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Joanne Harris sur le piratage (en français)

lolcat-planning-demiseJoanne Harris, en plus d’être une romancière reconnue, est extrêmement active et fort intéressante sur Twitter. Elle propose régulièrement des séries de tweets sur l’écriture, l’édition, et, vendredi dernier, décortiquait l’argument fallacieux que le piratage n’est pas du vol, c’est de la copie. Histoire de varier les interlocuteurs, et comme j’ai déjà parlé du sujet suffisamment récemment, je lui ai demandé si elle accepterait que je traduise une sélection de ses tweets (vu que nous sommes visiblement d’accord). Accord obtenu, les voici. 

  • L’argument sur le piratage douteux du jour : « Ce n’est pas du vol, c’est de la copie. » *se cogne la tête contre le bureau*
  • « Je vois que tu achètes une Rolex. Et si je te donnais cette copie gratuitement ? » « Vous embauchez quelqu’un ? Et si je faisais ce boulot gratuitement ? »
  • « Vous avez mis vos identifiants bancaires en ligne ? Et si je les copiais, juste pour les envoyer à toutes mes connaissances ? Ce ne serait pas du vol, juste de la COPIE. »
  • « Je sais que j’ai dîné dans votre restaurant, puis que je suis parti sans payer, mais cela vous fera de la BONNE PUBLICITÉ. Cela vous aidera à VENDRE davantage de places. »
  • « Je sais, j’ai volé cette bouteille de vin, mais, bon sang, elle était BIEN TROP CHÈRE pour que je l’achète. »
  • « Ouais, alors ce que je vais faire, c’est manger ce steak, et si je le trouve vraiment bon, je le paierai. Sinon, je l’effacerai, tout simplement. Ça va, non ? »
  • « Tout ce que j’ai fait, c’est copier votre travail et le donner gratuitement. Ce n’est quand même pas ma faute si vous avez mis la clé sous la porte. »
  • Peut-être y a-t-il une idée ici. Voler nécessite une once de réflexion. Les pirates ne sont pas des voleurs. Ce sont des PARASITES.
  • « Je sais que c’est votre boulot, tout ça, mais avez-vous lu ce site web ? Il explique pourquoi je m’y connais TELLEMENT mieux que vous sur le sujet. »
  • Pirater des livres, c’est comme fabriquer de la fausse monnaie. Au bout d’un moment, la valeur se perd. On finit par travailler pour rien. Tout s’effondre.
  • Ici, un troll sur Twitter accuse une diplômée de Cambridge d’ « anti-intellectualisme » PARCE QU’ELLE ESSAIE DE PROTÉGER LES AUTEURS du piratage…
  • « Les Kindles sont chers, alors les livres électroniques devraient être gratuits » revient à dire « j’ai acheté ma maison, alors je peux voler les plantes de mon voisin. »

… Et comme il est difficile (et un peu inutile) de vouloir rester hors de la discussion sur un réseau social, j’ai dévié avec l’utilisateur @adrianshort sur le rôle de l’économie. Je retranscris cette discussion, car elle permet de couper court à un autre argument fallacieux : celui que l’économie doit changer pour légitimer la pratique (ça ne choque personne qu’on s’attaque pour cela à l’un des plus faibles secteurs).

LD : Si seulement les gens mettaient autant d’énergie à justifier le piratage qu’à, mettons, combattre la faim dans le monde. […]

A. S. : Peut-on jamais justifier de voler à manger ou bien NE VOLE PAS À MANGER représente un principe applicable quelles que soient les circonstances ?

LD : Tu ne mourras pas de ne pas voler un livre, mais si tu le fais, l’auteur en mourra peut-être, lui. C’est si difficile à comprendre ?

A. S. : Bien sûr, parce que c’est absurde. Une vente de livre ne transforme pas un auteur affamé en auteur viable.

LD : Le manque massif de ventes nuit à l’économie. C’est aussi pour ça qu’on paie pour se nourrir. Il faut que les gens gagnent leur vie.

