Improbabilités coréennes, part. 1
Auguste lectorat ! Ouaiiiis alors je fais le malin, le poète, le guide touristique, avec des photos en format timbre poste parce que je ne les ai pas traitées, parce que j’ouvre grand mes yeux et mes oreilles et que je suis ému, intrigué, amusé par ce que je vois. Mais ce blog s’appelle Expériences en Temps Réel et tu veux du n’importe quoi, de l’improbable, de l’awesome. Alors, en voici. La Corée du Sud, comme beaucoup de pays asiatiques, fait parfois appel à l’anglais, voire au français, pour se donner un cachet particulier (on fait pareil en France avec l’anglais). Par souci d’accessibilité, beaucoup de mentions, d’avertissements, sont également traduits. Toutefois, cela donne des résultats parfois rigolos, qui, personnellement, me touchent autant qu’ils m’amusent. Ils témoignent d’une énergie et d’un enthousiasme qu’en Europe, en gros blasés, on a un peu oublié.
D’autre part, on trouve notamment à Séoul des lieux particuliers, uniques, qui amusent et/ou font rêver, et qu’on ne trouve nulle part ailleurs qu’en Asie.
Petite visite guidée d’un réjouissant éventail de WTF, premier volet de plusieurs pour varier un peu l’atmosphère.
Vivre la vie de palais
Séoul compte quatre anciens palais vieux de plusieurs siècles, dont je vous épargerai l’écriture des noms. Incendiés, reconstruits, occupés, ils témoignent du temps où la Corée était un royaume, Ils offrent un spectacle surréaliste, à l’image de la Corée moderne : anciens, majestueux, immenses, ils déploient leurs ailes silencieuses où l’histoire résonne encore au sein d’une capitale moderne où vrombit une circulation urbaine incessante et où la 4G est même desservie dans le métro.
Le Changdeokgung recèle même, à l’arrière de son complexe, un jardin secret qui tient plutôt de la forêt privée, où pavillons et plans d’eau se faufilent discrètement au sein de collines boisées. La rupture entre les gratte-ciels et la nature est aussi brutale que surprenante : imaginez vous remonter les Champs-Elysées, puis, à la place de l’Arc de Triomphe, tomber sur Chambord et, derrière, la forêt de Fontainebleau, qui s’interromprait à un simple petit muret derrière lequel s’étendrait le parvis de la Défense.
Nombre d’histoires tristes, gaies ou démonstrations de morale flottent dans ces lieux séculaires. On peut en retenir une associée à la photo ci-dessus : au milieu de la pièce d’eau se trouve une île exiguë, d’à peine un mètre carré, où pousse un vieil arbre. Le roi avait coutume de lancer de façon inattendue des concours de poésie à ses courtisans. Celui qui se trouvait incapable de produire se retrouvait exilé pour une certaine durée sur la petite île… Afin de réfléchir à la nature et de s’inspirer, peut-être ?
(Hé, auguste lectorat, ça te dirait qu’on essaie cette méthode de motivation aux prochains ateliers d’écriture, niark ?)
Vivre la vie d’insulaire
L’île de Jeju se situe à une petite centaine de kilomètres au sud de la Corée. Volcanique, cuite par une chaleur humide ou bien battue par les vents de la mer, elle accueille une végétation luxuriante sur les versants d’innombrables collines dévalées par la brume. Ses traditions maritimes de pêche se sont métamorphosées à l’ère moderne : avec son côté exotique, Jeju est devenue la destination favorite des couples coréens pour leur lune de miel, si bien que s’y côtoient parcs d’attractions, pléthore de musées sur des sujets improbables allant du sexe à la mythologie grecque, et, bien entendu, les merveilles naturelles.
L’origine géologique de l’île donne lieu à des panoramas spectaculaires ; la nature elle-même recèle mille surprises à chaque détour de chemin, immortalisées par le photographe Kim-Young Gap, de renommée internationale. Du sommet du cratère âgé de seulement 5000 ans du Seongsan Ichulbong, on vient contempler le lever et le coucher du soleil sur l’océan ; dans les profondeurs du tunnel de lave du Manjanggul, on constate la puissance et les hasards de la Terre, qui ont foré une galerie de plusieurs kilomètres, aussi vaste et régulière qu’un boyau de métro. Les triples cascades du Cheonjeyeon évoquent à l’état naturel la rivière d’un monastère, et l’on rencontre, dans une cavité naturelle du Sangbangsan, une statue de bouddha célébrant une eau filtrée par les roches et dite miraculeuse. Le temps d’une halte après l’ascension, on en sirote quelques gorgées ; elle est fraîche et succulente, et puis, que l’on soit croyant ou pas, on s’y incline, ainsi que devant le moine souriant qui veille sur les lieux.
