Blog

Entretien chez les Artisans de la Fiction à propos de la technique narrative

Les Artisans de la Fiction : Quels sont vos techniques pour la caractérisation d’un personnage, lors de sa première apparition dans un texte ?

N’importe quoi qui serve l’histoire ou le personnage dont il est question. Mais disons que je suis un convaincu de l’adage « show, don’t tell » (montrez, ne dites pas). Dans tous les récits, à tous les niveaux et donc aussi pour les personnages, je préfère montrer les enjeux, les caractéristiques, la psychologie par l’exemple, l’action, plutôt qu’en le relatant simplement. Je suis un lecteur impatient et j’aime qu’on m’embarque dans un récit, pas qu’on me le dise sans que je puisse le vivre.

Heya ! Les Artisans de la Fiction m’ont proposé une interview assez technique sur la, euh… technique de l’écriture. Démarche de passation, débuts, construction, personnages, nous parlons de pas mal de trucs, et c’est ici.

2019-08-28T21:23:07+02:00jeudi 23 juin 2016|Entretiens, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Entretien chez les Artisans de la Fiction à propos de la technique narrative

Un commencement est un moment d’une délicatesse extrême

T'as vu mon space vison ?

T’as vu mon space vison, la classe hein ?

Les débuts sont finalement tous un peu les mêmes (non pas du point de vue du contenu, mais de l’approche, évidemment). Même un auteur structurel comme ton serviteur, auguste lectorat, qui aime construire des langues fictives, des cartes, définir le passé et l’origine sociale de chaque personnage, connaître son âge au mois près, a forcément besoin de se lancer dans l’arène. Aucun plan de bataille ne survit au contact de l’ennemi, ce qui n’est pas de Sun Tzu, bien qu’on aurait pu le croire, mais d’Helmuth Karl Bernhard von Moltke, un mec qui devait se marrer quand il s’agissait de signer sa carte 12-27 dans ce foutu petit emplacement tout minuscule.

L’écriture d’un roman commence à peu près toujours pareil, et je commence à en avoir commencé (tu suis ?) – et fini, surtout – suffisamment pour mesurer que : c’est normal. Passer dix minutes sur une phrase, se trouver atrocement lent, ne pas comprendre comment, sur les manuscrits précédents, on a pu connaître des moments de grâce et des journées à 50 000 signes et se voir péniblement en boucler 10 000 pour l’instant, tout cela est normal, cela fait partie du processus. L’écriture est un muscle, ou bien : un moteur diesel, il faut que ça chauffe. Surtout quand on s’engage dans une trilogie au long cours comme « Les Dieux sauvages », laquelle contiendra une flopée de personnages et de lieux (à telle enseigne que, pour la première fois, je pense placer un aide-mémoire des noms, notamment pour ceux qui lisent sur une longue période et peuvent avoir oublié qui est qui) ; il faut se familiariser avec les personnages, avec le ton, le vocabulaire, s’apercevoir que ces gens ne disent peut-être pas « ouais » ou « merde » aussi naturellement que nous, qu’on a besoin d’un juron local tout de suite, et d’une information sur la chasse au collet, et d’ailleurs à combien de mois sommes-nous exactement de la fonte des neiges, et ah, tiens, finalement, Machin, tu veux dévider tout ton passé là tout de suite parce que ça te pèse et que ça ne peut pas attendre le chapitre 12 ? Okay…

Pour ma part, l’écriture suit une courbe logarithmique, avec un début lent, le temps que tous ces gens trouvent leur voix (et moi avec), que l’orchestre apprenne à se connaître, qu’on entame le voyage tous ensemble. La préparation est bien jolie, mais vient toujours un moment où il faut se lancer aux côtés des protagonistes, et nul plan n’y suffira jamais. Mais c’est aussi une partie du plaisir, justement, et c’est pour cela, je le crois de plus en plus, qu’il ne faut pas trop s’appesantir en préparation – oui, je vous regarde, camarades auteurs structurels. La préparation donne un filet de sûreté, nous savons où nous allons, nous n’allons pas caler en plein désert, mais, en principe, on peut finir par s’abstenir d’étudier de façon obsessionnelle la carte pour davantage profiter de la promenade, des chemins de traverse, des éventuels raccourcis ou meilleurs trajets qui se présenteront, et prendre du plaisir à la balade. Pour avancer, il suffit peut-être d’avoir un objectif de long terme bien compris et assimilée, d’une idée claire de la scène en cours et d’une vague conception de la poignée qui suivra ; avec les bonnes questions narratives – où sont-ils, que veulent-ils, comment cela fait-il avancer l’histoire – l’auteur détient toujours une boussole, ce qui compte peut-être davantage, au bout du compte, qu’une carte très fiable. On n’écrit qu’une scène à la fois, qu’une phrase à la fois, jamais un roman tout entier ; il faut arrêter d’angoisser qu’il faut tout avoir en tête à chaque instant. Impossible.

