Creating Flow with OmniFocus : le seul autre manuel de productivité nécessaire

La productivité, le lifehacking, c’est mon dada, mon plaisir coupable. Je suis toujours convaincu qu’il existe de meilleures manières de travailler, plus efficaces et plus agréables, et que les outils modernes permettent de supprimer au maximum les obstacles à la créativité, en donnant – faute d’interfaces neuronales, peut-être un jour – à l’esprit le moyen le plus direct d’exprimer ce qu’il a en tête. Je pourrais en parler à longueur d’articles ici, mais je sais bien que ça n’intéresse qu’une partie de toi, auguste lectorat, et je ne veux pas me transformer en consultant productivité à 100%. Ce n’est pas plus mal, cela me force à mûrir au maximum les notions et les flux de travail avant d’en parler.

Et donc, aujourd’hui, je veux te parler de l’autre livre qui m’a fait voir la lumière en terme d’organisation et de travail, Creating Flow with OmniFocus. Ne fuis pas, ce n’est pas parce que tu n’utilises pas OmniFocus que tu ne peux rien en retirer – même si, forcément, cela aide pour l’implémentation. Mais je dirai, sans hésiter, que CFwOF est le seul autre livre, à part Getting Things Done (rien que ça) qui a eu un tel impact sur ma façon de m’organiser pour arriver à jongler avec toutes mes casquettes.

CFwOF est rédigé par Kourosh Dini, psychiatre et musicien, qui s’est fait une spécialité d’étudier les mécanismes de la créativité sous l’angle pratique. Très influencé par le zen, il aspire, notamment à travers cet ouvrage, à étudier puis supprimer au maximum les barrières à l’état de flow – cet état de créativité maximal où le temps passe sans qu’on s’en aperçoive, où l’on avance semble-t-il sans effort, où le défi est merveilleusement accordé à la réalisation. Et pour cela, il s’appuie sur OmniFocus, qu’il définit comme le meilleur gestionnaire de productivité personnel – et je suis d’accord.

CFwOF peut se lire comme un manuel pour OmniFocus, un didacticiel qui part des bases les plus élémentaires pour aborder les fonctions les plus pointues qu’offre le logiciel dans ses recoins les plus cachés (subtilités sur les perspectives, automatisation, liens internes, etc.). Rien qu’à travers cela, il serait déjà très intéressant, car OmniFocus offre une quantité ahurissante de subtilités qui en font véritablement le Photoshop de la productivité, mais les cache à l’utilisateur débutant pour ne les révéler que si on les lui demande – un peu à la manière de Scrivener. Mais – et c’est là que le livre a été, pour moi, une révélation – Dini partage ses années d’expérience avec le logiciel et entre dans le plus grand détail dans son flux de travail, proposant des dizaines d’utilisations intelligentes et passionnantes du logiciel, le tout en situation.

Car, ainsi qu’on l’a vu en parlant d’OmniFocus, savoir utiliser son outil de gestion de projet n’est que la moitié du travail. L’autre moitié consiste à réfléchir à sa façon de travailler, à la cerner, puis à réussir à l’implémenter dans l’outil qu’on s’est choisi. Et c’est là que le livre s’avère une véritable bible pour le fidèle de GTD qui veut se construire un vrai système englobant sa vie entière. Débordant régulièrement sur des notions de psychologie, Dini explique pas à pas ses choix et ses propositions d’usage, jusqu’aux plus avancées, le faisant même fonctionner dans les derniers chapitres en coordination des outils comme TextExpander et Keyboard Maestro. Le livre est très, très abondamment illustré (il dépasse les mille pages) et accompagne l’utilisateur dans la structuration de ses espaces de travail jusqu’à atteindre le moment béni où son système commence à travailler pour lui au lieu de l’inverse.

© Kourosh Dini

Je crois avoir relu et fouillé Creating Flow with OmniFocus davantage encore que Getting Things Done, car c’est un livre pratique avant tout. En implémentant certaines de ses suggestions, en utilisant intelligemment les forces d’OmniFocus, j’ai clairement débloqué certaines zones de ma vie qui, avant, me causaient du stress.

Quelques exemples, parce que je sens bien que ça tourne à l’argumentaire commercial :

Terre et Mer. Parmi les usages avancés d’OmniFocus, Dini propose de réaliser un projet intitulé « Land & Sea » qui vise à inventorier, avec davantage de hauteur, tous les projets en cours, et de les placer dans des « canaux de travail » à répartir dans la journée. Ainsi, au lieu de se trouver noyé sous des dizaines, voire des centaines de tâches dépareillées, Terre et Mer permet de rassembler les projets globaux et d’articuler des espaces de travail dédiés, tout en acceptant – et c’est là que c’est beau – qu’il n’est pas nécessaire de tout toucher un jour donné ; il suffit d’y revenir régulièrement. Par exemple, mon Terre et Mer personnel contient seulement deux canaux ; l’un ne contient qu’un seul projet, mes corrections de Le Verrou du Fleuve – car c’est l’urgence du moment, et j’y travaille chaque jour –, l’autre contient en rotation : m’occuper du blog, gérer mes courriels, préparer mes prochaines masterclasses, produire Procrastination, etc. Des choses que je n’ai pas besoin de voir chaque jour, et je tourne au fil de la semaine et du besoin. Pour en savoir davantage sur cette idée, Dini développe sur son blog.

Passe et Classe. Vous voyez ces petites tâches administratives qui vous occupent l’esprit mais qu’il faut bien faire, comme préparer une courte lettre aux impôts, racheter des timbres, envoyer un mail urgent, imprimer un rapport pour un collègue ? Les mettre dans un gestionnaire de tâches aide déjà à se débarrasser la tête, mais ce qui devient agaçant, c’est qu’elles se retrouvent au même niveau que « écrire roman » et « nourrir blog » quand ce sont de petites choses. Or, quand j’ai du temps devant moi, je veux voir mes gros projets, pas « acheter timbres », qui m’accapare et me pollue. Eh bien, pourquoi ne pas basculer toutes ces tâches simples dans un seul contexte – « File & Flow » en anglais – et se noter simplement de le visiter tous les jours, et de voir ce qu’il est possible de faire, par exemple en fin de journée, quand le cerveau commence à couler par les oreilles ? Savoir qu’on verra chaque jour cet ensemble de tâches… et qu’on pourra choisir de l’envoyer balader si on le souhaite procure une grande sérénité.

