Création et La Succession des Âges : le point avant retour en France
Résumé des épisodes précédents : ces derniers temps, La Succession des Âges doit avancer au rythme où il avance, parce que je dois veiller un peu sur l’animal et notamment son esprit, qui est nécessaire pour la production dudit Succession des Âges. Quelques mois ont passé, et j’avais promis de la transparence, donc : sachant que je m’envole de Melbourne dimanche pour revenir dans le pays de Michel Foucault et Bézu, le moment semble bien choisi pour expliquer où en sont les choses.

Comme je l’ai dit la dernière fois, je suis, disons, en reprise, et toujours dans une phase comportant énormément d’inconnues. N’ayez crainte, ça va, c’est juste que je dois toujours prendre garde à moi (prends gaaarde à toaaa). Je fais doucement jouer mes os pour éviter de me refracturer l’humérus de la rate, ce qui serait à la fois miraculeux et embêtant, puisque ça n’existe pas. En gros : je prends acte, j’écris beaucoup, mais c’est surtout du Zettelkasten personnel, speedrunnant 47 ans de réflexions laissées trop longtemps de côté. C’est intéressant, c’est fascinant, et surtout c’est nécessaire, et c’est là que le gros de mon travail porte (de garage).
Mais quand même, il faut bien manger des pâtes, donc je ne reste pas sans rien faire, et voici où en sont les choses.
Le travail sur La Succession des Âges a repris
Et c’est probablement la chose la plus importante à dire ici. J’ai eu une transition 2025-2026 difficile, mais il vient un temps où il faut le constater, se le dire, et puis avancer quand même. J’ai un retard absolument monstrueux sur à peu près tout et même mes obligations administratives de base en souffrent, donc il faut que je m’occupe de ça, mais à présent, je touche à nouveau le projet tous les jours un peu.
Et que se passe-t-il donc ? Je suis à l’orée de l’élan final du roman et de toute la saga. Ce qui représente encore un morceau d’envergure, vue la taille du bazar, mais représente quelque chose de concevable. Seulement, j’en ai brièvement parlé précédemment, mais je me heurte à un problème que je n’avais encore jamais rencontré : certains fils narratifs, conçus pour un roman de taille normale, révèlent une certaine fragilité pour soutenir les dimensions prévues sur un roman de taille anormale. Je suis donc en train de faire évoluer un pan important de l’histoire, non pas en termes d’événements mais de narration, pour donner plus de profondeur et de richesse thématique, avec l’introduction d’un point de vue supplémentaire, ce qui nécessite quelques recherches en amont pour bien l’habiter, allant jusqu’à Port d’âmes.

Les lignes de coupe et les ajustements structurels sont tracés dans le plan, aujourd’hui, il me reste à habiter ces recherches pour donner vie au point de vue, et ces réécritures ciblées pourront commencer. Elles me permettront alors de porter le dernier acte du roman, où ce fil joue un rôle majeur (pendant que les autres personnages regardent leur montre en tapant du pied).
Ce que j’ai fait d’autre
Comme dit en janvier, je ne travaille sur aucun projet narratif de long terme qui ne soit pas « Les Dieux sauvages », mais mon cerveau a eu besoin d’aération. Qu’ai-je fait ?
Finaliser 65 Maladresses des jeunes manuscrits, qui sort donc très bientôt (le 7 mai !) et dont je suis vraiment très content. Plus content que je ne m’y attendais, pour tout dire : ce bouquin est allé bien plus loin que je l’en imaginais capable, et part très haut (ou très bas ? très loin ?) dans la pratique narrative, en association avec de la théorie sous-jacente que je ne me voyais pas en mesure d’aborder dans la formule stricte de fiches techniques. Je pensais qu’il serait utile, mais il s’est révélé une merveilleuse surprise pour moi. Comme quoi on peut être surpris même dans de la non-fiction.
Faire la bande-son d’un court-métrage d’horreur. Cela faisait vraiment très, très longtemps que je n’avais pas fait de production en-dehors de Procrastination. Retrouver cette discipline et travailler à l’image m’a fait un bien fou en stimulant une créativité totalement différente, mais néanmoins reliée à la narration. Cette production s’est approchée bien plus du sound design (dark ambient aux frontières du bruitiste) que de la composition, et je ne sais pas s’il y a matière à en faire une sortie d’EP pertinente en-dehors du film, mais cela m’a rappelé combien j’aime aussi cet exercice, que je compte retrouver davantage à l’avenir.