Jeju, c’est le soleil mais aussi les pluies torrentielles qui surprennent même à l’automne et donnent une idée de la violence de la mousson. Les jardins botaniques se désertent de visiteurs et le photographe grommelle, mais les couleurs ressortent sous la loupe des gouttelettes tandis que les poissons, au calme, osent sortir de leurs abris sous les pierres.
Jeju invite plus au séjour qu’à la visite. En à peine quelques jours, derrière l’aspect intrigant d’une destination touristique agréable et moderne, affleure le temps millénaire de la contemplation et de la solitude parmi les montagnes, sur les plages à faire la connaissance des plongeuses traditionnelles en apnée ; rencontrer Jeju, c’est être appelé, probablement, à y retourner.
Vivre la vie de moine
Après Seoul, ses 25 millions d’habitants et sa modernité aux franges de la science-fiction, direction le parc national d’Odaesan pour vivre 24h au rythme du monastère bouddhiste de Jeongwolsa. Le templestay est une activité en fort développement en Corée, concernant les fidèles comme les touristes.
Jeongwolsa est une petite communauté nichée au coeur de montagnes vierges de toute occupation humaine, où le ciel bas embrasse les cimes et déborde en franges de brume. Une fois l’uniforme du visiteur enfilé et les règles de courtoisie de base apprises – comment marcher sans hâte, comment saluer avec respect les autres occupants du temple – nous sommes livrés à notre propre contemplation autour de la pagode, à des marches dans la forêt de sapins environnants entre les cérémonies rythmant la vie du monastère. Les cloches millénaires résonnent au nom de ce qu’on ne peut voir ni sentir ; leurs vibrations sourdes lavent, apaisent et focalisent le corps et l’esprit. Bien que les cérémonies en coréen restent une total énigme, le chant des moines, empli de sérénité et de lâcher-prise, incitent à la réflexion et à la méditation active. La séparation – artificielle – entre Main Gauche et Main Droite n’est jamais aussi floue qu’à ces instants, pour laisser l’être face à lui-même et à la tendre considération de ses illusions.
Le retour à la civilisation se fait via Gangneung et le parc de la Réunification, où divers vestiges militaires rappellent les relations difficiles entre Nord et Sud. Témoin, en particulier, ce sous-marin de poche où vingt-cinq espions nord-coréens s’entassèrent en 1996 pour débarquer sur les côtes. Une véritable boîte à sardines où les portes ne semblent guère mesurer plus d’un mètre trente de haut, où il est difficile d’imaginer s’embarquer au milieu de la houle, la fleur au fusil, pour une destination incertaine où, d’ailleurs, il n’y eut qu’un survivant au terme d’une chasse à l’homme de 49 jours.
Vivre le Gangnam Style
À Séoul depuis trois jours, et, avant toute chose, un énorme SHOUT et un gros merci à CSN et HM pour leur accueil et leur enthousiasme à partager la ville, le pays et sa culture. Rapidement remis du décalage horaire, je suis renversé par l’envergure de Seoul, touché par la gentillesse des gens, dévoré de curiosité devant ce mélange entre des traditions millénaires et l’une des modernités les plus avancées au monde.
Visions pêle-mêle : les maisons traditionnelles du quartier de Bukchon et les innombrables tours de la ville nouvelle de Dongtan autour du campus Samsung ; les parcs et les montagnes au beau milieu de la capitale et les cerfs-volants sur le bord du fleuve Han ; l’affluence à la tombée de la nuit autour des magasins de Hongdae et la night life du célèbre quartier de Gangnam. Soit de quoi remplir des pages théoriques de blog. Eu le plaisir d’apprendre à lire l’écriture coréenne, très sensée et logique, en deux jours grâce aux panneaux bilingues et quelques coups de pouce de mes hôtes. En route à présent pour Gangneung et le parc national du Seoraksan.
