J’ai cherché un jeu de mot débile sur Nantes mais je n’en ai trouvé aucun en rapport avec les Utopiales aussi devrez-vous vous contenter de ce titre générique d’entrée (… désolé)
Et voilà, une édition supplémentaire des Utopiales est derrière nous. Comme d’habitude, ce genre d’événement a créé une étrange distorsion spatio-temporelle autour de lui: il m’a fallu par exemple
deux heures pour atteindre le bar de la Cité des Congrès (et non pour en revenir, bande de médisants), le temps de rencontrer tous les copains pas vus depuis au moins six mois, d’échanger trois mots et d’oublier où j’allais. C’est une atmosphère électrique et un peu étrange, mais extrêmement enthousiasmante, bouillonnante d’idées. J’en reviens toujours
gonflé à bloc et plein de projets et d’envies.
C’est pourquoi il est difficile, voire impossible de faire partager un tel événement, surtout quand on le vit de l’intérieur. Il s’agit beaucoup de réunions de travail (au bar) et de discussions entre deux portes avec toutes les personnes qu’on veut voir. On a assez rarement le temps de boire une bière avec les copains, en fait.
Francis, Mélanie, Lucie, j’en oublie certainement, pardonnez-moi, ces trois jours se mêlent dans ma tête comme une nouvelle de Millenium Est… Une table ronde très sympathique, animée par Nathalie Labrousse, avec Fabrice Colin, Johan Heliot et Christophe Lambert sur l’addiction au virtuel et ses effets thérapeutiques… La fondation avec Anne Fakhouri et Zoé d’une école de SF révolutionnaire (entre le café et les toasts)… Et le fantastique concert du Naheulband samedi soir, vu des hauteurs du restaurant…
Il y aurait encore bien des choses à raconter, mais je n’ai pas de photos.
Bras, coudes, genoux.
Music is my aeroplane
Une petite absence ces temps-ci qui s’explique par une coupure momentanée du Net, le temps de quitter Orange pour aller chez Free. Je croyais naïvement que nous vivions dans un pays concurrentiel et que je pouvais me faire ouvrir deux forfaits ADSL sur la même ligne, prêt à passer de l’un à l’autre en cas de défaillance, examinant à la loupe les performances des services pour les comparer et adopter donc le meilleur en connaissance de cause. Que nenni, fou, naïf, inconscient que j’étais. C’est un seul forfait, point barre. C’est donc Free. Mais je me suis trouvé coupé du monde pendant une bonne semaine et, mine de rien, dans cette période de gros boulot, ce fut un sacré handicap à la fois professionnel et personnel (le Net étant un de mes rares contacts avec le monde ces temps-ci). Bref, c’est réglé.
Mélanie m’a refilé la balle pour un jeu fort sympathique (tu savais que je ne résisterais pas à la tentation, hein!):
– Choisir 5 chansons qui vous ressemblent et dire pourquoi
– Faire une petite playlist avec
– Rajouter en sixième position « The Song », celle que vous aimez d’amour, plus jamais vous ne pourrez vivre sans
– Et taguer 5 personnes de votre choix.
Cinq morceaux plus un? C’est horriblement difficile, mais très intéressant justement parce qu’il ne s’agit pas de proposer cinq morceaux qu’on apprécie tout particulièrement, mais d’essayer un peu de se « définir » musicalement. Et cela change totalement la sélection, puisqu’on quitte le domaine des goûts, variables avec le temps, pour arriver à des choses beaucoup plus personnelles. Et je dois dire que la sélection, prise dans son ensemble, présente curieusement à mes yeux une personne que je reconnais mal, comme quand on se voit ou qu’on s’entend après avoir été filmé ou enregistré. On sait que c’est « soi », pourtant, la personne semble extérieure.
Bref, comme Mélanie, je me suis limité à YouTube et Deezer, et j’ai effectué quelques choix, mais d’autres auraient été possibles dans le même registre.
