Ding, dong, Twitter is dead

J’ai été surpris lors de mon dernier passage mensuel sur Twitter de voir que mes derniers tweets dataient du premier semestre 2020 ; sans même compter la curieuse distorsion du temps liée à la situation actuelle tout ça vous voyez quoi hein, cela fait pour moi bien plus longtemps que je me suis libéré mentalement de cette pression.

Après avoir passé mon compte en privé depuis l’été dernier, la suite logique consistait à le supprimer pour de bon, et j’ai quand même hésité un moment, mais à chaque fois que je passe rapidement dessus en me demandant si, quand même, je ne ferais pas un peu mon luddite, je vis la même expérience que jadis sur Facebook. Tout le monde est malheureux, en colère, et se saute à la gorge sans nuance aucune, quelle que soit la gravité du sujet. (Il est pertinent de se sauter à la gorge pour un sujet grave, mais pour quelque chose de secondaire, franchement ? Ah oui, mais qui décide de ce qui est secondaire ? TOI PEUT-ÊTRE ? ESPÈCE DE TOTALITAIRE QUI NE RESPECTE RIEN, etc., et c’est ainsi que ça commence.) Je vois même des gens profondément conscients du mécanisme et qui prennent toujours soin de désamorcer les conflits se laisser progressivement ronger par la toxicité ambiante, et ça me fait de la peine.

Encore une fois, je vous remercie, vous qui fûtes des oasis de fun et de lumière dans ce tunnel de misère. Je ne jette pas la pierre avec l’eau de la cruche : il y a eu moult moments drôles et émouvants. Mais, de façon générale, mon cerveau n’a pas besoin de s’ouvrir une lance à eau putride plusieurs fois par jour tandis que les pensées les plus secrètes et les moins reluisantes, que l’on réfléchirait probablement à taire dans la vie réelle ou même dans une correspondance plus inscrite dans le temps, se trouvent déversées sans filtre dans mon espace personnel. (Cela pèse réellement sur ma santé mentale.)

Donc, the witch is dead, et je n’ai à présent plus aucun compte social.

Est-ce à dire que je n’ai plus aucune activité sociale en ligne ? À ma grande surprise, non. En fait, j’ai retrouvé un plaisir sincère à l’interaction en ligne dans le modèle appelé de ses vœux par Jaron Lanier : des communautés plus réduites en taille et liées par a) une thématique claire, b) la possibilité d’un relatif anonymat et c) une modération claire et forte. (On en avait parlé ici.) Ce contrat clair, qui s’inscrit également davantage dans une certaine temporalité, promeut la réflexion et l’investissement personnel, au lieu de lâcher son tweet rageur comme on crache dans la rue. De quoi s’agit-il ?

Des forums à l’ancienne et des micro-communautés notamment portées par Discord, qui est pour moi le véritable héritier du forum à l’ancienne. Le succès croissant de ces modèles (notamment de Discord, que Microsoft a récemment voulu racheter pour 10 milliards, avant que l’équipe de Discord ne rompe les négociations, ce qui m’amuse énormément), la communauté extrêmement active autour de Discourse (système de forums phare… en 2021) montrent que l’avenir est peut-être au passé ; qu’une vaste catégorie de la population a soif de l’aspect social que les prétendus réseaux « sociaux » ont complètement laissé sur le bord de la route en chassant la croissance et la collecte (criminelle) de données. Un bref sondage au doigt mouillé m’a montré qu’une proportion non négligeable d’utilisateurs de ces plate-formes n’a pas, ou plus, de comptes sociaux classiques (Facebook / Twitter). Et je pense que cette diversification ne fera que s’accroître.

Bref. Je reste ici, comme depuis quinze ans, à te causer à toi, auguste lectorat, avec sérénité et dans des développements que 280 caractères interdisent, et je laisse les empoignades avec les randoms d’Internet à qui a l’estomac pour ça. Je ne l’ai pas. Et surtout, j’ai des trucs plus importants à faire.

2021-05-28T18:25:10+02:00mercredi 2 juin 2021|Humeurs aqueuses|4 Commentaires

Signal montre au public d’Instagram tout ce que Facebook sait sur eux

C’est magique.

La messagerie Signal, qui promeut une totale confidentialité (recommandée notamment par Edward Snowden) par opposition à la mainmise que Facebook a faite sur WhatsApp, s’est livrée à une expérience fortement rigolote : utiliser les données que collecte Instagram pour montrer aux utilisateurs tout ce que le réseau sait sur elles et eux. Ça donne des pubs absolument glaçantes comme celles ci-dessus.

