Expériences en temps réel : les chiffres 2011

Dans cette période de bilans, il en est un autre, et il concerne les statistiques de fréquentation du bar. Non pas que je garde les yeux vissés dessus en permanence, mais, tant qu’à faire, c’est toujours intéressant pour moi de découvrir ce qui suscite les passions ou le silence. Vu que j’ai probablement plus d’articles à écrire que je n’aurai jamais de temps, autant proposer, genre, ceux qui seront lus.

Et consulter les stats sur un an est une expérience assez intéressante. Certains blogueurs veillent jalousement sur les leurs et ne les divulgueraient que devant des agents de la CIA (et encore), mais moi, je m’en fous, parce que c’est instructif de déballer ça en famille. Si je tenais un vrai bar, je serais du genre à placarder la compta au mur (ce qui ferait certainement de moi un piètre tenancier d’établissement).

Fréquentation et intérêt

Un premier constat dans les stats, lié à celui d’hier, est que l’intensification de mon actu avec la sortie de Léviathan : La Chute et les informations correspondantes ont pas mal mobilisé l’espace, me laissant visiblement moins libre de divaguer sur d’autres sujets. Globalement, un article donné a généré moins de lectures que les années précédentes. En revanche, les visites totales sont en hausse (32 200, soit 88/jour en 2010 contre 47 700, soit 133/jour en 2011), avec un intérêt plus marqué pour les ressources du site, comme les conseils d’écriture ou les infos bibliographiques. Ce qui n’est pas mal – nous avons donc réussi à élargir la communauté d’une petite bande partageant les mêmes délires à de nouveaux lecteurs intéressés prioritairement par les livres – mais j’aimerais bien amorcer un retour plus marqué à l’éditorial en 2012 en ces lieux, afin d’offrir le meilleur des deux mondes.

Il est également possible que le passage du flux RSS du blog au texte complet ait artificiellement réduit le nombre de visites ici, faussant les stats. Nous verrons en 2012. En tout cas, le flux est bien suivi, avec plus d’une centaine d’abonnés à présent, et j’en suis ravi, car rien n’est plus volatile qu’un flux.

Best-of

Alors, auguste lectorat, qu’est-ce qui t’a le plus intéressé pour cette dernière année avant la fin du monde ?

  • Tu auras des seins, ma fille : 3 463 lectures (!). C’est un cas un peu particulier, puisque cet article a généré à lui tout seul l’équivalent d’un petit mois de fréquentation en ces lieux, mais il a été répercuté, disons slashdotté, par l’éminente et pertinente Maïa Mazaurette de Sexactu, biclassée auteur d’imaginaire (Dehors les chiens, les infidèles ou Rien ne nous survivra, plus des participations aux anthologies des Imaginales, entre autres). Qu’elle soit remerciée d’avoir jugé l’article pertinent, et pour les trois d’entre vous qui ne connaissent pas son blog, je vous encourage très vivement à le découvrir de ce pas, car il est drôle, fin et beaucoup, beaucoup moins gratuit qu’il n’en a l’air. (Ce qui me permettra, Maïa, de te proposer trois nouveaux visiteurs – en fait, c’est pas un bar, que je tiens, c’est une machine à café. Petite.)
  • Traduction littéraire, FAQ : 496 lectures.
  • Twitter advanced : des applications : 468 lectures.
  • Sucker Punch : coup de poing dans l’eau : 370 lectures.
  • Black Swan : un cygne du fantastique : 268 lectures.

De façon assez intrigante, les articles les plus appréciés des années précédentes continuent à générer de l’audience, ce qui est cool, mais les nouveaux de cette année, moyennement. Ce qui me fait dire que j’ai probablement été un peu moins pertinent cette année. Ce n’est pas une surprise, avec l’intensité de l’actu en 2011. Ma résolution pour 2012 ? Être, mais genre, super intéressant.

Sauvetage

Terminons par un petit repêchage des articles qui sont passés inaperçus, alors qu’ils me semblaient avoir un potentiel de lolz / intérêt / trollage / WTF :

  • Habitat Dudule : le combat d’un homme seul contre la société de consommation qui lui emballe son mobilier dans des cartons idiots.
  • On va pas sauver un sac, quand même : écologie, éducation et un volontaire très frustré sur une digue galloise.
  • Beaucoup de bulles : un léger aperçu du processus de création de la nouvelle « Au-delà des murs », parue dans l’anthologie des Imaginales de cette année, Victimes et Bourreaux.
  • Pour régler la question de l’héritage : défense d’une thèse à laquelle je crois énormément, à savoir que tous les fondamentalismes religieux sont solubles dans la philosophie des Lumières, et que c’est vers elle qu’il nous faut nous tourner aujourd’hui, au lieu de prôner des retours en arrière crétins vers des polarisations religieuses.
  • Des licornes et du LSD : parce que cette série de courts métrages constitue le truc le plus drôle, inventif et barré que j’ai vu depuis longtemps (à part peut-être Rubber).

