Un environnement de recherche simple et puissant avec Obsidian et DEVONthink

L’histoire est un éternel recommencement, disait Nietzsche, plus ou moins. Après des années d’errance dans le désert – depuis que j’ai quitté Evernote, à vrai dire, il y a maintenant plus de dix ans (!) – je me suis trouvé dans une situation inconfortable concernant mon système de notes. Evernote présentait un avantage considérable : être un « everything bucket » – c’est-à-dire l’application standard où l’on balance toutes les informations dont on a besoin, de son prochain billet de train à la notice de son four à micro-ondes en passant par les notes sur son roman. Telle une colonne sédimentaire, le présent site de perdition propose un certain nombre d’articles sur Evernote, à une époque bénie où l’on n’avait pas vraiment conscience de la sécurité de ses données, où la prétendue IA n’était pas un sujet, et où mes exigences en termes de gestion de fichiers et de flexibilité n’étaient pas aussi aiguisées (c’est la faute à Apple qui m’a injecté le virus de l’expérience utilisateur). Mais en 2026, quand on fait un travail de création ou de recherche au sens large, avec la double exigence de gérer des notes et de travailler sur documentation, comment fait-on de manière puissante, sécurisée et, si possible, sans se ruiner totalement ?

L’histoire étant donc un éternel recommencement, j’ai fini par revenir à l’organisation claire et simple que j’avais commencé à établir à mon passage sous Mac, avec l’emploi du chef de file des gestionnaires de documents, DEVONthink, en parallèle avec Obsidian (et nourri par Drafts, abordé ici). En effet, prendre ses notes et gérer sa documentation recouvrent deux exigences relativement contradictoires, orientant le choix de deux outils complémentaires aux approches différentes et permettant de distinguer ses propres mots des mots des autres.

Obsidian, j’en parle tous les mardis, c’est mon seigneur et maître avec Scrivener, l’application où je prends et conserve l’intégralité de mes notes personnelles (méthode Zettelkasten) et fais maturer mes projets comme mes réflexions sur la vie, l’univers et le reste.

Ma note « racine » dans mon Zettelkasten, ouvrant zones de travail et de réflexion dédiées. Oui, elle est moche. J’ai pas que ça à faire de concevoir des jolis tableaux de bord.

Obsidian offre une expérience utilisateur quasiment inégalée pour ce qui est de construire une réflexion, d’organiser du savoir, de gérer un journal, de bâtir, en un mot (enfin, quelques) une base de connaissances. Son agilité est inférieure à celle de Drafts (où la réactivité et l’immédiateté forment l’exigence fondamentale), mais son focus sur la manipulation de fichiers Markdown intégrant des médias relativement légers (de préférence des images et des PDF) n’en fait pas une excellente bibliothèque.

C’est donc ici qu’entre DEVONthink, qui est à l’opposé du spectre par rapport à Drafts. DEVONthink est l’une des applications vénérables du Mac ; un gestionnaire de documentation et de recherche bien velu, puissant, lourd comme une berline allemande. Principalement conçu pour les ordinateurs de bureau (même si la version mobile offre une partie des fonctionnalités), il est fait pour ingérer des Go entiers de données, les analyser et les automatiser, et servir de référence aux chercheur·ses.

Il est tout à fait possible de conserver toutes ses notes dans DEVONthink et de se débarrasser d’Obsidian – bien des gens le font – mais sachant que les deux applications ont des forces opposées et qu’en plus, elles se calquent naturellement à des rôles distincts, il devient naturel de les employer en parallèle. Chacune expose des liens directs à ses documents : d’un raccourci clavier, je peux copier un lien à une de mes fiches Obsidian (obsidian://) ou à un document DEVONthink (x-devonthink://), me donnant la capacité de sourcer une réflexion personnelle inspirée par une lecture (d’Obsidian à DEVONthink) ou bien de diriger une lecture vers les idées qu’elle a inspiré (de DEVONthink à Obsidian).

Mes bases DEVONthink. Inbox backlog contient plus de vingt ans de vieux systèmes avec des fichiers en triple ou quintuple. J’y plonge quand j’ai besoin de monter au grenier. Memory contient archives et jolis moments numériques – l’équivalent du souvenir qu’on veut garder pour l’exposer dans sa bibliothèque.

L’usage des applications devient donc très simple : mes mots vont dans Obsidian, ceux des autres dans DEVONthink. La beauté de DEVONthink, c’est qu’il accepte tout : une interview de 2h30 en vidéo sous YouTube, ou bien un fichier texte de quelques dizaines d’octets avec une citation mémorable. Les deux sont ouverts en parallèle et en permanence, et je saute de l’un à l’autre via des liens et quelques macros simples1.

Une source annotée dans DEVONthink, pointant vers les fiches Obsidian correspondantes dans mon Zettelkasten.
Une fiche Obsidian, citant sa source dans DEVONthink. Mais pourquoi travaillé-je aussi rigoureusement sur la psychopathie en ce moment ?