A. S. : D’un point de vue économique plus vaste, ces dépenses se sont décalées ailleurs, comme l’équipement informatique et l’accès à Internet. L’économie ne va pas plus mal si les gens achètent de la bière plutôt que des livres, en tout cas pas dans le sens que tu entends.

LD : Alors construis-nous une façon de gagner nos vies avec ta science économique. Pour l’instant, le modèle ne satisfait personne. Je suis tout à fait pour une économie idéale, sincèrement. Mais les gens ont besoin de gagner leur vie AUJOURD’HUI, pas dans une économie idéale.

A. S. : Un revenu de base universel créerait une énorme différence pour les créatifs aux revenus modestes. Je suis pour.

LD : Moi aussi ! Mais on n’y est pas encore, et le monde doit fonctionner dans l’intervalle. Donc, pas de piratage.

A. S. : Les éléments montrant que le piratage empêche quoi que ce soit de fonctionner, d’un point de vue économique ou autre, sont rares.

LD : C’est certainement pour cela que 90% des créatifs martèlent le contraire. Pourquoi seraient-ils au courant ; ce n’est que leur gagne-pain. D’innombrables articles le montrent. Mais je vois que je t’en convaincrai pas.

Depuis le dernier article sur le piratage, qui a soulevé beaucoup d’ire (pour un article plutôt écrit sur un ton chaleureux), il est apparu quelque chose de très net : les maisons d’édition indépendantes, qui proposent des livres électroniques à prix plancher, sans protection, avec un travail de qualité, se font pirater comme les autres. Donc, l’argument pseudo-éthique « je ne pirate que les maisons trop chères / qui verrouillent leurs fichiers / les grands groupes » ne tient absolument pas. Qu’on n’essaie donc pas de justifier le piratage avec une espèce de vague attitude de chevalier blanc ; c’est la démonstration par l’exemple que ce n’est que de la poudre aux yeux, et une malhonnêteté de plus. On pirate parce qu’on pirate, et dès qu’on consomme une œuvre de la sorte, on triche, point.

Si vous souhaitez la source de l’ensemble des échanges :

2016-09-19T23:24:37+02:00mercredi 21 septembre 2016|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Joanne Harris sur le piratage (en français)

Une page sur le site pour Procrastination (et un point sur le site)

Howdy hey. Nous avons lancé notre podcast sur l’écriture en quinze minutes la semaine dernière, Procrastination ; pour information, toutes les informations sont à présent centralisées sur cette nouvelle page (liens d’abonnement, principalement, avec tous les moyens possibles : flux RSS classique, iTunes, Soundcloud, YouTube). Merci, déjà, pour tous vos retours et propositions de sujets ; nous notons tout autant que faire se peut et cela informera la suite du podcast (même si nous avons prévu des épisodes d’avance pour ne pas être pris de court).

page-procrastination

Concernant le présent site : des tas de petites choses commencent un peu à craquer aux entournures. Des mini-bugs graphiques, des mises en page non raccord… Ce qui est dû à un certain nombre de petits hacks installés de base pour le faire tourner comme je le désire. Or, c’est classique : plus ils sont nombreux, et plus on court le risque qu’ils cassent avec le temps et les mises à jour subséquentes. J’espérais que la v7 me durerait quelques années, mais il semble qu’elle montre déjà des signes d’usure prématurée, et que réparer et maintenir sur le long terme demanderait probablement plus de temps que de prévoir des bases un peu plus saines.

Mais mec, tu changes de site tous les ans, non ? On sait bien que c’est ton loisir secret, allez. 