Et voilà pour 2011. Merci à vous de votre fidélité, de vos réactions, de votre humour et de votre intérêt ! En avant pour une nouvelle année de publications, de lolcats, d’articles sur l’écriture, de chroniques fiction, et surtout, surtout, de WTF qui tache et d’humeurs aqueuses, avec, espérons-le, une jolie v5 pour emballer tout ça. Y a un peu plus, ma bonne dame, je laisse ?

2012-04-27T22:27:10+02:00mercredi 28 décembre 2011|Journal|2 Commentaires

La contagion ne prend pas

Contagion. Un casting de malade : Marion Cotillard, Matt Damon, Laurence Fishburne, Jude Law, Gwyneth Paltrow, Kate Winslet. Steven Soderbergh aux commandes. La menace d’un virus qui décime la planète, la promesse d’une tourmente humaine, de sentiments forts, de désespoir, de fraternité, peut-être d’une rédemption. Panique, angoisse. La perspective de se faire peur, d’être ému, choqué, bref de vibrer au premier degré de façon très assumée, et peut-être au second si le film le permet.

Sauf que non.

Contagion, c’est simple. C’est l’histoire de types, y a un virus, et puis ils meurent.

Et on s’en fout.

Le scénario tente le pari des récits croisés, chacun explorant un fil de la confrontation face à un fléau médical d’une rare violence, qu’il s’agisse du médecin confronté à sa propre déchéance, de l’OMS s’efforçant de réagir au plus vite, du père de famille mystérieusement épargné par la maladie qui décime les siens, du blogueur activiste un peu ripou sur les bords qui oppose à la voix des spécialistes celle de la multitude désinformée d’Internet. Chacun réagit à sa manière face à la menace, à la peur, à la désagrégation de la société confrontée à sa possible extinction. Le lecteur de bon goût est ramené par exemple à Spin de Robert Charles Wilson dans le traitement de cette thématique. Et Contagion propose des points de vue intéressants et d’une modernité plutôt bien trouvée, sans compter que – pour une fois – l’aspect scientifique est traité plutôt correctement.

Sauf que jamais, la mayonnaise ne prend, ne restant qu’un empilement de fils narratifs à peine ébauchés, où l’investissement ne naît jamais, où les problématiques pourtant prometteuses demeurent égratignées, et où les tentatives de tirer sur les cordes émotionnelles du spectateur résonnent à vide. Kate Winslet est evoyée évaluer la maladie sur le terrain, on la suit dans ses déplacements, et puis à un moment, elle tombe malade. Elle a très très peur, et on la comprend. Mais on s’en balance total. Marion Cotillard, autre experte, est prise en otage pour que l’acheminement d’un possible remède devienne prioritaire vers un village de la campagne chinoise. Elle s’attache aux villageois. D’otage, elle devient pilier de la communauté. Mais on n’en voit rien, on n’en sait rien, et le verdict devient en conséquence le même : on s’en balance. Comme de ses villageois, probablement très sympathiques, mais inconnus au bataillon scénaristique. Pourquoi, demande-t-on à la narration, dois-je me soucier de tout cela ? Parce qu’ils sont en danger ? Ça ne suffit pas. Les personnages sont en carton-pâte, sans attaches – ou éventuellement stéréotypées – ce qui suscite rarement plus qu’un « ah ben c’est quand même moche » quand les victimes commencent à s’entasser.

En fait, à son corps défendant, Contagion est une parfaite démonstration d’un travers honteux mais réel de la nature humaine, exprimé avec une clairvoyance d’une cruauté glaciale par Staline : un mort, c’est une tragédie, un million, c’est une statistique. C’est scandaleux, c’est détestable, mais c’est vrai. Et la fiction porte des drames, pas des statistiques. Sans personnages, sans discours, sans fils narratifs forts, Contagion échoue là où un film comme Collision réussit magnifiquement avec une envergure bien moindre dans les enjeux. Le récit de Soderbergh aurait mérité une ou deux trames narratives de moins, un parti pris clair sur les thèmes à traiter, un choix, pour sensibiliser le lecteur au propos qu’il voudrait tenir. Si seulement il en avait un.

Mais à vouloir être partout, Contagion n’est nulle part. On n’en ressort pas scandalisé, mais pas ravi non plus. On se dit qu’on a vu un récit sans âme, pas tellement creux, mais pas tellement consistant quand même. Contagion, finalement, c’est ça : pas tellement grand-chose.

2011-11-23T12:13:35+01:00mercredi 23 novembre 2011|Fiction|Commentaires fermés sur La contagion ne prend pas
Aller en haut