En somme :

RôleImpératifsApplication
Capture rapide– Immédiateté, fluidité, mobilité
– Capture automatique de métadonnées (date de création, géolocalisation)
Drafts
Construction d’une réflexion, notes personnelles (Zettelkasten)Interface pensée dans ce but :
– Outils puissants pour relier les notes
– Travail sur plusieurs notes en parallèle
– Personnalisation de l’outil en fonction des besoins
Obsidian
Bibliothèque numérique et archivage des sources– Peut ingérer n’importe quel document
– Sans limite de taille (vidéo, podcast)
– Fonctionne en mobilité
DEVONthink

Je suis pour l’instant ravi de cette organisation, et j’en sens l’effet : mon esprit se pose, la clarté se forme, le plaisir du travail grandit. Je sais que je dis ça tous les six mois, mais je crois que j’ai trouvé le vrai squelette de mon organisation. Et je suis joie.

  1. Oui, je pourrais utiliser Hookmark pour ça, mais je n’ai pas encore réussi à en comprendre l’intérêt par rapport aux liens natifs que les applications fournissent.
2026-08-21T10:03:28+02:00lundi 24 août 2026|Best Of, Lifehacking|0 commentaire

Pour entrer dans l’écriture, paver la voie

Alors que je sors de ma « convalescence mentale », dira-t-on pour simplifier, je reprends contact avec un plaisir croissant avec une certaine discipline de travail dans l’écriture. Je reste très attentif à mes états internes – je me rééduque, très clairement, à l’application de ma concentration sur la durée, sans risquer le claquage psychique, une situation décrite par Obi-Wan Kenobi comme « un coup de fouet asséné par un élastique, et si vous pouviez arrêter de me faire ça par-delà le temps et l’espace ça serait vraiment cool parce que je suis occupé à sauver la galaxie ». Cela entraîne la redécouverte d’un certain nombre de réflexes simples, et parmi ceux-là, je retrouve à quel point il est efficace de préparer la session de travail suivante en se laissant simplement un point de départ à la fin de la précédente.

Je n’invente absolument rien – l’astuce est connue et se personnalise selon la situation (clin d’œil au camarade Gabriel Queste qui nourrit de la sorte ses phases de rédaction) mais il vaut la peine d’en dire un mot, car il est facile, comme toujours avec l’écriture, d’appliquer inefficacement une technique simple et de se méprendre sur son utilité réelle.

Quel est un fréquent nœud dans l’écriture ? La procrastination, l’angoisse de la page blanche, la Résistance chère à Steven Pressfield, quel que soit le nom qu’on lui donne : ce paradoxe profondément désagréable qui consiste à vouloir / devoir écrire, et pourtant ne pas le faire, comme s’il existait un champ magnétique inverse autour de l’icône de Scrivener. On perd du temps (et du moral) à trouver comment s’y mettre, jusqu’à, dans le pire des cas, dilapider sa session de travail dans un complet néant existentiel. Alors que comparativement, une fois qu’on a réussi à démarrer, ça se passe mieux.

Une grande part du succès d’une session d’écriture peut ainsi se trouver dans la manière de clore la précédente. C’est-à-dire se laisser une tâche claire, un point de départ évident et simple pour reprendre avec facilité et douceur ; mais ça n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. On parle de tâches créatives : celles-ci ont la particularité de ne pas être bien définies – puisque, justement, il est souvent question d’explorer, de déterminer ce qui va être par le processus même de leur découverte. C’est ce qui en fait des tâches créatives ; pour paraphraser Kourosh Dini, l’exécution du projet altère et redéfinit en elle-même cette même exécution et ce même projet, et ce, en permanence. Et c’est là que le bât blesse : se laisser un énoncé de tâche créative du genre « continuer à réfléchir sur le chapitre 2 » ne précise pas vraiment le travail à accomplir quand on revient à son projet le lendemain voire plusieurs jours plus tard. Ce qui semblait clair sur l’instant, quand on avait son histoire chargée « en mémoire vive », ne l’est plus du tout quand on redécouvre le chemin à froid. Quel chapitre 2 ? Il s’y passe quoi ? Avec qui ? Dans quel but ?

Il vient que pour offrir à sa prochaine session créative un point de départ efficace, il convient de le formuler selon deux axes simples :

  • Le rendre aussi explicite que possible, comme si l’on s’adressait à quelqu’un qui ignore quasiment tout du travail en question,
  • Et le rendre aussi simple, modeste et stupide que possible.

En fait, il ne s’agit pas tant de se formuler une « tâche » au sens de celles qu’on note sur sa liste de choses à faire, qu’un marchepied concis pour re-rentrer avec le moins d’énergie possible dans son projet. Par exemple :

Plutôt que dire…Préférer :
Continuer à réfléchir sur le chapitre 2Affiner la mise en scène de l’engueulade du chapitre 2 pour déterminer si Jean-Eudes serait réellement décidé à démissionner de la mairie de Plan-de-Cuques sur le moment
Continuer les recherches sur la propulsion spatialeLire et annoter les articles A, B et C pour déterminer si mon hypothèse de voyage spatial à base de trous de gruyère dans le tissu quantique tient la route
Écrire la grosse bataille finaleM’assurer que la portée des trébuchets spatiaux du comte de Descendre-Charles est cohérente avec l’assaut sur la forteresse orbitale de XYZ-12, sinon réfléchir à un autre moyen pour la flotte de contourner le blocus planétaire
Avancer le chapitre 12Relire les notes du chapitre 12, les quelques pages qui précèdent, se réinsérer dans le flot et prolonger d’un paragraphe

La dernière ligne, sans doute, paraît un peu stupide. Assurément, je ne vais pas prolonger mon chapitre 12 d’un seul paragraphe ? Quand même, je ne suis pas débile, je sais bien que je vais me remettre dans l’atmosphère avant d’écrire ?

