Un commencement est un moment d’une délicatesse extrême

T'as vu mon space vison ?

T’as vu mon space vison, la classe hein ?

Les débuts sont finalement tous un peu les mêmes (non pas du point de vue du contenu, mais de l’approche, évidemment). Même un auteur structurel comme ton serviteur, auguste lectorat, qui aime construire des langues fictives, des cartes, définir le passé et l’origine sociale de chaque personnage, connaître son âge au mois près, a forcément besoin de se lancer dans l’arène. Aucun plan de bataille ne survit au contact de l’ennemi, ce qui n’est pas de Sun Tzu, bien qu’on aurait pu le croire, mais d’Helmuth Karl Bernhard von Moltke, un mec qui devait se marrer quand il s’agissait de signer sa carte 12-27 dans ce foutu petit emplacement tout minuscule.

L’écriture d’un roman commence à peu près toujours pareil, et je commence à en avoir commencé (tu suis ?) – et fini, surtout – suffisamment pour mesurer que : c’est normal. Passer dix minutes sur une phrase, se trouver atrocement lent, ne pas comprendre comment, sur les manuscrits précédents, on a pu connaître des moments de grâce et des journées à 50 000 signes et se voir péniblement en boucler 10 000 pour l’instant, tout cela est normal, cela fait partie du processus. L’écriture est un muscle, ou bien : un moteur diesel, il faut que ça chauffe. Surtout quand on s’engage dans une trilogie au long cours comme « Les Dieux sauvages », laquelle contiendra une flopée de personnages et de lieux (à telle enseigne que, pour la première fois, je pense placer un aide-mémoire des noms, notamment pour ceux qui lisent sur une longue période et peuvent avoir oublié qui est qui) ; il faut se familiariser avec les personnages, avec le ton, le vocabulaire, s’apercevoir que ces gens ne disent peut-être pas « ouais » ou « merde » aussi naturellement que nous, qu’on a besoin d’un juron local tout de suite, et d’une information sur la chasse au collet, et d’ailleurs à combien de mois sommes-nous exactement de la fonte des neiges, et ah, tiens, finalement, Machin, tu veux dévider tout ton passé là tout de suite parce que ça te pèse et que ça ne peut pas attendre le chapitre 12 ? Okay…

Pour ma part, l’écriture suit une courbe logarithmique, avec un début lent, le temps que tous ces gens trouvent leur voix (et moi avec), que l’orchestre apprenne à se connaître, qu’on entame le voyage tous ensemble. La préparation est bien jolie, mais vient toujours un moment où il faut se lancer aux côtés des protagonistes, et nul plan n’y suffira jamais. Mais c’est aussi une partie du plaisir, justement, et c’est pour cela, je le crois de plus en plus, qu’il ne faut pas trop s’appesantir en préparation – oui, je vous regarde, camarades auteurs structurels. La préparation donne un filet de sûreté, nous savons où nous allons, nous n’allons pas caler en plein désert, mais, en principe, on peut finir par s’abstenir d’étudier de façon obsessionnelle la carte pour davantage profiter de la promenade, des chemins de traverse, des éventuels raccourcis ou meilleurs trajets qui se présenteront, et prendre du plaisir à la balade. Pour avancer, il suffit peut-être d’avoir un objectif de long terme bien compris et assimilée, d’une idée claire de la scène en cours et d’une vague conception de la poignée qui suivra ; avec les bonnes questions narratives – où sont-ils, que veulent-ils, comment cela fait-il avancer l’histoire – l’auteur détient toujours une boussole, ce qui compte peut-être davantage, au bout du compte, qu’une carte très fiable. On n’écrit qu’une scène à la fois, qu’une phrase à la fois, jamais un roman tout entier ; il faut arrêter d’angoisser qu’il faut tout avoir en tête à chaque instant. Impossible.

Du moins, découvre-je, c’est ce que vers quoi je tends de plus en plus actuellement dans ma pratique, et dans l’écriture des Dieux sauvages. Et tu sais quoi, auguste lectorat ? Eh bien, c’est fun. Mais je me rends compte aussi que j’aurais été incapable d’une telle approche il y a plusieurs bouquins, parce que j’avais trop peur. Bon sang, il faut bien que j’apprenne des trucs sur la durée, à force, le plus important étant : me faire confiance, mon inconscient sait ce que je fais et me guidera si je le laisse faire, mon conscient peut lâcher prise et se concentrer juste sur l’action du moment. Ça va aller. J’ai déjà fait tout ça plusieurs fois, au bout d’un moment, ça ne peut pas être entièrement un coup de chance (ainsi que le hurlent évidemment, toujours, tous les egos névrotiques de tous les auteurs de la Terre). Je ferai de mon mieux, comme à chaque fois, et je le referai – je ne peux pas davantage, et je refuserai moins. Et j’ai appris des trucs. Donc, si je prends seulement soin de m’écouter, cela a même de fortes chances de devenir meilleur à chaque fois1.