Préparer mon voyage. Parce que oui, je ne viens pas seulement manger du saucisson et faire des bisous à des gens, je vais tournicoter un peu et proposer ateliers et conférences (quasiment tous complets à l’heure actuelle – merci pour votre confiance). S’agit toujours de réviser tout ça, de faire évoluer les formules d’année en année, et de venir frais et dispos.
La suite des événements et projets
L’écriture reste en tâche de fond pendant les six semaines à venir. Je viens en France, je fais beaucoup de choses, mais il s’agit toujours de toucher le projet tous les jours (et de commencer la journée par là). Clairement, le rythme d’une tournée de printemps ne se prête pas à de l’écriture de fond, mais l’essentiel, c’est de ne pas lâcher. Je rentre à Melbourne début juin, et…
La dernière ligne droite débute ensuite. Je n’ai pour ainsi dire que La Succession des Âges à faire (hormis mes actuels impératifs d’existence) et je compte entrer dans un tunnel de Fourrières jusqu’à bouclage du premier jet. Comme dit précédemment, je ne parle plus dates de remise ou de publication, mais voilà donc où nous en sommes.
La photo de la semaine : Beaucoup de lignes
Précommandez 65 Maladresses des jeunes manuscrits avant le 28 avril pour le recevoir dédicacé
Yatta ! Les éditions Argyll ont ouï vos vœux par-delà le cyberespace, et jusqu’au 28 avril, toute précommande en direct de 65 Maladresses des jeunes manuscrits sera dédicacée avec en prime un peu de poussière de vertèbre cervicale de l’auteur (si j’en juge par l’état dont je suis sorti à la dernière opération de ce genre avec la masse de précommandes que vous avez faite, bande de fantastiques zinzins).

Attention : cela ne fonctionne que via les précommandes réalisées chez Argyll et pas, par exemple, via le bar tabac – PMU géré par Marie-Huguette sur la place de Mézidon-Canon, à mon immense regret, notez bien, parce qu’elle dose le Vittel fraise comme personne.
Procrastination podcast s10e15 Choix du mobilier de sa station de travail, avec Karima Amarouche

Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s10e15 Choix du mobilier de sa station de travail, avec Karima Amarouche« .
Suite de la conversation au long cours de Procrastination avec Karima Amarouche, ergonome à France Travail, pour l’organisation de sa station de travail. Dans cet épisode, il est question de mobilier : quelles sont les caractéristiques d’un bon bureau ? Que rechercher exactement dans un siège, et que valent les assises alternatives type chaise de gamer·use, ballon de yoga ou siège d’architecte ? Elle demêle aussi la hype de l’innovation avec les claviers d’ordinateur, loue l’écriture à la main, et rappelle l’importance d’organiser son travail en fonction des contraintes réelles de la situation de chacun·e.
Références citées
- L’INRS, https://www.inrs.fr
Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :
Bonne écoute !
La photo de la semaine : Une cascade parmi bien d’autres
Il faut pouvoir créer des personnages entiers et extérieurs à soi (le Zettel de la quinzaine, 3a / 202407311136)
Pour mémoire, ces notes sont des extraits bruts de décoffrage de mon système de notes privé, afin d’expérimenter avec une forme différente de partage dans l’esprit des digital gardens.
Idée présente dans [[Becoming a Writer, Staying a Writer]] de [[Joe Michael Straczynski]]. Le premier niveau de l’auteur consiste à créer des personnages qui sont inspirés de l’entourage ou de lui-même. Mais le niveau ultime (et, arguerais-je, la totale liberté de création) de l’écriture consiste à être capable de créer des personnages entièrement distincts de soi, et que l’on peut pourtant comprendre intimement ; dans la peau desquels on peut totalement vivre ; et que l’on peut raconter de façon totalement crédible.
Il semble difficile d’incarner cet idéal entièrement (ne serait-ce que parce que les goûts et la personnalité vont faire pencher l’auteur vers un type de création de manière plus favorable), mais on peut le viser ; et avoir conscience de ses biais et préférences pour sortir de sa zone de confort (où l’on trouve justement des ressources insoupçonnées pour créer des choses originales).