OK. Est-ce que vous le faites vraiment ?

Avec le temps, s’offrir un point de départ simple et accessible réduit l’angoisse générée par l’aspect nécessairement informe de la création. Encore une fois, il ne s’agit pas de rédiger une tâche au sens d’un élément d’une liste que l’on parque pour la sortir de sa mémoire, afin de la résoudre par la suite. Il s’agit, à la fin d’une session d’écriture, de cultiver de l’empathie envers soi – pour être précis, envers son soi futur. À force, détendu et confiant, celui-ci sait qu’il n’a qu’à suivre « bêtement » les instructions d’une incarnation plus intelligente que lui : celle qui, la veille ou quelques jours auparavant, possédait le projet puisqu’il y était immergé, et sait, elle, ce qu’il faut faire. C’est par ce travail et cette remise en route – quotidienne – que ce soi présent pourra de nouveau accéder à cet état d’intelligence, en reconstruisant en lui-même l’édifice complet et délicat du projet créatif, et ce session après session, sur les semaines, mois, années.

Mais il est, à bien des titres, innocent et ignorant des enjeux à chaque nouvelle session de travail. Donc, il faut l’aider, gentiment, et oui, bêtement. Plus c’est bête, plus ce sera efficace.

2026-08-18T09:35:33+02:00mardi 18 août 2026|Best Of, Technique d'écriture|0 commentaire

Drafts, où le texte commence (la boîte à outils de l’écrivain)

Ce n’est pas une application nouvelle, mais elle fait partie de ces outils tellement ouverts et puissants qu’ils nécessitent un temps d’apprivoisement pour comprendre exactement ce qu’ils apportent à une organisation de travail (comme Scrivener ou OmniFocus).

« Bref, je suis repassé sur Obsidian« , et quand on utilise l’application en mode hardcore (ce qui est quand même le but, sinon autant utiliser Bear), c’est-à-dire avec un thème personnalisé à l’extrême, 28k éléments dans la vault et environ 80 plugins, elle tend à s’étouffer et à se fermer agressivement sur téléphone. Il est possible de l’utiliser pour capturer des notes à la volée – et même de la rendre assez réactive pour ça – mais cela devient un peu malaisé quand il s’agit de revisiter ces morceaux de texte en déplacement ; par exemple pour ajouter une réflexion à une idée, ou pour parquer momentanément un paragraphe participant d’un projet à court terme, avec lequel on ne veut pas enliser sa vault.

À ce titre, Drafts est l’opposé d’Obsidian : tout ce qu’on voit en ouvrant l’application – qui est d’une réactivité folle –, c’est le curseur sur une page de texte. L’idée est simplissime : je l’ouvre, je note un truc, je la ferme (l’application).

Évidemment, toute personne tendant à noter la moindre idée intéressante dans Evernote / un carnet papier / des post-its / douze systèmes de notes abandonnés au fil des ans se verra couverte de sueurs froides à cette possibilité : oh non, quelle idée atroce, je vais me retrouver immédiatement avec 1352 notes non traitées, c’est la pire invention du monde.

C’est là que Drafts devient très malin mais qu’il faut, très clairement, s’y plonger un peu pour le personnaliser exactement selon ses besoins.

Tout d’abord, Drafts présente trois espaces où stocker ses textes : boîte de réception, avec drapeau, archive. Il revient évidemment à l’utilisateur·ice de visiter régulièrement sa boîte de réception pour décider quoi faire de ses idées – ça ne pensera pas magiquement pour vous (et aucun système ne peut penser magiquement pour vous, hein) – mais cela donne déjà quelques filtres de triage : tenez, prenez et mangez-en tous, ceci est ma liste de courses, ceci est l’idée incroyable de roman que j’ai eue sous la douche mais que je dois raffiner un peu avant de l’archiver où il faut dans mes notes longue durée.

Évidemment, ça ne suffit plus quand on commence à accumuler les possibilités tous azimuts. Heureusement, Drafts offre une infinité de manières de trier et afficher ses bouts de texte : il propose de définir des espaces de travail (workspaces) qui sont simplement des recherches prédéfinies sur l’ensemble des documents dans la base, et le critère de filtrage le plus puissant qu’on emploiera sera bien sûr des mots-clé (tags). C’est une manière idéale de définir des espaces transitoires pour ses idées – pas vraiment des inboxes, mais pas des notes achevées non plus. J’en ai quatre à l’heure actuelle : Set aside pour les notes mises de côté auxquelles j’ai besoin de revenir de loin en loin (ça peut être aussi simple qu’une liste de courses), Les Dieux sauvages pour les notes et idées rapides qui me viennent en cours de travail et auxquelles il faudra revenir, et deux espaces (qui deviendront peut-être un seul) pour les idées d’articles pour le présent blog, courtes et longues (selon le temps d’écriture à ma disposition cette semaine).