Au fait, le titre de travail du Livre I des « Dieux sauvages », titre qui a de fortes chances de devenir définitif, est La Messagère du ciel. 

  1. Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre ma mort pour acheter mon dernier bouquin, hein. Mon éditeur n’est pas d’accord. Et moi non plus. Sinon, ma mort arrivera plus tôt que tard, de toute façon – d’inanition.
2016-06-21T19:15:17+02:00mercredi 22 juin 2016|Technique d'écriture|15 Commentaires

Scrivener, le studio d’écriture professionnel par excellence

SCRIV-win-3screensAlors certes, Balzac écrivait à la plume sur du vieux papier à la lueur de la chandelle. Mais, de la même façon que le rythme narratif a un peu évolué depuis, les outils se sont déployés, complexifiés, affinés. A-t-on besoin d’un logiciel dédié pour écrire un bon livre ? Certainement pas, de la même façon qu’un bon dessinateur réalisera des croquis stupéfiants avec un stylo bille et une nappe en papier.

Cependant, donnez-lui une toile ou une tablette graphique, et son art s’exprimera vers de nouveaux sommets – sans parler du gain de temps et du plaisir de création. (Donnez un poisson à un homme, et il mangera une journée ; filez-lui un chalutier, et ça va barder.)

Scrivener est à l’écriture ce que Photoshop est aux arts graphiques, et c’est pourquoi il n’existait pas de meilleure inauguration à la boîte à outils de l’écrivain. Scrivener est un environnement de création professionnel, pensé pour la construction de projets longs, offrant de multiples facilités d’édition et de rédaction pour accélérer et faciliter le travail.

Scrivener ne fera pas de vous Balzac, mais s’il y a un Balzac en vous, il pourrait aider à le révéler.

Un mot d’avertissement : Scrivener est un logiciel complexe, voire aride de prime abord. Comme Photoshop, il ne se prend pas en main en cliquant sur trois boutons pour voir ce que ça fait. Cette présentation – promise depuis longtemps – ne saurait qu’à peine effleurer son fonctionnement ; si vous souhaitez le tester, il est indispensable de commencer par réserver deux heures pour faire le didacticiel fourni afin d’en saisir tout l’intérêt et la puissance (une démo gratuite est téléchargeable directement ici). Sinon, vous passerez à côté, comme moi pendant des années. Cet article est, en quelque sorte, une « introduction à l’introduction » fournie avec le logiciel.

Un peu d’histoire

Scrivener est à l’origine un logiciel Mac uniquement, dont la seule existence a converti bien des romanciers à l’achat d’une de ces machines du diable. Toutefois, il y a quelques années, un projet de portage sous Windows s’est lancé, avec pour but à long terme d’offrir la même expérience que la version Apple. Scriv (de son petit nom) est longtemps resté en beta, puis, pour être honnête, encore un peu fruste en fonctionnalités (ce qui me le faisait déconseiller il y a quatre ans) pendant un moment. Cela fait toutefois un ou deux ans qu’il est mûr pour un usage régulier sur nos propres machines du diable (les autres), avec suffisamment de fonctionnalités importées de la version Mac et de robustesse pour l’utiliser sans crainte et avec plaisir.

Je suis passé pour ma part à 100% sous Scrivener depuis une grosse année. Mon premier gros projet réalisé sous cet environnement a été La Route de la Conquête, et toute la réécriture et correction finale de Port d’Âmes s’est également réalisée grâce à lui. Dans ce dernier cas, le roman était si complexe à retravailler que Scrivener m’a réellement permis de rendre le roman meilleur que je n’aurais pu le faire avec un traitement de texte classique sans y passer un an complet : grâce à ses fonctions de suivi et découpage des scènes, j’ai bénéficié d’une hauteur de vue difficile à obtenir autrement, corrigé une multitude de détails tout en préservant la cohérence d’ensemble, et resserré la tension narrative à mon gré.

OK. Pourquoi vous êtes tous dingues de Scrivener ?

