours des droits. Pourtant, je rechigne toujours, du moins dans les circonstances actuelles, à réaliser moi-même une édition. Deux raisons à cela (c’est une manie, de tout faire par deux, dans cet article) :
- Travailler un texte, c’est un métier, ça demande du temps, de l’énergie, de l’esprit. C’est être éditeur. Par conséquent, une fois un texte publié, je n’oublie jamais l’éditeur qui est passé dessus et a permis, par ses remarques, de sortir le diamant de sa gangue brute. Il me semble juste de voir en premier lieu avec cet éditeur si une édition numérique pourrait se faire, fût-elle à moyen terme (et l’on retombe sur le début de l’article). S’il me dit « vas-y coco, fais-la ailleurs », j’y penserai, mais pas sans l’avoir consulté au préalable.
- L’ai-je dit ? Éditeur, c’est un métier. Vendre des livres, les distribuer, leur donner une exposition, leur permettre de trouver un public, c’est un métier. Je n’ai actuellement pas la disponibilité (et pas forcément la compétence) pour réaliser ce travail de communication, et je voudrais que des éditions électroniques aient la même chance d’être vues et promues qu’un livre papier. Je préfère donc m’allier à un partenaire économique qui fera ce travail bien.
Et l’avenir, alors ?
Donc, en résumé, si vous ne trouvez pas d’édition numérique d’un ouvrage, c’est qu’elle n’existe pas (n’oubliez pas que les pages livres listent toutes les éditions disponibles).
Oui, des projets d’édition numérique sont en cours pour certains d’entre eux, mais ce n’est pas dans l’immédiat. Ne retenez pas encore votre souffle – mais, bien sûr, j’en parlerai ici dès que cela se profilera à l’horizon.
Enfin, j’espère avoir réussi à faire passer le fait que cette absence est en partie une volonté de ma part, ou de mes partenaires : celle de faire ces éditions, le cas échéant, en prenant le temps de bien les réaliser, avec de bons moyens. Je vous saurai gré, vous qui passez par ici, de respecter ce souhait si vous soutenez mon travail. Une diffusion non légale irait à l’encontre de ce désir de belles réalisations et dans des conditions économiques équitables.
D’avance, merci !
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6 Responses to Ma position sur de potentielles éditions numériques
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Précis, pointu, affuté. Lionel Sharp Davoust.
J’aime ton regard et ta lucidité sur ton travail et la manière dont tu mènes ta barque. Et, plus largement, c’est intéressant de regarder quels éditeurs ont opté pour le numérique et lesquels jugent cette option (pour le moment ?) inutile, c’est aussi, je pense, un indice qui en dira long sur le lectorat et son évolution.
bémol, certains auteurs (via leurs agents) peuvent décider de la présence de DRM. Mais en général ils sont anglo-saxons (et c’est le plus souvent dans le sens d’imposer un DRM, pas de l’enlever).
Hello Copaing,
à lire ton article, on pourrait penser que je ne respecte pas les engagements pris avec mes éditeurs… je précise donc au cas où que je possède les droits numériques du roman qui a été piraté (A comme Alone) et que mon seul moyen (ou un des seuls, celui auquel j’ai pensé sur le coup) de défense était sans doute d’essayer de ne pas me faire entièrement spolier de ces droits par le piratage
à bientôt mister !
Très bien parlé ! Clair, carré, rationnel. T’es pas fou sur tous les plans Lionel ^^
j’en veux pas de tes bouquins en numériques, une dédicace sur un pdf c’est moins bien