Enfin, Drafts n’a pas pour vocation de conserver les textes éternellement (même si on peut tout à fait construire un Zettelkasten avec) : il s’agit ensuite d’envoyer les textes à leur destination. L’application propose alors des actions, entièrement paramétrables : le document peut ainsi devenir une note dans son app favorite (Obsidian, Bear, Evernote…), un mail, un message texte, une tâche (dans OmniFocus, Things, Todoist…). Drafts capture date et heure de création d’un document, géolocalisation – le maximum de données possibles pour vous laisser décider qu’en faire. Simplement, c’est là que tout commence : c’est la boîte de capture unique pour tout ce qui entre dans votre espace numérique.

Et si vous n’avez pas l’esprit ni le temps de créer ces actions, aucun problème : la communauté en offre certainement déjà pour vos applications favorites, il suffit de visiter l’Action directory (comprenant plus de 1500 actions actuellement), de chercher votre bonheur, et d’ajouter l’action choisie à votre propre Drafts d’un simple clic. Rien ne vous empêche d’utiliser ces actions comme base pour définir les vôtres, d’y ajouter le raccourci clavier de votre choix, et évidemment, tout se synchronise via iCloud.

Au bout du compte, ma propre liste d’actions est assez simple, mais couvre 95% de mes besoins : la plupart de mes Drafts finissent dans Obsidian, avec (pour une entrée de journal) ou sans géolocalisation, ou alors dans DEVONthink (ma bibliothèque), OmniFocus (liste de tâches), Apple Mail, Bluesky, ou simplement un fichier texte (quand je rédige les notes d’épisode de Procrastination, par exemple).

Drafts nécessite un abonnement, mais il est extrêmement raisonnable (une vingtaine d’euros par an). Pour une application que j’emploie une dizaine de fois par jour dans le cadre de mon travail mais aussi de ma vie personnelle, qui me permet de sortir immédiatement et de manière fiable les idées qui m’occupent la tête, et fonctionne aussi bien avec tout le reste des mes outils (en particulier Obsidian), la dépense est amplement justifiée.

➡️ En savoir plus sur Drafts

2026-08-21T10:04:02+02:00lundi 10 août 2026|Best Of, Lifehacking|0 commentaire

Le Zettel de la quinzaine : Tous les événements à l’image ne doivent surtout pas être soulignés exactement (« Mickey Mousing ») (202603170815)

Pour mémoire, ces notes sont des extraits bruts de décoffrage de mon système de notes privé, afin d’expérimenter avec une forme différente de partage dans l’esprit des digital gardens.

Le « Mickey Mousing » désigne une bande musicale dont chaque effet, chaque son vient exactement souligner l’action, ce qui donne un côté cartoon et très enfantin (Jean Cocteau : « la technique la plus vulgaire »). 

Non seulement il n’est pas nécessaire de le faire, c’est donc contre-indiqué. Une bande son plus mûre et évoluée n’aura pas peur de marquer l’évolution globale de l’émotion sans craindre de décaler sa rythmique avec l’enchaînement strict des plans et des actions de l’image, créant un sous-texte d’émotion plutôt qu’un marquage mécanique de l’action. 

CC-By-SA par Kai Schreiber
2026-03-25T03:32:07+01:00mercredi 25 mars 2026|Alias Wildphinn, Best Of, Juste parce que c'est cool|Commentaires fermés sur Le Zettel de la quinzaine : Tous les événements à l’image ne doivent surtout pas être soulignés exactement (« Mickey Mousing ») (202603170815)

Le Zettel de la quinzaine : Un démarrage de scène statique convient dans le cas d’une contemplation authentique (202401211622)

Pour mémoire, ces notes sont des extraits bruts de décoffrage de mon système de notes privé, afin d’expérimenter avec une forme différente de partage dans l’esprit des digital gardens.

En général, on préférera [[202204061911 Démarrer une scène autant que possible par de la dramatisation plutôt que de la psychologie]], ce qui se relie à [[202202142227 In late, out early]].

Cependant un démarrage de scène intériorisé, statique, convient quand on a un réel moment contemplatif, un genre de pivot, quand le personnage a réellement quelque chose à confronter en soi. C’est seulement dans ce cas, genre contemplation cinématographique, qu’on le fait. Ne pas prendre ça pour une excuse trop facile pour en abuser. Une bonne règle pour vérifier si ça fonctionne est [[202312291112 Dans l’écriture, penser cinéma]].

Dans tous les autres cas, ne pas le faire, et essayer une mise en route orientée action avec arrivée le plus vite possible dans la dramatisation. 

CC-By-SA par Kai Schreiber
2025-12-08T00:17:17+01:00lundi 8 décembre 2025|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Le Zettel de la quinzaine : Un démarrage de scène statique convient dans le cas d’une contemplation authentique (202401211622)

Organiser ses notes rapidement (2) : avec des liens (la méthode Zettelkasten en deux minutes)

Organiser ses notes, unique objet de mon ressentiment. Or doncques, auguste lectorat, j’ai découvert l’existence de la méthode Zettelkasten fin 2019, j’ai adopté Obsidian dans la foulée, j’ai suivi des formations, lu des bouquins, et je suis arrivé à la conclusion (adoubé par les papes) que, tel Monsieur Jourdain, qui n’avait pas été baptisé dans le fleuve, j’en faisais sans le savoir, et que c’était surtout infiniment plus simple que ce que te vendent les influenceurs YouTube. On a vu la semaine dernière le premier volet de l’organisation de ses notes : avec des tags (UN), voici donc le volet DEUZE.