Sans surprise, Facebook les a désactivées fissa, parce que vous comprenez, tout est bien quand ils collectent vos données en douce, et que les publicitaires peuvent s’en servir l’air de rien, mais il serait quand même inélégant que les gens puissent être au courant de l’étendue de la manipulation. Voir cet article de MacRumors.

Modération nécessaire : la prouesse technique réalisée par Signal est peu documentée et il serait bon d’en savoir davantage sur l’aspect technique, comme le pointe John Gruber, mais il reste que si Facebook les a bannies sans perdre de temps, c’est que ça pue. Comme tout ce qui a trait à Facebook.

Pour mémoire, WhatsApp va également exiger que vous partagiez vos données avec Facebook, et vous perdrez progressivement l’accès à vos données si vous refusez les nouveaux termes. Les remplacements ne manquent pas : Signal évidemment, mais aussi Telegram. Personnellement, je suis ravi que Facebook me force la main à quitter définitivement tout ce qui a trait de près ou de loin à sa toxicité.

2021-05-12T10:49:50+02:00mercredi 19 mai 2021|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur Signal montre au public d’Instagram tout ce que Facebook sait sur eux

La vaccination obligatoire est une nécessité dans une société démocratique

La cour européenne des droits de l’Homme vient de juger que la vaccination obligatoire est « nécessaire dans une société démocratique », et j’ai envie de dire, IL ÉTAIT FICHTREMENT TEMPS. Dans une vraie civilisation, on ne pense pas qu’à soi, mais aussi au voisin ; c’est l’un des buts de la vaccination, parvenir à l’immunité de groupe (je me vaccine même si je ne suis pas à risque concernant une maladie donnée ; en n’étant plus un vecteur de celle-ci, je protège les plus faibles, et pas seulement mes proches – tous celles et ceux que je ne connais pas et qui pourraient être atteint·es indirectement par mon biais, ainsi que ceux et celles qui ne peuvent recevoir le vaccin pour diverses raisons). Et aussi, réduire la pression sur les systèmes de santé, dont les personnels sont actuellement en train de vieillir d’une décennie en un an.

La quasi-intégralité du mouvement anti-vaccination ne s’appuie que sur des théories de conspiration fumeuses, un « article » produit par un charlatan qui a été radié à grands coups de pompe dans le train de l’ordre des médecins (et attaqué en justice ensuite), et toute une panoplie de guignols qui vont promettent de soigner le cancer sur YouTube avec du thé à la menthe.

Écoutez-moi bien : si vous prenez cette radiation comme une preuve de la conspiration (« vous voyez comme ils sont forts pour le faire taire »), je vous assure que ça n’est littéralement pas comme ça que quoi que ce soit fonctionne dans le monde réel. De quelle autorité le dis-je ? Je gagne ma vie en exerçant littéralement le seul métier où il est éthique d’échafauder des théories de la conspiration, heh.

La défiance qui s’est emparé de la population à la suite des cas de thromboses constatés avec le vaccin AstraZeneca est une tragédie ; le risque d’en développer une forme grave est de 1 sur un million, ce qui est à peu près le nombre de chances que vous avez de mourir FRAPPÉ·E PAR LA FUCKING FOUDRE. Ce qui est une tragédie est aussi les thromboses fatales qui se sont développées et je ne minimise pas la douleur des familles, mais la brève interruption des injections du vaccin Johnson & Johnson aux États-Unis a, en première approche, entraîné un nombre de décès dûs au Covid considérablement supérieur au risque causé par le vaccin. Et vous savez aussi ce qui cause des tas de thromboses tous les ans, depuis des années et de façon bien plus fréquente ? La pilule contraceptive, et ça personne ne s’en émeut, mais bon, ça concerne les femmes, alors j’imagine qu’on s’en fout bien. Mais là, c’est un vaccin ! C’est forcément pour nous vouloir du mal ! Suspicion, conspiration, puces 5G et toutes ces conneries.

La vaccination globale est notre meilleur espoir de société de combattre cette chienlit de Covid, de reprendre au plus tôt une vie normale, de mettre toute cette période derrière nous – et puis, surtout, je ne sais pas, hein, mais au hasard : de ne pas mourir ? Je suis désolé, mais on ne peut pas avoir le Brexit et l’argent européen du beurre : vouloir que les restrictions s’allègent et en même temps refuser de passer par le vaccin n’est. Pas. Logique. Israël et maintenant les États-Unis nous montrent qu’un retour à la normale est possible, il est à notre portée avec la vaccination de masse ; et nous devons à présent réussir la course contre les variants.