De riches idées de ce genre, couplées à leur implémentation dans OmniFocus, il y en a donc des dizaines dans Creating Flow with OmniFocus. Ce sont à la fois des astuces futées qui s’ancrent dans la psychologie et des systèmes pour assurer, conformément à la promesse du logiciel, que l’utilisateur ne voie jamais sous les yeux que les tâches qu’il souhaite à un moment donné. Dini aborde toutes les embûches classiques de la vie moderne, notamment la gestion des communications et tout particulièrement des mails… Un sujet qui me tient à cœur car je rame toujours à rester à jour, même si, depuis mon application de GTD et mon passage dans l’écosystème Apple, je n’ai plus, à un moment donné, qu’une dizaine de courriers en souffrance (qui datent parfois, hélas, mais ce n’est rien en comparaison de la centaine que j’avais régulièrement voilà quelques années). L’ouvrage guide cette fameuse réflexion à laquelle OmniFocus présente l’utilisateur sans crier gare, le confrontant à l’angoisse existentielle de se dire : que veux-je faire exactement, et comment ?

À titre d’exemple – et pour bien montrer que j’applique ce que je prêche –, sur la droite se trouvent mes perspectives telles que conçues après ces lectures assidues de CFwOF, et qui m’aident à guider ma vie au quotidien (entre parenthèses, les noms d’origine de l’ouvrage, parfois poétiques, mais que j’ai traduites, parce qu’on ne se refait pas) :

  • Focus (Dashboard) : le tableau de bord central d’où je lance tout. C’est ma perspective de pilotage (synchronisée avec mon Apple Watch) où figure tout ce que je dois faire un jour donné, ainsi que les échéances proches. Idéalement, je dois pouvoir réduire le nombre de tâches à zéro chaque soir. Pas toujours facile ou faisable, mais j’en approche assez souvent.
  • Rester à flot (Treading water) : une perspective de sécurité pour m’assurer que je n’ai pas laissé passer des tâches que j’aurais aimé voir mais que j’ai pu louper parce que, pour une raison ou une autre (genre, parce que c’est le week-end !) je n’ai pas assidûment consulté OmniFocus pendant quelque temps.
  • Vite fait : des tâches à la durée inférieure à 15′, pour ne pas gâcher les petites fenêtres de temps qui apparaissent parfois entre deux portes ou rendez-vous, ou parce que l’on a fini son travail un peu plus tôt et que l’on veut rentabiliser le temps qui reste avant de passer à autre chose.
  • On retrouve également Terre et Mer (Land & Sea), Passe et Classe (File & Flow), et quelques perspectives personnalisées comme la planification du blog, mon projet personnel de revue hebdomadaire, j’en ai une plus bas pour la production de Procrastination, etc.

CFwOF est un ouvrage assurément spécialisé, qui intéressera avant tout celles et ceux qui ont déjà un bon pied dans la méthode GTD, qui en ont assimilé les principes de base et se heurtent à présent à l’implémentation de leurs envies dans un système intégré. Je n’hésite pas à considérer le livre de Dini comme un « GTD advanced« , qui met l’accent sur la libération de l’esprit pour les tâches créatives – un sujet qui touche forcément, mais qui concerne tous les knowledge workers. Bien sûr, cela aide d’utiliser OmniFocus, mais si vous êtes dans l’écosystème Apple, ce livre peut totalement justifier de basculer vers cet outil, car il vous montrera – comme aucun autre – comment en tirer le maximum, et pourquoi il demeure bel et bien le meilleur.

Et si vous n’êtes pas sous OmniFocus ni Apple… ça vous montrera tout ce que vous pourriez faire du côté en aluminium brossé de la force… et vous donnera envie. (Viendez. On fait tellement plus de trucs.)

L’ouvrage n’est disponible qu’en anglais et est diffusé de manière indépendante par Kourosh Dini à cette adresse (lien affilié, en savoir plus).

De manière générale, si l’envie d’acheter cet outil (ou l’un des autres présentés sur ce site vous vient, n’oubliez pas de passer par les liens proposés ici – vous contribuez à financer le temps passé à rédiger ces articles gratuitement. Merci ! 

2019-11-14T00:24:21+01:00jeudi 28 septembre 2017|Lifehacking|Commentaires fermés sur Creating Flow with OmniFocus : le seul autre manuel de productivité nécessaire

Les éditions Multivers arrêtent leurs activités (communiqué détaillé)

Beaucoup de tristesse de voir les éditions Multivers, nées de la volonté d’offrir aux auteurs de livres qui n’étaient plus exploités (et qui pouvaient donc tomber dans les griffes du monstre ReLIRE) une deuxième maison et de les refaire connaître auprès des lecteurs. On ne peut que tirer son chapeau à toute l’équipe pour avoir proposé une autre voie à la monstruosité étatique qu’était ReLIRE, pour avoir stimulé chez les lecteurs et auteurs la conscience qu’il était possible de donner une autre vie aux œuvres par le numérique, et, surtout, pour s’être battus sans compter pour la faire connaître.

Avec la transparence qui caractérisait la maison, Jean-Claude Dunyach propose maintenant un bilan détaillé de l’aventure qui jette un éclairage éloquent, peut-être inquiétant, sur le marché du livre actuel. Merci à l’équipe de Multivers pour tout son travail et pour la générosité que représente ce partage de leur expérience.

Nous avons essayé.

Nous n’avons pas réussi.

Nous arrêtons.

1.      RAPPEL DES FAITS

Bref rappel historique : lors des Utopiales de 2013, nous avons annoncé la création de l’ASBL Multivers, en réaction au projet étatique ReLire, de sinistre mémoire. L’objectif était « la promotion de la lecture et de l’édition dans le cadre d’un écosystème du livre équitable ». Nous avons donc contacté des auteurs de l’Imaginaire et republié en numérique un certain nombre d’ouvrages dits indisponibles.

C’étaient des ouvrages déjà parus au format papier, mais devenus introuvables en raison de la politique éditoriale de la collection où ils avaient été publiés. Rien d’étonnant à cela. Les livres papier ont une durée de vie limitée, une présence en librairie de quelques semaines à peine, quelques mois pour les plus chanceux. Au bout d’un certain temps, ils disparaissent des catalogues, les stocks sont pilonnés. Parfois, les collections elles-mêmes meurent…

Grâce au numérique, nous leur avons permis d’être à nouveau disponibles pour ceux qui avaient envie de les découvrir, ou parfois de les relire. C’était notre objectif : le faire, pour montrer que c’était possible, et le faire savoir, pour donner envie aux auteurs de se prendre en main et de faire comme nous. Ou de négocier avec leurs éditeurs des contrats numériques qui ne soient pas des arnaques.