Ce qu’est le Zettelkasten à la base (et ce qu’on n’en fait pas pour l’écriture)

Zettelkasten, en gros, ça veut dire boite à fiches. L’approche existe depuis la nuit des temps, mais elle est revenue à la conscience collective en particulier à travers le prisme d’un sociologue appelé Niklas Luhmann, dont la productivité fut phénoménale : 70 ouvrages, 400 articles, le tout en enseignant à côté. Luhmann prétendait « ne jamais avoir l’impression de travailler », allant simplement là où ses intérêts le poussaient. Il attribue sa prolixité à son « Zettelkasten », soit son système de notes. Lequel comporte quatre caractéristiques fondamentales :

  • Une idée par fiche (principe d’atomicité)
  • Écrite avec ses propres mots (pas de recopie bête et méchante, pas de « je capture tout » à la Evernote), ce qui est crucial pour comprendre et développer les notions du monde extérieur comme les siennes
  • Reliée à des idées connexes sans a priori de catégorisation ni de thème. C’est son grand attrait pour l’écriture : pouvoir faire s’entrechoquer des fragments venus de toutes les directions, les développer et découvrir leurs relations à mesure qu’un projet prend forme.
  • Un lien vers les sources si applicable
Un exemple de Zettel de Luhmann

Et c’est tout. Maintenant, ces idées pourtant simples génèrent des exégèses et des conversations de très haut niveau, des pléthores de vidéos YouTube associées à la meilleure manière d’implémenter tout ça sous Obsidian, tout un milieu passionnant qui réfléchit collectivement à recréer le miracle de Luhmann à l’ère moderne en s’appuyant sur les outils numériques.

Pour l’écriture de fiction et la création au sens général, la méthode est surpuissante, car fondamentalement, elle traite de clarification du savoir. Mais :

  • Elle est académique à la base. Elle se préoccupe de sources, de leur confrontation, de pouvoir les citer correctement. La recherche documentaire en écriture est très différente : même s’il s’agit de ne pas raconter n’importe quoi, on s’imprègne et l’on métabolise, on ne cite pas. Ce qui nous intéresse dans la méthode, c’est le développement de ses idées.
  • Les systèmes surpuissants qu’on trouve en ligne sont l’équivalent des bullet journals décorés avec amour : des œuvres d’art qui n’ont guère de lien avec la réalité et dont on s’éloignera très calmement en les regardant dans les yeux.

La méthode Zettelkasten pour l’écriture

En se rappelant donc que le Zettelkasten « canonique » (si tant que ça existe) est une méthode académique qui doit se préoccuper de sources (on pourra toujours l’appliquer à sa recherche documentaire), voici, très simplement, comment l’appliquer à l’écriture.

UN : capturer toutes ses super idées.

DEUX : développer ses super idées en continuant à ajouter de la matière sur la fiche associée à mesure que ça se présente, ou qu’on y travaille de manière concertée.

TROIS : organiser ses super idées petit à petit quand la matière commence à devenir un peu trop fournie.

QUATRE : quand la matière est vraiment trop fournie, éclater la fiche en sous-fiche et tisser des liens :

  • Vers les axes de réflexion qui se sont dégagés
  • Mais aussi vers les autres fiches de son système : recherche documentaire, idées a priori sans lien, techniques littéraires développées, etc.

CINQ : quand c’est suffisamment clair, écrire.

SIX : mettre de côté le matériel réutilisable (réflexions, univers à développer, leçons sur l’art) dans son Zettelkasten pour possible réemploi futur.

Félicitations, vous faites du Zettelkasten. Alors, entendons-nous bien : il existe des tas de subtilités et d’implémentations plus ou moins pointues pour se faciliter la vie avec les outils (incluant des techniques pour construire des chaînes de raisonnement, par exemple). D’autre part, pour la recherche académique, on a besoin de beaucoup plus. Cependant, le cœur est là : écrire, développer, mettre en relation. Fondamentalement, vous n’avez pas besoin d’un joli bullet journal ni de Dataview (même si je ne vous jetterai pas la pierre de jouer avec).

2025-11-24T00:32:52+01:00lundi 24 novembre 2025|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Organiser ses notes rapidement (2) : avec des liens (la méthode Zettelkasten en deux minutes)

Organiser ses notes rapidement (1) : avec des tags

Donc donc donc. Or, la question immortelle d’un PKM (système de notes pour aller vite) est toujours :

Comment puis-je organiser mes notes pour m’y retrouver et, surtout, ne rien perdre ?

Parce que c’était pendant longtemps la blague : Evernote est un système write-only, c’est-à-dire que je peux y capturer tout ce que je veux, mais pour en ressortir la moindre valeur, c’est fichu. C’est un trou noir où les bonnes idées vont mourir, et c’est le risque inhérent à tout système de notes.