À nouveau sur les routes
Ave, auguste lectorat. Toi qui est attentif à ces Expériences en temps réel depuis un an ou plus, tu auras remarqué, car ton oeil est acéré comme un couteau à viande Ginsu 2000, que cet été fut sage et casanier, sans volontariat écologique. Mon programme est un peu différent cette année : je pars… demain, pour un mois, non pas en volontariat mais en périple, pour moitié en Corée du Sud, à Séoul et ses environs, pour moitié en Nouvelle-Zélande, sur l’île du nord. Il s’agira de découvrir la culture, les lieux, les gens et surtout, bien sûr, la nature.
Pour cela, j’emporte mon meilleur ami :
Ou plutôt, mon nouveau meilleur ami, puisque après deux ans d’entraînement sur de la gamme amateur, je passe au matos pro pour la photo animalière, avec un 7D. Et j’ai perdu le peu que j’ai appris : la bête est compliquée, puissante et se laisse aussi peu apprivoiser que si l’on s’imaginait qu’un permis kart à pédales permette de conduire une F1.
Donc, pendant ce temps-là, comme d’habitude dans ce genre de situation :
- Mon accès au Net sera sporadique ; soyez patients pour le courriel (enfin, encore plus que d’habitude)
- J’aimerais, comme toujours, bloguer sur mes expériences sur place, mais, comme toujours, j’ignore si ce sera possible : ces pages risquent de voir passer un certain nombre d’articles brefs, voire des demi-réflexions à moitié formées, tirés d’archives et de notes. Haute teneur en approximations et en questions oiseuses à prévoir, allergiques s’abstenir. Refaisage de monde bienvenu.
- Les réseaux sociaux sont en pilotage automatique, là aussi je ne pourrai peut-être y passer régulièrement,
On m’a mentionné de visu une fois que je n’avais jamais raconté mon voyage sur le Silurian, ce qui était un peu frustrant après le récit de tous ces préparatifs… Je sais. J’ai tenu un bref journal. Le problème, c’est qu’il a disparu dans la faille spatio-temporelle de mes bagages, et que je n’arrive pas à remettre la main dessus. Est-ce le signe que ce qui s’est passé en mer cet été-là doit rester pour moi-même et mes camarades d’expédition ? Probablement, jusqu’à ce que je retrouve le journal, auquel cas ce sera : probablement pas.
Et sinon, qu’est-ce que j’ai fait des 10 000 photos que j’ai en stock des voyages précédents à traiter ?
Chut. On se tait. Silence.
Je dois partir en prendre 10 000 de plus.
Productivété, bonus : Vainqueur du concours GTDAgenda
[Annonce de service : mon hébergeur traverse en ce moment quelques turbulences. Attachez vos ceintures, relevez vos tablettes, et gardez la foi.]
Les commentaires du concours GTDAgenda étant fermés, il est temps de procéder au tirage au sort. Peu de participations, mais je retiens que les modalités initiales étaient peut-être un peu trop strictes (écrire 500 signes) ; le jeu ne valait peut-être pas l’investissement pour beaucoup.
Mais, quoi qu’il en soit, il y avait quand même de quoi rassembler cinq petits noms sur des papiers :
And the winner is :
Félicitations ! J’écris au créateur de GTDAgenda pour qu’il active le compte premium.
8 façons imparables de casser le moral à un auteur en dédicaces

[Petit bug hier de réseau. Si vous avez vu passer cet article, ceci est la version que vous auriez dû lire !]
Chers amis – ou plutôt, devrais-je dire, chers concitoyens,
Je vous apostrophe. J’accapare votre attention. Écoutez-moi ! Car nous sommes confrontés à un fléau rampant ; à un phénomène qui s’est installé, enkysté, dans notre vie citadine et même, parfois, rurale. Il sont là. Certains ne s’en aperçoivent seulement qu’aujourd’hui ; les bienheureux, mais croyez-moi : il date de plusieurs années, de plusieurs décennies.
Je veux parler, bien sûr, de l’auteur en dédicaces.
Regardez-les, ces hommes et ces femmes ! Assis derrière leurs tables, dans les salons, souriants, cherchant à croiser le regard du malheureux qui passe devant eux, de manière à engager la conversation ! Les fous ! Les égocentriques !