1. Le générique de Téléchat
Eh bah oui. Je regardais religieusement Téléchat quand j’étais tout môme – quand je dis religieusement, c’est que je n’en manquais pas un seul, je me les repassais en boucle, j’avais peur de Léguman, je comparais les gluons, etc. Mais force est de constater qu’à trois ans, le second degré de l’émission m’échappait totalement – ça restait un gros chat (j’adore les chats, ça se voit peut-être?) – qui présentait le journal. Pourtant, je sentais bien qu’il y avait des trucs un peu bizarres. Arte ne s’y est pas trompé en rediffusant la série aux côtés du Monty Python Flying Circus il y a une quinzaine d’années. D’aussi loin que je me souvienne, ce fut ma première et très précoce exposition au surréalisme, et ça a laissé des marques. Les DVD trônent aujourd’hui fièrement sur mon étagère et je ne me lasse pas de voir cette tarte à la crème volante essayer de déclamer Hamlet devant un buste de Shakespeare.
J’ai aussi envisagé de mettre une chanson de Boris Vian comme La Java des bombes atomiques, vu l’importance que son oeuvre a eu sur ma vie et le discours à la fois absurde et
irrévérencieux de la chanson, mais j’ai découvert sa musique bien plus tard. Non, Téléchat était définitivement le morceau à choisir ici.
2. Eric Serra – The Big Blue Overture
« Eh bah oui », encore une fois. Le Grand Bleu était déjà décrié à l’époque où il est sorti; aujourd’hui c’est encore pire, vu qu’on a tendance à juger une oeuvre passée à la lumière de l’oeuvre actuelle (ce qui ne veut pas dire grand-chose) et que Besson n’est pas en odeur de sainteté chez les gens bien comme il faut. Mais je fais mon coming-out: ce film fait partie des pierres angulaires de mon imaginaire d’adolescent et j’assume à 100%. La solitude de ce Mayol fictif, sa consternation face à Rosanna Arquette qui lui promet « une maison et un chien » alors qu’il évolue dans un monde immense et inexprimable résonnaient profondément chez moi. En plus, j’ai travaillé quelques années à Marineland: le dauphin du début, c’est Joséphine, et je l’ai connue, la grosse ahem, petiote.
3. The Future Sound of London – My Kingdom
Quand mes copains de collège et de lycée ne juraient que par Blur, Queen (que j’aimais beaucoup quand même) et REM, j’écoutais des trucs vraiment bizarres pour mon âge, notamment Jean-Michel Jarre (j’assume, bis) et Tangerine Dream. Je me suis mis à la musique chantée très tard, en fait, préférant longtemps la pureté de l’instrumental et la recherche sur la matière sonore que permet l’électronique (avec laquelle je fais encore un peu mumuse quand le temps le permet).
J’adorais ces musiques quand cela ne recouvrait pas encore dans l’esprit du grand public techno et dance, quand il s’agissait prioritairement d’explorations atmosphérique et musicale, sans le besoin de remuer un dancefloor. Deux formations sont pour moi au sommet de ce genre, Orbital et surtout The Future Sound of London. L’album le plus abouti de FSOL est Dead Cities dont est tiré ce morceau, « My Kingdom ». Pourquoi celui-là? Pour son ambiance à la fois chaotique et structurée, son atmosphère entre appréhension et découverte, et aussi… pour son sample vocal symbolique à bien des aspects. Sans utiliser Google, saurez-vous reconnaître d’où il vient?
4. Jason Hayes – The Shaping of the World
Je voulais la version symphonique du prologue de FInal Fantasy VI mais elle est introuvable sur le Net. J’ai donc pris ce morceau-là qui est une piste bonus de la bande originale World of Warcraft. Au-delà de WoW, ce morceau évoque pour moi bien des choses: il symbolise toute la fantasy enchanteresse, mystérieuse ou héroïque, qui vous entraîne dans ses mondes, ses rêves, ses sagas. Avec la littérature, le jeu vidéo, le film, l’animation sont pour moi autant de portes d’entrée vers l’imaginaire, où je me coule avec bonheur. The Shaping of the World, comme le prologue de FFVI, représentent pour moi une fantasy que j’aime, aux mondes familiers et pourtant fondamentalement différents, où se déroulent des luttes épiques à tous les niveaux – qu’il s’agisse de triompher de l’ennemi ou de soi-même.