En fait, non. Les anciennes versions duraient plus longtemps, mais le site s’est complexifié dans le but de me rendre la gestion plus facile1, ce qui implique, en retour, un certain nombre de transitions passablement ennuyeuses avec le contenu existant – lequel remonte à (gasp) huit ans de blogging, et que je ne veux pas perdre. Fort de tous ces enseignements, l’objectif est à présent de planifier drastiquement en amont au lieu de tenter des trucs et d’adapter à la volée, pour retrouver la stabilité que j’avais avec la v5 (et que je n’ai changée que pour des raisons d’incompatibilités technologiques) et me débarrasser de toutes les scories accumulées avec les années.

Donc : le site ne changera pas de sitôt, parce que a) cela prendra du temps et b) j’ai largement autre chose à faire en ce moment. Mais, en gros, si vous trouvez sur des bugs ou des mochetés, je suis probablement et malheureusement au courant. Et, tel dieu face au monde qui lui déplaît, plutôt que d’employer la miséricorde, je vais balancer un bon gros déluge un de ces quatre et repartir sur des bases saines.

  1. S’il y en a que ça intéresse, la partie livres est à présent gérée par Woocommerce, mais c’était un gros module à intégrer et je me rends compte à l’usage que c’est presque un monde à part. Et que l’envergure du truc peut poser un certain nombre de problème de gestion et d’homogénéisation par ailleurs.
2016-09-19T09:57:07+02:00lundi 19 septembre 2016|Dernières nouvelles|2 Commentaires

La photo de la semaine : manoir écossais

*insérez musique de film d’horreur des années 50*

Scottish manor

Cliquez pour agrandir

2016-09-15T13:44:48+02:00vendredi 16 septembre 2016|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : manoir écossais

Procrastination épisode 1 : La technique en questions

procrastination-logo-texte

Mise à jour du lendemain : le podcast est à présent disponible sur iTunes et par flux RSS classique

Mise à jour 13h40 : l’épisode est également disponible sur YouTube

Ça y est ! Le premier épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture avec Mélanie Fazi et Laurent Genefort, est sorti ! C’est donc un rendez-vous bimensuel que nous vous donnons, le 1er et le 15 de chaque mois, pour discuter d’écriture, de narration, de technique littéraire et d’édition, et ce en quinze minutes.

Le titre de cet épisode : « La technique en questions » :

Pour ce premier épisode, Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort introduisent le projet de ce podcast sur l’écriture en discutant du rôle de la technique dans l’art, de la place à lui réserver dans la pratique et des manières de l’acquérir. À quoi sert la technique ?  Comment l’équilibrer avec l’inspiration, un bon livre est-il forcément « parfait » techniquement ? Faut-il trouver « sa » technique, et le cas échéant, comment faire ?

Le podcast est disponible sur Soundcloud (et donc ci-dessous), sur iTunes, par flux RSS classique et aussi sur YouTube :

 

2019-05-04T18:49:22+02:00jeudi 15 septembre 2016|Procrastination podcast, Technique d'écriture|2 Commentaires

L’Importance de ton regard en promotion en numérique !

Couv. Anne-Claire Payet

Couv. Anne-Claire Payet

Hé, auguste lectorat ! Pour la rentrée, les éditions ActuSF ont eu l’excellente idée de mettre L’Importance de ton regard en promotion pour tous les lecteurs numériques : jusqu’au 3 octobre, le livre est à 2,99 € au lieu de 5,99 !

Ce que la presse dit de L’Importance de ton regard (et merci encore à Mythologica pour cet article fantastique) :

Avec L’Importance de ton regard, Lionel Davoust devient, à mon sens, la plume masculine la plus aboutie de l’imaginaire français et à mon sens il a parfaitement mérité son titre de meilleur titre de 2010 sur le site… – Mythologica.net

Le livre propose dix-sept nouvelles et un court roman (ce qui fonctionne bien pour de la lecture numérique), dont plusieurs ont été finalistes de prix, et dont « L’Île close » qui a obtenu le prix Imaginales de la nouvelle et fut traduite aux États-Unis.

