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La revue Chimères s’arrête

Très triste nouvelle annoncée la semaine dernière : malheureusement, et malgré son indéniable qualité, la revue Chimères « n’a pas trouvé son modèle économique » et doit s’arrêter.

Tenir et faire vivre une revue dans le contexte économique français est extrêmement difficile (j’en sais quelque chose, à une époque pourtant plus clémente). Or, un domaine culturel a besoin d’organes de presse, d’analyse et d’information pour vivre et même offrir une porte d’entrée à de nouveaux publics. Les revues qui tiennent dans le paysage (Bifrost, Galaxies) sont historiques, et s’appuient sans aucun doute sur une solide base d’abonnements. Car c’est ce qui fait vivre et pérennise une revue, non la vente au numéro, laquelle est incroyablement ardue de nos jours en raison de la baisse des points de vente et de la féroce compétition pour les mises en place en librairie.

Chimères avait tout pour réussir avec un contenu de haute volée (Anne Besson et Victor Battagion aux commandes) et un financement participatif couronné de succès. Hélas, cet arrêt n’est pas le premier : trop souvent, des formules créatives (on se souvient de Mythologica ou, bien avant, d’Emblèmes) se heurtent à l’extrême aridité du marché. C’est un véritable gâchis, et un mauvais indicateur pour la santé de l’imaginaire en France.

2026-02-09T05:21:29+01:00lundi 9 février 2026|Le monde du livre|0 commentaire

De manière générale, on pourrait ne pas mettre des gens sexualisés sur des affiches grand public et ça serait super

(C’est chiant Internet en 2026, tu dois faire des titres d’articles longs comme des Zettels. Bref.)

Si vous avez eu la polémique, très bien, si vous ne l’avez pas, ça n’est pas grave, parce que l’idée n’est pas d’y répondre ici, mais juste de placer quelques idées dans un coin pour l’avenir. Parce que c’est 2026 et que visiblement, everything old is new again, ça pousse des cris d’orfraie en mode « on ne peut plus rien dire » sur des affiches de festival grand public faisant apparaître un personnage (forcément) féminin fortement dénudé, et ça dérive en bataille rangée alors que franchement, on devrait avoir un peu réglé ça aujourd’hui. Alors comme il faut visiblement mettre les sous-titres pour les outragés de verre d’eau, ça n’est pas une question de « censure » ou de liberté d’expression, c’est une question beaucoup plus simple :

C’est stupide et c’est dommageable.

Et non, ça n’est pas dommageable parce que, comme les crétins aiment à le dire, « on ne peut plus s’exprimer librement » (c’est-à-dire : on endommagerait le potentiel érotique du spectateur), cela endommage en réalité le domaine même que l’on prétendrait défendre.

Bon, je mets la charrue avant les dauphins de trait, donc, pour commencer : une affiche de festival grand public n’est pas Ledroit l’endroit pour sexualiser une figure, quelle qu’elle soit. Je ne sais pas pourquoi c’est si difficile à comprendre. C’est grand public, et l’érotisme, quelle qu’en soit la nature, s’observe, se pratique et se révère derrière des voiles. On ne colle pas une meuf à moitié à poil sous les nez des mômes ni de ta grand-mère, en trois mètres par douze. Ça ne devrait pas être compliqué.

Ensuite, est-ce que le monde a vraiment, encore besoin d’une meuf à moitié à poil en trois mètres par douze ? Est-ce que c’est ça, en 2026, l’affirmation de la liberté d’expression ? Est-ce que, grand diable, la sexualisation et l’affichage du corps féminin sont si taris en Occident qu’il faut absolument reconquérir le dernier espace subversif qui soit, une affiche de festival grand public ? Si vous avez besoin de ça, je ne sais pas, puis-je vous présenter à Internet au sens large ? À la rigueur, hé, mettons un mec, au moins ça rééquilibrera un peu. Mais : voir point 1, non, ça n’est juste pas ni le lieu ni Ledroit l’endroit, stou.

