Débat « Homme libre, toujours tu chériras la mer » aux Imaginales 2014

Photo ActuSF
Ce débat s’est déroulé à l’occasion des Imaginales 2014 et rassemblait, pour parler de la mer, de son attrait et de ses mystères en lien avec la littérature. Il rassemblait :
- Lionel Davoust
- Danielle Martinigol
- Anne Rossi
Modération : Valérie Lawson.
Le site d’actualités et de référence ActuSF en a réalisé la captation audio : pour écouter en ligne ou télécharger le MP3, rendez-vous sur cette page.
Les cadenas de l’amour et de la séparation

Photo La Tribune des Arts
Nouvelle mode, sur les grilles du pont des Arts à Paris et autres, les couples attachent des cadenas en symbole de leur amour et jettent la clé dans la Seine. Ce qui pose quantité de problèmes structurels (les rambardes alourdies risquent l’effondrement) et environnementaux (métaux dans le fleuve). Indépendamment de la symbolique du geste répété des milliers de fois et dont l’unicité et l’originalité se trouvent donc raisonnablement mises en doute, pour ma part, cette étrange prolifération presque corallienne me rappelle autre chose, vu ailleurs, et qui donne au symbole un goût amer.
La division entre Corée du Nord et du Sud a eu lieu à l’issue de la Seconde guerre mondiale. Nous connaissons le Nord – et son régime totalitaire – et le Sud, avec son développement technologique fascinant. On se doute moins que les tensions entre les deux pays font partie du quotidien ; en 1996, un sous-marin nord-coréen a par exemple débarqué un commando sur les côtes du sud, un événement qui a donné lieu à une chasse à l’homme de 49 jours. J’en avais parlé ici.
En conséquence de quoi, des kilomètres de côtes du sud sont grillagées, et surveillées par des postes de garde régulièrement espacés. On s’approche sans problème, le danger venant du large et non de l’intérieur. Et l’on remarque bien vite, sur les grilles, des cadenas espacés, ici et là, souvent colorés, représentant des petits animaux mignons populaires en Asie, avec des coeurs, des mentions « I miss you », etc.
Mais cette gaieté cache quelque chose.
« Ce sont les descendants de familles séparées par la guerre qui viennent ici accrocher ces cadenas, m’explique CSN, mon guide et ami. Ils les posent pour se rappeler les leurs, pour ne pas abandonner l’espoir d’être réunis avec leurs frères, oncles, cousins restés de l’autre côté de la DMZ. »
C’est donc pour cela qu’il y en a peu, et c’est pour cela qu’ils viennent les accrocher devant la mer ; parce que les leurs, s’ils leur sont rendus, viendront probablement de là ; que l’horizon libre permet d’espérer.
Je n’ai certainement pas à dire quoi faire à qui. Je n’ai jamais tellement aimé faire comme tout le monde, en plus, alors ajouter un bout de ferraille sur des milliers d’autres identiques… Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir vu ça, par égards pour ces gens séparés depuis bientôt 70 ans, qui ignorent même si les leurs sont encore en vie, je ne pourrais pas me prêter à ce jeu-là. Je me sentirais très myope et très vain.
La photo de la semaine : oiseaux sur la mer
Ayant récupéré ma nouvelle machine, c’était l’occasion de tenter le passage à Lightroom 5. Eh bien, dans un premier temps, il n’y a pas de quoi se lever la nuit. Les améliorations sont très discrètes ; il faudra voir à l’usage, mais ça ne justifiait pas forcément l’achat.
Vivre à Busan
Busan est la deuxième ville de Corée du Sud ; une agglomération que je trouve très contrastée par rapport à Séoul, mégapole urbaine toute en tours et en technologie ; Busan est restée diverse, contrastée, et on y sent davantage le mélange des époques et des visions de la vie, du quartier d’affaires très séoulien aux quartiers résidentiels à flanc de colline escarpée où la notion de voisinage semble subsister.
Busan a longtemps été le premier port mondial avant SIngapour puis Shanghai, et reste aujourd’hui neuvième au rang mondial. La zone industrielle en bordure de mer est proprement titanesque avec une véritable forêt de grues, des empilements de conteneurs à perte de vue, et une activité incessante. Presque à toute heure du jour et de la nuit, on peut acheter du poisson, souvent encore vivant en bac, dans les petites rues des quartiers marchands. Comme Seoul, Busan ne semble guère dormir, mais la night life branchée de la capitale cède ici la place à toutes sortes de petits commerces qui ne s’arrêtent jamais vraiment.
Mais Busan, c’est aussi la vie branchée de la Corée en avance sur son temps. Le temps du Busan International Film Festival, les plages huppées de Haeundae prennent des allures de croisette de Cannes et les idoles locales et stars du monde entier émergent de limousines noires sous les hurlements des fans (souvent féminins). Pendant ce temps, à une dizaine de kilomètres, jouxtant l’institut de recherche halieutique coréen, se dresse le temple de Yonggungsa, merveille exposée à la mer où l’on trouve cet étrange mélange de sacré et de profane rencontré jusqu’ici dans tous les temples : les visiteurs exécutent les trois prosternations devant les bouddhas, versent même parfois une offrande, pendant que leurs enfants courent et hurlent sans aucune entrave parmi les boutiques de souvenirs proposant parfois du très clinquant au touriste américain de passage. Un mélange qui semble parfaitement naturel ici mais qui, pour un Européen habitué au feutré imposant des cathédrales, a de quoi surprendre.
Il y aurait encore beaucoup à dire, la fête des masques d’Andong, le village préservé d’Hahoe, l’étang d’Anapji où ont été retrouvés, façon Atlantide, les restes du royaume antique du Silla, l’ambiance des salles d’arcade de Seoul, des motels où voyageurs classiques croisent des couples plus ou moins légitimes qui louent une chambre à l’heure… mais mon séjour coréen touche à sa fin après un kaléïdoscope d’expériences, de goûts, d’images et d’atmosphères. Je suis heureux d’avoir amassé 1500 photos et ces quelques pages pour m’y retrouver par la suite ; ma mémoire, repue comme après un bon repas, assimile encore les souvenirs et les contemple en s’efforçant de ne pas les mélanger.
À présent, destination Wellington et la Nouvelle-Zélande pour deux semaines totalement différentes. Comme d’habitude, mon accès au Net n’est pas garanti ; je tiendrai réseaux socaux et blog à jour comme je peux !








