Du blog au réseau jusqu’au jardin numérique

Le blog est né sous la forme d’un journal intime, sauf qu’il était tout le contraire d’intime, puisqu’il était publié en ligne pour le regard du monde. Une vingtaine d’années plus tard, le streaming en imitait la forme, en rendant publique une pratique censément solitaire, le jeu vidéo. Le blogging s’enracine dans le partage de réflexions et de trajets personnels ; avec le temps, il a naturellement dérivé vers la publication de connaissances et de savoirs-faire (l’approche qui a ma prédilection, n’ayant jamais très été enclin à raconter ma life).

Nous sommes en 2026 et la pratique du blogging a une trentaine d’années. Dans l’intervalle, les réseaux commerciaux sont apparus ; l’immédiateté de leurs outils a principalement cannibalisé l’attention et le désir de partage initialement dévolus au blogging. Et avec la démocratisation d’Internet, le partage d’un savoir spécialisé s’est révélé lucratif, soit directement (monétisé par des formations), soit indirectement (en servant de produit d’appel à la fidélisation d’un public – c’est la promesse de Susbtack et ce qui motive tous les blogs à vous proposer un PDF gratuit en échange de votre adresse mail).

Que reste-t-il de nos amours du blogging aujourd’hui ? La vie quotidienne s’est déportée sur les réseaux. Le média n’a jamais été idéalement placé pour la construction d’archives aisément navigables ; ce site proposera l’année prochaine 20 ans (BORDEL) d’archives, qui forment essentiellement un trou noir impossible à consulter. Je suis passé par un paquet de phases : un seul long article fouillé par semaine, ou bien un article par jour coûte que coûte, jusqu’à la formule actuelle, avec trois publications par semaine environ. Le blog reste un excellent support pour des réflexions plus longues et construites sur une actualité, des questions sur une problématique (comme le présent article – on est méta) – mais désigne du contenu relativement transitoire, inscrit dans un contexte temporel. Quid du partage du savoir, de la construction progressive d’une base de connaissances ?

Une proposition de forme émerge depuis quelques années : les digital gardens. Ces « jardins numériques » sont des collections de notes et de réflexions personnelles plus ou moins abouties, dans l’esprit du carnet du Lumières ou du commonplace book, que l’auteur·ice met à libre disposition en ligne, et où l’on est invité·e à se perdre. L’un des pionniers est le chercheur Andy Matuschak ; la mise en forme défilante de ses notes a été reprise dans les empilements d’onglets d’Obsidian. D’autres noms emblématiques de la pratique sont par exemple l’autrice er chercheuse Eleanor Konik, ou bien Steph Ango, le CEO d’Obsidian lui-même. Chez nous, l’autrice Rozenn Iliano construit le wiki de son Grand Projet.

Quasiment dès sa création, Obsidian a proposé Publish, une solution pour mettre ses notes en ligne avec la simple bascule d’un bouton. Alors que ce site de perdition approche donc son vingtième anniversaire (j’étais là, Gandalf, au Crétacé), que je sens depuis longtemps que la forme du blog ne sert plus entièrement ce que j’aimerais en faire, et que la tentative de partager un Zettel par quinzaine a rencontré de l’intérêt, je me dis qu’il est peut-être temps de renouveler la forme de mes partages.

Ce qui pourrait prendre la forme suivante :

  • Un digital garden, propulsé par Obsidian Publish, compilant à la fois une sélection de mes notes personnelles contemporaines sur la création, ainsi que les articles du présent blog méritant toilettage et sauvetage, et des archives consultables de Procrastination. Une sorte de base de connaissances intemporelle, quoique pas forcément pérenne ; des réflexions sont toujours appelées à évoluer (ce qu’elles feront). Par ailleurs, des notes personnelles sont nécessairement parfois obscures ou lapidaires ; mais mieux vaut le proposer dans une forme inachevée avec l’espoir que quelqu’un en retire quelque chose. L’avantage est double : tout est plus facile à trouver et naviguer, et moi, ça me pousse à proposer des articles de qualitay, qui ne seront pas perdus dans des tréfonds d’archives quinze jours plus tard.
  • Le blog demeure, mais s’orienterait alors plus clairement, comme dit plus haut, sur le contenu transitoire, inscrit dans un contexte temporel. Réflexions sur l’actualité, le monde du livre, progrès des projets en cours, nouvelles publications – livres, podcasts, Zettels. Le centre de la galaxie, renvoyant à tout le reste.
  • Bluesky demeure la tête de pont. C’est le seul réseau que j’utilise (avec un plaisir qui demeure). Mais j’ai été suffisamment échaudé par les confiscations successives des plate-formes pour tenir à conserver mes posts indépendants, hébergés ici.
  • La newsletter mensuelle conserve son rôle, avec un récapitulatif un peu plus personnel et intime sur le mois qui vient de s’écouler.

Voilà l’état des réflexions. Ah, et, euh, oui.

Ça veut évidemment dire que je suis repassé sous Obsidian.

Auguste lectorat, je suis preneur de ton avis, si la chose ne t’est pas totalement indifférente.