Du moins, découvre-je, c’est ce que vers quoi je tends de plus en plus actuellement dans ma pratique, et dans l’écriture des Dieux sauvages. Et tu sais quoi, auguste lectorat ? Eh bien, c’est fun. Mais je me rends compte aussi que j’aurais été incapable d’une telle approche il y a plusieurs bouquins, parce que j’avais trop peur. Bon sang, il faut bien que j’apprenne des trucs sur la durée, à force, le plus important étant : me faire confiance, mon inconscient sait ce que je fais et me guidera si je le laisse faire, mon conscient peut lâcher prise et se concentrer juste sur l’action du moment. Ça va aller. J’ai déjà fait tout ça plusieurs fois, au bout d’un moment, ça ne peut pas être entièrement un coup de chance (ainsi que le hurlent évidemment, toujours, tous les egos névrotiques de tous les auteurs de la Terre). Je ferai de mon mieux, comme à chaque fois, et je le referai – je ne peux pas davantage, et je refuserai moins. Et j’ai appris des trucs. Donc, si je prends seulement soin de m’écouter, cela a même de fortes chances de devenir meilleur à chaque fois1.

Au fait, le titre de travail du Livre I des « Dieux sauvages », titre qui a de fortes chances de devenir définitif, est La Messagère du ciel. 

  1. Cela ne veut pas dire qu’il faut attendre ma mort pour acheter mon dernier bouquin, hein. Mon éditeur n’est pas d’accord. Et moi non plus. Sinon, ma mort arrivera plus tôt que tard, de toute façon – d’inanition.
2016-06-21T19:15:17+02:00mercredi 22 juin 2016|Technique d'écriture|15 Commentaires

Les lycéens parlent des Imaginales sur leur radio (Schuman à Metz)

_Imaginales__2e_jour__Il_fait_encore_beau___Epinal____fantasy__livres__evenementLes lycéens de Schuman, à Metz, ont leur propre radio et ils ont consacré toute une section d’un de leurs derniers numéros aux Imaginales ainsi qu’aux finalistes du prix Imaginales des lycéens. J’y glisse quelques mots vers la fin, en rapport à Port d’Âmes et au festival (la section sur les Imaginales commence à 48 minutes environ). Merci à Aline et Lucie pour cette rencontre :

https://soundcloud.com/radioschumanmetz/radio-schuman-metz-s03e03

2016-06-14T10:51:51+02:00lundi 20 juin 2016|Entretiens|Commentaires fermés sur Les lycéens parlent des Imaginales sur leur radio (Schuman à Metz)

Écrire des histoires : devenir écrivain professionnel ? (table ronde aux Imaginales 2016)

Imaginales-tr-ecrivain-pro
Photo ActuSF. Jean-Luc Marcastel, Sylvie Miller, Samantha Bailly, LD, Johan Heliot.

Et pour finir sur les captations des Imaginales 2016 (merci à ActuSF qui réalise tout ce travail), une table ronde qui portait sur l’écriture, le métier, sa technique, ses réalités… Avec quelques avertissements pour ceux et celles qui veulent se lancer dans l’aventure…

Modérée par Sylvie Miller. Avec : Samantha Bailly, Johan Heliot, Jean-Luc Marcastel et moi-même, donc. La captation est écoutable ou téléchargeable sur cette page.

Extrait vidéo :

2023-02-04T07:07:31+01:00jeudi 16 juin 2016|Entretiens, Technique d'écriture|Commentaires fermés sur Écrire des histoires : devenir écrivain professionnel ? (table ronde aux Imaginales 2016)

Mise à jour des présentations d’atelier mises à disposition (par Jean-Claude Dunyach)

jcd-trouverediteur-thumbDonc, à la fin du mois dernier, c’était les Imaginales, cette grande et belle fête de l’imaginaire : Jean-Claude Dunyach et moi-même y avons proposé une Masterclass sur la correction des manuscrits et les relations avec le monde éditorial. Jean-Claude propose l’intégralité de ses présentations réalisées à l’occasion de cette journée en téléchargement gratuit, et les a récemment mises à jour : ce petit mot, donc, pour signaler que les nouvelles versions sont en ligne, au même endroit que précédemment :

Pour ma part, on y trouvera Écrire, une technique, un métier et Trouver une idée, construire un scénario.

2016-06-14T10:03:25+02:00mercredi 15 juin 2016|À ne pas manquer, Technique d'écriture|3 Commentaires

L’empire, le défendre ou le combattre ? (table ronde aux Imaginales 2016)

Imaginales-tr-empire

Photo ActuSF. Nabil Ouali, Olivier Gay, Christophe de Jerphanion, LD, Anthony Ryan, Sylvie Miller

Autre table ronde des Imaginales 2016, cette fois sur le thème de l’Empire : le défendre ou le combattre ? Dans quel sens fonctionne la marche de l’histoire ? Comment la fantasy permet-elle d’éclairer la question ?

