Il faut pouvoir créer des personnages entiers et extérieurs à soi (le Zettel de la quinzaine, 3a / 202407311136)
Pour mémoire, ces notes sont des extraits bruts de décoffrage de mon système de notes privé, afin d’expérimenter avec une forme différente de partage dans l’esprit des digital gardens.
Idée présente dans [[Becoming a Writer, Staying a Writer]] de [[Joe Michael Straczynski]]. Le premier niveau de l’auteur consiste à créer des personnages qui sont inspirés de l’entourage ou de lui-même. Mais le niveau ultime (et, arguerais-je, la totale liberté de création) de l’écriture consiste à être capable de créer des personnages entièrement distincts de soi, et que l’on peut pourtant comprendre intimement ; dans la peau desquels on peut totalement vivre ; et que l’on peut raconter de façon totalement crédible.
Il semble difficile d’incarner cet idéal entièrement (ne serait-ce que parce que les goûts et la personnalité vont faire pencher l’auteur vers un type de création de manière plus favorable), mais on peut le viser ; et avoir conscience de ses biais et préférences pour sortir de sa zone de confort (où l’on trouve justement des ressources insoupçonnées pour créer des choses originales).

L’obligation fantôme (et Current Reader)
Getting Things Done a révolutionné la productivité personnelle mais, comme à peu près tout en notre ère de standardisation, le concept de boîte de réception / triage / tâche à accomplir a débordé du domaine professionnel pour envahir tous les domaines de l’existence, des emails (inbox zero!) au doomscrolling des réseaux, en passant par la liste de lecture Netflix.

Partout, les informations arrivent, s’entassent, et parce qu’on dispose de la possibilité et de la méthode pour les traiter, on imagine que le temps est extensible et qu’on peut tout gérer. Ce qui est évidemment illusoire, et génère une « obligation fantôme » (phantom obligation) dans les excellents mots de Terry Godier, à travers un article qui a circulé assez largement.
Partout, les notifications et les badges rouges accaparent (et monétisent) l’attention, générant une culpabilité radioactive de fond qui n’a pas lieu d’être : oui, vérifier vos mails professionnels et les suivre est important, mais pas autant que vos flux sociaux ni que les articles mis de côté pour le plaisir. Qui se dit : « il faut que j’arrive à bibliothèque zéro » ?
Il convient, avance Godier, de questionner les paradigmes des interfaces de nos applications ; un lecteur de flux doit-il vraiment ressembler à une application d’emails? Non. Et puisque les flux RSS, c’est le bien, il est l’auteur d’une application de lecture résolument différente, Current Reader, qui traite les articles non pas comme une liste de choses à faire, mais comme une rivière de contenu où les actualités, les essais et les opinions passent et se dépassent, et où il s’agit de lire pour le plaisir de lire et non pour l’obligation fantôme de réduire la pile à zéro, tout ça pour la voir remonter dans l’heure qui suit, supplice de Sisyphe moderne. Current ne présente, et c’est un choix, aucun compteur.
De manière annexe, une lecture vivement recommandée : The Last Days of Social Media, qui expose en détail comment les réseaux que nous avons connu dans les années 2010 sont morts (ou agonisent) et que nous sommes déjà passé·es à autre chose, et que nous avons besoin d’autre chose.
La photo de la semaine : Nuit étoilée dans les hills
Procrastination podcast s10e14 – Les personnages de contraste (foils)

Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s10e14 – Les personnages de contraste (foils)« .
Les « foils » (personnages de contraste) sont une notion fondamentale en narratologie anglophone et semblent pourtant absents de la narratologie francophone. Il s’agit de personnages dont le comportement et la façon d’être permet opportunément à un autre de briller, ce qui ajoute un moteur de narration et de caractérisation supplémentaire à travers leurs interactions.
Lionel (qui s’excuse pour la qualité déplorable de sa prise de son sur cet épisode) développe la notion en détail, exemples à l’appui, avec les intérêts narratifs d’une telle dynamique, ainsi que ses pièges.
Estelle développe le concept comme école d’efficacité narrative par le contraste, souligne l’importance de donner une identité propre aux personnages ayant cette fonction, et expose l’intérêt et le plaisir qu’on aura à faire évoluer une telle dynamique.
Mélanie, la plus sage d’entre nous, caresse son chat.Références citées
- Sherlock Holmes, série de films par Guy Ritchie
- Doctor Who, série créée par Sydney Newman, Donald Wilson et C. E. Webber
- Star Wars, saga créée par George Lucas
- Sherlock Holmes, série de romans par Arthur Conan Doyle
- The X-files, série créée par Chris Carter
- Le Seigneur des Anneaux, J. R. R. Tolkien
- The X-Men, personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby
- Jerry Bruckheimer
- Arabesque, série créée par Peter S. Fischer, Richard Levinson et William Link
- Lucifer, série créée par Tom Kapinos
- Bones, série créer par Hart Hanson d’après les romans de Kathy Reichs
- Sherlock, série créée par Mark Gatiss et Steven Moffat
- Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :
Bonne écoute !
Annonce d’un projet radical et collaborativo-social : l’École des Vents
Parce que le monde va mal – il va mâle, car les hommes sont fous –, j’ai décidé, dans le for intérieur de moi-même, de prendre une décision radicale. Parce que je suis auteur, et donc, foncièrement plus intelligent que tout le monde, puisque j’ai compris des trucs et que j’écris dessus, j’ai décidé de fonder une école de formation scholastique universelle, baptisée l’École des Vents – car nous sommes tous Dust in the Wind, et que les zéphyrs et les aquilons, par la puissance de la convection que l’on retrouve également – cyberespace ! – dans les entrenoeuds et interchanges de l’Internet multimédia – le XXIe siècle est idées, fluidité, conceptualisations indépendantes antifragiles ultralocalisées en résistance décisive.
À l’École des Vents, point de diktat, point d’enseignement vertical d’une vérité déposée ; non, l’école est en autogérance totale, car l’élève lui-même, le stagiaire – stage-hier – entre en scène dans l’espace commun opérationnalisé par les psychés présentes, et dès lors, enseigne à lui-même ce qu’il reçoit de tous. C’est davantage une dramatisation de l’actualisation qu’un curriculum unidirectionnel ; c’est une co-concrétisation collaborative, une autorité répartie et non-locale, un champ quantique globalisant et globalisateur par lequel la profonde authenticité de nos vérités somatiques influe et incarne le changement de paradigme nécessaire à un âge à la fois cyberspatial et techno-ancestral. Ah, et puis Gilles Deleuze.
J’ai monté l’École des Vents avec tout un assortiment de talents techno-pagans, d’empiristes de l’âme, de sages fous réunissant le meilleur des courants contraires de l’humanité en ce seuil de quête holistique. Parmi les premiers talents qui ont accepté de me rejoindre dans ce projet insensé et pourtant le seul à faire sens alors que le monde vacille sur son point d’équilibre, des slammeurs, des illustrateurs-charcutiers, des sculpteurs-CEO, des musiciens-oracles, que j’ai l’honneur et le plaisir d’organiser de façon horizontale et collaborative autour de moi-même en ma persona d’auteur-musicoélectronicien, et surtout de codeur de la réalité.