Or, on cherche à faire cohabiter deux priorités fondamentalement contradictoires. Il faut une approche suffisamment puissante, pour retrouver ce qu’on veut et étoffer ses idées, mais aussi rapide et légère que possible, pour ne pas passer sa vie à faire de la bureaucratie et de la maintenance (le risque d’Obsidian).

C’est la raison pour laquelle je suis revenu sur Bear (malgré toute mon admiration pour Obsidian), lequel me permet de retrouver la rapidité que je connaissais sous Evernote : Bear propose uniquement des mots-clés (tags) hiérarchiques offrant un seul système de classement qui est, au bout du compte, redondant avec le concept de dossiers. Il est ainsi immédiat d’envoyer une note, une idée, un projet là où ça doit aller.

Dans ma quête éternelle d’organisation, j’ai toujours eu soif de voir les systèmes des autres pour chercher des inspirations et trouver mon propre équilibre, alors je pose le mien ici, pour valoir et servir ce que de droit. On va faire ça en deux parties : ici les mots-clés, UN, et la prochaine fois les liens wiki, DEUZE.

Système de tags

Mon système d’origine sous Evernote fonctionnait très bien. J’ai passé les dernières années à réinventer la route, pour revenir, modulo quelques évolutions minimes, à ma recette personnelle. Bear a une petite fonctionnalité toute simple mais intéressante : une commande permet de montrer ou de cacher les notes des sous-tags (#A/B sera caché si je ne vois que #A), donnant aux tags le même comportement que des dossiers. Ça aide à clarifier / naviguer de manière très simple, sans sacrifier le bénéfice fondamental des tags : une note peut exister dans plusieurs « dossiers » à la fois.

Pour mes tags, j’ai remixé le concept de facettes qu’on trouve parfois en classement documentaire : une note possède plusieurs angles d’approche comme le projet, la personne, le thème, etc. L’idée, c’est d’appliquer le minimum de clarification possible pour pouvoir la retrouver par la suite. Pas de faire un système « parfait » : il faut qu’il soit opérant, c’est-à-dire qu’on puisse travailler avec, pas qu’il soit joli à regarder comme un bullet journal illustré comme du Monet ou une vault Obsidian YouTube-ready. Si je peux le trouver, je peux le tuer travailler dessus.

Les tags sont les suivants :

  • .billets et .voyages : catégories purement utilitaires pour les billets de spectacles et les voyages (trains, avions, visas). Bear fonctionnant entièrement hors ligne, je suis sûr d’avoir toujours ma documentation même perdu au milieu des steppes mongoles.
  • @ : personnes proches dans ma vie, clients, types de contacts aussi avec qui j’interagis. Je veux faire un vrai effort pour me rappeler les détails importants sur les personnes que je rencontre, mais je n’ai pas la mémoire d’Amélie Nothomb (ni même une excellente mémoire tout court, surtout cramé après trois jours de salon) donc je suis parfois forcé de suppléer à ma matière grise par un peu de matière électronique.
  • à l'esprit : cette catégorie est seulement possible avec des tags. Je veux garder certaines notes à portée de main, peut-être parce que je travaille dessus, ou simplement parce qu’elles sont « courantes », de la liste de courses à la liste de choses que je ne dois pas oublier de faire dans Elden Ring. La beauté de la chose, c’est que les notes peuvent entrer et sortir de cette catégorie à l’envi, il suffit d’ajouter ou enlever le tag en une demi-seconde.
  • id : les idées, avec une ribambelle de sous-catégories, de l’univers au morceau de musique en passant par les personnages et les articles de blog. Je peux prendre une idée à la volée sur mon téléphone, l’envoyer au bon endroit d’un tag rapide, et reprendre ce que je faisais. Et à force, j’ai ainsi une véritable boutique de bonbons où aller puiser des envies à développer.
  • La Succession des Âges : Parce que c’est MA VIE ENTIÈRE À JAMAIS. Plus sérieusement, là aussi les tags sont fantastiques : je peux classer les notes par personnages, intrigue, univers, et si besoin dans plusieurs endroits à la fois, résolvant une des difficultés classiques du classement des notes d’écriture, où rien ne relève jamais d’une seule catégorie.
  • P : Tous les autres projets, du personnel à l’administratif en passant par les ateliers d’écriture ou les notes d’univers comme Évanégyre.
  • Quoi : La nature d’une note s’il y a lieu. Typiquement pour les documents de référence, comme les manuels d’utilisation.
  • T : Le thème ou sujet. Totalement arbitraire mais personnel, avec des domaines très développés et d’autres non, selon mes intérêts. Absolument pas rigoureux, l’idée c’est que moi, je me comprenne.
  • W : Wishlists. Je fais aussi de l’électro, et c’est une activité passionnante mais qui requiert une étude assidue de la technologie et la planification de possibles achats matériels futurs. Tout ça va là.

Capture rapide et classement

Bear a une arme secrète, mais qu’on peut répliquer avec à peu près toute app digne de ce nom qui offre des tags :

La capture de toute note à la volée ne possède pas de tags, et se trouve donc capturée dans une « boîte de réception » automatique. L’idée est la suivante : si ça a un tag, c’est classé. Si ça n’en a pas, c’est dans la boîte de réception. Tout système basé sur des tags devrait adopter cette approche : cela supprime toute la manutention qui consiste à déplacer les notes à la main. Les tags sont les dossiers. Tout est automatique. Pour copier ce comportement sous Obsidian, on s’intéressera à l’excellent plugin Auto Note Mover.