Aux dernières nouvelles, il sera possible pour ma classe d’âge d’être vacciné le 15 juin, et d’accepter AstraZeneca contre la signature d’une décharge. Je signerai cette décharge sans hésiter1 si on me le propose pour être vacciné rapidement, et si je préférerais avoir Pfizer, ce n’est pas parce que j’ai la trouille, c’est parce qu’il semble plus résistant contre les variants ; mais injectez-moi le premier que vous trouvez, ça me va tant que c’est avant-hier. Vous me ferez des rappels si besoin.

Il grand temps qu’on arrête un peu les couillonnades au titre qu’il faille respecter toutes les opinions. Quantité d’opinions ne sont tout simplement pas raccord avec la réalité – pour être charitable. Dans le meilleur des cas, ça s’appelle une erreur. Bon, ça arrive, mais ce qui est grave, c’est de s’y enferrer. La vaccination sauve des vies depuis plus d’un siècle. Faites-vous vacciner.

  1. Je la posterai ici.
2021-05-05T14:21:25+02:00jeudi 6 mai 2021|Humeurs aqueuses|Commentaires fermés sur La vaccination obligatoire est une nécessité dans une société démocratique

Le mythe des réseaux « pour se faire connaître »

J’ai l’air d’un homme préhistorique en allant à contre-courant des réseaux, une sorte de luddite, peut-être même, mais j’ai joué le jeu plus de dix ans, j’ai vu croître ces plate-formes, donc j’oserais dire que c’est justement parce que je les ai vu grandir et devenir ces monstres dévoreurs de raison et d’attention que j’ai fini par me former cet avis. Incidemment, plus de dix ans pour comprendre un truc, vous pouvez constater à quel point je suis lent à la détente persistant et exhaustif.

Une question qui revient souvent dans les échanges autour du sujet, c’est : « ouiiii mais bon toi tu as un lectorat établi, mais les réseaux, c’est nécessaire pour se faire connaître, non ? »

Non.

En tout cas, je crois résolument que c’est un très mauvais investissement de son énergie, surtout quand on fait ses premières armes. C’est peut-être moins vrai dans des domaines plus graphiques, qui rendent plus facilement en ligne, et encore ; en tout cas, concernant l’écriture, je pense fermement que c’est une perte de temps si l’on s’en sert dans ce but. Attention, je ne suis pas en train de vous dire que si vous aimez l’outil, il faut arrêter ; en revanche, si vous ne l’aimez pas, ne vous rendez pas misérable en vous forçant à une présence dessus en croyant que c’est productif ou que c’est bon pour vous, parce que ça ne l’est pas.

La renommée / se faire connaître est un sous-produit de l’activité centrale de création. Ce qui apporte davantage de boulot et de succès, c’est la qualité du boulot, pas le nombre de followers sur Insta.

(Maintenant, ce qui suit concerne l’édition traditionnelle, puisque je n’ai pas d’expérience en auto-édition mais : je crois quand même que le fond du raisonnement se tient quel que soit le monde de distribution.) Je n’ai jamais obtenu un contrat d’édition par aucun réseau. Aucun éditeur ne s’est jamais dit “oh, Davoust a 2300 followers, ca doit être intéressant” – le juge de paix, et on l’a suffisamment répété dans Procrastination, c’est la qualité du texte. Et pour que le texte soit lu, déjà, il doit arriver sur son bureau autrement qu’avec les trois millions d’auteurs qui cherchent à percer sur Twitter (soumettez vos manuscrits à des gens susceptibles de les acheter, règle n°4 de Robert Heinlein). Ensuite, il faut qu’il soit bon, et pour cela, la première priorité doit toujours aller au raffinement de son art, et de ce point de vue, cela implique que toute l’énergie consacrée à modérer des débats à la con sur les réseaux représente une perte sèche.

Bien entendu, il y a des contre-exemples, des auteurs ou autrices qui ont vu un succès communautaire d’envergure notamment en auto-édition et leur travail repris en édition traditionnelle, mais franchement, ça s’apparente à jouer au Loto (voir ce qu’en dit Bo Burnham).