Le classeur, centre de Scrivener

Le classeur, centre de Scrivener

Parce que ce logiciel permet de découper un projet par nature impossible à tenir tout entier dans un seul cerveau (un roman, une trilogie, mais aussi une thèse, un essai) en morceaux à taille humaine, dès la planification, jusqu’à la correction. La beauté et la simplicité de la chose, c’est que la définition de « taille humaine » dépend de l’utilisateur ; et que les morceaux peuvent être aussi détaillés, ou aussi esquissés, qu’on le souhaite. Contrairement à quantité de studios d’écriture qui cherchent à vous enfermer dans un modèle de rédaction, Scrivener n’est, en son coeur, qu’un traitement de texte hiérarchique. Il s’apparente à une tripotée de chemises ou de classeurs où l’utilisateur insère toutes les feuilles qu’il souhaite. Il y a sa recherche, ses notes, ses plans, et puis des bouts de paragraphe, des scènes entières, des chapitres. De là, au final, sortira un livre, une fois les feuilles souhaitées et retenues mises en ordre.

Cela revient à avoir cent fichiers Word qui se promènent, avec l’immense avantage de tout avoir sous les yeux dans l’ordre et de pouvoir les changer de place d’un cliquer-déplacer. Le classeur est ainsi le centre névralgique de Scrivener, ci-contre. Deux grands ensembles sont proposés à l’utilisateur par défaut, « Draft » (manuscrit) et « Research » (référence) – ma version mélange anglais et français par commodité, mais Scrivener est entièrement disponible en français -, le premier visant à accueillir les pages finales, le deuxième à conserver les références de côté. Mais cette organisation est parfaitement flexible et modifiable.

On constate que tout est hiérarchique, c’est-à-dire que l’on peut regrouper des documents sous d’autres, à la manière, par exemple, des scènes d’un chapitre. Là aussi, tout est paramétrable, de la mise en page au nombre de niveaux de profondeur. Vous êtes structurel.le et aimez tout planifier ? Scriv vous donne les armes. Vous préférez écrire au fil de la plume ? Fourrez tout dans une poignée de documents que vous découperez ensuite pour le retravail. De tous les logiciels d’écriture, Scriv est le seul qui n’impose pas sa méthode de travail à l’utilisateur mais lui donne des outils, dont il se sert s’il le désire1.

Écrire nécessite souvent la conservation de quantités d’informations insolites, précises, aléatoires, qu’on a tôt fait d’égarer. Le plus agréable est que Scrivener accepte dans ses classeurs tous les types de fichiers que le système peut lire, et en présente une bonne partie nativement. Besoin d’un article scientifique ou d’un livre en PDF ? Envie de conserver cette photo qui inspire ? Un cliquer-glisser dans le classeur et le fichier est conservé avec l’ensemble du projet, sans se soucier de retrouver la source. Scrivener sait même importer des sites web et des fichiers son (pour se faire une liste de lecture personnalisée en accord avec l’atmosphère du livre en question).

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La planification facile

Scrivener serait déjà puissant mais, limité à cela, il n’irait pas vraiment au-delà d’un wiki ou de OneNote. Toutefois, il s’agit d’un studio d’écriture, et il contient des outils spécialement adaptés à la construction d’un ouvrage, de fiction ou non. La construction du plan d’un livre commence toujours par des idées très vagues, des envies qu’il faut cerner, des bribes d’intrigue à développer et à organiser. La méthode « analogique » bien connue est la méthode des Post-its, où l’on note ses scènes sur des bouts de papier et on jongle avec jusqu’à ce que l’ordre sonne juste. Scrivener réplique ce modèle avec la vue « tableau en liège » :

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C’est là que l’on commence à entrevoir la vraie puissance de l’outil. Chaque carte ainsi présentée est aussi un fichier texte, voire un dossier, un chapitre entier. Il s’agit juste d’une vue différente. Parmi les usages possibles, on peut donc : prévoir un chapitre vide à faire avec un simple résumé ; réorganiser les scènes d’un chapitre ; prévoir tout le plan d’un livre sous forme de fichiers vides annotés, puis remplir ensuite au fil de l’écriture, le tout dans la même structure.

