8-9 juin 2012 : Paris, colloque à la Sorbonne
Sur le thème « L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain : fantasy, fantastique, science-fiction« . Ce colloque associera des interventions de chercheurs et de jeunes chercheurs et une table ronde d’écrivains, qui seront invités à réfléchir sur leurs pratiques d’écriture et leur rapport à l’antiquité gréco-latine.
Entretien chez Passion Romans
Après une chronique qui m’a beaucoup touché, Paco, du blog Passions Romans, a eu la gentillesse de me proposer un entretien. Comme il le dit lui-même, cela a été l’occasion de déborder un peu sur les questions philosophiques qui sous-tendent Léviathan : La Chute. Nous y parlons des différences entre Voie de la Main Gauche et Voie de la Main Droite, de psychologie des personnages et de discipline d’écriture, et aussi de l’influence des littératures de l’imaginaire dans le mainstream et sur notre réalité. Merci à lui pour toutes ses questions très pertinentes ! C’est lisible ici.
D’autre part, deux nouvelles chroniques à vous signaler chez des blogueurs de l’imaginaire bien connus et très actifs sur les réseaux sociaux:
- Chez Traqueur Stellaire, biologiste marin également, article dont j’aime particulièrement la conclusion ;
- Et le Dragon Galactique de Tigger Lilly, qui apprécie la montée en puissance de l’histoire.
Merci à tous les deux !
SFFT Awards : des prix pour de la traduction en anglais
J’ai un mois de retard sur cette info mais d’une part, elle a peu circulé, d’autre part, elle mérite de circuler : en juin dernier ont été remis les Science Fiction and Fantasy Translation Awards, qui visent à récompenser le travail de traducteurs de l’imaginaire de langues étrangères vers l’anglais. Il est très agréable de voir la traduction récompensée et reconnue, mais aussi quand il s’agit de l’apporter aux territoires anglophones, où la pénétration des littératures étrangères reste très faible. Bravo donc à tous les lauréats, mais aussi au jury pour cette initiative, qui est en plus dotée d’une somme monétaire divisée entre l’auteur et son traducteur (ce qui est rare).
Long Form Honorable Mention
The Golden Age, Michal Ajvaz, translated by Andrew Oakland (Dalkey Archive Press). Original publication in Czech as Zlatý Věk (2001).
Long Form Winner
A Life on Paper: Stories, Georges-Olivier Châteaureynaud, translated by Edward Gauvin (Small Beer Press). Original publication in French (1976-2005).
Short Form Honorable Mention
“Wagtail”, Marketta Niemelä, translated by Liisa Rantalaiho (Usva International 2010, ed. Anne Leinonen). Original publication in Finnish as “Västäräkki” (Usva (The Mist), 2008).
Short Form Winner
“Elegy for a Young Elk”, Hannu Rajaniemi, translated by Hannu Rajaniemi (Subterranean Online, Spring 2010). Original publication in Finnish (Portti, 2007).
Special Award
In addition to the standard awards, the Board of ARESFFT presented a special award to British author and translator Brian Stableford in recognition of the excellence of his translation work.
(Je suis particulièrement heureux de voir récompensé Edward Gauvin, qui avait réalisé l’excellente traduction de « L’île close » et qui se bat pour faire entrer l’imaginaire français aux États-Unis.)
Tu seras une case, mon fils
FLASH INFO SPÉCIAL BREAKING NEWS ULTIMATE : Petit rappel pour dire que je serai en dédicace ce dimanche à Elven au Salon du Roman Populaire, avec Thomas Geha et David S. Khara. Venez nombreux me coller un bourre-pif pour l’article d’hier, youkaïdi youkaïda.
Diane laissait ce commentaire à propos de l’article d’hier :
Est-ce que tu pourrais développer un peu plus le dernier paragraphe s’il te plaît ? Notamment les propos sur les conventions, les catégorisations, la maîtrise du lien causal et de la cohérence.
Wow.
Bon, impossible de répondre correctement à ça sans y consacrer en article entier. Je vais m’efforcer de faire au mieux sans – caveat – m’emmêler les pinceaux dans la fatigue du vendredi, et en prenant soin de préciser que je ne suis ni sociologue ni psychologue, mais c’est mon avis et je le partage avec moi-même.
La narration chez les petits
J’ai eu des discussions passionnantes avec des instit’ qui proposaient à leurs élèves de travailler l’imagination par l’invention d’histoires. Il ressort que les enfants n’ont que rarement le souci de la mesure ou de la plausibilité : par exemple, dans une situation désespérée, tout se résoud d’un coup de baguette magique par l’arrivée de la police qui débarque comme par magie (soit, techniquement, un deus ex machina). Cela ne leur pose aucun problème, comme de faire des sauts abracadabrants (la princesse devient un papillon puis un Canadair pour éteindre l’incendie de forêt). Encore une fois, écouter des enfants jouer à construire des histoires le prouve amplement.