Mais le travail de promotion, me dira-t-on ? Se faire connaître des lecteurs ? Le travail de promotion, c’est d’abord le boulot de l’éditeur, tudieu. En plus, cela lui est plus facile ; la mutualisation due au catalogue lui donne des moyens et des ressources supérieures à un auteur tout seul dans son garage. Surtout, il est dans une situation beaucoup plus confortable pour ce faire : c’est un éditeur, on le suit pour avoir de ses nouvelles, le contrat est donc clair, on apprendra de ses nouveautés (plus une poignée de réflexions personnelles, ce n’est évidemment pas interdit) – mais il s’agit d’une approche informative.

Un auteur sur un réseau, en revanche, a le cul entre deux chaises : il ou elle est une personne, ce qui implique une espèce de contrat tordu où, en gros, il faut se montrer personnel, et éviter de trop parler de son travail, parce que sinon c’est grossier, ça fait genre on cherche à vendre sa soupe, mais bon un peu quand même parce qu’il faut mais hop, l’air de rien, ça se voit pas – c’est vicié d’emblée. Ah, si vous aimez naturellement faire entrer les gens dans votre intimité, et que c’est la raison de votre présence, more power to you – là oui, ça marche. Mais si vous avez une tendance au secret, à travailler « la porte fermée », ne vous faites pas violence en croyant que c’est nécessaire.

Ça n’empêche évidemment jamais l’auteur de partager ce qu’il ou elle souhaite partager, mais c’est toujours la même différence : là, on n’est plus dans le travail de promotion mais le souhait sincère d’établir une communauté et de tisser du lien (et c’est bien ce que je fabrique ici, selon ce média qui me convient, depuis… ouch… presque quinze ans). Ce n’est plus du tout la même chose, puisque le but n’est pas de « se faire connaître ». Dans cette optique, de la même manière qu’en festival, on espère davantage faire de chouettes rencontres avec un public intéressé et nouer un dialogue plutôt que de vendre trois cartons de bouquins – alors okay, bien évidemment, faire ça ne fait pas de mal aux ventes non plus, mais si c’est le seul but, c’est un mode de promotion diablement inefficace par rapport à l’énergie qu’il exige.

Depuis plus de six mois que j’ai quitté les réseaux (d’ailleurs, il faut que j’efface mon compte Twitter aussi), je n’ai pas spécialement vu la fréquentation du site baisser ; certes un peu, mais dans des proportions largement plus raisonnables que je m’y attendais (merci encore d’avoir fait le grand saut), et surtout, j’ai vu la qualité de mes relations en ligne monter en flèche dramatiquement. Et ça, c’est vraiment cool. Franchement, c’est ça qui m’intéresse, je ne cherche pas à avoir raison à tout prix face à tous les randoms d’Internet qui s’invitent dans ma timeline, ils sont beaucoup trop nombreux, de beaucoup trop mauvaise foi, et beaucoup trop malheureux à l’intérieur d’eux-mêmes pour moi tout seul1. Autre conséquence parfaitement inattendue mais qui me réjouit : j’ai bien davantage d’occasions d’intervenir en entretiens, ce qui est beaucoup plus créatif qu’une punchline en 280 caractères et ajoute bien davantage de valeur à la conversation ; j’ai pu lancer Geekriture ; bref, j’ai la possibilité de proposer beaucoup plus de choses, beaucoup plus intéressantes et développées, et même, parfois, on me paie pour ça – parce que j’ai enfin la bande passante mentale de m’y consacrer et que, bordel, c’est juste plus fourni.

Franchement, n’est-ce pas un meilleur calcul ?

Alors maintenant, un aparté par souci d’exhaustivité. On voit (re)naître d’autres modes de promotion, comme Twitch ou Discord, et leurs modèles économiques sont très différents, revenant peu ou prou au mécénat direct. Je dis « re »-naître car ils sont avant tout communautaires, comme aux débuts d’Internet ; ils s’articulent autour de la constitution d’un intérêt clair (comme la super chaîne de Morgan of Glencoe), ce qui est l’antithèse du réseau social façon 2010 où il s’agit de mettre tout le monde en contact avec tout le monde (entraînant une distorsion des relations vers la toxicité de l’engagement). Discord est le fils spirituel des forums des années 1995-2005, et si ça marche, c’est parce que le contrat est clair : on va quelque part par intérêt sincère. Les communautés fonctionnent parce que les règles sont fermes et le bannissement tout à fait possible, ce qui est la clé, à mon avis, pour maintenir un environnement sain pour les membres de ladite communauté. J’y vois exactement la promesse d’un retour à un Internet granulaire proposé par Jaron Lanier et dont on a discuté ici : rendre aux communautés elles-mêmes les clés de leur propre discours et le choix de leur ton (ce que je fais aussi ici), au lieu de les remettre entre les mains cent mille fois prouvées incompétentes de Facebook et Twitter. Par contraste, vouloir « se faire connaître » sur les réseaux grand public, ça revient à chercher à essayer draguer quelqu’un dans un stade, sans savoir même si la personne existe, en beuglant à sens unique dans un mégaphone. Peut-être que quelqu’un va effectivement vous répondre favorablement une fois de temps à autre, et tant mieux, c’est super, mais dans le grand ordre des choses, ça ne constitue quand même pas la preuve que cette approche soit efficace, ni même qu’elle ait du sens.

