De l’impossibilité de parler intelligemment
Y a-t-il quelque chose d’intelligent à raconter en quelques lignes ou paragraphes sur la Nouvelle-Zélande ?
Ici, la nature parle par l’image et le mouvement, et serait mieux narrée à travers une histoire ou un récit de voyage substantiel. Après une quête hâtive pour ajouter une Compact Flash supplémentaire à mon arsenal, je devrais avoir de jolies choses à montrer. La terre du Seigneur des Anneaux – ce qui devrait t’intéresser quelque peu, auguste lectorat -, j’en ai parlé un peu hier, à quoi il faudrait ajouter le décor d’Hobbiton, préservé et entretenu depuis le tournage du Hobbit, mais pas tous les jours Tolkien, hein, ça va bien. (Non ?) Quant à la culture maori, omniprésente et pourtant seulement entrevue et un peu secrète, ce serait parfaitement idiot de plaquer une ligne ou deux, juste pour dire.
Ouais. Le plus intelligent à raconter, c’est peut-être se poser la question de l’existence de quelque chose d’intelligent à raconter en quelques lignes ou paragraphes sur la Nouvelle-Zélande, surtout alors que ce périple approche de sa fin. Il faudra voir avec le recul…
Voyage en Terre du Milieu
C’est un peu idiot de voir le pays à travers ce prisme mais, à explorer les parcs nationaux de Nouvelle-Zélande, on comprend que la Terre du Milieu ne pouvait se trouver qu’ici. Une fois sorti des zones urbaines, la présence humaine se limite à de minuscules agglomérations le long de routes uniques qui serpentent, parfois sévèrement, à travers les montages. La Nouvelle-Zélande, le seul pays où une autoroute peut n’avoir que 2×1 voies et où la vitesse est restreinte à 25 km/h dans certains virages.
Une fois la voiture garée et quelques pas dans la forêt, l’isolement saisit le voyageur, qui a la conscience à la fois inquiétante et grisante d’être véritablement au bord du monde sauvage. Ce que confirment les nombreux touristes qui s’égarent – voire décèdent – en essayant de franchir le col mythique du Tongariro par leurs propres moyens. Un pasage que je n’aurai pas l’occasion de faire en raison de conditions vraiment trop mauvaises (tempêtes de neige façon Caradhras).
Toute la nature en Nouvelle-Zélande est à une échelle supérieure : volcans, rivières, chants d’oiseaux, cascades et couleurs. Le lac Taupo, le plus grand d’Asie Pacifique, serait assez vaste pour accueillir la ville de Singapour toute entière, et la navigation à sa surface est soumis à la même prudence que dans l’océan. Sur ses falaises, des étudiants maoris ont gravé des visages et des personnages à titre d’entraînement à leur art, afin de passer professionnels.
Le temps, plutôt mauvais, ne se prête guère aux activités extérieures, mais l’atmosphère rude et l’absence de touristes compense largement ce petit désagrément. Rien, en tout cas, qui n’effraie un Breton pour qui la mer s’apprécie avec les embruns dans la tronche et les lèvres gercées par un sourire féroce !
Haere Mai, Aragorn
Après 14 heures cumulées d’avion et une courte escale à Sydney, le temps de se promener sur le port et de contempler le fameux opéra, me voici maintenant pour la deuxième partie de ce périple, avec la Nouvelle-Zélande et sa capitale Wellington. Radical changement d’ambiance, retour dans un monde aux consonances plus occidentales, perte de 75% d’humidité et de 15° dans l’air, doublement de la pluie. Ça rappelle la Bretagne !
Juste un prélude pour l’instant, avec un tour dans la ville qui a des allures de village après le gigantisme de Seoul. Une visite du musée national, le Te Papa, pour se familiariser avec l’histoire du pays et la culture maori, très vivante aujourd’hui malgré une histoire mouvementée et un traité tôt signé entre les Britanniques et les chefs des clans, leur garantissant le statut de citoyens de l’Empire.