C’est aussi une bonne porte d’entrée aux univers des romans, Léviathan et Évanégyre, puisqu’il comporte « Regarde vers l’ouest », qui se situe dans l’univers du premier, et « Bataille pour un souvenir », dans l’univers du second. C’est, à mon sens, l’une des meilleures portes d’entrée dans mon travail, à condition bien entendu d’apprécier les textes courts.

Vous pouvez acheter L’Importance de ton regard chez votre fournisseur de livrels préféré, ou bien par les liens de la page correspondante du présent site, qui vous en proposera un certain nombre, avec et sans DRM. J’espère que vous y prendrez plaisir !

2016-10-08T19:27:40+02:00mercredi 14 septembre 2016|À ne pas manquer|2 Commentaires

Retrouvons-nous ce week-end à Cidre et Dragon en Normandie !

Ce week-end a lieu Cidre et Dragon, un grand et vénérable festival de fantasy (10 ans d’existence !) qui célèbre le genre sous toutes ses formes, littérature, arts de la rue, jeu de rôle, etc.

cidre-et-dragon-2016

J’y serai samedi et dimanche : j’espère qu’on s’y retrouvera en nombre, avec costumes et dragons ! Cela s’annonce comme une superbe fête de l’imaginaire à ne pas manquer. Cela se déroule en Normandie, à mi-chemin entre Caen et Cabourg, sur la côte : toutes les informations pratiques sont ici.

Une petite bande-annonce :

À ce week-end !

2016-09-14T13:32:59+02:00lundi 12 septembre 2016|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Retrouvons-nous ce week-end à Cidre et Dragon en Normandie !

Fred Guichen lauréat du prix Exégète 2016 !

Et voilà, les résultats sont tombés : le prix Exégète 2016, organisé par le chouette blog la Faquinade et que je parraine cette année, est décerné à Fred Guichen, pour Pigeon, Canard et Patinette, au éditions du Passager clandestin !

prix-exegete-laureat-2016

Félicitations, ainsi qu’aux finalistes – pour rappel :

  • Eschatôn / Alex Nikolavitch / Les Moutons Electriques
  • La Fenêtre de Diane / Dominique Douay / Les Moutons Electriques
  • La Voix Brisée de Madharva / Mathieu Rivero / Rivière Blanche
  • Pigeon, Canard et Patinette / Fred Guichen / Le Passager Clandestin
  • Vostok / Laurent Kloetzer / Denoël

Le compte-rendu complet et le détail des opinions du jury sont à lire sur cette page de La Faquinade ! 

2016-09-04T16:48:07+02:00mercredi 7 septembre 2016|Le monde du livre|1 Commentaire

Procrastination, un podcast sur l’écriture en 15′ avec Mélanie Fazi et Laurent Genefort

procrastination-logo-seulJoie ! C’est un projet secret avec lequel nous avions un peu teasé, mes camarades et moi : et Elbakin a annoncé l’information, donc nous allons en parler.

Le 15 septembre, avec les sublimes Mélanie Fazi et Laurent Genefort, nous lançons un podcast sur la technique de l’écriture et sur le métier au sens large. Il sera résolument tourné vers la narration et ses techniques, de la conception à la publication en passant bien évidemment par la rédaction, l’édition, etc. et chaque épisode ne durera que quinze minutes (afin de ne pas trop abuser du temps de l’auditeur… et de délivrer un maximum d’informations pour un minimum d’emballage). La formule est clairement inspirée de l’excellent Writing Excuses, podcast américain dirigé par Brandon Sanderson (nous n’avons aucun lien avec eux, mais ils nous ont gentiment permis de construire notre propre podcast en partant de leur exemple).

Le podcast est hébergé par le site de référence Elbakin, bien connu des fans de fantasy, qui nous prête sa plate-forme (et que nous remercions au passage !). Il sera évidemment disponible sur tous les agrégateurs habituels. Nous avons prévu une minimum de 20 épisodes sur l’année pour commencer, sachant qu’ils sortiront toutes les deux semaines, le 1er et le 15 de chaque mois. 