Je sors de l’aparté. Pour conclure : « se faire connaître » est l’arbre qui cache la forêt. S’en soucier avant d’avoir raffiné sa discipline (quelle qu’elle soit), c’est mettre la charrue avant les bœufs. Faire du vraiment bon boulot est beaucoup plus durable et rentable que de s’échiner à surnager sur les réseaux alors qu’on est peut-être encore un peu trop vert. Cela ne me paraît honnêtement pas un bon calcul en 2021 ; l’époque de la success story de l’artiste ayant explosé sur Twitter est dans une immense partie révolue. Bien sûr, des gens s’en servent bien, mais il faut avoir envie du média. Je ne crois absolument pas que ce soit une nécessité, et surtout, si on n’a pas envie, cette énergie sera très largement mieux utilisée ailleurs. Ne vous faites donc pas violence en vous disant « il faut », encore plus si vous débutez. Bossez votre art en profitant du merveilleux silence, au contraire, et rencontrez des vrais gens (… quand ce sera un peu plus possible) pour nouer de vraies relations.

  1. Encore une fois, je glisse aussi un mot de remerciement à vous toutes et tous avec qui, oui, on a tissé de belles rencontres sur les réseaux, et heureusement que vous étiez là, parce que sans vous, je n’aurais pas tenu dix ans.
2021-04-13T10:32:08+02:00mercredi 14 avril 2021|Humeurs aqueuses|7 Commentaires

L’engagement est une métrique de sociopathe : la désinformation d’extrême-droite est le contenu suscitant le plus d’interactions sur Facebook

Fort intéressante étude rigoureuse confirmant ce que l’on pressentait intuitivement : ce sont les contenus extrêmes qui génèrent le plus d’interactions sur les réseaux.

Sources of news and information rated as far-right generate the highest average number of interactions per follower with their posts, followed by sources from the far-left, and then news sources closer to the center of the political spectrum.

Looking at the far-right, misinformation sources far outperform non-misinformation sources.

Far-right news sources on Facebook more engaging

Depuis bientôt quinze ans de blogging, j’ai bien pu le mesurer empiriquement : personne ne réagit à une information modérée ou factuelle. Les messages portant sur mon actualité sont ceux qui génèrent le moins d’interactions ; les articles à opinions fortes sont au contraire ceux qui font réagir. C’est une évidence, et c’est normal : on tend à ne pas signaler son assentiment, c’est la position par défaut.

Là où cela devient un énorme problème sociétal, c’est quand l’engagement devient la métrique reine. Les réseaux, et Facebook en tête, se moquent de la qualité de vos interactions : ce qui compte, c’est vous garder sur la plate-forme pour vous montrer de la pub ciblée (c’est leur modèle économique). Et pour vous garder, il faut vous faire interagir, il faut vous impliquer dans les contenus (dieu que je hais ce terme), soit : générer de l’engagement. Et ce qui génère de l’engagement se trouve promu, visible, générant davantage d’engagement, etc.

C’est une attitude à la fois sociopathique et névrotique. Déjà, il s’agit de court-circuiter la raison pour nourrir la réaction instinctive, viscérale, ce qui distord l’information vers des hallucinations collectives type Qanon. Mais au-delà de ça, cette poursuite du commentaire, du like, nourrit insidieusement chez les personnes une tendance à l’emportement, à la catégorisation outrancière, et n’encourage qu’à poster des contenus (gah) à leur tour susceptibles de réactions. Le tout générant une spirale d’aigreur dont, franchement, je me demande à qui elle fait du bien (à part aux profits de Facebook de Twitter).

J’espère qu’un jour, nos sociétés parviendront à émerger de ce modèle égotiste et collectivement misérable, pour espérer peut-être des plate-formes davantage tournées vers la qualité des interactions que sur leur nombre, vers la construction commune plutôt que vers la discorde. Qualité Vs. quantité : la leçon que l’être humain se trouve peut-être perpétuellement voué à réapprendre sous des formes sans cesse différentes.