L’obligation fantôme (et Current Reader)
Getting Things Done a révolutionné la productivité personnelle mais, comme à peu près tout en notre ère de standardisation, le concept de boîte de réception / triage / tâche à accomplir a débordé du domaine professionnel pour envahir tous les domaines de l’existence, des emails (inbox zero!) au doomscrolling des réseaux, en passant par la liste de lecture Netflix.

Partout, les informations arrivent, s’entassent, et parce qu’on dispose de la possibilité et de la méthode pour les traiter, on imagine que le temps est extensible et qu’on peut tout gérer. Ce qui est évidemment illusoire, et génère une « obligation fantôme » (phantom obligation) dans les excellents mots de Terry Godier, à travers un article qui a circulé assez largement.
Partout, les notifications et les badges rouges accaparent (et monétisent) l’attention, générant une culpabilité radioactive de fond qui n’a pas lieu d’être : oui, vérifier vos mails professionnels et les suivre est important, mais pas autant que vos flux sociaux ni que les articles mis de côté pour le plaisir. Qui se dit : « il faut que j’arrive à bibliothèque zéro » ?
Il convient, avance Godier, de questionner les paradigmes des interfaces de nos applications ; un lecteur de flux doit-il vraiment ressembler à une application d’emails? Non. Et puisque les flux RSS, c’est le bien, il est l’auteur d’une application de lecture résolument différente, Current Reader, qui traite les articles non pas comme une liste de choses à faire, mais comme une rivière de contenu où les actualités, les essais et les opinions passent et se dépassent, et où il s’agit de lire pour le plaisir de lire et non pour l’obligation fantôme de réduire la pile à zéro, tout ça pour la voir remonter dans l’heure qui suit, supplice de Sisyphe moderne. Current ne présente, et c’est un choix, aucun compteur.
De manière annexe, une lecture vivement recommandée : The Last Days of Social Media, qui expose en détail comment les réseaux que nous avons connu dans les années 2010 sont morts (ou agonisent) et que nous sommes déjà passé·es à autre chose, et que nous avons besoin d’autre chose.
La photo de la semaine : Nuit étoilée dans les hills
Procrastination podcast s10e14 – Les personnages de contraste (foils)

Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « s10e14 – Les personnages de contraste (foils)« .
Les « foils » (personnages de contraste) sont une notion fondamentale en narratologie anglophone et semblent pourtant absents de la narratologie francophone. Il s’agit de personnages dont le comportement et la façon d’être permet opportunément à un autre de briller, ce qui ajoute un moteur de narration et de caractérisation supplémentaire à travers leurs interactions.
Lionel (qui s’excuse pour la qualité déplorable de sa prise de son sur cet épisode) développe la notion en détail, exemples à l’appui, avec les intérêts narratifs d’une telle dynamique, ainsi que ses pièges.
Estelle développe le concept comme école d’efficacité narrative par le contraste, souligne l’importance de donner une identité propre aux personnages ayant cette fonction, et expose l’intérêt et le plaisir qu’on aura à faire évoluer une telle dynamique.
Mélanie, la plus sage d’entre nous, caresse son chat.Références citées
- Sherlock Holmes, série de films par Guy Ritchie
- Doctor Who, série créée par Sydney Newman, Donald Wilson et C. E. Webber
- Star Wars, saga créée par George Lucas
- Sherlock Holmes, série de romans par Arthur Conan Doyle
- The X-files, série créée par Chris Carter
- Le Seigneur des Anneaux, J. R. R. Tolkien
- The X-Men, personnages créés par Stan Lee et Jack Kirby
- Jerry Bruckheimer
- Arabesque, série créée par Peter S. Fischer, Richard Levinson et William Link
- Lucifer, série créée par Tom Kapinos
- Bones, série créer par Hart Hanson d’après les romans de Kathy Reichs
- Sherlock, série créée par Mark Gatiss et Steven Moffat
- Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :
Bonne écoute !