Et je puis je reste un gros geek. J’assume (ter).
5. Therion – Nightside of Eden
Impossible pour moi de faire une sélection musicale sans faire apparaître un bon métal. J’ai choisi « Nightside of Eden » de Therion, sur l’album Theli, qui mêle gros son, éléments symphoniques et efficacité. J’ai toujours trouvé ce titre très évocateur et j’apprécie beaucoup la dimension sous-jacente du texte: « A paradise lost / (An) Eden to regain / To illuminate / (The) Dark side of brain », soit, évidemment, la recherche dans l’inconscient, le questionnement perpétuel, le rejet de la convention en faveur de la quête personnelle.
Pour ce qui est du texte, j’aurais préféré « Clavicula Nox » du même groupe sur Vovin, mais si le morceau est superbe, je voulais un peu de patate dans cette sélection. « Dark horizons come close to me / and magick will be my key / I will travel through the gate / to be the finder of my fate... »
6. Tristania – Selling Out
Voici donc « the » song, la chanson sans laquelle je ne saurais vivre même que je l’aime d’amour. Je vous ai dit que FSOL et Orbital étaient pour moi les groupes quintessentiels de l’électronique? Eh bien World of Glass de Tristania est pour moi l’album quintessentiel du métal goth, et « Selling Out » est la plus belle chanson de l’album. Voix féminine magnifique, parfaitement équilibrée avec les grunts et le choeur, production parfaite, texte à la fois simple et prenant les tripes, cette chanson dégage à la fois un désespoir abyssal et une force dévastatrice. Elle a sauvé ma raison dans bien des moments difficiles (et je lui rends d’ailleurs hommage dans quelques passages du supertanker).
La suite!
Voilà qui était long, mais merci Mélanie, l’exercice était vraiment passionnant. Il me faut maintenant passer le relais. J’aimerais bien savoir comment répondraient Léa (oui, je suis une ordure, tu as trop de boulot pour jouer à ça et pourtant c’est tentant…), Kanux,
Sneed, Lelf et Francis. Comme toujours, si
vous n’avez pas le temps, pas de problème, hein, ce n’est qu’un jeu 😉
Bruce Holland Rogers sur Utopod
Version courte si vous connaissez déjà les deux services en question:
La nouvelle « Petit Frère™ » de Bruce Holland Rogers traduite par votre serviteur dans le cadre de shortshortshort.com/francais est disponible en podcast dans le dernier épisode d’Utopod avec deux autres textes, « Ce qu’on attend de nous » de Ted Chiang et « Tour d’ivoire » de Bruce Sterling (trads. Patrick Marcel). Pour écouter, c’est facile, il suffit comme toujours de s’abonner avec un agrégateur (ou d’écouter directement en ligne).
Qu’est-ce qu’Utopod?
Utopod est le podcast des littératures de l’imaginaire; des nouvelles sont lues tous les mois, téléchargeables sur lecteur MP3 ou bien écoutables en ligne. Les nouveaux numéros sont annoncés en RSS. Plus d’infos ici.
Qu’est-ce que shortshortshort.com/francais?
Je m’occupe maintenant depuis trois ans de la traduction du service de nouvelles en ligne de Bruce Holland Rogers, shortshortshort.com. Rogers a été couronné par de nombreux prix (World Fantasy Award, Pushcart Prize, Bram Stoker Award, deux prix Nebula, etc.). Tous les mois, deux nouvelles courtes sont envoyées par e-mail aux abonnés, relevant d’une variété de genres: SF, fantasy, mais aussi policier, surréalisme, réalisme magique, expériences littéraires… Nombre de ces « short short stories » furent reprises dans les plus grands supports anglophones : The Sun, Realms of Fantasy, Descant, Analog, Polyphony… Mais les abonnés eurent le privilège de les lire en premier, comme « Petit Frère™ ».