Le lien cause à conséquence est ipso facto plus difficile à faire comprendre – je me rappelle au collège de certains rudiments de logique que mes profs ont dû rattraper chez certains élèves, la chaîne de causalité n’étant pas inuititivement saisie par tous (A implique B ne veut pas dire que B implique A). La distinction réel / virtuel est donc très claire, mais les structures logiques purement formelles sont plus difficiles à maîtriser.
Parce que c’est comme ça
Les parents opérant un véritable travail critique sur les a priori (j’ai placé quatre locutions latines, c’est bon, je me la pète officiellement) sociaux sont extrêmement rares et, pourvu qu’on y fasse attention, on le repère partout : il y a une ligne très fine entre propogation du savoir culturel et endoctrinement dû à une absence totale de remise en cause du savoir établi. Trois exemples (pas très subtils, j’avoue, mais indiscutables) au pif.
- Les tabous culturels et notamment la religion : combien d’enfants baptisés, par exemple, sans réflexion qui sorte du référentiel de la tradition ? Combien élevés dans la stricte observance des traditions religieuses, dont une infime partie (comme ne pas mentir, ne pas piquer le pain du voisin, ne pas le tuer à coups de pelle et abandonner son cadavre dans un fossé) sert réellement la vie en communauté ?
- L’orientation sexuelle et, plus largement, le rapport à l’autre : la cellule familiale hétérosexuelle et monopartenaire reste la norme, non pas parce qu’il a été prouvé rationnellement que c’est « mieux », mais parce que, pour beaucoup de gens, c’est comme ça et ta gueule. De même, le rôle fondamental du couple reste la procréation pour une quantité écrasante de monde et vivre kid free n’est pas quelque chose d’aisément concevable.
- Les rôles des genres. Feuilleter les catalogues de jouets pour Noël est une expérience qu’on peut qualifier soit d’instructive, soit de terrifiante : les petites filles ont des fers à repasser en plastique rose, les garçons des jeux de guerre (ou pire : des jeux de réflexion, parce qu’ils sont assez intelligents pour, eux). Là encore, c’est « comme ça ». On peut éventuellement concevoir qu’au Moyen-Âge, il y avait une raison sous-jacente à cette ségrégation, mais aujourd’hui ? Pour un bon coup de déprime ou de révolte, jeter un oeil au blog Vie de Meuf.
Évidemment, on est forcé, dans nos rapports à l’autre et plus particulièrement dans l’éducation, de transmettre ce qu’on est, ce qu’on pense, et c’est une richesse dès lors que c’est réfléchi et raisonné. Mais une quantité invraisemblable de présupposés foncièrement inutiles à la vie en groupe et à l’épanouissement de soi enrobent les identités et ne font que ligoter l’enfant et le jeune dans des attitudes considérée comme évidentes, alors qu’elles sont, à mon humble mais ferme avis, sclérosantes pour lui comme pour la société toute entière. Rares sont ceux qui y ont réfléchi deux secondes.
Quand les parents n’ont pas résolu tout le sédiment qu’il charrient dans les profondeurs de leur éducation, cela ne peut que se reporter sur la génération suivante ; plus grave, ces sédiments sont souvent confondus avec une forme de clairvoyance, et leur confusion vient brouiller les cartes de leur progéniture. Sérieusement, comment un enfant peut-il bien réagir quand il découvre que le père Noël n’existe pas et que ses parents lui mentent depuis des années comme un arracheur de dents (et dieu sait qu’on flippe du dentiste à cet âge-là) ? Réflexion en amont sur les conséquences : nada. C’est « ce qui se fait », ça doit donc être bien.
Nietzsche
Mais bon, c’est quand même le vieux fou qui en parle le mieux dans Ainsi parlait Zarathoustra, « De l’enfant et du mariage », et je vais me faire plaisir en le citant :
J’ai une question pour toi seul, mon frère. Je jette cette question comme une sonde dans ton âme, afin de connaître sa profondeur.
Tu es jeune et tu désires femme et enfant. Mais je te demande : es-tu un homme qui ait le droit de désirer un enfant ?
Es-tu le victorieux, vainqueur de lui-même, souverain des sens, maître de ses vertus ? C’est ce que je te demande.
Ou bien ton vœu est-il le cri de la bête et de l’indigence ? Ou la peur de la solitude ? Ou la discorde avec toi-même ?
