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One last save

« Les dés ne servent qu’à faire du bruit derrière l’écran du maître. »

Gary Gygax est mort mardi 4 mars.

Gary Gygax, c’était l’auteur principal de Donjons et Dragons, soit le premier jeu de rôle de l’histoire. C’était en 1974. Un loisir entièrement nouveau, inspiré du wargame mais qui allait vite prendre son indépendance, une sorte de mélange créatif entre le jeu de société, le conte, le théâtre d’improvisation…

D&D – et à travers lui le jeu de rôle tout entier – a formé toute une génération à une implication nouvelle dans l’imaginaire, une implication à la première personne. D’innombrables auteurs ont été nourris au JdR, lequel a stimulé leur imagination, leur a permis de faire leurs premières armes dans l’art de la narration, de jouer avec des mondes, avec le feu de la création, de tester des pistes et d’apprendre à juger quand une histoire fonctionne. J’en fais, très humblement, partie et je m’incline très profondément devant monsieur Gygax pour tout ce que j’ai appris à travers son jeu quand j’étais gosse.

Le versant simulationniste du JdR a engendré les « RPG » informatiques comme les Final Fantasy jusqu’à sa filiation la plus moderne et la plus connue aujourd’hui, World of Warcraft, où dix millions de personnes à travers le monde se retrouvent en ligne pour partager des aventures imaginaires dans un monde peuplé d’elfes, de gobelins et de dragons.

Tout cela remonte à D&D et à ce monsieur, Gary Gygax – un nom prédestiné à la fantasy; son oeuvre a véritablement fondé un pan entier de la pop culture actuelle. Grâce à sa création et son évolution, nous sommes des millions à avoir rêvé et à rêver encore.

Le soir de son décès, comme par extraordinaire, je jouais au même moment dans les Royaumes Oubliés mon jeune paladin archétypal comme seul Donjons et Dragons sait encore en faire. Je n’ai jamais eu la chance de rencontrer ce monsieur, mais je crois que c’était – involontairement – le meilleur hommage que nous puissions lui faire, pour le remercier de ce loisir qu’il a inventé qui continue de nous emmener dans de fantastiques voyages à travers des contrées fantastiques, dangereuses et intrigantes.

2011-02-02T15:34:37+01:00vendredi 7 mars 2008|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur One last save

Le héros s’appelle Bob Morane

Il y a des moments où, mystérieusement, tempus fugit. (Qu’est-ce que ça fait classe, le latin.) Petits aléas sans importance où les impératifs s’empilent, construisant un tunnel – abyssus abyssum invocat – dont on ressort en se disant: « waw, déjà deux semaines d’écoulées? » D’où une petite absence – je sais que je dois des réponses à gauche et à droite, toutes mes plates excuses… Je reprends contact incessamment. Hic et nunc, si j’y arrive.

Le temps, cet inconnu, qui file dans les aléas de la vie moderne, voilà un bel et bon sujet de blog d’une originalité telle que j’en tombe de ma chaise à la renverse, ébahi par tant d’audace et de nouveauté. Nil novi sub sole. (Je ne m’en lasse pas.)

Je sais, je sais. Je suis navré. Il me faut interrompre momentanément le feuilleton absolument haletant de mes tribulations immobilières surréalistes, histoire bouleversante aux rebondissements incroyables qui souleva des vagues de controverses, des déchaînements de foule, que dis-je, un raz-de-marée de missives d’admiratrices joignant à leur courriels des jpg suggestifs pris en petite tenue et dont, je l’annonce, j’ai déjà vendu les droits (le feuilleton, pas les photos) au Brésil pour la réalisation d’une telenovela en 5200 épisodes où l’acteur qui jouera mon rôle aura, lui, des cheveux – bref, il me faut interrompre cette oeuvre majeure de la littérature moderne, au grand regret de ses quatre quarante millions cinq cent mille lecteurs, pour annoncer une nouvelle – sérieuse, elle, le palmarès du prix Bob Morane 2008:

Romans francophones
Jérôme NOIREZ – Leçons du monde fluctuant – Denoël
Romans traduits
Adriana LORUSSO – Ta Shima – Bragelonne
Nouvelles
Lucie CHENU – (Pro)Créations– éditions Glyphe
BD francophones
MARAZANO PONZIO – Genetiks – Futuropolis
BD traduites
OHBA OBATA – Deathnote – Kana
Coups de c–ur
Bifrost

Pour fêter les 10 ans du Prix Bob Morane, des distinctions honorifiques sont remises.
Meilleur auteur francophone des dix dernières années :
Pierre Bordage
Meilleur auteur traduit des dix dernières années :
Stephen Baxter
Les meilleurs des dix lauréats des années précédentes :
Roman francophone
Catherine DUFOUR – Le goût de l’immortalité – Mnémos
Roman traduit
Andreas ESCHBACH – Des milliards de tapis de cheveux
– L’Atalante
Nouvelle
Ted CHIANG – La tour de Babylone – Denoël
BD
ANDREAS – Deliah (Capricorne 3) – Lombard

Un très grand bravo à tous les lauréats!

Je suis évidemment ravi pour (Pro)Créations et surtout pour Lucie Chenu (et les éditions Glyphe) car je voudrais là, tout de suite, lui tirer bien bas mon chapeau pour tout le boulot qu’elle a accompli autour de cette antho; la construire, lui donner une unité, démarcher les éditeurs.