2021-03-20T12:28:51+01:00jeudi 25 mars 2021|Humeurs aqueuses|6 Commentaires

Suppression définitive et finale de Facebook

Son invasion régulière et méthodique de nos vies privées, son rôle prépondérant dans la propagation d’hallucinations collectives, le danger qu’elle représente dans la défense des institutions démocratiques, sa mauvaise foi absolue dès qu’il est question de limiter un tant soit peu sa collecte de données personnelles, ses mensonges incessants et sa manie de revenir sur ses engagements (vous avez vu l’écran de partage de données dans WhatsApp ?), sa sociopathie dans l’usage de « l’engagement » comme métrique au lieu de se soucier de la qualité des interactions… 

Facebook, rôtis en enfer, virus de l’esprit, de la modération et de la joie de vivre.

Vous trouvez que je sur-réagis ? John Gruber (blogueur tech respecté) a compilé la plus accessible des listes de casseroles attachées à cette entreprise. Et je vous préviens, elle est aussi révoltante qu’interminable. Si le président de la NAACP qualifie Facebook de « menace pour la démocratie », c’est bien qu’il y a un énorme problème, et c’est une citation parmi beaucoup, beaucoup d’autres.

J’ai désactivé tous mes comptes sociaux il y a plus de six mois, à commencer par Facebook parce que je ne pouvais plus, en bonne conscience, continuer à me servir de cette plate-forme (et l’alimenter) en ignorant les dégâts qu’elle cause à notre monde. Mais les comptes existaient toujours, même invisibles, et ça me dérangeait depuis un moment, tant au niveau de la cohérence personnelle que du fait que, malgré tout, je continuais à ajouter « 1 » au nombre des utilisateurs dont peur se regorger cette entreprise criminelle.

Je suis maintenant débarrassé définitivement de ce fardeau. Attention, je ne vous donne pas de leçons, vous faites ce que vous voulez. Mais jetez quand même un œil à la liste ci-dessus. Et n’ayez pas peur de quitter la plate-forme. Non seulement on vit très bien sans, on vit mieux. Je peux en témoigner.

Note de bas de page : si un jour se crée un compte ou une page à mon ancienne adresse, facebook.com/lioneldavoust, il est donc évident que ça n’est pas moi, ou bien vous serez les premier·es prévenu·es.

On ne sait jamais, des fois que Mark Zuckerberg passe un pacte avec le diable pour s’acheter une âme.

2021-02-13T17:10:53+01:00jeudi 18 février 2021|Humeurs aqueuses|8 Commentaires

Ne dites plus théorie de la conspiration mais hallucination collective

Ouais, ça semble une excellente idée. Buzzfeed cite Adrienne LaFrance à propos de la folie furieuse QAnon :

It is a movement united in mass rejection of reason, objectivity, and other Enlightenment values. … To look at QAnon is to see not just a conspiracy theory but the birth of a new religion.

Adrienne LaFrance

(Soit : « C’est un mouvement uni par un rejet de la raison, de l’objectivité et d’autres valeurs des Lumières… Examiner QAnon, ce n’est pas examiner seulement une théorie de la conspiration mais la naissance d’une nouvelle religion. »)

L’orginale

QAnon est tellement invraisemblable qu’on peine à croire que des gens puissent marcher, mais cela a tout de la secte, et Buzzfeed décidera donc d’utiliser à ce sujet le terme « hallucination collective » (collective delusion) plutôt que théorie de la conspiration, parce que c’est trop gros et trop nawak (je résume à la truelle, voir l’article d’origine), mais un nawak qui a déjà poussé un cinglé à tirer à l’arme automatique dans une pizzeria au titre qu’Hillary Clinton tiendrait dans la cave un réseau pédophile et vampire pour atteindre l’immortalité – je ne déconne même pas, hélas – le truc s’effondre déjà au fait que ladite de pizzeria n’a même pas de cave, pour commencer – donc bon, un nawak bien terrifiant comme le XXIe siècle sait les faire.

Hallucination collective, donc. Personnellement, je pense qu’il ne faudrait pas avoir peur d’élargir le terme aux anti-masques, paranos de la 5G, siphonnés de la terre plate et autres folies contemporaines.

2020-09-08T21:02:32+02:00mardi 8 septembre 2020|Humeurs aqueuses|2 Commentaires