L’abonnement coûte seulement 5€ pour une année – 5€ pour 24 nouvelles drôles, dérangeantes, intrigantes, amusantes…
Comment s’abonner? (ou: encart pub)
Le seul moyen de paiement sécurisé en ligne que je peux prendre est Paypal. Un simple virement de 5€ conclut l’abonnement sur le mail employé (précisez si vous souhaitez que les envois
soient transmis sur un autre mail). Pour payer directement depuis le solde d’un compte Paypal: veuillez effectuer un virement sur l’adresse shortshort_paypal@lionelkw.com (cela m’économise des frais bancaires). Pour payer par virement bancaire depuis un compte Paypal : veuillez utiliser l’adresse shortshort_cb@lionelkw.com
Il est aussi possible d’offrir des abonnements; chaque mail fait alors apparaître la mention « Votre abonnement vous a été offert par… », ou tout autre phrase à votre convenance.
Je suis évidemment à votre disposition pour toute info complémentaire en commentaires. 🙂
Retour de Paris, en route vers Nantes
Je rentre du salon Des blogs et des livres qui s’est déroulé ce week-end à Paris je dois dire que le plaisir que j’éprouve à me rendre dans ce genre d’événement est toujours renouvelé. Il y a celui de rencontrer artistes et auteurs d’horizons différents – BD, photographie – et travaillant dans d’autres genres que l’imaginaire; l’échange des expériences et la découverte de leur travail est toujours très enrichissant.
Mais, surtout, c’est toujours extrêmement fascinant (et un peu intimidant) de s’apercevoir qu’une nouvelle peut saisir un lecteur, que des visions un peu folles peuvent prendre corps chez d’autres
et éveiller en eux une résonance (Mélanie Fazi en parle très bien sur son propre blog). Derrière le clavier, on ne s’imagine absolument pas se retrouver un jour face à quelqu’un qui aura lu et apprécié le texte qu’on est en train d’écrire – pour moi, c’est au contraire un processus quasi-autarcique hanté par mille préoccupations que je pourrais rassembler sous une bannière unique: la préoccupation de faire mon travail de conteur de mon mieux, m’efforçant de respecter des exigences de cohérence, de style, de ton… Mais je conduis forcément le voyage selon mes envies subjectives, me rendant là où j’ai envie d’aller, cherchant à écrire ce que j’aimerais lire.
Aussi, rencontrer des lecteurs qui ont donc pu être intéressés, voire touchés par cet effort est donc toujours une grande joie: il y a évidemment la satisfaction de s’apercevoir qu’on a à peu près correctement fait son boulot. Mais surtout, parce qu’un texte achevé est pour moi libéré dans l’éther, il vit de manière extérieure, prêt à être approprié par celui ou celle qui s’y intéressera; aussi suis-je toujours très touché (et surpris) de découvrir qu’il a pu nourrir un peu l’imagination ou le plaisir de quelqu’un.
Merci donc au salon – notamment à Mlle Gima et à Francis – d’avoir suscité ces moments d’échange avec professionnalisme, dévouement et chaleur; et merci à vous d’être venus 🙂
And for something completely different (enfin, pas trop), je serai à Nantes pour le festival Utopiales qui se déroule du 30 octobre au 2 novembre.
Présence au salon Blogs et Livres, Paris, 11-12 oct. 08
J’ai le plaisir de vous annoncer que je serai présent ce week-end (11 et 12 octobre) au salon Blogs et Livres de Paris. L’événement s’efforce de jeter des passerelles entre écrit électronique, comme ici, et l’objet livre. Vaste programme à l’heure où l’e-book s’apprête à se démocratiser!