Il existe évidemment de nos jours un deuxième mécanisme de classement, les liens wiki et l’approche Zettelkasten, laquelle est beaucoup plus simple que YouTube ne vous le vend. Voix de Papy Grenier : Ce sera pour une prochaine fois.

2025-11-23T22:47:38+01:00mercredi 19 novembre 2025|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Organiser ses notes rapidement (1) : avec des tags

En écriture, ne négligez pas les coûts de préproduction

J’ai découvert un certain nombre de pièges avec l’écriture de « Les Dieux sauvages », en particulier La Succession des Âges (il avance, il avance, il est gros), et je pourrais sans doute écrire un Comment écrire de la fiction ? complet sur les leçons apprises à la dure au cours de ce projet ; mais ce serait curieusement spécifique, alors autant en partager ici quelques-unes, hein ? Histoire que vous puissiez les refaire tranquillement de votre côté et qu’on puisse ensuite trinquer à notre déréliction.

Le piège du moment, en ce qui me concerne, soit, dans mon contexte, la lenteur ajoutée à l’écriture, ce sont les coûts de préproduction. Dans le cinéma, c’est bien connu : on voyage sur les lieux de tournage pressentis, on les choisit, on conçoit les costumes, ce qui représente un investissement avant même le tournage du premier plan. Dans le jeu vidéo aussi : on crée du concept art, on architecture son projet, on explore des mécaniques et on les choisit et les affine avant de réaliser le produit à part entière.

Rien de tout ça ne semble vraiment s’appliquer à l’écriture de fiction, hein ? Surtout quand on clôture une saga sur laquelle on travaille depuis des années. En principe, l’histoire est connue, les personnages aussi, les lieux ont été établis, « il n’y a plus qu’à » dérouler.

Évidemment, non. La Succession des Âges nous emmène dans des lieux qu’on n’a pas encore vus en détail, touche à des concepts plus vastes de l’univers d’Évanégyre, et bien sûr apporte son lot de révélations finales. Ces révélations ont toujours été prévues depuis le début de l’écriture (relisez le prologue de La Messagère du Ciel à la lumière des derniers événements de L’Héritage de l’Empire), certaines lignes de dialogue des ultimes scènes existent depuis… 2016. Mais sentir et savoir ce qu’on va faire n’est pas équivalent à lui donner vie.

Écrire une histoire exige une vie à part entière, une connaissance intime et approfondie des lieux, des fonctionnements, des raisons d’être des choses – il faut en savoir beaucoup plus qu’on ne va en dire, car autrement, il est impossible de trier et de savoir quoi dire. Et cela, mes amis, c’est du coût de préproduction. On arrive à Plan-de-Cuquiel, cité elfique qu’on croit connaître car on en parle depuis 3000 pages, mais il faut alors décider : quelle logique aux lieux ? Quelle organisation sociale effective par rapport aux intentions voulues ? Certes, c’est une communauté anarcho-syndicaliste, mais techniquement, qui est le secrétaire général depuis deux ans et est-ce que ça se passe bien, ce qui se transcrit littéralement dans l’atmosphère de l’auberge où les personnages font halte pour la nuit ?

C’est ainsi qu’on se retrouve à devoir faire du worldbuilding inattendu et imprévu alors qu’on pensait dévaler la longue pente vers sa conclusion. Écrire, c’est choisir l’information pertinente et vivante à donner pour incarner l’histoire. On peut en improviser beaucoup sur le moment. Mais pas tout.

Attention aux coûts de préproduction.

2025-09-07T09:20:56+02:00mercredi 10 septembre 2025|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur En écriture, ne négligez pas les coûts de préproduction

Le Zettel de la quinzaine : En fiction, c’est l’agentivité qui donne l’illusion de libre-arbitre (202304260914)

Pour mémoire, ces notes sont des extraits bruts de décoffrage de mon système de notes privé, afin d’expérimenter avec une forme différente de partage dans l’esprit des digital gardens.

En fiction, le libre-arbitre des personnages est une illusion puisque l’œuvre existe déjà : le chemin est écrit. C’est la découverte de celui-ci à la lecture / visionnage, reposant sur l’ignorance des événements à venir, qui crée l’illusion que les actes entraînent des conséquences.

Par conséquent, en fiction, l’agentivité tient lieu de libre-arbitre : l’illusion de liberté des personnages peut être simulée par le fait que leurs actions aient des conséquences importantes. Ils sont actants de leur histoire (et c’est pourquoi on les a choisis pour la raconter : elle est intéressante et ils sont partie prenante de leurs événements).

CC-By-SA par Kai Schreiber
2025-09-01T09:22:55+02:00mercredi 3 septembre 2025|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Le Zettel de la quinzaine : En fiction, c’est l’agentivité qui donne l’illusion de libre-arbitre (202304260914)

Vaincre l’angoisse de la page blanche avec la méthode… Pomodosignes

La méthode Pomodoro m’a littéralement sauvé la vie (et la carrière) pendant des années en découpant l’angoisse d’écrire les monstres que j’écris en sessions de travail digestibles ; avec quelques raffinements développés à l’usage pour le travail de création. Au lieu d’écrire 15000 signes (ce qui est vaste), on travaille 25 minutes (ce qui est simple). Refaites suffisamment de tranches de 25 minutes et vous avez 25 ans (je dois à peu près en être à ce stade pour La Succession des Âges).