Pas fan de la vue Post-its ? Moi non plus. Je suis un homme de tableaux. Scrivener propose une vue différente des mêmes données, avec la même puissance, pour les gens secrètement austères comme moi qui voient en Excel une forme de beauté urbaine masochiste, comme un échangeur routier californien :

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Scrivener sépare ainsi – et c’est une fonctionnalité toute bête mais indispensable à l’usage – le texte des notes associées à ce texte. Le processus de création est fouillis, aléatoire, part dans toutes les directions. On conserve des morceaux de phrases, des tournures précises parce qu’elles évoquent une idée particulière, l’atmosphère d’une scène. Scrivener permet de conserver tous ces échafaudages à l’abri en proposant un synopsis pour chaque document et autant de notes qu’on le souhaite (notamment des détails à ne pas oublier au retravail…), dont des images, ce que l’on peut venir complexifier avec des mots-clés (par exemple, noter le personnage central dont il s’agit dans un roman à points de vue multiples) et un statut (À faire / Premier jet / Corrigé etc.)

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C’est bien beau, mais quand est-ce qu’on écrit ?

Bien sûr, l’édition de texte est au coeur d’un logiciel qui se targue d’être une solution unique pour réaliser de l’écrit. Sur ce point, Scrivener offre toutes les fonctionnalités que l’on peut exiger d’un traitement de texte moderne : formatage, notes, renvois, commentaires, etc. Il n’est quand même pas à la hauteur de Word et ses trilliards d’options absconses mais il fait le boulot ; et certains verront dans son rejet du superflu une simplicité et une légèreté bienvenues.

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C’est ici qu’il faut insister sur un point important de Scrivener : il s’agit d’un logiciel de création, de préparation et de rédaction, mais de finalisation. Il ne sait pas faire de mise en page un tant soit peu complexe (ce n’est pas un logiciel de PAO) et n’ira pas plus loin que l’intégration de quelques images. Ce n’est pas son travail : il consiste à faire sortir ce livre de vos doigts, aussi vite et aussi peu douloureusement que possible. Pour finaliser et corriger avec un éditeur, il faudra quand même passer par un traitement de texte conventionnel type Word. Mais c’est la toute dernière étape, le coup de vernis, quand il n’y a plus que l’orthographe à corriger et les répétitions à traquer (avec une passe d’Antidote, par exemple).

Il ignore aussi la typographie française, mais cela se contourne avec de judicieux remplacements automatiques – j’ai fait le travail et je mettrai très bientôt ma configuration à disposition en téléchargement libre.

Sortir le livre final

Des mois de travail plus tard, ça y est ! Votre Grand OEuvre est écrit, corrigé, finalisé. Il ne reste plus qu’à faire de tout cela un manuscrit en bonne et due forme, pour impression ou envoi…

Pour cela, Scrivener réalise une compilation du manuscrit. Le principe est le suivant : dans les options dédiées, il convient de lui indiquer quels documents sont appelés à faire partie du livre final (en général, tout dans « Draft »), et comment les organiser. Par exemple, si chaque document représente une scène, il faut les séparer par un blanc. Si chaque dossier représente un chapitre, il faut les séparer par un saut de page – et les numéroter automatiquement tant qu’à faire. Scriv assemblera tout cela et vous crachera un livre tout neuf.

Tout cela se retrouve dans les options de compilation de Scrivener :

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En toute honnêteté… C’est la partie qui a le moins bénéficié des efforts d’ergonomie du logiciel. La compilation est très puissante, permet de multiples mises en page, numérotations automatiques, pages de garde, réalise directement des fichiers Word, PDF et même des livrels prêts à la publication, mais s’avère d’une certaine technicité. C’est un moindre mal, car c’est finalement l’ultime étape et celle qui s’emploie le moins souvent : pour un écrivain qui publie un livre par an… Il s’en servira une fois par an. Il faut s’y lancer, établir ses propres préférences, sauvegarder le modèle puis ne plus s’en préoccuper. 

Ce n’est que le début

Ce tour d’horizon n’est qu’une présentation générique, à peine un avant-goût de ce qu’offre Scrivener – juste une introduction à ses principes génériques. Réservez-vous deux heures et surtout suivez le didacticiel pas à pas pour découvrir sa puissance et en quoi son usage émousse un certain nombre de difficultés inhérentes à l’écriture de vastes projets. D’ici une ou deux semaines, j’y reviendrai avec des trucs et astuces avancés et des cas d’utilisation spécifiques, pour montrer en quoi Scriv accélère et simplifie le travail.

En attendant, bonne découverte, et si vous avez des questions à l’usage, n’hésitez pas.

De manière générale, si l’envie d’acheter cet outil (ou l’un des autres présentés sur ce site) vous vient, n’oubliez pas de passer par les liens proposés ici – vous contribuez à financer le temps passé à rédiger ces articles gratuitement. Merci ! 