Et cela évitait aussi à des livres qui n’avaient rien demandé de se retrouver offerts à tous les vents dans la base de données ReLire.

Cette partie-là du travail a été faite, et bien faite. Nos livres numériques existent, on les trouve facilement et leur qualité est reconnue. Beaucoup d’éditeurs de l’Imaginaire offrent désormais des contrats numériques sérieux, avec une base de droits à 25 % au minimum (en dessous de ce pourcentage, ne signez rien, c’est un conseil !). Et ReLire est mort ignominieusement sous les coups de quelques trublions comme Ayerdhal, Sara Doke et consorts. Tous membres fondateurs de Multivers.

2.      POURQUOI NOUS ARRÊTONS

La réponse est simple : financièrement, Multivers n’a jamais marché.

Notre objectif financier était de dégager le plus rapidement possible un bénéfice d’un demi-salaire minimum afin de pouvoir rétribuer la création de livres numériques – ce qui veut dire payer le codeur qui fabrique le livre, l’illustrateur qui fait la couverture. Cela seul pouvait assurer la pérennité de l’activité de publication. C’était indispensable.

Quatre ans plus tard, avec un catalogue de 81 livres signés de 55 auteurs, nous sommes très loin de cet objectif. Nos rentrées mensuelles sont de l’ordre d’une centaine d’euros. Pas plus. Outre le fait que nous n’avons souvent que des centimes à verser à nos auteurs, il ne nous est plus possible de continuer à travailler professionnellement sans payer ceux qui travaillent (et c’est un vrai boulot technique, qui demande du temps).

Nous devons malheureusement constater que nos livres n’attirent pas les lecteurs. Nous espérions, naïvement sans doute, que le lectorat de l’imaginaire s’intéresserait aux livres plus anciens des auteurs de nos différents genres. Ce n’est pas le cas, à de trop rares exceptions près. L’offre actuelle de nouveaux ouvrages est si abondante qu’elle suffit à combler tout le monde, ou presque. Plonger dans le passé est un luxe dont plus personne ne voit l’utilité.

Bien sûr, le fait que ReLire n’existe plus a réduit la nécessité de faire ce que nous faisions. Mais soyons honnêtes : nous aurions continué si ça avait marché, commercialement parlant. Ce n’est pas le cas, donc nous arrêtons.

3.      QUE VA-T-IL SE PASSER ?

À présent que la décision d’arrêter a été actée par Multivers, nous avons plusieurs choses à faire…

3.1       LA PROCÉDURE ADMINISTRATIVE

Il va falloir mettre un terme à l’ASBL (il faut une assemblée générale) et remplir divers documents administratifs. Cela n’est pas difficile, juste long et fastidieux. Il s’écoulera encore plusieurs mois avant que l’association Multivers cesse définitivement d’exister.

Mais, dès à présent, elle se met en sommeil et suspend à jamais ses publications.

Nous lançons également l’arrêt de la commercialisation de nos ouvrages à partir du 1er janvier 2018.

3.2       L’AVENIR DE NOS OUVRAGES

Nos livres sont en vente sur les grandes plateformes du commerce. Ils cesseront d’être commercialisés à la fin 2017. Les droits afférents sont bien entendu rendus aux auteurs, qui pourront exploiter leur(s) ouvrage(s) à leur convenance, en les distribuant eux-mêmes s’ils en ont envie (nous essayerons de les aider) ou en les faisant rééditer par leur éditeur préféré.

Nous ferons bien évidemment une reddition finale des ventes de chaque ouvrage depuis le début et nous verserons la quote-part des ventes prévue dans notre contrat. Mais ne vous attendez pas à grand-chose, amis auteurs…

3.3       LE BILAN FINAL

Nous l’avions promis lors de l’annonce, nous allons rédiger un bilan complet, chiffré, de nos activités. Nous nous efforcerons de dégager les principales leçons que nous aurons apprises, souvent à la dure. Il sera publié quand Multivers n’existera plus, pratiquement et administrativement, c’est-à-dire dans quelques mois. D’ici là, nous allons nous concentrer sur l’héritage que nous laissons.

4.      DES ADIEUX À JAMAIS

Enfin, faire ses adieux, c’est aussi l’occasion de remercier tous ceux qui nous ont aidés, lors de la création de Multivers ou plus tard, en relayant nos messages, en achetant nos livres, ou en nous soutenant de bien des façons.

Nous n’aurions jamais pu aller aussi loin sans vous.

Enfin, rappelons qu’un grand monsieur était à l’origine de cette idée. Il s’appelle Ayerdhal, il n’est plus là pour signer ce message, mais rien de ce que nous avons accompli n’aurait existé sans lui.

Je vous poutoune, au nom de l’équipe de Multivers.

Jean-Claude Dunyach

2017-09-26T10:44:26+02:00mercredi 27 septembre 2017|Le monde du livre|4 Commentaires

Procrastination podcast S02E01 : « Qu’est-ce qu’une histoire ? »

Procrastination est de retour pour sa saison 2 ! Merci encore pour votre intérêt l’année passée. Nous redémarrons avec un thème à la fois global et fondamental, en espérant que vous aurez autant de plaisir à nous suivre cette année.

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Au programme : « Qu’est-ce qu’une histoire ?« .

Les arts narratifs et tout particulièrement la littérature se concentrent sur la notion d’histoire – mais en fait, comment se définit-elle ? Mélanie Fazi, Laurent Genefort et Lionel Davoust font un détour par les mythes et l’histoire (de l’humanité) pour cerner le concept et revenir à son acception moderne. Celle-ci peut-elle guider l’écriture ?

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

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Bonne écoute !

2019-05-04T18:47:14+02:00vendredi 15 septembre 2017|Procrastination podcast, Technique d'écriture|11 Commentaires

Mise à jour de « Techniques de base pour écrire », présentation de Jean-Claude Dunyach

J’ai été un peu noyé ces derniers mois et je m’aperçois qu’entre autres choses que je devais faire encore sur le site, il y avait la mise en ligne de la nouvelle version du diaporama de Jean-Claude Dunyach, « Quelques briques de base pour écrire« . C’est la version étoffée d’une des présentations que Jean-Claude donne lors de la masterclass que nous animons ensemble aux Imaginales sur la finalisation et le retravail de manuscrits.

C’est chose faite, quelque trois mois plus tard… toutes mes excuses aux stagiaires et à Jean-Claude pour ce retard. Les diaporamas sont disponibles sur la page dédiée (où j’ai récemment ajouté également ceux de ma conférence sur les outils d’aide à l’écriture).