Je ne suis pas bégueule ni pudibond : j’aime les femmes, j’aime l’érotisme, je célèbre son expression consensuelle et légale sous toutes ses formes, y compris l’absence d’icelle. C’est justement parce que j’ai cette profonde révérence (acquise de bien haute lutte et contre mes propres démons, je peux vous dire) que je me sens aujourd’hui capable d’affirmer un truc : à coller du sexe ou sexe-adjacent partout (because sex sells, baby), on dénature, on brouille, on passe pour évidences des éléments et des pratiques qui nécessitent, eh bien, une éducation, qui n’est pas seulement physique, mais aussi psychologique, inclusive, mentale, concernant respect et écoute, à la fois de l’autre mais avant tout de soi (parce que tout commence par soi). La sexualisation banale brouille l’énergie et la puissance de la pratique du corps la plus ancestrale et la plus vulnérable : et faire ça, c’est faire exactement l’inverse que de l’honorer, c’est faire exactement l’inverse que de lui donner une libre expression, c’est présenter sous l’aspect de l’évidence quelque chose qui est tout sauf évident, quelque chose qui doit être construit, développé, nourri, mais dans des putains de contextes adéquats, par en trois mètres sur douze dans l’Ouest-Plan-de-Cuquois. C’est alors que l’exploration est possible, que la découverte et le jeu s’épanouissent, et c’est pas pour rien que le kink expose explicitement les règles de ses jeux et de ses consentements : c’est justement parce que ça permet la scène en toute sécurité (laquelle est la base), et ça se fait entre adultes, pas sous le nez des mômes et de ta grand-mère (quoique, ta grand-mère fait dushibari, hell yeah, more power to her, mais c’est pas le débat).

Le Tantra le sait : l’énergie pure (Shakti) nécessite une structure (Shiva), sinon c’est le bordel (my words, not Tantra’s). Le flot de la rivière nécessite un chenal, sinon c’est un marécage1. On manipule cette énergie avec un minimum de considération, et le chenal n’est pas une affiche grand public, point barre. Ça, c’est juste idiot, c’est du combat d’arrière-garde et franchement juste gênant qui, surtout, véhicule tout simplement une volonté oppressive par l’appropriation et l’imposition dans l’espace public d’une image sexualisée, laquelle ne peut commodément pas rendre les coups.

Et si on veut célébrer la beauté et l’énergie féminines, on peut le faire autrement. Par exemple, personnellement, cette affiche de Bilal pour les Utopiales, qui a 26 ans aujourd’hui, m’est toujours restée dans la rétine, parce que le visage dégage mille fois plus : il évoque une histoire, un contexte, une substance. Alors qu’une énième silhouette dénudée n’est que du popcorn pour l’âme – et tout aussi peu sain. (Et on rappellera que Bilal est tout à fait capable de réaliser des planches et des plans érotiques, très beaux d’ailleurs – juste, lui savait que ça n’était pas Ledroit l’endroit [pardon, je ne m’en lasse pas] pour ça.)

Affiche Enki Bilal
  1. L’inverse est évidemment nécessaire aussi – un lit sans eau est un cadavre – mais ça n’est pas la question ici.
2026-02-04T01:41:20+01:00mercredi 4 février 2026|Humeurs aqueuses|6 Commentaires

Procrastination podcast s10e10 – Recommandations pour la position de travail à l’ordinateur, avec Karima Amarouche

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s10e10 Recommandations pour la position de travail à l’ordinateur, avec Karima Amarouche« .

Pour sa dixième saison, le podcast Procrastination est enchanté et honoré de s’entretenir avec Karima Amarouche, ergonome à France Travail, membre du département ergonomie et analyse des activités et spécialiste de la prévention des risques professionnels, afin de créer le meilleur – et le plus durable – environnement d’écriture possible !

Troisième volet de cette conversation au long cours, cette fois sur la position de travail à l’ordinateur, notamment portable : un peu de matériel supplémentaire peut faire une nette différence en termes de confort. Il est question aussi de positions étranges… et pas forcément toujours mauvaises !

Références citées

  • L’INRS, https://www.inrs.fr

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2026-02-02T00:29:28+01:00lundi 2 février 2026|Procrastination podcast|0 commentaire

Sundial Aeon, le bijou d’electro progressive que vous ne connaissez sans doute pas (Écrire en musique ?)

En electronica progressive, on est un peu embêté dans les années 2020. L’électro verse soit dans l’ambient texturale (SpacewaveCR, Stellardrone, Void Stasis…) soit dans la musique résolument destinée à des espaces qu’on appellera globalement sociaux (house, chillout, trance, techno etc.). J’aime ça, hein, notez, mais l’électro progressive, ou l’électro qui parvient à sortir des rôles précédents pour de l’écouter pure, veine Jean-Michel Jarrre ou Tangerine Dream de la grande époque, est comparativement rare à trouver (Carbon Based Lifeforms, Donbor ?)