  1. Il y avait aussi Writer’s Cafe, mais plus mis à jour depuis bien longtemps, encore trop rigide et quand même boursouflé de modules ludiques inutiles.
2017-11-09T09:15:48+01:00mercredi 19 août 2015|Technique d'écriture|55 Commentaires

Neuf raisons de faire le NaNoWriMo en novembre

nano_2013Hey ! Ce week-end, c’est les Utopiales, mais c’est aussi le début du NaNoWriMo, le mois de l’écriture. L’objectif : écrire un livre en… un mois (50 000 mots, soit 300 000 signes). C’est pendant le mois de novembre.

Ça semble un défi fou, et ça l’est. Pourtant, si vous souhaitez écrire un tant soit peu sérieusement, ça représente aussi un défi auquel vous feriez fort bien de vous confronter. Ce n’est évidemment pas une étape obligatoire, mais elle est grandement instructive et productive. Le concept est bien mûr, et la communauté française présente et active.

Mais pourquoi faire le NaNo ?

1. Au début du NaNo, vous n’avez pas de livre écrit. À la fin du NaNo, vous avez un nouveau livre écrit. Bilan positif net.

2. Le NaNo vous force à écrire. Bien des jeunes auteurs disent vouloir écrire, ont quantité d’histoires qui leur tournent dans la tête, mais ils manquent du temps ou de l’organisation nécessaire pour y parvenir. Quand vous vous lancez dans le NaNo, vous vous fixez un objectif tangible. Vous avez passé un contrat avec vous-même.

3. Le NaNo vous oblige donc à trouver comment écrire dans les interstices de votre emploi du temps. Il vous force à prendre votre écriture au sérieux parce qu’à présent, vous avez un livre à écrire pour la fin du mois. Il faut vous organiser et trouver comment faire autour, par exemple, d’une vie de famille et d’un autre travail. Il vous faut réserver de l’énergie et du temps pour écrire, ce que vous n’avez peut-être jamais fait auparavant.

4. Corollaire : il est impossible d’atteindre ce genre d’organisation sans en parler autour de vous, à vos proches, qui se demanderont pourquoi, brutalement, vous ne venez plus à la beuverie du jeudi soir. À présent, non seulement vous avez établi vis-à-vis de vous-même que vous souhaitiez écrire un livre, mais vos proches le savent. Vous êtes lié(e) par votre parole vis-à-vis d’eux… Ce qui renforce votre promesse à vous-même. Leur réaction est également instructive. Si ce sont de bons amis, de bons conjoints, ils devraient respecter ce désir de votre part et même vous soutenir. Si ce n’est pas le cas, c’est aussi une leçon… Celle de suivre votre rêve, pour vous-même, qu’importe l’opinion d’autrui.

5. Le NaNo contribue à vous apprendre à écrire. Règle 1 de Robert Heinlein : « tu dois écrire ». On n’apprend à écrire qu’en écrivant ; en se confrontant aux difficultés, en regardant l’histoire se dévoiler, en constatant si elle suit le chemin prévu ou si elle en dévie, si c’est mieux ou non. C’est chouette de vouloir écrire, mais si on n’écrit jamais, on reste un simple velléitaire. L’auteur, c’est celui qui se confronte à l’épreuve, qui ose se casser la figure, qui se relève et qui apprend. « C’est en écrivant qu’on devient écriveron. »

6. Le NaNo vous confronte à votre façon de travailler. Êtes-vous structurel(e) ? Scriptural(e) ? Efficace la nuit ? Le matin ? Dans les cafés ? Pourquoi coincez-vous ? Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui, tout va bien ? Je répète à l’envi qu’apprendre à écrire, c’est apprendre à se connaître ; apprenez à vous connaître à travers cette épreuve et vous écrirez mieux, avec davantage de plaisir.

7. Le NaNo vous ouvre toute une communauté d’auteurs, plus ou moins expérimentés, qui traversent la même épreuve que vous. Cela peut déboucher sur des rencontres et des échanges fructueux sur l’écriture, sur l’engagement qu’elle représente. Vous n’êtes plus seul(e). Discutez !