Voici les thèmes des cinq premiers : 

  1. La technique en questions
  2. Où allez-vous chercher tout ça?
  3. Les trois genres de l’imaginaire
  4. C’est pas la taille qui compte
  5. Question de point de vue

Nous espérons que vous apprécierez ce nouveau projet – en tout cas, nous nous amusons beaucoup pour l’instant et nous commençons à trouver un bon rythme. Nous serons très attentifs aux réactions des auditeurs, donc n’hésitez pas à nous transmettre vos questions sur l’écriture et vos avis sur le podcast et son contenu.

Pas d’inquiétude pour le contenu de ce blog, ici ; cela ne changera pas grand-chose (d’autant plus que certains sujets se prêtent mieux à des articles écrits et/ou des illustrations visuelles), à part que je communiquerai bien entendu aussi sur Procrastination au moment de la sortie d’un nouvel épisode. Les deux supports ne se marcheront pas sur les pieds – la raison la plus immédiate étant que Procrastination reflète un débat entre nous trois (avec parfois trois points de vue assez divergents sur la technique, ce qui est tout l’intérêt de la chose), mais qu’ici, c’est moi tout seul, et que je suis certes plus cinglé que toi, mais au point de ne pas être d’accord avec nous-mêmes. (sic)

Lire la news d’Elbakin, et discuter de cette annonce sur le forum d’Elbakin.

Le petit jingle que j’avais publié il y a un mois correspondait en fait à ce projet. Encore une fois, dès publication, n’hésitez pas à nous transmettre vos retours. (Nous verrons à l’usage s’il y a une façon pratique de centraliser le feedback, mais j’imagine que le plus simple sera le forum d’Elbakin.)

Avanti ! 

2016-09-19T18:16:13+02:00lundi 5 septembre 2016|À ne pas manquer, Technique d'écriture|2 Commentaires

Une interview de Within Temptation… de 2005

Withintemptation-silentforceHey, auguste lectorat, je sais qu’il y a des gens par ici qui écoutent comme moi de la musique du diable. Fut un temps lointain, où la revue Khimaira sortait en kiosque, j’ai réalisé (sous la direction de Denis Labbé, qui s’occupait de la musique) un ou deux entretiens pour la revue. C’était il y a plus de dix ans, donc l’actualité n’est plus tout à fait brûlante, mais je regrette que ça ne soit plus disponible, et je sais que pour les vrais fans, l’âge ne compte pas. Du coup, histoire que ça soit disponible quelque part, voici la première, d’un de mon groupes préférés de l’époque, Within Temptation (au moment de la sortie de The Silent Force, qui restera pour moi leur meilleur album). Si cela peut amuser / intéresser des historiens du genre, walah. Et sinon, ça sera au moins quelque part.

(Merci à l’équipe de Khimaira, Denis Labbé et, si mes souvenirs sont bons, l’équipe de Garmonbozia qui a rendu cet entretien possible ainsi évidemment qu’à Sharon den Adel pour sa disponibilité et sa gentillesse. Et soit dit en passant, si cela dérange quelqu’un que ce soit ressorti du carton, qu’il ou elle me le signale.)

Khimaira : Bonjour Sharon, eh bien tout d’abord, prenons quelques nouvelles : comment vont tes cordes vocales ? (NDLR : un virus a frappé les cordes vocales de Sharon au cours de la tournée, forçant le groupe à reporter plusieurs concerts) 

Sharon den Adel : Bien mieux, merci ! C’était un virus assez méchant, il m’a fallu quelques temps pour m’en remettre ; je pouvais parler mais j’avais perdu la capacité de monter haut dans les aigus ! Enfin, maintenant, tout va bien !

Khi. : Parlons un peu du nouvel album, The Silent Force ; le son est indubitablement plus lourd que dans Mother Earth. Peux-tu nous expliquer un peu la genèse de cette album ? 