2017-09-04T18:57:28+02:00mardi 12 septembre 2017|Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Mise à jour de « Techniques de base pour écrire », présentation de Jean-Claude Dunyach

Le modèle GTD s’applique-t-il à l’écriture ?

Houlà le titre de geek, de lifehacker davantage habitué à boire du jus macrobiotique dans l’open space de San Francisco en brainstormant le prochain brunch participatif qu’à celui d’écrivain qui sent le whisky et la date d’échéance dépassée.

Dans le mondialement connu Getting Things Done, David Allen martèle (lourdement pour certains) à quel point le modèle GTD est universel ; combien ses cinq phases de travail s’appliquent à n’importe quelle entreprise humaine. J’en témoigne depuis un an et demi de pratique scrupuleuse, pour du travail à courte échéance et/ou facilement décomposable en étapes simples (gérer ses impôts, ne pas oublier d’arroser les plantes, organiser un voyage, produire un podcast), ça marche parfaitement. Mais quid d’un travail créatif où, par nature, on ignore dans le détail la nature du résultat final puisque, par définition, la création consiste à défricher ce qui n’existe pas encore ? Peut-on appliquer réellement GTD à l’écriture d’un bouquin, d’une manière instructive et qui fournisse des réflexes intelligents, qui aille au-delà d’une liste de choses à faire du genre :

  • Écrire chapitre 1
  • ? ? ?
  • Profit

J’étais circonspect, mais à mesure que GTD devient une seconde nature dans ma façon de travailler (Allen annonce qu’il faut en moyenne deux ans pour que GTD devienne une seconde nature et qu’on en tire les bénéfices), je commence à distinguer ces phases également dans mon travail de création et d’écriture. C’est peut-être un biais cognitif : j’applique GTD dans beaucoup de zones de ma vie, donc forcément, ça déborde sur les autres. Mais ce qui compte, c’est : est-ce instructif, constructif, et cela donne-t-il de la hauteur et du recul sur son travail ? Cela permet-il de l’analyser sous un autre éclairage, et peut-être d’identifier les blocages et problèmes plus vite de manière à les résoudre ? La réponse étant oui, je partage mes réflexions à ce stade des choses sur la question, et chacun en fait bien ce qu’il veut, hein.

Rapidement : la méthode GTD s’articule (du moins au niveau de l’action quotidienne) selon cinq phases1 : collecter, clarifier, organiser, agir et revoir. Ex : je reçois un avis d’impôt dans ma boîte aux lettres (collecter) ; je l’ouvre et constate que je dois payer un tiers dans un mois, mais je n’ai pas les fonds tout de suite, or j’attends une rentrée d’argent. Conclusion : il faudra que je paie quand j’aurai les fonds (clarification et choix de la prochaine action). Je place un rappel approprié dans mon agenda (organiser). Le jour venu, je vérifie que j’ai les fonds et paie (agir). Chaque semaine, je consulte mes comptes pour m’assurer que ma situation financière ne part pas en sucette (revoir).

Par Psychoslave, CC-By-SA. C’est beau comme un arbre séphirotique. 

Je découvre que ces cinq étapes peuvent s’appliquer à l’écriture ou à la création, à toutes les échelles et à tous les moments du processus. Je pense qu’elles fonctionnent aussi selon que l’on est structurel ou scriptural ; les phases ne se déroulent simplement pas de la même manière. Elles ne se déroulent pas nécessairement consciemment non plus ; certains auteurs n’aiment pas malaxer résolument la matière (Mélanie Fazi l’évoque dans Procrastination) quand d’autres s’y astreignent car ils ont peur d’être improductifs (comme ton serviteur, auguste lectorat). Où vous vous placez sur le spectre, c’est à vous de voir.

1. Collecter

C’est assez évident : c’est l’étape fondamentale de tout travail créatif. Les idées viennent rarement entièrement formées, elles se présentent plutôt sous la forme d’impulsions évanescentes, d’images, de lignes de dialogue ou de description. La première étape consiste donc à pouvoir collecter toutes les idées qui se présentent, sans les juger, où qu’elles viennent, et sans jamais croire qu’on s’en rappellera et qu’il est inutile de prendre quelques secondes pour les écrire. L’expérience prouve qu’on les oublie toujours. Alors certes, peut-être ne valaient-elles pas la peine d’être consignées ; mais il est impossible d’en juger sans une bonne habitude de capture systématique qui permet au cerveau de se détendre, de fournir les idées qu’il souhaite, sans jugement.

De la construction d’un récit entier à celle d’une scène ou même de quelques paragraphe épineux, l’habitude de collecte permet parfois de débloquer l’angoisse de la page blanche. Une des causes principales de la procrastination est le manque de définition de la tâche à accomplir. Par essence, la création traite de la définition de quelque chose qui n’existe pas au préalable, ce qui la rend tout spécialement sujette à l’angoisse et aux stratégies d’évitement. Un réflexe salutaire dans ces conditions consiste à commencer par collecter les impulsions, images, envies, passages, le tout sans jugement ni crainte ; on commence par l’inventaire de ce que l’on a et l’on fait le tri ensuite. Ce relève de la phase suivante…

Non, pas ça.

2. Clarifier

Maintenant que j’ai tout ça : qu’est-ce qui a du sens ? Qu’est-ce qui me plaît vraiment, qu’est-ce qui me semble prometteur, qu’est-ce que j’ai envie de creuser ? Cette idée me conduit-elle quelque part ? S’inscrit-elle dans mon projet ? Et c’est quoi, mon projet, d’ailleurs ?

Toutes ces questions relèvent de la découverte active et/ou inconsciente des intentions réelles du projet et de la façon de les servir. À présent que l’on dispose de toutes ces idées, de tout ce matériau brut, on l’observe d’un regard critique, on le teste, on le pousse dans ses retranchements, on découvre des zones d’ombre qu’il faudra explorer. En un mot, il commence à se dégager des directions à creuser, il commence à se dégager de l’action (c’est pour cela que je fais toujours la fine bouche sur la notion d’inspiration – laquelle est toujours pour moi une démarche volontaire, peut-être entrecoupée de temps de repos et d’incubation, mais qui s’enracine dans une poursuite active).

Je réfléchis à un roman : mon envie de récit spatial est-elle compatible avec ce qu’on sait de la science ? Oui, non, je ne sais pas (j’ai donc besoin de recherches complémentaires) ? Non : est-ce que je décide de m’en moquer et de faire quand même ? De trouver une façon de truander avec un artifice narratif amusant ? Quel est-il ? Que signifie amusant pour moi ? La phase de clarification est la phase des questions utiles, et la phase où elles peuvent se multiplier sans fin – il faut savoir se recentrer sur les plus importantes.

