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Table ronde sur le prix Imaginales des lycéens 2016

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Christophe de Jerphanion, Aurélie Wellenstein, Claire Krust, LD. Photo ActuSF.

Le site ActuSF a capté une grande partie des débats et tables rondes lors des Imaginales 2016. Ceux-ci sont disponibles en ligne sur le site. On commence par ce débat autour des finalistes du prix Imaginales des lycéens (remporté cette année par Paul Beorn, et où Port d’Âmes était sélectionné), avec Claire Krust, Aurélie Wellenstein, moi-même et modéré par Christophe de Jerphanion.

Extrait vidéo :

L’ensemble de la table ronde est écoutable en ligne ou bien téléchargeable sur cette page.

2016-06-06T10:20:27+02:00lundi 6 juin 2016|Dernières nouvelles|Commentaires fermés sur Table ronde sur le prix Imaginales des lycéens 2016

La photo de la semaine : rien que la mer

L’océan Pacifique, pour être exact, près de la Nouvelle-Zélande.

Nothing but the sea

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2016-06-03T09:56:02+02:00vendredi 3 juin 2016|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : rien que la mer

Des T-shirts à l’effigie d’auteurs (dont mon humble pomme)

t-shirt-ld-hommeJe suis en retard ! L’information a déjà beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, aussi cela paraîtra-t-il du réchauffé (voire du matraquage, mes excuses) mais tout le monde n’est pas sur Facebook.

La talentueuse illustratrice Agathe Gastaldi (alias Fetish-Cat) a lancé le projet le plus mignon du monde (et le plus flatteur pour nos egos d’auteurs surdimensionnés – l’ego, pas les auteurs) : des T-shirts à l’effigie d’écrivains de l’imaginaireStarring : Francis Berthelot, Morgane Caussarieu, Sire Cédric, Mélanie Fazi et mon humble personne. En version homme et femme, tailles allant du S au 3XL. Avec des motifs excellents et de jolies couleurs, donc voici l’intégralité : 

Si cela vous intéresse, pour commander, c’est directement sur le site de la boutique Pattes à Plumes !

2016-06-02T09:58:43+02:00jeudi 2 juin 2016|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Des T-shirts à l’effigie d’auteurs (dont mon humble pomme)

Imaginablues

Photo © Imaginales

Photo © Imaginales

Et voilà, on est rentrés, T’ENTENDS, et même le ciel a PLEURÉ de voir que c’était FINI, et qu’on PARTAIT, parce que c’était TROP BIEN, et qu’on est TRISTES, voilà. Oh, mec, just one year of love is better than a lifetime alone, juste quatre jours de festival c’est déjà bien, tu comprends, il y en a qui n’ont pas pu venir, alors sois content et arrête de nous faire baver. Mais BOUH, c’était une édition fantastique, alors on a le BLUES que ça soit fini, okay ? Même si nous sommes sur les rotules, mais c’est de la belle et bonne fatigue, genre t’as gravi les Andes à pied et là, BAM ! Le Machu Picchu dans ta face ! Tu peux COMPRENDRE ? Hein ?

Non, mais vraiment, sérieusement. Un temps splendide, plein de nouvelles additions (un village plus étendu et un nouveau dôme de la science, notamment), l’ambiance Imaginales chaleureuse qu’on retrouve à tous les niveaux, dans l’équipe, parmi les auteurs, avec les festivaliers, cette édition, des dires de beaucoup, était particulièrement belle. Si vous aimez l’imaginaire et que vous n’êtes pas venu-e parce que c’était « trop compliqué » ou « trop loin », vous avez raté un truc…

Si je ne fais presque jamais de comptes rendus de festivals, c’est parce que j’ai toujours peur d’oublier quelqu’un, de ne pas citer tous les beaux moments partagés, dans la fatigue du retour. Mais il y a eu chaque jour des moments spéciaux, réellement humains, de superbes moments drôles, fins ou juste gentils, que ce soit en débat, au détour d’un livre et surtout avec vous tous qui êtes venus en si grand nombre. Un immense MERCI, aux stagiaires de la Masterclass et à Jean-Claude Dunyach avec qui nous l’animons, à Damien Didier Laurent et au personnel de la bibliothèque, à l’organisation (Stéphanie Nicot, Stéphane Wieser, Elisabeth Del Genini, Arnaud Gentit, Flavie Najean, Marion Bailly, tous les animateurs – avec un salut particulier à Christophe de Jerphanion autour de la magie des bocaux à poisson -, traducteurs, tous les bénévoles, chauffeurs, employés de la buvette, de l’entretien, j’en oublie hélas sûrement), à tous les camarades en débat et au sommaire de l’anthologie, à son directeur et à son illustratrice (Jean-Claude Vantroyen et Hélène Larbaigt), à tous les autres croisés au hasard de la bulle, un grand bravo à Stéphane Platteau (coup de cœur cette année), merci aux JM (et évidemment à ma préférée d’entre eux), des bises à Sara Doke, Nabil Ouali, Estelle Faye, Sylvie Miller, Philippe Ward, aux Deep Ones, tous les autres encore, mes humbles salutations à James Morrow et Chris Priest que j’ai eu l’immense honneur d’accompagner cette année, aux éditeurs, aux libraires qui ont couru partout, à Simon Pinel de Critic qui m’a dirigé de jour en jour…