S.d.A. : En 2003, à l’automne, nous nous sommes dits qu’il nous fallait nous mettre à écrire. Nous étions en tournée tout le temps et c’était impossible de composer, à part quelques chansons. Alors nous avons décidé de nous poser et de nous mettre au travail, six, parfois sept jours sur sept. À cette époque, nous n’avons fait qu’une petite tournée, surtout des concerts lors de festivals et nous nous sommes concentrés sur l’album. Nous avons pu réaliser ce gros projet, y intégrer un orchestre et des chœurs, grâce au succès de Mother Earth ; nous avons réalisé le meilleur album dont nous étions capables. Le travail de composition a duré neuf mois ; l’enregistrement trois mois. Que ce soit une si grosse production nous a causé quelques problèmes parce que nous manquions un peu d’expérience dans ce domaine, mais, finalement, tout s’est très bien résolu !

Khi. : Beaucoup de fans vont probablement découvrir Within Temptation à travers The Silent Force ; peux-tu reconstituer un peu de l’histoire du groupe ? 

S.d.A. : En fait, nous faisions déjà de la musique avant Within ; pour ma part, je suis arrivée en 1994 dans un groupe nommé Circle, créé en 1991, pour faire un enregistrement. Mais Robert (NDLR : Robert Westerholt, guitariste de WT) et moi avons eu des divergences avec les autres membres et nous avons quitté le groupe.

C’est donc en 1994 que nous avons fondé un nouveau groupe. Au début, nous n’avions même pas de nom (enfin, nous en avons eu plusieurs !) ; pendant un temps, on voulait s’appeler The Portal, mais on s’est rendu compte que c’était déjà pris ! Nous avons finalement pris notre réel départ en 1996, où Within Temptation a sorti sa première démo. En deux mois, nous avions un contrat ; nous sortions notre premier album en 1997, Enter. Mother Earth est sorti en 2000, puis a été réédité en 2003 pour toute l’Europe.

Khi. : Comment composez-vous ? 

S.d.A : Oh, ça change à chaque fois ! Robert travaille sur la musique, réfléchit à des lignes mélodiques pour le chant. En général, il a plusieurs propositions de lignes vocales, mais j’achève souvent de composer le chant : c’est normal, en tant que guitariste, il a une approche de la mélodie qui n’est forcément pas exactement la même que celle d’un chanteur. Souvent, nous partons de la guitare, puis du clavier… Mais, ah, je ne sais pas, je te dis, ça change à chaque fois !

Khi. : Comment avez-vous intégré l’orchestre à votre processus de composition ? 

S.d.A. : En fait, ça n’a rien changé : nous l’avons intégré dès le début à la musique car nous savions que nous aurions un orchestre, et nous avons gardé cela en permanence à l’esprit. Nous avons écrit les lignes mélodiques de base pour toutes les parties orchestrales, c’est ensuite que l’arrangeur est intervenu.

Khi. : Comment s’est passé l’enregistrement, en particulier pour l’orchestre ? Pourquoi avoir enregistré chaque instrument dans un studio différent ? 

S.d.A. : L’orchestre et les chœurs n’appartiennent pas au même ensemble, et puis nous avons enregistré le chant et la guitare en Hollande mais dans des studios différents, la batterie en Belgique, notre ingénieur est suédois… La raison, c’est nous voulions le meilleur pour chaque instrument ! Alors nous avons essayé différentes choses. Pour l’orchestre, par exemple, nous en avons considéré plusieurs mais les russes collaient le plus à ce que nous recherchions : nous voulions des ambiances proches de la musique de film, or cet orchestre en a déjà fait plusieurs. Les autres sonnaient trop « classique » à notre goût.

Khi. : Comment a été choisi le single Stand my Ground 

S.d.A. : Nous avions plusieurs possibilités, mais une chose était certaine : nous voulions un single heavy. Les fans aiment beaucoup Jillian et nous aussi, mais comme on nous la demande beaucoup en concert, nous l’avons beaucoup jouée ; alors, nous voulions changer un peu, surprendre le public. Stand my Ground est vraiment très bien produite, c’est une chanson très forte, avec des paroles qui collent à notre époque (NDLR : « Stand my Ground » signifie tenir bon). Si nous ne tenons pas bon, qui le fera à notre place ?