3. Organiser

Organiser est le frère siamois d’éclaircir dans la méthode GTD : face à un nouvel élément, se poser la question « qu’est-ce que c’est ? » (soit, dans le cadre de l’écriture : « qu’est-ce que ça signifie ? ») entraîne nécessairement la question « comment (où) cela s’inscrit-il dans mon projet ? » Ce qui peut entraîner davantage de questions à clarifier, de nouveaux éléments inattendus, le tout dans un mouvement constant et des allers-retours perpétuels entre les trois premières phases du flux de travail. Cela me semble éminemment normal, tandis que l’on cherche à éclaircir un terrain, qu’on le définisse en même temps qu’on s’y aventure. Les bons outils et la bonne méthode de travail me semblent, je crois, laisser une totale liberté à l’esprit et, surtout, à l’envie et au plaisir dans cette étape. La clarification contient nécessairement une composante de jugement (« Qu’est-ce que cela signifie ? » « Ça ne colle pas, en fait »)  mais je crois qu’elle n’est productive que quand elle reste reliée (intellectuellement) à la phase suivante, qui est le but réel de tout ce processus :

4. Agir

Agir, évidemment, ici, c’est écrire. C’est avoir suffisamment défini (consciemment ou non, a priori ou non) l’intention, le cadre, l’énergie même du récit pour, au bout du compte, l’écrire sur la page. Tout ce qui précède – collecter, clarifier, organiser – ne vise qu’à une seule chose : mettre des mots sur la page jusqu’à parvenir à la fin du projet. Tout, en définitive, est subordonné à l’écriture (sauf si votre but consiste à créer un univers pour le pur amusement, mais dans ce cas, on est dans une optique différente – et finalement, le tout devient tautologique, s’il s’agit d’écrire, le but est d’écrire, duh). Plus subtilement, l’action peut consister aussi à se documenter sur un pan important du contexte du récit, mais cela s’inscrit toujours dans un but précis – produire un récit au final.

Une des façons les plus simples pour éviter la procrastination subtile que représentent les recherches qui ne se terminent jamais, la construction de monde interminable, consiste à toujours se dire : cela m’aide-t-il à écrire ? Cela me permet-il de construire le livre à venir ou même les quelques pages à venir immédiatement ? Il est parfois difficile de répondre à cette question, on a parfois la sensation qu’il faut maîtriser un sujet bien mieux que nécessaire pour produire un récit convaincant, et les angoisses inconscientes peuvent produire toutes sortes de stratégies raffinées d’évitement, mais il ne faut jamais perdre de vue qu’au bout du compte, l’important, c’est d’avoir mis des mots sur la page (si possible pertinents, mais au pire, des mots mauvais valent toujours mieux que pas de mots du tout).

5. Revoir

On serait tenté d’équivaloir la revue hebdomadaire, l’étape de révision de l’acquis et des projets en cours, avec celle de la correction, mais je pense ici que c’est trompeur. Revoir peut impliquer des phases de correction, mais corriger est, en un sens, une forme d’action. Corriger un roman, c’est réécrire, c’est donc une phase d’écriture, quoique de nature différente. Revoir, ici, cela me semble plus subtilement conserver le lien avec son récit, avec son monde imaginaire, à tous les échelons du processus créatif. C’est s’y (re)plonger avec aisance au moment de l’écriture (la raison pour laquelle je recommande de toucher son manuscrit tous les jours) mais c’est aussi s’assurer que l’on reste sur la bonne trajectoire (celle du plaisir, celle du sens, celle de la productivité, celle de la vraisemblance, tout cela ou rien à la fois, cela dépend des intentions de chaque auteur, de chaque projet, et cela peut entraîner un processus introspectif très profond tandis que l’on médite ses raisons d’écrire, de produire, voire d’être au monde). C’est lire quelques pages pour se remettre dans le bain avant une séance d’écriture, ou bien considérer l’ensemble une fois terminé et juger si cela correspond aux intentions et, le cas échéant, ce qu’il faut faire pour y remédier.

C’est là, je pense, qu’intervient l’autre forme de procrastination bien connue des auteurs – le doute de soi. L’impression que ce qu’on fait est complètement pourri, qu’on devrait plutôt élever des vers à soie à Genève, etc. S’il faut savoir repérer une mauvaise direction prise par un manuscrit, réfléchir au malaise que l’on ressent et éventuellement se poser la question de l’origine de ce malaise (collecter, clarifier, pour organiser et peut-être agir ?), presque tous les auteurs du monde – dont ton serviteur, auguste lectorat – recommandent d’avancer, de faire taire l’éditeur interne qui répète qu’on écrit de la merde à chaque mot pour écrire, sacredieu, et mettre l’histoire sur le papier jusqu’à sa conclusion. Terry Pratchett disait que le premier jet ne servait qu’à s’expliquer l’histoire, je pense qu’il a éminemment raison. Créer, c’est expérimenter, et expérimenter, c’est accepter de pouvoir se tromper pour se donner la liberté d’être bon. Malheureusement, l’un ne va pas sans l’autre.

Attention donc à la phase de révision, de mise en perspective, qui peut devenir au bout du compte contre-productive. Incapable d’écrire une ligne parce qu’une petite voix vous murmure que ce sera forcément mauvais ? Vous souffrez d’un excès de phase 5 (ça fait très diagnostic médical ; prenez de l’eau ferrugineuse et vous améliorerez votre quota d’écriture de 3 signes par jour !). Il s’agit de rééquilibrer la méthode de travail en faveur de la phase 4. Et pour cela, peut-être faut-il remonter davantage en amont : peut-être faut-il collecter davantage (se documenter ?), clarifier (que veux-je faire ?), organiser (le fais-je d’une manière qui m’agrée ?)

Structure et relâchement

On peut arguer que GTD, c’est comme Carlos Castaneda. C’est pas vrai, mais ça fait réfléchir, et c’est bien ce qui compte. Si j’en crois les podcasts et ouvrages complémentaires que je lis pour me détendre (parce que j’ai pas de vie), je suis à peu près ceinture marron de GTD ; je constate simplement que, depuis un an et demi de travail sur ces aspects, à cerner ma méthode de travail, mon ressenti, à clarifier mes intentions, je suis globalement plus détendu et j’ai survécu à des difficultés cette année qui m’auraient probablement cassé les jambes sans GTD pour m’appuyer, me rattraper et me fournir, au moins, une poignée de questions fondamentales pour me remettre en selle au plus vite. Allen promet au praticien d’avoir « l’esprit comme l’eau » (rien à voir avec la petite ni avec l’eau vive) : une métaphore inspirée des arts martiaux qui symbolise une réaction appropriée et parfaitement proportionnée à la moindre perturbation. Créer, c’est générer une perturbation constante dans le réel car il s’agit d’ériger ce qui n’existe pas. En fournissant des réflexes mentaux simples, GTD permet peut-être au créateur de conserver le cap au long cours sur ses objectifs, de lui fournir une sorte de paix sur les fronts qui lui accaparent l’esprit, bref, de le fortifier et de stimuler sa réflexion sur ce dont il a besoin – ce qui est, me semble-t-il, la base du travail.