Et à vous tous, bien sûr, que j’ai eu le plaisir de rencontrer ou revoir, auguste lectorat de longue ou de brève date. Merci, d’être venus, de tenter un nouveau bouquin, de revenir prendre le suivant. C’est splendide de pouvoir partager des histoires, des frissons, des réflexions, des rires (et des horreurs) avec vous tou.tes.

J’en ressors avec des étoiles plein les yeux, une motivation remontée comme un coucou suisse et de nouveaux projets abordés lors de ce festival qui promettent de déboucher sur de très jolies choses. Dans les jours qui viennent, je vais répercuter sur Facebook quelques comptes rendus écrits par des gens meilleurs que moi pour ça, mais, pour commencer, je ne peux que vous recommander le très chouette vlog de Samantha Bailly qui retrace l’ambiance au jour le jour, entre autres le débat que nous avons partagé sur la professionnalisation de l’écriture :

Allez voir le reste et sa chaîne, c’est très sympa et très drôle sur la vie d’auteur !

Les présentations à jour de la Masterclass arriveront sous peu sur la page dédiée, et je vais répercuter aussi les tables rondes auxquelles j’ai eu le plaisir de participer. Les Imaginales sont terminées, mais on va rester un peu dans l’ambiance en attendant l’année prochaine !

MERCI !

vagabond-abientot

2016-05-31T19:13:45+02:00mercredi 1 juin 2016|Carnets de voyage|17 Commentaires

On est prudent à 24 ans

Cliquez pour agrandir. J'insiste.

Autre petit morceau déterré de mes archives de courriel en 2002 (par rapport à celui-ci), pour s’amuser un peu (et parce que je reviens d’Épinal), cette fois plus en rapport avec les sujets actuels. Je m’amuse de la circonspection alors fréquemment d’usage à l’époque : Internet était un bien plus petit village, le réseau n’avait pas encore accéléré drastiquement les rythmes de nos vies, on prenait fréquemment le temps d’écrire des messages d’une page pour exprimer son point de vue, posément, comme dans un salon chic. Vous les voyez, les dorures sous les octets ? Je constate avec amusement (et une pointe d’impatience, quand même) la multiplication des précautions oratoires : qui emploie aujourd’hui « AMHA » (à mon humble avis) ? Qui s’en souvient même ? Internet, c’était mieux avant, quand on était seuls dessus – sérieusement, mettre des gens en contact, c’est quand même mieux quand c’est des gens qui pensent pareil, hein.

JE PLAISANTE. Rhôôôôô. Vous, vous faites partie des gens qui ne pensent pas pareil, hein.

Bref. Le contexte : une réponse – toute mignonnette de prudence – sur une liste de diffusion à un article de China Miéville dont je ne peux deviner la teneur qu’en creux, et dont le lien a disparu. Je constate avec le recul une forme de cohérence dans le discours, mais une rigueur bien moindre (parler de mythe campbellien dans le cas de Gilgamesh, c’est un tout petit peu prendre le truc à l’envers, arghhh).

Mouais.
Je suis assez d’accord sur le fait que l’on a une succession de quêtes tolkienniennes en fantasy.
Mais je ne suis pas d’accord sur le fait que ce soit un problème.
Miéville brosse un portrait un peu moribond de la fantasy, alors que le genre se porte très bien, merci 🙂

Après tout, la quête, le voyage du héros, ça existe depuis Gilgamesh, L’Odyssée etc. Alors, dire qu’il faut faire autre chose aujourd’hui ne me semble pas l’*unique* manière de vitaliser le genre.

Le problème AMA, comme toujours, ce sont les quêtes sans qualité, calquées sans imagination. Prenez Eddings: la quête est archi classique, mais cela fonctionne à mon avis, parce que son univers est riche et amusant.

Mais je suis également d’accord avec lui lorsqu’il dit qu’il est regrettable qu’un genre spéculatif se borne autant à son modèle. En un mot: il y a de la bonne fantasy classique et on peut AMHA continuer à en faire.

Mais il ne faut pas non plus faire que ça, bien sûr. Les nouvelles orientations en urbaine par exemple montrent que la fantasy peut offrir bien d’autres choses, et c’est tant mieux.