Les choses auraient probablement été plus simples si ledit traité avait été formulé exactement de la même manière dans les deux langues. Des livres entiers sont dédiés à ses différences de formulation et de traduction et, encore aujourd’hui, les tribunaux se réfèrent aux deux versions.
Mais aussi, Wellington est également le quartier général des Studios Weta… connus mondialement pour avoir réalisé les effets spéciaux des adaptations du Seigneur des Anneaux, du King Kong de Peter Jackson, d’Avatar et j’en passe. Une boutique à vous faire casser un PEL pour rapporter statuettes et accessoires identiques aux versions des films, et une visite dans l’atelier qui m’a permis de poser les yeux sur un authentique Warthog, sur les flngues et exosquelettes de District 9, d’Avatar, sur une tête de Balrog… Et de voir travailler le responsable épées de Weta, le seul forgeron d’épées en titre royal de tout le pays. (Il faut dire que ce n’est plus un métier très couru.)
Weta manufacture des imitations de cottes de mailles criantes de vérité, en plastique donc très légères, vues pour la première fois dans Le Seigneur des Anneaux, et agréables à porter pour les acteurs pendant de longues journées de travail.
Sauf par Viggo Mortensen. Qui, raconte le staff, insistait pour avoir une vraie cotte (ce qui pèse plusieurs dizaines de kilos, est dangereux en cas de chute et j’en passe), une vraie épée et, de façon générale, du vrai matériel. Ce qui lui a valu de se faire arrêter deux fois dans les restaurants de Nouvelle-Zélande…
Des photos ? Ben non, pas tellement. Elles sont interdites dans la grande majorité des lieux. Je peux juste vous présenter mon nouveau copain.
Improbabilités coréennes, part.2
Deuxième floriège d’anglais rigolo, de surprises après le premier. C’est drôle, après tant d’exposition à de l’anglais approximatif, je ne le remarque plus après deux semaines, et il m’a parfois fallu un moment pour me rappeler pourquoi j’ai pris certaines de ces images.
Vivre à Busan
Busan est la deuxième ville de Corée du Sud ; une agglomération que je trouve très contrastée par rapport à Séoul, mégapole urbaine toute en tours et en technologie ; Busan est restée diverse, contrastée, et on y sent davantage le mélange des époques et des visions de la vie, du quartier d’affaires très séoulien aux quartiers résidentiels à flanc de colline escarpée où la notion de voisinage semble subsister.
Busan a longtemps été le premier port mondial avant SIngapour puis Shanghai, et reste aujourd’hui neuvième au rang mondial. La zone industrielle en bordure de mer est proprement titanesque avec une véritable forêt de grues, des empilements de conteneurs à perte de vue, et une activité incessante. Presque à toute heure du jour et de la nuit, on peut acheter du poisson, souvent encore vivant en bac, dans les petites rues des quartiers marchands. Comme Seoul, Busan ne semble guère dormir, mais la night life branchée de la capitale cède ici la place à toutes sortes de petits commerces qui ne s’arrêtent jamais vraiment.
Mais Busan, c’est aussi la vie branchée de la Corée en avance sur son temps. Le temps du Busan International Film Festival, les plages huppées de Haeundae prennent des allures de croisette de Cannes et les idoles locales et stars du monde entier émergent de limousines noires sous les hurlements des fans (souvent féminins). Pendant ce temps, à une dizaine de kilomètres, jouxtant l’institut de recherche halieutique coréen, se dresse le temple de Yonggungsa, merveille exposée à la mer où l’on trouve cet étrange mélange de sacré et de profane rencontré jusqu’ici dans tous les temples : les visiteurs exécutent les trois prosternations devant les bouddhas, versent même parfois une offrande, pendant que leurs enfants courent et hurlent sans aucune entrave parmi les boutiques de souvenirs proposant parfois du très clinquant au touriste américain de passage. Un mélange qui semble parfaitement naturel ici mais qui, pour un Européen habitué au feutré imposant des cathédrales, a de quoi surprendre.