Un truc m’a cependant toujours gêné, c’est la nécessité pour moi de devoir travailler ainsi depuis plusieurs années de manière à conserver un rythme de production correct. Certes, j’ai plus d’ambition et d’expérience ce qui, dans mon cas, est paralysant (je vois beaucoup trop vite les défauts du premier jet) ; je construis aussi des histoires beaucoup plus complexes qu’à mes débuts. Cependant : si je crois en mon travail, si j’aime mes projets, pourquoi sont-ils si difficiles à exécuter, au point que j’en doive me tromper l’esprit en découpant la journée en tronçons brefs ? Pourquoi parvins-je à rentrer tous les jours 1000 signes chaque matin en déplacement en 10-15 minutes quasiment sans difficulté, mais qu’une journée de travail libre n’en fournit parfois que 3000 ?

Pendant longtemps, je l’ai expliqué en me disant qu’avec des Pomodoros, je ne découpais pas l’effort (qui ne m’a jamais fait peur) mais l’angoisse (qui fait peur. C’est, heu, son job). Mais la méthode Pomodoro n’est pas sans défaut – toutes les journées ne sont pas égales, tous les efforts non plus. On peut ramer sur un détail pendant quinze minutes, comme tracer 2000 signes en une demi-heure. Un tronçon de 25 minutes est un tronçon facile à concevoir, mais il ne reflète pas vraiment, à mon goût, la nature de l’effort dans le cadre de la rédaction soutenue (le plus difficile dans mon cas). Parfois, ça roule. Parois, c’est la misère. C’est ainsi.

Et si, tout simplement, on changeait la métrique ? D’intervalles de temps, arbitraires et inégaux, on passait à une tranche de signes écrits, indiscutable et tangible ? Je travaille ainsi depuis quelque temps et les résultats sont comparables avec la méthode Pomodoro – ce qui est bien – mais sans la légère culpabilité de ne pas arriver à me botter les fesses temporellement – ce qui est bien, bien mieux. I give you, donc, la méthode Pomodosignes, extrêmement simple pour l’écriture et, pour ma part, bien plus gratifiante. Tout simplement, une pause de 5 minutes est permise tous les 2000 signes écrits (ajustez l’intervalle selon vos besoins ; par exemple, j’ai essayé 2500, c’est trop pour mon mental de poisson rouge).

Plus spécifiquement, la journée prend en compte les spécificités de l’effort bien particulier que représente la rédaction au long cours.

  • Le premier créneau est consacré à la reprise de contact avec le projet. On reprend ses notes, on relit, on se remet dedans, et on n’a qu’à écrire 1000 signes pour se permettre une pause. En déplacement, en période difficile ou d’urgence autre que l’écriture, on peut s’arrêter là ! On a déjà avancé.
  • Ensuite, on procède par tranches de 2000 signes. Chaque tranche octroie 5 minutes de pause. La beauté de la chose, c’est que cela prend en compte les sessions où l’on ne veut pas s’arrêter parce qu’on est possédé par l’écriture. J’ai fait 5000 signes au lieu de 2000 avant de m’essouffler ? J’ai droit à deux pauses, et la prochaine tranche ne requiert que 1000 signes avant de m’octroyer un nouveau bout de saucisson. C’est incitatif, directement corrélé à la quantité de mots produits dans le document, ramène l’attention à la production de matériel tangible, au lieu de l’aspect parfois flou de sessions de travail fondées sur le temps. Mais cela accepte aussi que, parfois, une phrase coûte plus cher que trois paragraphes entiers.

Tous les studios d’écriture (Scrivener, Ulysses) permettent en outre de calibrer sa session de travail en signes et de conserver un indicateur graphique de son progrès sous les yeux. Je recommande de commencer donc par calibrer la journée à 1000 signes, puis d’aller de 2000 en 2000 : c’est idiot, mais c’est une motivation colossale de voir enfin une barre de progrès de rédaction que l’on remplit régulièrement au lieu de cet énorme objectif idéal que, soyons honnêtes, on n’atteint jamais.

Scrivener permet d’éditer ses objectifs du jour, et notifie même quand on les atteint.

Évidemment, ça ne fonctionne que pour la rédaction, mais je trouve la planification et la réflexion bien moins difficiles à encadrer. Quand on rêve, tout est idéal, complet, juste ; les mots sont parfaits, le message est d’autant plus idéal qu’il peut demeurer inconsciemment vague à l’esprit et donc porteur des contradictions révélant l’absence de tout choix. La véritable épreuve du feu, c’est faire descendre cet idéal dans l’incarnation du langage ; c’est là, donc, que l’on peut bénéficier d’un coup de pouce comme ce genre de méthode.

2025-08-25T09:53:44+02:00lundi 25 août 2025|Best Of, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Vaincre l’angoisse de la page blanche avec la méthode… Pomodosignes
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