  1. Ayant lu les livres en anglais, j’emploie des traductions personnelles – ce n’est peut-être pas la terminologie officielle, mais vous êtes suprêmement intelligent.e comme vous lisez ce blog, et vous saurez donc remettre les cases à l’heure.
2019-06-04T20:33:54+02:00jeudi 7 septembre 2017|Best Of, Technique d'écriture|3 Commentaires

Qu’est-ce que le métier de traducteur ? En vidéo en compagnie de Mélanie Fazi et Jean-Yves Cotté

J’ai encore énormément de retard sur pas mal de choses à partager, la faute à des actualités qui ont pris le dessus au début de l’été, mais je me dis que cela pourra toujours quand même intéresser du monde ; dans cette mode de l’immédiateté à outrance, ce n’est pas parce qu’une vidéo a six mois qu’elle devient périmée… (Sauf les vidéos de L’Équipe, mais bon)

Notre amie et estimée consœur Samantha Bailly a une super chaîne YouTube qui parle de littérature, du métier, de ses choix et de sa manière de travailler, et elle nous a fait le plaisir, à Mélanie Fazi, Jean-Yves Cotté et moi de venir parler de traduction, de ce que cela représente et implique, des aspects artistiques aux côtés matériels. C’est ci-dessous, si vous souhaitez en savoir davantage sur la manière dont ça fonctionne, dont on travaille, sur les difficultés et plaisirs de l’exercice.

Grand merci à Samantha pour son invitation, pour nous avoir donné l’occasion de parler de ce métier du livre un peu méconnu, et à Jade pour la technique !

2017-08-27T18:37:29+02:00mardi 5 septembre 2017|Le monde du livre|1 Commentaire

Les outils informatiques de l’écrivain : diaporama en version anglaise

Voilà. J’avais promis la version française de cette conférence proposée dans les cours du soir des Utopiales l’année dernière, la Worldcon m’a proposé cette année de la refaire en anglais, et les deux diaporamas sont à présent disponibles au téléchargement libre dans la section idoine du site. Avec plein de petits liens clickety-click qui sont des liens affiliés, car il faut bien faire tourner la boutique, mais ça ne vous enlève rien, et moi ça m’aide à payer les factures du site et ça m’encourage à publier des tests en profondeur sur les outils – la vie n’est-elle pas totalement win-win ?

Or doncques, en espérant cela puisse être utile :

Computer Tools for the Writer – PDF slides

2019-06-04T20:33:39+02:00jeudi 31 août 2017|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Les outils informatiques de l’écrivain : diaporama en version anglaise

Lundi, c’est déclencheurs, édition 2017 (7) : un épilogue

Snif, c’est fini, l’été s’en va, bientôt les feuilles d’automne à bicyclette. Cette semaine, nous allons varier un peu. Les règles sont ici, mais je les rappelle rapidement : un pomodoro d’écriture non stop sur le ou les déclencheurs qui t’inspirent, t’intriguent, auguste lectorat, ou même te font partir sur une tangente sans rapport – peu importe, il faut juste écrire.

On parle souvent des débuts (parce qu’il faut bien commencer quelque part, et que, techniquement, où que l’on commence, c’est forcément un début – ça va, tout le monde suit ?), mais quid des dénouements, des épilogues, des conclusions ? Forcément, il est plus facile d’écrire une fin avec un début qui précède, mais l’expérience prouve que les auteurs structurels ont tendance, finalement, à cerner leur dénouement, leur gros bouquet final, avant de décider de la trajectoire qui y conduit.

Or, ça tombe bien, plein d’éléments ont été construits chaque semaine cet été si tu as été bien discipliné (pour retrouver le fil entier, rendez-vous ici – les exercices sont évidemment faisables après coup, genre si tu découvres ce fil dans l’Internet quantique de 2125). Donc, on peut éventuellement penser à une conclusion. Pas envie ? Envie de faire un truc dingue qui change, d’écrire une fin pour voir ce que ça fait, avant de n’avoir strictement aucun élément ? Ça marche aussi, car c’est la liberté, baby. Donc, voici dix déclencheurs de fins / dénouements / conclusions. Prends-en un, douze, aucun, tant que tu écris. Go ! 

Un dénouement

  • Ils fuirent cette vallée de larmes pour refaire leur vie ailleurs.
  • Nous pleurons le sacrifice d’un ou plusieurs de nos héros.
  • Les méchants ont gagné, c’est la catastrophe.
  • Les méchants gagnent toujours et tout cela n’était qu’une manipulation. (pensez Le Prisonnier1984)
  • Happy end ! Tout le monde s’en tire au mieux ! Même le méchant devient gentil. (probablement bien plus difficile à écrire qu’il n’y paraît)
  • Le monde a fondamentalement changé. Nul ne peut prédire ce qu’il arrivera.
  • Tous les gens à qui nous tenions dans l’histoire sont morts, mais le monde est sauvé.
  • Tous les méchants ont été massacrés sans remords ni pitié. Qu’est-ce que ça nous donne, en fait ?
  • C’est une fin diplomatique, qui ne promet pas que des lendemains heureux, mais nous avons évité le pire.
  • On est… argh… en vie. C’est… déjà… pas mal.
2017-08-26T18:08:19+02:00lundi 28 août 2017|Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Lundi, c’est déclencheurs, édition 2017 (7) : un épilogue

Vous voulez créer un logiciel d’aide à la création (écriture) ? Ayez conscience de ce qui suit

C’est intéressant : à chaque saison, à chaque année, viennent ses idées. L’année dernière, je recevais presque simultanément trois invitations ou présentations de projets de plate-formes sociales liées à la création, et j’écrivais ces recommandations. Il semble que cette année, avec deux propositions coup sur coup plus une troisième, la synchronicité soit à la création de logiciels d’aide à la création, notamment à l’écriture. Et comme je vois là aussi un certain nombre de points récurrents, peut-être est-il pertinent de balancer quelques idées dans la nature. Dont chacun fait évidemment ce qu’il veut, hein.