Débat animé par Christophe de Jerphanion. Avec : Nabil Ouali, Olivier Gay, Anthony Ryan (traduit par Sylvie Miller) et moi-même (parlant cette fois davantage de La Route de la Conquête).

La captation a été réalisée par ActuSF et est disponible sur cette page, pour un téléchargement ou une écoute en ligne.

Extrait vidéo :

2016-06-07T18:04:57+02:00lundi 13 juin 2016|Entretiens|Commentaires fermés sur L’empire, le défendre ou le combattre ? (table ronde aux Imaginales 2016)

La photo de la semaine : des hobbits vivent ici

Joufflus et vilains ?

Hobbits live here

Cliquez pour agrandir

Pris à Hobbiton, en Nouvelle-Zélande (forcément).

2016-06-08T14:27:50+02:00vendredi 10 juin 2016|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : des hobbits vivent ici

Les villes, des personnages à part entière ? (table ronde aux Imaginales 2016)

Photo ActuSF

Photo ActuSF. Jérôme Vincent, Romain d’Huissier, Rod Marty, Jean-Laurent del Socorro, LD. 

Pour poursuivre sur la répercussion des tables rondes des Imaginales 2016, celle-ci avait pour thème : « Les villes, des personnages à part entière ? » Modérée par Jérôme Vincent, avec : Jean-Laurent del Socorro, Rod Marty, mon collègue de chez Critic Romain d’Huissier, et moi-même pour Port d’Âmes.

ActuSF en a réalisé comme toujours la captation, ici sur cette page, où l’on peut écouter le débat dans son intégralité ou bien le télécharger pour écoute ultérieure.

Extrait vidéo :

2016-06-07T17:50:08+02:00jeudi 9 juin 2016|Entretiens|Commentaires fermés sur Les villes, des personnages à part entière ? (table ronde aux Imaginales 2016)

OneNote sur la sellette

mistakesdemotivatorOneNote fait partie pour l’instant de la boîte à outils de l’écrivain, aux côtés d’Evernote et Scrivener, correspondant chacun à une phase du travail de création et d’écriture. Cependant, en passant sous Mac, je me suis aperçu d’un travers fortement désagréable de la part de Microsoft : OneNote Mac ne propose pas de sauvegarder des bloc-notes en local, uniquement sur le service de nuage OneDrive.

C’est déjà agaçant en soi, mais cela pose aussi un réel problème d’éthique et d’usage, car Microsoft spécifie bien que ses robots parcourent le contenu stocké sur OneDrive en quête d’une violation de leurs conditions d’utilisation. Ce qui ouvre bien entendu la porte à toutes sortes d’abus et d’erreurs (exemple). Alors OK, pour un compte d’écriture, on n’est pas forcé de stocker des photos de nus (ou davantage…) mais rappelez-vous l’hypersensibilité actuelle à certains sujets, comme la guerre et le terrorisme (pour mémoire, mon éditorial tout à fait bénin sur l’usage du motif de la guerre en littérature avait été banni par Facebook sans raison valable et sans appel possible).

Imaginez que vous travailliez pour votre roman de fantasy ou de science-fiction sur des sujets tendus, justement, comme le terrorisme. Les robots de Microsoft sauront-ils faire la différence ? Surtout dans le cas d’une anticipation de court terme, mettons dans la veine d’Oussama, de Norman Spinrad ? Je ne prendrais pas le risque. Microsoft promet qu’un être humain évalue la nature des données sensibles, mais ai-je vraiment envie qu’un humain vienne fourrer le nez dans mes données dès qu’un truc ne semble pas revenir à des robots ?

Je commence à considérer qu’il n’est plus possible d’utiliser OneNote, aussi puissant et intéressant que soit l’outil. Pour les utilisateurs Apple, en tout cas, cela me semble hors de question (d’autant plus qu’accéder à OneNote sur un terminal mobile est un cauchemar d’absurdité dans la gestion de la synchronisation). Il reste pour l’instant dans la boîte à outils de l’écrivain parce que je n’ai rien de mieux à proposer, mais je recherche d’autres outils. Et j’en ai trouvé quatre sous Mac :

  • Curio, mon favori pour l’instant, sorte de OneNote davantage orienté sur le visuel et la cartographie mentale, bourré de bonnes idées ;
  • Outline clone littéralement OneNote et permet de sortir ses données (mais je l’ai trouvé un peu instable) ;
  • DevonTHINK, sorte d’Evernote sous stéroïdes, très prisé dans les milieux universitaires mais difficile d’accès ;
  • Tinderbox, un OneNote beaucoup plus austère mais aussi plus puissant sur la gestion de l’information, mais à conseiller surtout à ceux qui aiment programmer leurs outils.

Qu’en penses-tu, auguste lectorat ? As-tu d’autres propositions de ton côté ?

2016-06-06T12:07:26+02:00mardi 7 juin 2016|Technique d'écriture|6 Commentaires
Aller en haut