Le site du salon est ici; l’événement se déroulera Mairie du XIe arrondissement, 12 place Léon Blum, 75011 Paris.
Par ailleurs, comme j’avais reçu quelques demandes en ce sens, je devrais avoir avec moi une poignée d’exemplaires de Galaxies n°34 où apparaît Tuning Jack, au cas où.
J’espère vous y retrouver! 🙂
L’Île close nominée au Grand Prix de l’Imaginaire 2009
Il est, comme ce matin, des semaines qui commencent particulièrement bien: je viens d’apprendre que L’Île close, publiée dans l’anthologie De Brocéliande en Avalon, dirigée par Lucie Chenu (éd. Terre de Brume) a été nominée pour le Grand Prix de l’Imaginaire 2009!
Je suis absolument ravi! C’est un texte auquel je suis extrêmement attaché, qui fut à la fois assez difficile (visiter le mythe arthurien était un défi particulièrement intimidant) et très jouissif à écrire. L’écriture est un métier solitaire; voir L’Île close ainsi remarquée est pour moi un merveilleux encouragement à persévérer, à ne pas craindre l’expérimentation, l’aventure et la prise de risques. Surtout ces temps de pilotage supertankeresques!
Voici la liste complète des finalistes:
1) Roman Francophone
– Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD : L’Autre rive (GRASSET)
– Philippe CURVAL : Lothar Blues (ROBERT LAFFONT)
– Norbert MERJAGNAN : Les Tours de Samarante (DENOËL)
– Jérôme NOIREZ : Leçons du monde fluctuant (DENOËL)
– Elisabeth VONARBURG : Reine de mémoire (pentalogie) (ALIRE)
2) Roman Etranger
– William GIBSON : Code source (AU DIABLE VAUVERT)
– Scott LYNCH : Des horizons rouge sang (BRAGELONNE)
– Cormac McCARTHY : La Route (L’OLIVIER)
– Patrick O’LEARY : L’Oiseau impossible (CALMANN-LÉVY)
– Theodore ROSZAK : L’Enfant de cristal (LE CHERCHE-MIDI)
3) Nouvelle francophone
– Lionel DAVOUST : L’Île close (in De Brocéliande en Avalon) (TERRE DE BRUME)
– Jeanne-A DEBATS : La Vieille Anglaise et le continent (GRIFFE D’ENCRE)
– Pierre DUBOIS : Comptines assassines (recueil) (HOEBEKE)
– Mélanie FAZI : Notre-Dame-aux-Écailles (recueil) (BRAGELONNE)
– Gabriel KOPP : Au Nord-Nord-Ouest d’Éden (GRIFFE D’ENCRE)
– Bernard QUIRINY : Contes carnivores (recueil) (SEUIL)
4) Nouvelle étrangère
– Cesare BATTISTI : La Morsure (in Lunatique 78-79) (EONS)
– Greg EGAN : Radieux (recueil) (BÉLIAL)
– Kelly LINK : La Jeune détective et autres histoires étranges (recueil) (DENOËL)
– Michael MARSHALL : L’Homme qui dessinait des chats (recueil) (BRAGELONNE)
– Robert Charles WILSON : Le Théâtre cartésien (in Mysterium) (DENOËL)
5) Roman jeunesse
– Fabien CLAVEL : La Dernière odyssée (MANGO Jeunesse)
– Fabrice COLIN : La Malédiction d’Old Haven (ALBIN MICHEL Jeunesse)
– Gemma MALLEY : La Déclaration. L’Histoire d’Anna (NAÏVE)
– Carina ROZENFELD Le Mystère Olphite (L’ATALANTE)
– Marc VASSART : Les Larmes étaient leur pardon (Le NAVIRE EN PLEINE VILLE)
6) Traduction
– Michelle CHARRIER pour La Jeune détective et autres histoires étranges (de Kelly LINK) (DENOËL)
– Alain DEFOSSÉ pour Peste (de Chuck PALAHNIUK) (DENOËL)
– Laura DERAJINSKI pour Recettes intimes de grands chefs (de Irvine WELSH) (AU DIABLE VAUVERT)