Khi. : Avez-vous participé à l’écriture du clip de Stand my Ground ? Comment s’est déroulé le tournage ?

S.d.A. : Au début, nous voulions baser le clip sur des loups, mais la production trouvait cela vraiment trop difficile à réaliser, alors nous avons travaillé sur un script différent. Nous voulions recréer une ville un peu dans le style des décors d’Underworld (du coup, sans loups… garous !), avec une ambiance de fin du monde comme dans Le jour d’après. Voilà l’atmosphère dont nous avions envie.

[Note de 2016 : profitons de l’invention de l’HTML 5.]

Khi. : Aimeriez-vous participer à une bande originale de film ? 

S.d.A. : Je crois que n’importe quel groupe adorerait ça ! Quand on fait un clip, on est obligé de travailler sur un format très court. Alors que dans un film, il y a déjà une histoire forte, de belles images, bref, des choses plus développées dans le temps, on a davantage l’occasion de construire son récit et les émotions. Nous adorons les films épiques comme Braveheart ou Gladiator

Khi. : D’ailleurs, vos paroles ont une portée imaginaire évidente ; êtes-vous de gros lecteurs ? 

S.d.A. : Oui, beaucoup ! Nous trouvons beaucoup d’inspiration dans la littérature. Par exemple, les paroles de Jillian sont inspirées de Katharine Kerr : cette chanson parle des choix que l’on fait, et qui déterminent en partie les choix qui suivent, nous forçant à influencer ceux qui nous entourent.

Khi. : Comment se passe la tournée ? Comment le public accueille-t-il le nouvel album ? 

S.d.A. : Les concerts affichent rapidement complet ! Nous regrettons que tout le monde ne puisse rentrer… En même temps, nous cherchons à recréer une atmosphère plus intime en concert, afin d’aller parler aux gens… Le public est vraiment chaleureux. On nous demande des chansons d’Enter, mais nous préférons mettre l’accent sur The Silent Force… Enfin, nous essayons d’offrir le meilleur spectacle possible !

Khi. : Et quelle est l’atmosphère entre vous ? 

S.d.A. : Tout le monde est toujours très concentré, mais après quelques concerts, nous commençons à prendre le coup, et nous pouvons mieux en profiter, jouer davantage avec le public au lieu de nous angoisser sur nos instruments… Nous essayons de faire de notre mieux ; quand on arrête les concerts pendant longtemps, il faut se remettre dans le bain, mais plus nous jouons, plus c’est facile.

Khi. : Sharon, une question plus personnelle : le métal étant considéré comme un milieu plutôt masculin, comment trouves-tu ton équilibre ? [Note personnelle de 2016 : avec le recul, cette question m’a fait bondir sur ma chaise et ouvrir des yeux ronds – c’est quoi cette question à la con ? Mais il faut se replacer dans le contexte d’il y a dix ans, quand Nightwish passait encore pour une nouveauté et que le « métal symphonique » ou « à chanteuse » démarrait : la question n’était pas idiote, et la réponse de Sharon l’illustre bien. Ouf.]

S.d.A. : Parfaitement bien ! Le problème, c’est une certaine presse… On lit : pourquoi Robert ne chante-t-il plus ? Certains pensent qu’avec un chant féminin, on ne peut pas jouer de métal. Eh bien, si. Nous sommes un groupe de métal parce que nous jouons une musique métal, voilà tout. Cette distinction n’a pas de sens.

Khi : Amnesty International figure sur la pochette de The Silent Force. Avez-vous un engagement particulier ? D’une manière plus large, essayez-vous de communiquer certains messages à travers votre musique ? 