8. Le NaNo vous apprend l’enfer que ce métier peut être. Par enfer, j’entends : trouver le moyen d’avancer alors que vous butez sur la même scène depuis trois jours. Ne pas lâcher votre projet, votre rêve, alors que tout en vous voudrait abandonner, parce que c’est trop dur, les personnages sont tartes, l’action est molle, les dialogues sont creux. Vous insistez. Le NaNo vous enseigne la discipline. Vous n’avez pas fini votre quota du jour ? Vous restez à écrire. Vous avez envie de sortir faire un tour ? Vous restez à écrire. Vous trouvez ça trop dur ? Vous restez à écrire. Vous vous faites fait une promesse, vous avez pris un engagement : vous allez faire tout votre possible pour le mener à bien. Parce que, bon dieu, vous voulez écrire.

9. Le NaNo vous confronte au retravail. Peut-être n’avez-vous jamais terminé de premier jet… Mais une fois cela achevé, le « vrai » travail, peut-être, celui qu’on sous-estime le plus, commence. Il faut rendre le livre accessible, intense, lisible, bon. Mais cela… c’est une autre histoire.

2014-08-31T14:01:26+02:00mercredi 30 octobre 2013|Best Of, Technique d'écriture|21 Commentaires

Transcription de l’interview-chat sur L’Alchimie des Mots

Le 2 novembre, j’ai eu le plaisir d’être invité par le forum L’Alchimie des Mots pour un entretien-débat en discussion instantanée. Nous avons pas mal parlé de technique d’écriture, des différences entre roman et nouvelle, du processus visant à créer des récits de plus en plus complexes et longs, mais aussi de l’état actuel de la fantasy, notamment en lien avec les adaptations télévisées et cinématographiques à succès.

La modératrice du forum, Selene, a mis en ligne l’intégralité de l’entretien, dont voici un extrait :

Kam’Ui – Tu as dit que le roman est un métier assez différent de la nouvelle. Peux-tu developper ? Et aussi la novella, au passage.

Lionel Davoust – Je crois que celui qui a le mieux résumé ça pour moi c’est Poe, qui dit que, dans une nouvelle, tout tend vers un effet unique. Les détails, personnages, etc., tout sert l’effet de la nouvelle (il faut dire aussi que pour lui, une bonne nouvelle est une nouvelle à chute, mais c’est aussi ce que j’aime). Tu as une grande précision dans l’édifice et dans le ménagement des effets (c’est aussi pour ça que c’est une excellente école à mon sens).

Le roman tient davantage du voyage. Bien sûr, il va vers une fin qui se doit d’être satisfaisante, mais c’est un élan, la réalisation d’un potentiel contenu dans la situation initiale. Aristote parle d' »energeia »; la situation prend de l’élan, se complexifie, accumule de l’énergie qui la transforme, la fait évoluer, jusqu’à la résolution finale de cette énergie. Dans un roman, évidemment, tu peux prendre des détours, développer des détails, t’arrêter pour contempler le paysage, laisser les personnages réfléchir, etc… C’est assez organique comme processus.

Pour lire l’ensemble de la rencontre, c’est sur cette page.

Merci encore à tous les participants à ce moment très agréable et à l’équipe du forum pour son accueil ! 

2012-11-16T11:45:27+01:00vendredi 16 novembre 2012|Entretiens|2 Commentaires

Anté-bilan 2010 (et programme de parution)

Il est d’usage en fin d’année de réaliser un bilan de la période écoulée – le parcours accompli, quelles résolutions ont été tenues, les réussites et les échecs – mais je préfère me focaliser sur ce qui m’attend ; les défis accomplis ont été surmontés et, s’il peut être agréable de constater ce à quoi l’on a survécu, c’est ce qui reste à faire qui nécessite avant tout l’attention.

Je vais donc réaliser par avance le bilan de l’année 2010. (suite…)

2010-02-01T18:31:23+01:00mardi 12 janvier 2010|Actu|12 Commentaires

30 mars : La Volonté du Dragon, à paraître aux éditions Critic

Dernières nouvelles :

La bande-annonce !

  • Le livre est disponible à la commande à cette adresse ; tout exemplaire souscrit avant le 30 sera dédicacé !
  • Le premier chapitre est disponible gratuitement sur Elbakin.net (format PDF)

Couv. Cyrielle Alaphilippe

Les choses se mettant en place, je peux lever le voile comme promis… ! Je suis très heureux de pouvoir vous annoncer la publication prochaine de La Volonté du dragon aux nouvelles éditions Critic !