Il y aurait encore beaucoup à dire, la fête des masques d’Andong, le village préservé d’Hahoe, l’étang d’Anapji où ont été retrouvés, façon Atlantide, les restes du royaume antique du Silla, l’ambiance des salles d’arcade de Seoul, des motels où voyageurs classiques croisent des couples plus ou moins légitimes qui louent une chambre à l’heure… mais mon séjour coréen touche à sa fin après un kaléïdoscope d’expériences, de goûts, d’images et d’atmosphères. Je suis heureux d’avoir amassé 1500 photos et ces quelques pages pour m’y retrouver par la suite ; ma mémoire, repue comme après un bon repas, assimile encore les souvenirs et les contemple en s’efforçant de ne pas les mélanger.
À présent, destination Wellington et la Nouvelle-Zélande pour deux semaines totalement différentes. Comme d’habitude, mon accès au Net n’est pas garanti ; je tiendrai réseaux socaux et blog à jour comme je peux !
Improbabilités coréennes, part. 1
Auguste lectorat ! Ouaiiiis alors je fais le malin, le poète, le guide touristique, avec des photos en format timbre poste parce que je ne les ai pas traitées, parce que j’ouvre grand mes yeux et mes oreilles et que je suis ému, intrigué, amusé par ce que je vois. Mais ce blog s’appelle Expériences en Temps Réel et tu veux du n’importe quoi, de l’improbable, de l’awesome. Alors, en voici. La Corée du Sud, comme beaucoup de pays asiatiques, fait parfois appel à l’anglais, voire au français, pour se donner un cachet particulier (on fait pareil en France avec l’anglais). Par souci d’accessibilité, beaucoup de mentions, d’avertissements, sont également traduits. Toutefois, cela donne des résultats parfois rigolos, qui, personnellement, me touchent autant qu’ils m’amusent. Ils témoignent d’une énergie et d’un enthousiasme qu’en Europe, en gros blasés, on a un peu oublié.
D’autre part, on trouve notamment à Séoul des lieux particuliers, uniques, qui amusent et/ou font rêver, et qu’on ne trouve nulle part ailleurs qu’en Asie.
Petite visite guidée d’un réjouissant éventail de WTF, premier volet de plusieurs pour varier un peu l’atmosphère.
Vivre la vie de palais
Séoul compte quatre anciens palais vieux de plusieurs siècles, dont je vous épargerai l’écriture des noms. Incendiés, reconstruits, occupés, ils témoignent du temps où la Corée était un royaume, Ils offrent un spectacle surréaliste, à l’image de la Corée moderne : anciens, majestueux, immenses, ils déploient leurs ailes silencieuses où l’histoire résonne encore au sein d’une capitale moderne où vrombit une circulation urbaine incessante et où la 4G est même desservie dans le métro.
Le Changdeokgung recèle même, à l’arrière de son complexe, un jardin secret qui tient plutôt de la forêt privée, où pavillons et plans d’eau se faufilent discrètement au sein de collines boisées. La rupture entre les gratte-ciels et la nature est aussi brutale que surprenante : imaginez vous remonter les Champs-Elysées, puis, à la place de l’Arc de Triomphe, tomber sur Chambord et, derrière, la forêt de Fontainebleau, qui s’interromprait à un simple petit muret derrière lequel s’étendrait le parvis de la Défense.
Nombre d’histoires tristes, gaies ou démonstrations de morale flottent dans ces lieux séculaires. On peut en retenir une associée à la photo ci-dessus : au milieu de la pièce d’eau se trouve une île exiguë, d’à peine un mètre carré, où pousse un vieil arbre. Le roi avait coutume de lancer de façon inattendue des concours de poésie à ses courtisans. Celui qui se trouvait incapable de produire se retrouvait exilé pour une certaine durée sur la petite île… Afin de réfléchir à la nature et de s’inspirer, peut-être ?
(Hé, auguste lectorat, ça te dirait qu’on essaie cette méthode de motivation aux prochains ateliers d’écriture, niark ?)