(Peut-être s’agit-il juste d’un biais d’observation puisque j’ai enfin – avec retard – publié le diaporama sur les logiciels d’écriture la semaine dernière.)

Déjà, un mot en passant, je suis très honoré de recevoir des invitations et des comptes gratuits, mais si vous saviez le nombre de projets en développement, ça vous ferait frémir ; je ne peux hélas pas tester tous les projets qui se montent et faire un retour détaillé – c’est un travail de consultant. Mais peut-être puis-je donner ici un avis pour servir et valoir ce que de droit, ou pas.

Bref. Super. Vous avez votre idée, votre plate-forme de développement, la passion et l’envie et plein de temps devant vous pour construire quelque chose, mettre enfin l’informatique au service du créateur et de la littérature. Discours doux à mes oreilles. Qu’est-ce que je peux dire pour éventuellement vous aiguiller ? 

Un grand classique dont je ne connais hélas pas la source.

Probablement un seul truc, mais majeur :

Ayez conscience de la concurrence existante

Il existe deux ténors sur le marché : Scrivener (pour la puissance) et Ulysses (pour la légèreté1). Ces deux logiciels – surtout le premier, je l’ai vu à la Worldcon cette année – sont appréciés et utilisés quotidiennement par des milliers d’écrivains de par le monde (ainsi que par des universitaires, essayistes, avocats, journalistes)… Ils bénéficient d’années de développement, de retours de professionnels, avec parfois plusieurs programmeurs à plein temps toute l’année dessus… Bref, ils ont de la bouteille.

Pouvez-vous rivaliser avec ces gens-là ? 

Ah, je ne dis pas du tout non. Peut-être. Mais dans ce cas, c’est comme partout : il faut une vache de bonne idée (voire plusieurs), ou alors avoir identifié un manque gravissime chez la concurrence et proposer une solution tellement élégante que nul ne pourra se passer de votre logiciel au détriment de l’existant. C’est ainsi que Scrivener a balayé Word pour les auteurs, que Facebook a détrôné MySpace, Google a remplacé AltaVista, etc. Ce n’est absolument pas impossible, bien entendu ; les trois exemples précédents sont (à l’époque de leur réussite) la preuve d’une victoire de David contre Goliath.

Mais si c’est pour refaire ce qui existe déjà, ou pour proposer juste une variation trop mineure, je crains que vous n’alliez au-devant de déconvenues. Pour deux raisons :

  • Si vous débutez, vous risquez (au début) de faire moins bien ;
  • Même si vous faites aussi bien, vous n’attirerez pas les auteurs habitués à leurs outils qui marchent déjà très bien et en lesquels ils ont confiance.

Ouch, il est décourageant, le panorama. Mais pas forcément. D’une part parce que si, en vous disant ça, je vous évite de casser votre PEL dans une start-up condamnée d’avance, je crois que ça n’est pas inutile. D’autre part, se poser la question de la, ou les, grandes idées fortes de votre projet n’est absolument pas vain. Ce qui nous entraîne à la question suivante :

À qui vous adressez-vous ?

Prenons une analogie bien connue : Picasa ou Photoshop ? Ou encore : Audacity ou Ableton Live ?

Il y a tout à fait un public pour des outils simples et légers qui font très bien ce qu’ils font, sans nécessité de puissance. Pour retoucher ses images rapidement, Picasa convient très bien à beaucoup de monde. Pour retailler rapidement un fichier son, Audacity convient dans bien des cas.

Après, un pro de l’image a besoin de l’artillerie lourde (Photoshop), un pro du son a besoin de puissance (Ableton Live).

Posez la question à une salle remplie d’illustrateurs professionnels. Demandez-leur combien d’entre eux utilisent Photoshop (au moins un peu). Je pense que 3/4 des mains se lèveront. Même chose pour les musiciens concernant Ableton Live (ou Logic, ou Cubase, la concurrence est plus riche dans ce domaine).

Scrivener, c’est le Photoshop de l’écriture. Vous voulez séduire les pros, vous vous trouvez en concurrence avec Photoshop. (Du moins, ceux qui utilisent Photoshop : dans l’épisode de Procrastination sur les logiciels d’écriture, Laurent Genefort et Mélanie Fazi ont professé utiliser Word et s’en tirer, de toute évidence, très bien avec ! Tout comme Rodin se passait très bien de 3DS Max… Mais nous parlons ici de logiciels résolument spécialisés et nous nous plaçons dans le cas de leurs potentiels utilisateurs intéressés.)

Cela ne signifie pas que c’est le seul public (c’est peut-être même le public le moins intéressant : restreint, exigeant, difficile à séduire). Il y a toutes sortes d’auteurs, il y en a qui sont intimidés ou pas intéressés par la puissance de Scrivener / Photoshop.

Du coup, si vous souhaitez vous lancer dans un tel projet, la seconde question à se poser après la Grande Idée, c’est… à qui m’adressé-je ? Quel est mon public ? Comment vais-je construire mon outil pour lui parler ?

(Une part de moi peine à se dire que j’écris ça, ça me semble un peu les bases fondamentales de la gestion de projet, mais l’expérience prouve que ça reste assez mal enseigné en France, donc bon, si ça peut servir…)

Florilège de fausses bonnes idées

Vous la tenez, votre killer feature ? Le truc qui fera de votre logiciel un best-seller de l’industrie et qui vous vaudra les honneurs d’Emmanuel Macron ? Super ! Après vous avoir pété le moral avec des considérations comme le marché et le développement, je vais maintenant vous expliquer pourquoi votre idée est pourrie. Il est pas trop bien, le moment que vous passez avec moi, là ?

Plus sérieusement, tout cela est dit du point de vue, là encore, de celui ou celle qui passe la journée sur ce genre d’outil ; cf supra sur le public visé. Si je ne suis pas votre public, ce qui suit ne vous concerne évidemment pas.

Une composante sociale (réseau, discussion, échange, compétition). Personnellement, non. Déjà, voir l’article de l’année dernière sur la pertinence de créer un réseau social, mais en gros, quand j’écris, j’écris, je ne discute pas. Ça me paraît une idée terriblement mauvaise d’intégrer toutes les distractions propres à Facebook dans l’outil d’écriture. D’autre part, même si je communique parfois sur le nombre de signes que j’effectue, je ne fais pas de concours avec mes camarades sur l’instant. Ce qui compte, au final, c’est la qualité du résultat, pas le nombre de pages (dit le mec dont l’éditeur a dit un jour en rigolant : « même pour faire un retour sur une couverture, il écrit une trilogie »). Je sais cependant qu’il y en a que ça motive, que cela atténue la solitude du métier : donc, votre kilométrage peut varier. (Your mileage may vary.)