Critic, c’est d’abord cette librairie spécialisée dans les genres de l’imaginaire, située dans le centre de Rennes (site, blog), dont la passion et la compétence ont construit une renommée qui s’étend bien au-delà de la Bretagne. Critic se lance aujourd’hui dans l’édition et je suis très heureux et honoré de faire partie des premiers écrivains publiés aux côtés de mon talentueux camarade Thomas Geha (auteur des romans post-apo A comme Alone et Alone contre Alone aux éditions Rivière Blanche).

Après vous avoir fait découvrir ses « coups de coeur » pendant un peu plus de neuf ans, la librairie Critic se lance dans l’édition pour en publier. Ainsi, dès le mois d’octobre prochain, les éditions Critic proposeront des oeuvres (roman, novella, recueil) d’auteurs français à raison de deux titres par an… Sauf coups de coeur multiples où la folie nous pousserait à en publier davantage…

Seront privilégiés les textes à vocation de divertissement qu’ils s’inscrivent dans les genres de la fantasy, de la science-fiction ou du fantastique. Les deux premiers titres à voir le jour seront : Le Sabre de Sang de Thomas Geha (en octobre donc) et La Volonté du Dragon de Lionel Davoust (en mars 2010).

Bonne journée,

A très bientôt pour de plus amples informations,

Eric Marcelin (directeur éditorial) et Simon Pinel (directeur de collection)

criticeditions

Quelques mots sur le livre

pacvL’Empire d’Asreth, maniant une puissance militaire écrasante qui s’appuie sur une magie domptée par la technologie, se présente aux portes du Qhmarr, un petit pays vivant en isolation à peine sorti de l’ère médiévale. Pour l’Empire, le Qhmarr ne devrait représenter qu’une simple note de bas de page dans son plan de conquête, mais le généralissime asrien D’eolus Vasteth va se trouver confronté aux anciens secrets de la culture qhmarri à travers le défi que lui lance son enfant-roi, un défi qui risque bien d’ébranler sa vision de la guerre, de la conquête et de l’Histoire elle-même, tandis que, sur la mer, les soldats meurent, jouets d’un conflit qui les dépasse…

La Volonté du dragon sera un court roman – une « novella » – de fantasy qui se déroulera donc dans l’univers introduit dans la nouvelle « Bataille pour un souvenir » ; on y retrouve effectivement l’Empire d’Asreth à une époque différente, toujours poussé par sa soif de conquête. Je tiens cependant à préciser – et je ne le répéterai jamais assez ! – que les deux récits sont entièrement indépendants. C’est un aspect très important pour moi ; j’aime beaucoup la liberté de création de mondes imaginaires qu’offrent la fantasy et la science-fiction, mais je tiens absolument à ce qu’un lecteur puisse entrer dans l’univers par n’importe quelle porte, n’importe quel récit ou ensemble narratif, et en profiter pleinement (j’avais commencé à en parler ici, d’ailleurs). Rien n’est plus insupportable que de ne pas comprendre une histoire parce qu’il faut mille références antérieures.

Bien sûr, les lecteurs de l’univers auront le plaisir (je l’espère) de revisiter des lieux, des personnages ou même des problématiques esquissées d’une histoire à l’autre sous différents éclairages, de construire leur image de ce monde et de ses grandes questions à mesure de ce qu’ils en découvrent, mais j’insiste sur l’indépendance totale de la narration et l’absence d’ordre de lecture préférentiel. (Pour La Volonté du dragon, d’ailleurs, je souhaite justement adopter un point de vue bien différent de « Bataille pour un souvenir » : celui de l’Empire d’Asreth lui-même…)

Bref, je tiens à ce qu’aucun nouveau lecteur ne se sente exclu de l’aventure à cause d’épisodes à suivre trop nombreux – une sensation désagréable que j’ai trop souvent eue moi-même. Bref, si vous n’avez pas lu « Bataille », vous pourrez lire  La Volonté du dragon sans aucun problème, mais, si vous avez apprécié la nouvelle, je pense que ce récit devrait vous séduire à son tour.

C’est du moins mon ambition !

Après vous avoir fait découvrir ses « coups de coeur » pendant un peu plus de neuf ans, la librairie Critic se lance dans l’édition pour en publier. Ainsi, dès le mois d’octobre prochain, les éditions Critic proposeront des oeuvres (roman, novella, recueil) d’auteurs français à raison de deux titres par an… Sauf coups de coeur multiples où la folie nous pousserait à en publier davantage…

Seront privilégiés les textes à vocation de divertissement qu’ils s’inscrivent dans les genres de la fantasy, de la science-fiction ou du fantastique. Les deux premiers titres à voir le jour seront : Le Sabre de Sang de Thomas Geha (en octobre donc) et La Volonté du Dragon de Lionel Davoust (en mars 2010).