Il est vrai qu’une frange du marché a pour règle d’offrir avant tout de l’évasion, et pas de la réflexion. Je serais tenté de répondre: et alors, bon sang? Il y a une place pour tout. En SF, si je veux être diverti, m’évader, je lis un bon gros space opera d’aventures. Si je veux réfléchir, je lis Greg Bear. Y a-t-il un problème à l’un ou à l’autre?

En fantasy, si je veux m’évader, je prends une triologie / décalogie à rallonge. Si je veux réfléchir, je choisis plutôt de courts romans incisifs.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec une vision intellectualiste de la littérature qui postule que tout doit être réflexion. Miéville a un peu trop tendance à oublier que les nouveaux courants de la fantasy (urbaine, etc.) se développent très bien et proposent, eux, davantage de réflexion, mettent en scène des visions qui défient notre conception du monde etc.

Il y a donc de la place pour les deux, comme le prouvent AMA les marchés à l’heure actuelle. Donc j’ai l’impression que l’argumentaire part d’un bon sentiment, mais qu’il est un peu dépassé. Le marché et les lecteurs arrivent à ces nouveaux courants de fantasy.

Tant mieux. Mais ne jetons pas non plus la pierre à la BCF.

Alors, les lecteurs sont-ils bel et bien arrivés depuis presque quinze ans à ces nouveaux courants de fantasy ? Je ne saurais dire, mais, le cas échéant, VOUS L’AUREZ LU ICI EN PREMIER.

2016-05-23T17:32:36+02:00mardi 31 mai 2016|Expériences en temps réel|5 Commentaires

La photo de la semaine : la rosée sur la feuille

(Ou les gouttes du tuyau d’arrosage. Mais ça ferait un titre moins poétique.)

Leaf dew

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2016-05-20T10:13:02+02:00vendredi 27 mai 2016|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : la rosée sur la feuille

Les secrets d’un trou noir

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Mon travail autour de Psycho Starship Rampage n’a pas seulement consisté à composer la musique mais aussi à m’occuper de l’ambiance sonore au sens large : effets spéciaux et bruitages. Pour ce faire, j’ai fait appel à de la synthèse sonore, mais aussi à des banques d’effets « élémentaires » qu’on peut ensuite recombiner et complexifier à l’envi. Si vous êtes curieux de découvrir ce processus de travail pour l’arme ultime du jeu, le canon à trou noir, j’ai été invité sur le blog de la compagnie BOOM! à le décrire en détail, avec sons et extraits à l’appui : c’est un long article à découvrir ici.

Sinon, comme annoncé hier, je suis donc en route pour les Imaginales à Épinal ; ce qui entraîne une présence (très) réduite sur les réseaux, et notamment sur ce blog. Je me suis rendu compte que je n’avais pas répercuté trois chroniques de l’anthologie de l’année dernière, Trolls et Licornes ; cela paraît donc de saison de rattraper ce retard, en attendant les avis de celle de cette année, Fées et Automates. Cela permettra d’occuper un peu la page quand même, mais pour une période d’activité de toute façon réduite pour bien du monde.

À ce week-end pour le festival !

2016-05-18T14:04:12+02:00mardi 24 mai 2016|Alias Wildphinn|Commentaires fermés sur Les secrets d’un trou noir

Les Imaginales ce week-end : programme (et tout ce qu’il y a autour)

Affiche Hélène Larbaigt

Affiche Hélène Larbaigt

Auguste lectorat ! Ce week-end, ce sont les Imaginales, tu le sais (j’espère), comme tu sais que tu ne peux, ne dois, t’abstenir de participer à cette grande et belle fête de l’imaginaire, si tu sais ce qui est juste et bon, à moins d’un mot d’excuse signé au minimum par un haut fonctionnaire d’État et un membre de ta famille éloigné de moins de deux degrés ! (de latitude)

Sérieusement, ça promet encore d’être quatre jours intenses et profondément joyeux, dans le berceau de verdure qu’est le parc du Cours sur les rives de la Moselle, fraîcheur, végétation, livres et absence de moustiques, que demander de plus ?

Si tu découvres, le site officiel est comme toujours là pour en savoir plus, et, pour ma part, j’y ai un très joli programme en prévision :

Masterclass « Du manuscrit à la publication »

Dernier appel : Jean-Claude Dunyach et moi animons cette journée de formation à l’écriture en petit comité sur la correction de son récit et les liens avec le monde éditorial. Cela aura lieu mercredi 25 mai, peut-être reste-t-il une ou deux places, il n’est pas trop tard pour tenter de s’inscrire ici.