– Elisabeth VONARBURG pour Gradisil (de Adam ROBERTS) (BRAGELONNE)
7) Graphisme
– Gilles FRANCESCANO pour Le Miroir aux éperluettes (de Sylvie LAINÉ) (ActuSF)
– Didier GRAFFET pour Mondes & Voyages (BRAGELONNE)
– Jean-Baptiste MONGE pour Comptines assassines (de Pierre DUBOIS) (HOEBEKE)
8) Essai
– Ugo BELLAGAMBA & Éric PICHOLLE : Solutions non satisfaisantes : une anatomie de Robert A. Heinlein (LES MOUTONS ÉLECTRIQUES)
– Jean-Daniel BRÈQUE : Orphée aux étoiles : les voyages de Poul Anderson (LES MOUTONS ÉLECTRIQUES)
– Jean-Claude HEUDIN : Les Créatures artificielles. Des automates aux mondes virtuels (ODILE JACOB)
9) Prix spécial
– Les éditions du BÉLIAL’ pour les inédits de Poul ANDERSON et Le Grand livre de Mars de Leigh BRACKETT
– Patrice LOUINET, pour les rééditions de Robert Howard chez BRAGELONNE
– UTOPOD http://www.utopod.com/
– Jean Luc RIVERA pour son action éditoriale (Gazette fortéenne, Oeil du sphinx) et événementielle (festival de Sèvres et de Bagneux) au service de l’imaginaire.
10) Prix européen
– Corinne FOURNIER KISS : La Ville européenne dans la littérature fantastique du tournant du siècle (1860-1915) (L’ÂGE D’HOMME)
Demain, des liens (hypertexte)
Je me suis attelé à un vaste projet: repiquer mes vieilles VHS en DivX pour enfin me débarrasser de ces piles de plastique noir remplissant des bibliothèques qui seraient plus efficacement peuplées par des livres. J’ai déjà fait trois cartons et j’ai un beau spindle de 100 DVD qui trône sur mon bureau. Niveau place, tu peux pas test.
Tous ces bijoux de nullité filmographique ayant été enregistrés à la télé, je tombe régulièrement sur des pubs des années 80, et je me suis vu scotché dix minutes à un écran interminable de La 5 avec une fascination perverse mêlée d’horreur. Je n’ai pu m’en détacher qu’une fois les yeux en sang, les tympans percés, plus de cheveux et l’envie compulsive de m’acheter un carré de Samos, Samos, la portion de lait des grands. Ce que j’ai vu ce soir-là ne figure même pas sur YouTube, mes amis, car, oui, certains abîmes méphitiques du marketing télévisuel doivent rester endormis, lovés sur mes bandes magnétiques où, du fond de ma cave, défuntes, elles rêvent et attendent. Ph’nglui. Pardon.
Quel commercial laitier d’il y a vingt ans aurait pu deviner l’évolution publicitaire de son produit? Jadis, d’innocents garçonnets sauvaient des lionceaux sur une chansonnette qui donnerait même des cauchemars à une boîte à musique savante. Aujourd’hui, ils ont été supplantés par des camps de jeunes gens au regard de braise dont la lèvre supérieure porte une douteuse moustache blanchâtre.
(Les garçonnets ont dû grandir, j’imagine.)
Tout ça pour justifier mon titre débile: c’est un truisme, mais le monde s’accélère et Internet bouleverse énormément de modèles acquis parfois depuis des siècles. La futurologie a toujours été un art hasardeux, mais il est encore plus difficile aujourd’hui de composer une image vraisemblable de notre monde dans une dizaine d’années.