Bonne journée,

A très bientôt pour de plus amples informations,

Eric Marcelin (directeur éditorial) et Simon Pinel (directeur de collection)

2010-04-09T17:49:31+02:00vendredi 25 septembre 2009|Actu|8 Commentaires

Rentrée littéraire (genre)

Quand on parle de rentrée littéraire, j’imagine de petits bouquins avec des cartables sur le dos qui pleurent en ne voulant pas quitter leur papa et leur maman : « Naaan, je veux pas aller sur l’étal du libraire, il a l’air méchant, et puis je vais encore me retrouver au fond près de l’extincteur, et, quand la Fnac brûlera, je serai le premier à être mouillé, et, de toute façon, ce sont toujours les mêmes fayots qui se retrouvent au premier rang en tête de gondole… »

Couv. Sébastien Bermès

Couv. Sébastien Bermès

Ou bien ce n’est peut-être pas exactement comme cela que ça marche.

Je rechigne comme toujours à parler des projets en cours avant qu’ils ne soient avancés au maximum parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver (idéalement, je n’en parlerais que la veille de la date de publication) mais la rentrée, c’est l’heure des bilans, comme dit l’autre (à l’instar, d’ailleurs, de  l’anniversaire, des anniversaires en dizaines, des commémorations annuelles, de Pâques, du jour de l’an, du printemps, des grandes vacances. OK, peut-être pas Pâques). Alors, me disais-je malgré tout, peut-être qu’un petit point sur les activités en cours serait bienvenu. Oublions la poussière de craie de septembre et l’odeur aseptisée du plastique neuf des claviers pour causer un peu histoires et contes divertissants – enfin, je l’espère.

Commençons par la parution de la première partie d’une interview des auteurs d’Identités (anthologie de Lucie Chenu aux éditions Glyphe où figure « Bataille pour un souvenir ». Réalisée par Denis Labbé pour lefantastique.net, cette entrevue fait apparaître les réponses de Sophie Dabat, Estelle Valls de Gomis, Li-Cam, Jean Millemann, Alain le Bussy (et les miennes) à trois courtes questions sur le rapport au thème de l’identité et la genèse des textes. Elle est lisible ici.

Les journées ne font que vingt-quatre heures et la vie professionnelle d’un indépendant – en tout cas, la mienne – se répartit selon des proportions : quel temps accorder à tel projet en fonction des disponibilités et envies, car on ne saurait tout faire (du moins, pas correctement), et il existe également de basses exigences matérielles, notamment dues à l’encombrante nature biologique du corps, avec lesquelles il faut hélas composer. Mais j’ai récemment décidé (et eu la possibilité) d’augmenter très nettement la part de mon temps dévolue à l’écriture, pour ma plus grande joie.

Je suis donc maintenant, ô auguste lectorat, en parfaite position pour me manger un mur (ce qui, convenons-en, constitue quand même une nette évolution par rapport au fait de ne rien risquer).

Alors, sans donner trop de détails pour l’instant, car l’édition est toujours un milieu fragile où les imprévus sont nombreux (il m’est par exemple arrivé d’être payé pour une nouvelle à paraître dans une anthologie que l’éditeur n’a finalement pas publié), voici ce qui se prépare d’à peu près certain pour les douze mois à venir :

  • Des nouvelles à paraître en anthologies ; c’est un marché difficile et donc instable, mais au moins trois devraient voir le jour d’ici mi-2010 (dont une pour la jeunesse) ;
  • Il y a la publication de « L’Île close » en anglais dans Interfictions 2.

Mais ce n’est pas tout, car j’ai maintenant l’immense plaisir d’annoncer deux livres à paraître dans le premier tiers de l’année 2010 :

  • La publication d’un recueil de nouvelles, additionné d’un court roman. Cela s’annonce comme un assez gros volume où se trouveront panachés d’anciens et de nouveaux textes, dont notamment une petite moitié d’inédits ;
  • La publication d’un autre court roman en volume indépendant.

Dès que je me sentirai à l’aise pour en parler un peu plus, je le ferai – en détail, cette fois.

Il se prépare enfin un autre gros projet pour 2011, mais là, c’est vraiment, vraiment trop tôt pour en dire quoi que ce soit.

2010-02-01T18:32:23+01:00mercredi 2 septembre 2009|Actu|5 Commentaires
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