Le programme complet du premier stage, pour les stage-hiers, sera annoncé bientôt, mais DJ Raspoutine, artiste bruitiste dont Autechre a dit « on lui a tout piqué » et Camila Varda Balaklava Moussaka Camélia Rada Popova Mitsubishi-Hilton, plasticienne russo-nippone spécialisée dans les boîtes à fromage, m’épaulent déjà pour la production d’ateliers radicaux et transformateurs, comme :
- Vaincre le capitalisme par la thalassothérapie
- Entre botanique éveillée et transcendance tantrique par l’ivresse : à l’écoute de la mousse
- Pont ou bien frontière ? Chercher son archétype jungien par une méditation psychotropique sur le viaduc de Millau
- Ces liens qui nous (dés)unissent : purger les blocages des lignes temporelles akashiques par la transe du macramé
- Ce que Super Mario nous enseigne sur la croissance du Soi
- Does it bring joy? Purger les traumas intergénérationnels par la méthode Marie Kondo
De manière à démocratiser au maximum ce programme de survivance écopsychique aux disruptions systémielles et à garantir son inclusivité maximale dans sa radicalisation anticlassiste, j’ai décidé de le placer au tarif early bird préférentiel et tout à fait raisonnable de 10 000 € les trois jours. Et de manière à positionner résolument la démarche en-dehors du capitalisme bourgeois et d’en faire un véritable acte de révolution culturelle permanente de l’individu invertissant son réseau matriciel de connexions tendues, les frais d’inscription sont uniquement payables en cryptomonnaies et NFT.
La photo de la semaine : Dingo dans le bush
Non, pas ce Dingo-là.
Le Zettel de la quinzaine : Tous les événements à l’image ne doivent surtout pas être soulignés exactement (« Mickey Mousing ») (202603170815)
Pour mémoire, ces notes sont des extraits bruts de décoffrage de mon système de notes privé, afin d’expérimenter avec une forme différente de partage dans l’esprit des digital gardens.
Le « Mickey Mousing » désigne une bande musicale dont chaque effet, chaque son vient exactement souligner l’action, ce qui donne un côté cartoon et très enfantin (Jean Cocteau : « la technique la plus vulgaire »).
Non seulement il n’est pas nécessaire de le faire, c’est donc contre-indiqué. Une bande son plus mûre et évoluée n’aura pas peur de marquer l’évolution globale de l’émotion sans craindre de décaler sa rythmique avec l’enchaînement strict des plans et des actions de l’image, créant un sous-texte d’émotion plutôt qu’un marquage mécanique de l’action.

Écrire en musique: pg.lost
Ce qui est rigolo avec les groupes de post-métal/post-rock ou de métal progressif instrumental, c’est qu’ils ont tous des noms extrêmement bizarres (God is an Astronaut, Collapse under the Empire, If these Trees could Talk, The Evpatoria Report, Lost in Kiev…). Et donc pg.lost – minuscules de rigueur, une URL retournant un éternel 404 ? On ne sait pas vraiment.
Le post-métal, c’est l’autre extrémité du spectre pour écrire : quand l’ambient se dissipe dans le fond de l’esprit, le post-métal fournit suffisamment de progression et de rythmique pour conserver juste un peu de tension et d’éveil, dépendant de l’exigence du moment. Le paysage des découvertes à faire semble infini, mais l’une des écoutes quasiment inépuisables à mon goût est donc pg.lost avec notamment l’album Versus :
Tout n’est pas forcément égal dans la discographie, en revanche. Versus est probablement le sommet, suivi de près par In Never Out. It’s not Me, it’s You! comporte quelques morceaux de bravoure comme le fantastique Pascal’s Law. Le reste suscite à mon sens moins d’unanimité, mais pg.lost reste un repère indémodable du paysage et les longues plages évolutives sont idéales pour des séances de rédaction difficile.