Mais plutôt que de vous proposer sur-le-champ des réflexions hautement intelligentes, édifiantes, bouleversantes d’originalité et de pertinence sur l’état du marché littéraire pour la nouvelle, je préfère vous rendre à votre série haletante dont, on me le signale à l’insant, Hollywood vient d’acquérir les droits pour une trilogie avec des effets spéciaux bouleversants pour la réalisation d’une shampouineuse à moquette transformable en tank léger et dont le prochain épisode sera publié ici même entre lundi prochain et décembre 2012, date de la fin du monde selon le calendrier maya.

2011-01-28T16:23:20+01:00vendredi 29 février 2008|Actu|Commentaires fermés sur Le héros s’appelle Bob Morane

Rasade d’humanité dans un monde surréaliste (L.I – II)

En clin d’oeil à la talentueuse alchimiste LS, je dirai simplement en introduction:
The manner of this post (and those that will follow) is a very, very humble tribute to Sterne and his Tristram Shandy.

« Les mots sont comme les glands… Chacun d’eux ne donne pas un chêne, mais si vous en plantez un nombre suffisant, vous obtiendrez sûrement un chêne tôt ou tard. »
– William Faulkner

Livre I

Dans une entrée précédente, je révélais au monde ébahi un fragment de ma correspondance privée – non pas quelque aventure croustillante aux frontières de la déviance et m’affirmant par le scandale – mais, plus prosaïquement, ma lettre de résiliation à mon agence immobilière. On fait les scandales que l’on peut.

L’histoire de cette missive lancée dans l’éther et pour laquelle je ne m’attendais pas à recevoir de réaction a connu ce matin un rebondissement fort amusant et sur lequel, j’en suis sûr, il y a un sens plus profond à élucider. Mais, si vous le voulez bien, un peu de contexte d’abord.

Il me faut tout d’abord avouer que je n’ai pas envoyé cette lettre de façon purement gratuite; j’agissais un peu par réaction. Le ton légèrement polisson et ampoulé du courrier était une réponse codée aux méthodes de ladite agence dans le traitement de ses locataires. Ayant eu affaire aux intéressés du côté du locataire – traîne-savates, fauché, le jean troué, l’oeil vitreux, l’élocution traînante – et du propriétaire – bourgeois, aisé, prévoyant, l’investissement sain, la chemise repassée, la carte de visite immaculée – je n’ai pu m’empêcher de noter une certaine différence de traitement selon le rôle.

Je dois derecher convenir – et même reconnaître – que, parfois, j’accorde peut-être une importance démesurée au plus infime détail – mais le diable est dans les détails, dit-on, et, si j’aime autant le diable, c’est parce qu’il est révélateur. L’agence en question, donc, place plus que jamais le locataire dans la peau du fautif a priori, quémandeur d’un logement où vivre son insignfiante existence – qu’il fasse preuve de gratitude si on le lui octroie et qu’il n’oublie pas, avec le virement bancaire, d’adresser un e-mail de
remerciements et une boîte de chocolats à la nouvelle année.

Non, bien sûr.
J’exagère.

Livre II

Je suis, je pense, un gentil garçon, qui paie son loyer à l’heure, qui évite de faire du bruit le soir après 22h, qui dit bonjour à la dame (et au chien) dans l’ascenseur, qui fournit toutes les attestations qu’on lui demande, etc. Revers de la médaille: si je me sens soupçonné à tort, je deviens très vite très con, surtout dans le cas d’exigences léonines. Et l’agence enchaîne lesdites, probablement par excès de prudence, dans des courriers-types dont les formules sont d’une séchresse exemplaire. Cher locataire, « vous voudrez bien faire…  » (En fait, là, j’ai pas envie.) Cher propriétaire, « nous vous remercions de bien vouloir trouver… » (Ah, mais c’est très aimable, merci à vous.)

Ma lettre d’origine, je l’avoue, s’amusait donc toute seule de ces tournures, aparté entre moi-même et vous, lecteurs de ces futiles et stupides expériences, tout en clôturant le dossier d’un implicite et joyeux « tout cela n’importe guère, somme toute ». Et, en effet, je recevais, trois jours plus tard, d’un air tout aussi guilleret, une autre lettre circulaire de leur part où l’on exigeait cette fois, lors de l’état des lieux, la remise d’un duplicata de la facture de location de la shampouineuse à moquette. Je suppose que c’est pour le locataire indélicat et surpris dans sa saleté une manière de se dédouaner: « je sais, les sols sont immondes, mais regardez, j’ai quand même loué une shampouineuse ». Que leur prévenance en soit remerciée! La shampouineuse comme mot des parents. Et, autrement, j’imagine que constater la propreté leur serait insuffisante; il leur en faut connaître le moyen d’action, car, il est vrai, comment s’assurer autrement que nul esclavage, nulle servitude, nulle action contre nature ou contre l’environnement, nulle déviance, nulle atteinte aux bonnes moeurs ne sont intervenus dans le nettoyage des sols? La shampouineuse comme caution morale!

2011-02-02T13:22:03+01:00mardi 12 février 2008|Expériences en temps réel|Commentaires fermés sur Rasade d’humanité dans un monde surréaliste (L.I – II)
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