Outil en ligne, uniquement dans le nuage. Celle-là, je la vois partout. Oui, je sais que c’est vachement plus simple pour coder, ça fait une plate-forme unique dans le cloud, c’est interopérable dès qu’il y a un navigateur Internet, je fais tout ça en responsive et youpi, je travaille une fois et je touche tous les systèmes de la Terre, je le vends en disant que ça offre la sécurité des données et une sauvegarde permanente. Sauf que non, non, non. NON. Pour ma part, je passe bien deux à trois mois hors de chez moi dans l’année, dans des trains, des avions, où la connectivité Internet est aléatoire voire inexistante. Hors de question que je perde du temps précieux d’écriture à ne pas pouvoir utiliser mon outil même au fin fond de la fosse des Mariannes (où ne se trouvent pas encore de relais 4G aux dernières nouvelles) : écrire, c’est quand je veux, pas quand le réseau m’y autorise. Non. Jamais. Niet.

Intégration d’outils tiers (dictionnaire, recherche)… Je pose une question simple : qui utilise sérieusement et uniquement les dictionnaires intégrés à… Word ? Personne. Pourquoi ? Parce qu’ils sont pourris et qu’il existe des outils cent fois meilleurs sur le marché. Quand on travaille sérieusement, on utilise les meilleurs outils disponibles. J’ai une licence d’Antidote parce que j’ai l’impression d’entendre dans mon oreille un petit diablotin m’insulter en allemand chaque fois que je voudrais presser le bouton « Vérification » dans Word. À moins de proposer quelque chose de quasiment aussi bon que les références du domaine considéré, l’outil ne sera pas utilisé. Ce qui équivaut à du temps de développement perdu. Et ça coûte cher, le temps de développement, on est d’accord, hein ?

Guider la création (avec des questions sur les personnages, la proposition de modèles de narration etc.). Du type : qui est ton héros ? Comment s’appelle-t-il ? Quelle est la couleur de ses yeux ? Non, non NOOOON cent fois non. Déjà, aucun modèle ne correspond à tout le monde. Mais surtout, la création fonctionne de manière analogique. Je pense à mon protagoniste, je pense à son histoire. Penser à son histoire me fait penser au pays d’où il vient ; à la culture où il a baigné ; à la religion qu’on y observe ; comment cela a façonné la langue ; ce qui, en retour, me donne peut-être son nom pour préciser qui il est. Je veux que l’outil capture tout ça sans broncher, saute tel un cabri ayant fait le conservatoire de danse classique d’un document à l’autre pour ne rien perdre de mon Immortel Génie™. Les logiciels qui posent ce genre de questions comme un inventaire à remplir sont aussi excitants pour la créativité qu’un premier rendez-vous romantique où la personne en face vous demande un inventaire de vos tares génétiques dans l’optique d’une compatibilité reproductive.

La marque d’un bon outil d’aide à la création est la liberté qu’il laisse à l’esprit, tout en fournissant, cachée jusqu’au moment où le besoin s’en fait sentir, toute sa puissance pour l’étayer. En le laissant nager quand il en est capable, en un sens, mais en sachant le rattraper ou le soutenir quand il part à la dérive. C’est pourquoi le crayon et la feuille blanche restent imbattables pour planifier, réfléchir, créer. Et cette même liberté, c’est ce que donnent les Photoshop et les Ableton Live de notre domaine. C’est pourquoi tant d’auteurs travaillent très bien, aussi, avec un document texte tous simple, avec Word ou encore moins puissant que ça. Parce que cela réduit les obstacles.

Voilà ce à quoi il vous faut réfléchir, ce avec quoi il vous faut rivaliser.

Tout cela étant dit, maintenant, j’ai hâte de découvrir votre Next Big Thing !

Kudos à SporadicFoobar pour les échanges qui ont permis de préciser certaines idées ici.

  1. Quoique Ulysses passant à l’abonnement, il y a peut-être un créneau à occuper, j’dis ça, j’dis rien.
2017-08-20T11:43:47+02:00mercredi 23 août 2017|Le monde du livre|3 Commentaires

Lundi, c’est déclencheurs, édition 2017 (6) : un coup de théâtre

Cliquez pour agrandir. Vraiment.

Les règles sont ici, mais je les rappelle rapidement : un pomodoro d’écriture non stop sur le ou les déclencheurs qui t’inspirent, t’intriguent, ou même te font partir sur une tangente sans rapport – peu importe, il faut juste écrire. (Pour le fil entier des déclencheurs de cet été, rendez-vous ici.)

Cette semaine, nous allons ! Parler ! De ! Surprise ! Coup de théâtre ! Twist ! Quelque chose d’inattendu, qui peut se relier ou pas à ce qui précède (car il y a une logique, auguste lectorat, tu as bien dû voir que tout cela était un peu organisé), pour se tirer d’affaire ou résoudre de manière étonnante et surprenante une situation tendue. Alors, bien sûr, c’est mieux d’éviter le deus ex machina, et d’avoir une solution qui puisse découler logiquement des prémisses de ce qui est venu avant. Mais ! L’objectif, ici, reste de s’amuser. Donc, pas grave si la solution tombe du ciel. Si jamais l’on souhaite retravailler, il devient possible de dissimuler les germes de cette solution parachutée dans les scènes précédentes. L’écriture n’est pas une représentation ; on peut retailler, corriger, reprendre à l’envi jusqu’à ce que toutes les pièces s’emboîtent parfaitement.

Un coup de théâtre

  • En fait, je suis ton père ! (mère / frère / cousin etc.)
  • J’ai fait tout ça parce que je t’aime !
  • Trahison parfaitement inattendue !
  • En fait, nous avons un problème beaucoup plus grave que tout ça.
  • L’ennemi rend les armes / abandonne etc.
  • Le protagoniste rend les armes. (Ce n’est pas de la flemme, les raisons peuvent être très, très différentes.)
  • L’ennemi se battait pour le bien depuis le début !
  • Révélation surprise sur le passé du protagoniste !
  • La révélation d’un talent inattendu sauve la mise ! (pouvoir magique / gadget techno etc.)
  • Proposition d’un marché pour résoudre la situation !

(Et non, il n’y a pas le tristement célèbre « car tout cela était un rêve ».)

2017-08-15T22:00:21+02:00lundi 21 août 2017|Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Lundi, c’est déclencheurs, édition 2017 (6) : un coup de théâtre
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