Ils viennent pour discuter avec des lecteurs, voire, et c’est bien le pire, vendre leurs livres.
Nul ne sait ce qui peut arriver. L’Agence de Santé Publique recommande de se tenir loin de la table d’un auteur en dédicaces. Ces gens transportent plus de maladies qu’un pigeon urbain, eu égard à leur pauvreté notoire et leur mode de vie décousu, où ils attrapent toutes sortes de maladies honteuses comme la variole ou l’alcoolisme. On raconte que certains sautent même sur les lecteurs et les forcent à avaler leur marchandise par voie nasale.
Mais nous ne les fustigerons pas. Au contraire, nous témoignerons compassion et sympathie à ces pauvres égarés, et placerons notre foi et notre énergie dans un travail long, mais solidaire, de réaccompagnement et de réacclimatation à la réalité. Car ces auteurs ne sont pas des coupables. Non. Ils sont victimes d’eux-mêmes et de leurs folles illusions.
Certes, ils sont aujourd’hui des parasites sociaux, qui ne produisent rien d’utile comme des missiles sol-air ou de l’atrazine. Mais qui en souffre, en définitive ? Eux. Il est de notre devoir citoyen de leur enseigner, par la force s’il le faut, à quel point le monde est violent, hostile, dur ; de leur apprendre la vraie rigueur ; d’étouffer avec fermeté toute potentielle flamme de sociabilité. En vérité, c’est pour leur bien. Car, quand ils auront enfin mis ces sottises derrière eux, quand ils feront enfin un vrai métier, comment pourront-ils être préparés à la vie adulte ?
Il s’agit d’une oeuvre de salubrité publique. Donnons aux auteurs une décence.
Vous m’aurez compris, il faut agir dès maintenant. Vous et moi, nous sommes là.
Et nous ne sommes pas désarmés. À cette fin – que dis-je, dans ce but noble, il est possible de faire appel à la liste ci-jointe, l’essence distillée de ce qu’il faut dire à un auteur en dédicaces pour lui péter le moral.
Faites-en usage, abusez-en. Ils sont entêtés, mais nous le sommes davantage. Ensemble, la lutte continue. Unissons-nous et, à force, nous arriverons bien à en pousser quelques-uns à abandonner leurs fadaises, voire à se pendre.
Ne lâchons rien !
1.
« Excusez-moi, vous savez où se trouve David Foenkinos ? »
2.
« Ah non mais je ne lis pas de science-fiction / fantasy / fantastique, vous comprenez, je ne lis que des romans. »
3.
« Non non je déteste la science-fiction / fantasy / fantastique. Comment ? Bah non, je ne peux pas vous dire ce que j’ai lu, puisque je déteste ; je n’en ai jamais lu. »
4.
« Excusez-moi, vous êtes David Foenkinos ? »
5.
Faites parler l’auteur le plus longtemps possible, de ses livres mais surtout de lui (c’est facile : ils adorent parler d’eux, de toute manière). Accaparez-le le plus longtemps possible ; dites combien son travail a l’air passionnant, que ça vous plairait à coup sûr. Très important : si d’autres lecteurs semblent intéressés, positionnez-vous stratégiquement pour les empêcher d’approcher. Puis barrez-vous brusquement, sans raison, mais non sans remercier l’auteur pour cette « intéressante discussion. »
6.
« Mouais. Je ne sais pas, votre voisin, avec une couverture visiblement dessinée par sa petite cousine et un résumé truffé de fautes d’orthographe, affirme qu’il écrit mieux que J. R. R. Tolkien, J. K. Rowling et Marcel Proust réunis et qu’il obtiendra sûrement le prix Nobel de littérature sous dix ans. Vous, vous ne défendez pas votre travail avec la même conviction, alors je pense que vous n’y croyez pas, à votre truc, en fait. »
7.
Faites la gueule. (Après tout, y a plein de livres autour de vous, et on vous a forcément traîné(e) à ce salon ; vous n’y êtes évidemment pas venu(e) de votre plein gré.) Prenez un livre au hasard sur la pile. Faites mine de lire la quatrième de couverture. Froncez les sourcils avec dégoût et soupirez en murmurant « oh là là » avant de le reposer d’un air écoeuré.
8.
« C’est marrant, parce que vous ressemblez vraiment à David Foenkinos. »