Or, il se déroule actuellement un des procès les plus importants, peut-être, sur le sujet. Le genre de décision qui influencera peut-être notre façon de consommer à long terme, quel que soit le
jugement rendu. LVMH a récemment gagné en France contre eBay en première instance, condamnant le site d’enchères en ligne à verser la bagatelle de 39 millions d’euros et nous en sommes, si j’ai bien suivi, à l’appel.
Les raisons du différend: évidemment la vente de contrefaçons sur eBay. Mais le noeud du problème est plus fondamental à mon sens: il s’agit la violation du réseau de distribution sélective. En deux mots, LVMH ne vend ses produits qu’à travers des distributeurs agréés (parce qu’ils ont prouvé leur efficacité, parce que leur identité correspond à l’image luxueuse que recherche LVMH, etc.).
Evidemment, eBay n’est pas dans la liste.
On pourrait brandir tout de suite la dialectique « économie classique » contre « économie du Net », mais tout cela cache surtout de profondes implications sur l’avenir de la distribution des biens de consommation. À l’heure où Internet franchit les frontières dans la plus totale transparence (à moins de s’appeller la Chine ou l’Arabie Saoudite), peut-on raisonnablement conserver un « réseau de distribution sélective »? Sera-t-il d’ailleurs possible de conserver un réseau de distribution tout court autre que « le » réseau?
Mais j’y vois surtout un retour par la bande les questions du droit d’auteur et du copyright.
On se rappellera la violente controverse portant sur la licence globale au moment de l’étude de la loi DADVSI. Un des arguments des opposants à la licence était le suivant: le fait pour l’artiste ou le producteur d’abandonner, dans les faits, tout contrôle sur la diffusion d’une oeuvre (puisque copié à l’infini en p2p) était jugé inacceptable.
Et sur ce point, le procès qui oppose LVMH à eBay n’est justement pas si éloigné, au moins dans l’esprit. Je doute franchement qu’eBay gagne, parce qu’un tel jugement casserait justement le statut sélectif des réseaux de distribution, ce qui aurait d’énormes répercussions qui dépasseraient très largement le cadre du procès. Et, dans la culture, cela irait à l’encontre de l’argument précédent des opposants à la licence globale.
Mais c’est bien là toute la question fondamentale de la diffusion aujourd’hui et toute la dialectique d’Internet. Faut-il s’efforcer de conserver le contrôle de la distribution ou l’abandonner pour
toujours?
Au-delà de l’économie, les implications éthiques et philosophiques de chaque possibilité ne sont absolument pas neutres.
Oh, et puis tiens, puisqu’il est question d’avenir, en passant, le chef de la recherche d’Intel place la singularité technologique à l’horizon 2050. Dans 42 ans (tiens), nous serons tous obsolètes. Ca va être déprimant, de perdre tout le temps aux jeux vidéo.
Des profondeurs de R’lyeh je bousille ton cap compas
Je me trouve toujours à la barre de mon supertanker, commençant à reconnaître de mieux en mieux les réactions de l’engin, mais confronté simultanément à un phénomène non-euclidien qu’aucun véritable capitaine de navire n’a jamais rencontré (sauf, peut-être, ceux qui croisent au-dessus de R’lyeh): l’océan s’allonge. Un récit n’est pas une masse achevée et finalisée une fois le synopsis écrit: certains détours s’imposent, d’autres (plus rarement) restent sur le carreau de la salle de montage. Le plus angoissant est probablement de savoir que je dois atteindre New York à la barre de ce foutu navire dans un temps limité, mais si l’océan ne coopère pas, je fais comment, moi?
Je fus donc assez rassuré de tomber sur cette nouvelle courte de Megan Lindholm (alias Robin Hobb) sur son site officiel, intitulée How I Became a Famous Writer (a True Story). En anglais dans le texte, évidemment. Extrêmement rassurante et éminemment intéressante pour tous les auteurs, jeunes, moins jeunes, en herbe.