Sundial Aeon est la mine que vous vouliez trouver sans le savoir, un « supergroupe » composé de plusieurs personnalités de l’ambient, avec des accointances avec la demoscene et des remixes par une moitié de Future Sound of London, si ça n’est pas du pedigree, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Une quinzaine d’albums surtout dans l’esprit direct de Tangerine Dream de la glorieuse période glorieuse Virgin (en particulier Stratosfear et Tangram), mais avec une prodction évidemment contemporaine, lorgnant parfois vers la trance (je ne m’en plaindrai pas), c’est une véritable mine à explorer. Tous les titres d’albums finissant par « is », je vous enverrais notamment pour commencer sur Analysis et Hypnosis, mais les atmosphères varient assez notablement d’un album à l’autre, même s’ils gardent cette claire ascendance progressive qui fera la joie de l’amateur·ice. C’est le morceau suivant qui, un jour que j’avais Di.fm en fond, m’a fait lever le nez et dire: « minute, c’est quoi ça ? »

2026-01-29T06:17:38+01:00jeudi 29 janvier 2026|Décibels|2 Commentaires

Wambus

Le monde est vraiment pas mal moche en ce moment (même si l’Europe semble avoir réussi à gifler le Fléau Orange sur la question groenlandaise) alors je me dis que je dois partager avec vous mon nouvel objet de religion pour un moment de répit et de merveille.

WAMBUS

GLOIRE À WAMBUS

PRENDS NOUS DANS TES GROSSES PETITES PAPATTES, WAMBUS, ET DÉLIVRE-NOUS DU MAL, AMEN

2026-01-26T06:19:00+01:00lundi 26 janvier 2026|Juste parce que c'est cool|4 Commentaires

La photo de la semaine : Aurore australe

Incroyable occasion par une nuit sans lune et parfaitement dégagée, depuis le cap Woolamai, sur Philip Island, à 1h de Melbourne même. Quand même, on en fait des trucs avec un iPhone de nos jours.

Southern Lights
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2026-01-22T12:11:43+01:00vendredi 23 janvier 2026|Photo|2 Commentaires

Les clics du site sont réparés

Merci de me l’avoir signalé (je pensais que ça n’était que moi) : vous pouvez à nouveau cliquer sur les liens de ce site normalement comme si nous étions en plein milieu des années 1990, c’est réparé. Le coupable : la solution anti-IA présentée ici casse les balises HTML a (liens),, ce qui est bien triste. Donc, ne le faites pas (plus). Je vais chercher autre chose. Par contre, cliquez sur les liens, je vous en prie.

Mais : est-ce que casser le site, c’est pas la solution anti-IA ultime ? Y en a, là-dedans.

2026-01-22T12:09:15+01:00jeudi 22 janvier 2026|À ne pas manquer|1 Commentaire

Une Worldcon à Nantes en 2032 ?

La convention mondiale de science-fiction (Worldcon) est l’un des événements professionnels et semi-professionnels les plus importants du milieu dans l’année : elle rassemble toute la profession du monde entier, à travers tous les médias, et voit la remise des prix parmi les plus prestigieux du milieu à l’échelle mondiale.

Depuis la première Worldcon en 1939, aucune ne s’est jamais tenue en France. Elles oscillent habituellement entre les grands pays anglophones (US, UK, Australie) avec quelques exceptions comme la Chine en 2023 ou la Finlande en 2017, sachant que ce sont les participants à la Worldcon de l’année n qui votent pour le lieu de l’année n+2, parmi un éventail de candidatures possibles. Ce qui revient principalement à s’efforcer de séduire le fandom américain, qui reste majoritaire dans les Worldcons. l a brièvement été question il y a quelques années d’en tenir une à Nice, et aujourd’hui, la ville de Nantes affirme son intérêt pour 2032, avec une équipe emmenée par Axelle Rozr, François Gabory et Anouk Arnal. L’expérience construite autour des Utopiales formera assurément un atout : meilleurs voeux et toute l’énergie du monde pour ce grand projet !

Au passage, trois candidatures sont en lice actuellement pour l’année 2028 : Nuremberg, Brisbane (Australie) et Kigali (Rwanda). Même s’il serait fantastique d’avoir pour la première fois une Worldcon en Afrique, ma fierté-bientôt-binationale fait que je suis forcé de pencher pour Brisbane, qui se situe seulement à 1800 km de chez moi tout en restant dans le même pays.

2026-01-12T04:40:59+01:00lundi 19 janvier 2026|Le monde du livre|0 commentaire
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