S.d.A. : Cela fait deux ans que nous menons des actions avec Amnesty. Quand on a la possibilité d’agir, je crois qu’il ne faut pas hésiter à le faire. Amnesty s’occupe de questions très diverses, y compris de l’environnement, par exemple. Il ne s’agit pas de mettre le groupe en avant à la moindre occasion ! Simplement, nous pensons que leur action doit être soutenue. D’ailleurs, Stand my Ground est utilisée par Amnesty. Nous sommes heureux d’aider à faire passer leur message.

Khi. : Y a-t-il d’autres singles de prévus ? 

S.d.A. : Oui : Memories. C’est une très belle chanson, qui allie un peu de douceur à un gros son. J’avoue que c’est l’une de mes préférées ! Il y aura probablement un troisième single, très heavy celui-là.

Khi. : Quand vous avez commencé le groupe, vous étiez-vous fixé des buts précis ? Les avez-vous atteints ? 

S.d.A. : Nous n’avons pas à nous plaindre ! Notre but était évidemment d’atteindre un certain succès en jouant ce que nous aimons. Nous travaillons maintenant à plein temps sur Within Temptation ; c’est un rêve devenu réalité, mais tout s’est passé très naturellement : tu commences un groupe pour te faire plaisir, comme un passe-temps, et puis les choses prennent de l’importance – et ce, principalement grâce aux fans. Ce sont eux qui nous ont donné des opportunités, maintenant, nous verrons jusqu’où la route nous conduira… Mais il est sûr que nous adorons vivre ce rêve !

Khi. : Après avoir été plus ou moins ostracisé, le métal semble revenir sur le devant de la scène, passant à la radio, etc. avec des groupes comme vous-mêmes, Evanescence, Nightwish… Quelle est la cause de ce regain d’intérêt à ton avis ? 

S.d.A. : Nous nous réjouissons évidemment de cette tendance ; tout cela permet d’ouvrir des portes pour d’autres groupes. Mais nous-mêmes avons profité des portes ouvertes par nos prédécesseurs… À chaque fois, les choses vont un peu plus loin. Je ne crois pas qu’il y ait vraiment d’explication : cela arrive, c’est tout. C’est une évolution progressive. On entend de plus en plus de groupes à l’étranger, les radios passent des chansons heavy… Certains veulent voir ce succès de manière négative mais, si on ne vous entend pas, comment pouvez-vous espérer vous faire connaître ?

Khi. : Réfléchissez-vous déjà aux projets futurs ? 

S.d.A. : Pour ma part, je voudrais faire un album un peu spécial, avec Within Temptation ou peut-être d’autres groupes, je ne sais pas. J’ai envie de chanter avec plein d’autres musiciens, mais une chose est sûre : Within Temptation sera toujours ma priorité, c’est la musique que j’aime faire, elle fait partie de moi. Alors, cet autre projet, je ne sais même pas si j’en aurai le temps ! Notre tournée de 2005 est confirmée, c’est déjà beaucoup de travail. Nous verrons bien s’il se passe autre chose !

Khi. : Entendrons-nous Robert chanter de nouveau comme sur Enter 

S.d.A. : Nous jouons déjà des chansons d’Enter en concert, mais pour un album, cela ne colle plus vraiment avec ce que nous faisons. Un chant death doit être présent partout ou bien nulle part ; on ne peut pas en mettre un peu ici, un peu là, cela déséquilibrerait la musique. Bref, nous avons composé avec un chant death et nous ne sommes pas convaincus que cela apporte grand-chose…

Khi. : Avez-vous un dernier mot pour vos fans français ? 

S.d.A. : Oh oui, bien sûr ! Nous venons vous voir en juin à Paris, et nous en sommes très heureux ! Nous espérons faire une super fête avec vous ! Le public français est vraiment génial. Je ne dis pas ça pour vous faire plaisir, vraiment, je le pense !

2016-08-30T15:17:19+02:00mercredi 31 août 2016|Décibels|9 Commentaires
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