Si les plus grands sont confrontés au maëlstrom à géométrie variable de leurs efforts jetés sur la page blanche, l’espoir m’est permis…
All I ask is a tall ship
And a very, very big fish hook.
Salut à toi, le président du monde
Dans un discours à l’université de Wesleyan, Barack Obama eut la petite phrase suivante:
« Our individual salvation depends on collective salvation »
(Le salut individuel dépend du salut collectif.)
Phrase qui fut aussitôt vilipendée par la presse et la blogosphère américaine. Car beaucoup y lisent une critique de l’American way of life, enjoignant les étudiants de ne pas se limiter à l’achat de la grosse voiture, de la grande maison et du joli costard qui forme le modèle de réussite de la classe moyenne. Car ce way of life, considéré par beaucoup comme un acquis de haute lutte – par une conquête de l’homme sur l’adversité des éléments et de la vieille Europe – est un principe fondateur de l’inconscient collectif américain.
Mais ce n’est pas son discours. Obama veut inciter son auditoire à prendre la mesure d’enjeux qui les dépassent; à servir leur pays du mieux qu’ils le peuvent – à agir en citoyens responsables. Et, dans le pays dont il risque d’hériter, enlisé en Irak, détesté par une bonne partie du monde, grignoté par un fondamentalisme arriéré, ce discours n’est nullement anodin.
La phrase n’est guère surprenante pour nous, Européens, plus encore Français, qui avons une riche histoire de solidarité et d’avancées sociales. D’ailleurs, en ces temps de mutations où notre pays refait certaines des plus graves erreurs américaines, il est probablement encourageant de la voir dans la bouche d’un présidentiable. Mais, une fois sorti de la légitimité que lui donne son contexte, le discours d’Obama tient-il encore?
Pas entièrement, je crois. Ce ne sera guère original – bien que fort vrai – d’affirmer que l’individu se nourrit de la collectivité autant que l’inverse. Mais nos systèmes politiques, nos modes de vie, nos inconscients gravitent à mon sens autour d’une mauvaise dualité: à savoir la collectivité oeuvrant pour soi, face à l’intérêt de soi, oubliant l’oeuvre de soi.
Il est évident que nous ne pouvons survivre que si le groupe prospère. Mais, simultanément, nous traversons une phase grave de désenchantement, qui conduit à un repli individualiste. Il y a dans l’inconscient collectif actuel un sentiment écrasant d’impuissance rageuse, doublé d’une peur (artificielle ou non), qui se traduit par un égoïsme ordinaire, qu’il s’agisse de se garer sur les places pour handicapés ou de piquer des post-it au boulot, motivé par un obscur sentiment de rétribution. Car si nous n’avons pas d’influence sur le monde, qu’importe notre mesquinerie?
La vérité, c’est que nous ne sommes pas des gouttes d’eau sans influence… Et que le groupe est aussi la somme de ses parties. Sans groupe, point de salut individuel. Mais l’être n’est pas impuissant, sur sa vie, sur le monde, sur les structures qui l’encadrent – c’est un mensonge. Si le salut collectif assure le salut individuel, le salut collectif repose avant tout sur l’action de l’individu… Même loin des caméras ou des yeux divins, comme l’espérait Kant.
C’est idéaliste. J’assume. Je suis un misanthrope optimiste, perpétuellement déçu par mes contemporains mais n’abandonnant jamais l’espoir d’être agréablement surpris. Je crois profondément à l’action individuelle et motivée, à l’inventaire personnel raisonné, à la victoire de chacun sur ses démons. A l’impeccabilité de la personne pour que notre monde franchisse une nouvelle étape, débarrassée de ses vieux oripeaux, de ses vieilles angoisses. Ce n’est probablement pas pour ce siècle, mais ce monde me fait quand même l’effet d’être en retard sur son changement de vie. Nous pouvons au moins commencer maintenant. A tout le moins, l’individu en lui-même vivra mieux, ce qui devrait constituer une incitation suffisante.









