La transhumance bisannuelle de mes notes est achevée
Approchez, approchez ! Rassemblez-vous autour du plus grand cirque du monde ; ses acrobates jonglent avec des extraits CSS périlleux ; la foule s’amasse en systèmes de notes défunts ; les chapiteaux ne sont pas chamarrés du tout car Minimal c’est la vie ; partout, les enseignes sont en Bear Sans.

Certains sont à la recherche de la douzaine d’œufs parfaite, d’autres quêtent l’application de notes parfaite. Laquelle n’existe pas, je sais, car la perfection n’est pas de ce monde, pas depuis qu’on a viré Lilith de l’Éden en tout cas. Le feuilleton de l’été, sans équivoque bien plus intéressant que n’importe quelle saga familiale télévisée (sauf Le Secret d’Élise, parce que c’était chouette), concerne bien entendu le sens dans lequel le vent souffle pour me faire choisir une plate-forme de notes. Après avoir juré mes grands dieux que je restais sous Bear, fini, terminé, on arrête le bidouillage d’Obsidian, je suis bien évidemment revenu sur Obsidian, et cette fois c’est fini, terminé, je ne changerai plus jamais. Ahaha, non je déconne.
Pour le changement, je veux dire. Je suis bien de retour sur Obsidian.
Pourquoi ? Est-ce que je sais seulement ? Ne sommes-nous pas les innocents jouets des fatalités obscures de nos impulsions inconscientes ? Choisir un·e partenaire au détour d’une circonstance aléatoire, dicter nos circonstances de vie selon des impératifs qui nous dépassent, utiliser Bear ou Obsidian, nous ne sommes que des feuilles d’automne dispersées par le caprice de systèmes météorologiques. On n’utilisera juste plus Evernote, parce que là, faut pas abuser.
Plus sérieusement. Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi ai-je replongé dans cette drogue dure aux 6341 plugins et 647 thèmes (à l’heure où j’écris) ?
Tout se passait bien avec Bear jusqu’à ce que je conduise un énorme (colossal) travail personnel, lequel a généré au bas mot un millier (oui) de notes et de fragments bordéliques en full mode hyperfocus, entre réflexions construites, illuminations notées sur un coin de table, journaux méthodiques, et le problème avec ça, c’est que je ne sais pas où ça va : c’est un journal (par définition fluide, non construit, flux de conscience) ou bien une note (une réflexion que je veux archiver et conserver pour plus tard) ? Se trouve au cœur de cette tension l’essence du travail créatif : nous sommes le terreau sur lequel germent nos œuvres, et le terreau, par définition, ça fermente. Les réflexions sont plus ou moins abouties. C’est tout le jeu. Or mon organisation utilisait Bear pour les notes construites et Day One pour le journal. Incapable de séparer les deux, de déterminer où le contenu était censé aller, paralysé par la peur de manquer potentiellement un noyau d’idée qui pourrait devenir une réflexion nécessaire en l’enfermant au loin dans Day One sans plus jamais y revenir, je me suis trouvé avec un inbox engorgée en l’espace de quelques mois (1379 notes), où se mêlaient des choses à faire un peu urgentes, et des logorrhées sur la vie, l’univers et le reste.
Leçon comprise : pour le travail que je produis, je ne dois pas séparer les environnements de réflexion, de création et de documentation. Car le flux de connaissance ressemble à ça :

Les notes doivent toutes vivre ensemble. En effet, comme avec toute entreprise créative, il est impossible de savoir a priori ce qui aura du sens et donnera une saga épique en 5 volumes et ce qui ne survivra pas au test du lendemain de cuite.
Pourquoi ne pas mettre le journal dans Bear, alors ? D’abord parce que j’ai une coquetterie : je me suis beaucoup déplacé (je le fais encore, étant né à un endroit du monde mais devenant citoyen d’un autre) et l’emplacement géographique est important pour moi – savoir où j’ai écrit un bout de journal me donne un contexte important. Bear n’offre pas de géolocaliser ses notes, mais Obsidian, à travers MapView ou le plugin officiel Maps pour Bases, si. D’autre part, Bear n’est pas idéal pour ordonner des informations par dates. C’est tout à fait possible, mais c’est un peu malaisé, et c’est là que la simplicité – l’atout que je loue sur cette belle et grande application – commence à montrer ses limites. Parce qu’en plus :
- Le multifenêtrage est possible, mais rien n’est plus élégant que les panneaux glissants d’Obsidian pour travailler en parallèle sur plusieurs fichiers.
- On peut prendre des notes manuscrites, mais on est à chaque fois limité à une grande page, alors que je me suis construit un carnet de 50 pages dans Obsidian.
- Obsidian est sans égal pour ce qui concerne la gestion des liens entre notes ; tout est léché dans l’expérience utilisateur. Par exemple, ouvrir un wikilink (
[[) affiche aussitôt les notes les plus récentes dans Obsidian, alors que Bear ne propose… rien. Obsidian est un véritable couteau suisse du wikilink, avec l’emploi d’alias (je peux par exemple avoir une fiche nomméeThormig ap Loeredmais dire à l’application que toutes les occurrences du motThormigrenvoient à cette même fiche, ou bien travailler facilement avec deux langues). - Les fichiers sont ouverts et disponibles sur le disque, permettant des tas de manipulations chouettes (comme faire examiner les fichiers par une autre app telle que DEVONthink), ouvrir des PDF de référence automatiquement en parallèle d’un projet, et j’en passe.
- Évidemment, si j’ouvre un digital garden, ça va me faciliter la vie.
Je mettais en garde le monde entier (et moi-même) contre la complexité d’Obsidian et la possibilité de le transformer en tout et n’importe quoi, mais à l’usage, ma réflexion devient : c’est mon environnement principal de travail en-dehors de Scrivener et Ableton Live. Ne suis-je pas censé le personnaliser à l’extrême et lui donner toutes les fonctionnalités dont j’ai besoin pour bien m’y sentir ? N’est-ce pas un atout, au bout du compte ? Le secret n’était-il pas depuis le début l’amitié que nous portons en nous ? J’ai pour ainsi dire déjà fait tout le travail.
Bref, je suis de retour sous Obsidian, qui demeure une application en béton au rythme de développement incroyablement soutenu. Le seul aspect où le bât blesse, c’est son usage en mobilité : l’application dévore la mémoire (surtout avec une grande vault) et iOS la ferme d’autorité beaucoup trop souvent, mais c’est là que j’ai repris une autre petite merveille, Drafts, qui offre un parfait point de départ et de capture pour toutes ces pensées volantes qui finiront à la bonne place dans Obsidian une fois de retour à l’ordi.