Je veux que ta victoire et ta liberté aspirent à se perpétuer par l’enfant. Tu dois construire des monuments vivants à ta victoire et à ta délivrance.
Tu dois construire plus haut que toi-même. Mais il faut d’abord que tu sois construit toi-même, carré de la tête à la base. Tu ne dois pas seulement propager ta race plus loin, mais aussi plus haut. Que le jardin du mariage te serve à cela.
Tu dois créer un corps d’essence supérieure, un premier mouvement, une roue qui roule sur elle-même, – tu dois créer un créateur.
La suite (et tout le texte) ici.
Photo : Jouet Smoby Baby pécho sur Pixmania.
Inception les yeux
Expédions une bonne fois pour toutes en soupirant la non-traduction du titre, sempiternelle manie française qui fait croire à notre public qu’« inception » est un mot français vaguement savant, ce dont il n’est rien. Inception en anglais, c’est la création, la conception d’une idée, un mot connoté par l’étincelle fondatrice, le germe qui donnera forme au projet – titre traduit par Origine au Québec, ce qui est parfaitement valide et plus juste.
Bref. Inception est le dernier fim de Christopher Nolan, réalisateur britannique innovant notamment connu pour Memento, Le Prestige ou The Dark Knight ; il s’est distingué par un sens aigu de la narration – ses films, bien qu’à gros budget, proposent une véritable histoire imposant un cheminement aux personnages, à l’opposé de l’enchaînement linéaire de péripéties cher à l’Hollywood actuel. Son attachement à l’imaginaire est bien entendu manifeste à travers sa filmographie, un imaginaire plutôt fondé sur les méandres de l’esprit et la perception de la réalité, où l’idée centrale et ses conséquences importent davantage que le décorum et la démonstration qui la rend possible. Un atout pour la narration à mon sens ; ce qui importe dans une histoire, c’est le parcours effectué dans le cadre de ses règles du jeu, plus que les extrapolations qui les étayent.
Dom Cobb (Leonardo diCaprio) est un extracteur. C’est-à-dire qu’il est un rêveur lucide ; dans le sommeil, il garde sa conscience active et peut, dans certaines limites, interagir et même influencer les images du subsconscient. Par l’intermédiaire d’une petite machine mystérieuse (sur laquelle on ne s’étend jamais, et tant mieux), il pénètre dans les rêves d’autrui et peut ainsi le conduire à révéler ses secrets les plus enfouis – activité qu’il accomplit dans le cadre de l’espionnage industriel. Mais Cobb est un homme tourmenté ; tenu loin de ses enfants qui lui manquent terriblement, ses rêves sont contaminés par la présence mystérieuse et récurrente d’une femme bien familière. Aussi, quand un puissant industriel lui offre la possibilité de rentrer chez lui, il accepte, malgré la terrible complexité de l’opération demandée : non pas voler une idée du cerveau d’un rival, mais y implanter une notion. Cobb monte alors une équipe rompue aux plongées oniriques profondes pour une mission terriblement risquée qui l’entraînera aux confins de l’inconscient – et de son passé tourmenté. Lire la suite »
Le CRIPT du coeur
Un jour, je m’achèterai une conduite et je ferai des titres d’articles sérieux. Demain. Ou l’année prochaine.
Ça date terriblement (deux mois, honte !) mais je voulais revenir sur la journée très agréable que Thomas Geha et moi avons passé au lycée agricole de Pontivy, accueillis chaleureusement par son personnel et l’équipe du Complexe Régional d’Information Pédagogique et Technique de Bretagne (CRIPT). En effet, afin d’encourager la lecture et l’esprit critique chez les élèves, le CRIPT organise tous les ans un concours d’écriture et de réalisation d’affiches auprès des ados, concours qui est primé. Une belle initiative qui sait susciter l’intérêt et la motivation, puisque plus d’une centaine de productions furent proposées par les participants.
Le thème retenu cette année était la science-fiction, à travers quatre livres :
- Nouvelles re-vertes, Collectif, Edition Thierry Magnier
- Espaces insécables, Sylvie Lainé, Edition Actusf
- Le chant des lunes, Gudule, Edition Thierry Magnier
- Le bâtard de l’espace, Colin Thibert, Edition Thierry Magnier
Thomas et moi étions donc invités à parler d’imaginaire au cours d’un débat animé par Hervé Belvaire. Je me suis rendu compte une nouvelle fois de la difficulté qu’il y a à définir et introduire les dites « littératures de l’imaginaire » auprès d’un public qui n’y baigne pas spécialement ; qu’est-ce que l’imaginaire, exactement ? À part un terme forcément un peu bancal, puisque toute littérature est imaginaire ? Lire la suite »