Couv. Hélène Larbaigt

Couv. Hélène Larbaigt

Publication de « Le Plateau des chimères »

J’ai la grande joie de participer à l’anthologie officiel du festival, intitulée cette année Fées et Automates, dirigée par Jean-Claude Vantroyen et publiée aux éditions Mnémos. Le texte s’intitule « Le Plateau des chimères » et reprend l’univers d’Évanégyre développé dans La Volonté du DragonLa Route de la Conquête et Port d’Âmes, mais constitue un récit parfaitement indépendant des livres.

Tables rondes, cafés littéraires, le programme :

Le programme du festival est en ligne à cette adresse : n’hésitez pas à le consulter en avance pour vous constituer votre menu ! Pour ma part, mon programme sera le suivant, disponible ici sur le site officiel :

mars

No Events

En espérant avoir le plaisir de vous retrouver à Épinal ! Bonne semaine !

2016-05-17T15:15:39+02:00lundi 23 mai 2016|À ne pas manquer|Commentaires fermés sur Les Imaginales ce week-end : programme (et tout ce qu’il y a autour)

La photo de la semaine : les cavernes du Manjanggul

Ces cavernes, sur l’île de Jeju en Corée du Sud, on été forées par des courants de lave sous pression. On voit les stries à hauteur d’yeux, sur la paroi de droite.

Manjanggul caverns

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2016-05-20T10:15:08+02:00vendredi 20 mai 2016|Photo|Commentaires fermés sur La photo de la semaine : les cavernes du Manjanggul

Les sept causes de la procrastination (et des pistes pour y remédier)

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Meilleure image d’illustration de ce blog, ever.

L’auteur Chris Bailey citait récemment dans un podcast le chercheur Tim Pychyl, de l’université de Carleton, sur les raisons poussant à la procrastination, et il s’avère(rait) que les causes soient en fait très simples – au nombre de sept (forcément, c’est toujours sept, ou cinq, ou trois, mais bizarrement jamais dix-neuf, un nombre beaucoup moins sexy) : une vraie petite check-list de la lose, les cases à cocher de la démoralisation, le parcours du non-combattant.

Toujours selon Bailey citant Pychyl, l’étude de l’activité neurologique d’un sujet en état flagrant de procrastination révèle une activation prononcée des zones responsables de l’émotion, prenant le pas sur les processus intellectuels plus construits. Oui, ça veut dire que la procrastination est un processus parfaitement irrationnel, on s’en doutait, mais cela permet de concevoir des tactiques pour la combattre. En un mot, pour combattre efficacement la procrastination, il convient d’aider la raison à reprendre l’ascendant ; et c’est justement ce que permettent ces sept causes fondamentales. Une fois les blocages identifiés rationnellement, il devient possible d’y remédier, en intervenant sur chacune des facettes.

Alors, quelles sont ces causes ?

Une tâche pousserait à la procrastination si elle présente un certain nombre des inconvénients ci-dessous :

  • Ennuyeuse
  • Frustrante
  • Difficile
  • Vide de sens personnel
  • Manque de récompenses intrinsèques
  • Ambiguë
  • Manque de structure

(Je trouve que 1 et 2, comme 6 et 7, se recoupent pas mal – les rassembler aurait fait cinq, ce qui est aussi un nombre cool, donc l’honneur aurait été sauf.)

On peut remarquer que nombre de tâches d’écriture peuvent rentrer dans ces cases. Écrire est souvent difficile, et peut être frustrant ; et même, parfois, manque de récompenses intrinsèques. C’est un travail au long cours dont on ne perçoit le résultat qu’au bout de plusieurs jours, voire semaines, pour détenir un ensemble de chapitres cohérents, sans parler de les partager avec des proches. Mais les plus criantes sont certainement les deux dernières, un sujet déjà abordé par la bande ici. On procrastine souvent par angoisse ou découragement face à une tâche ; si celle-ci s’intitule « écrire nouveau roman », il y a de fortes chances qu’elle suscite les deux. Par où commencer ? Que développer en premier ? Ensuite ? Où partir ? Même un auteur qui préfère se laisser guider par sa plume tendra à cerner la direction qu’il préférera creuser, réduisant l’ambiguïté de son travail à accomplir, lui conférant une structure. Le conseil vaut encore davantage pour les auteurs qui planifient et structurent à l’avance – où il devient presque tautologique (aucun rapport avec les blagues du même nom1).

Comment les combattre ?

Gilbert Stuart a procrastiné quinze ans pour remettre ce tableau. J'espère qu'Abigail Adams n'a pas posé aussi longtemps.
Gilbert Stuart a procrastiné quinze ans pour remettre ce tableau. J’espère qu’Abigail Adams n’a pas posé aussi longtemps.

Eh bien, en parant à chaque point par son contraire, en le désamorçant précisément. Une fois une cause identifiée, il devient bien plus facile de la combattre, car on sait ce qu’on affronte.

Écriture ennuyeuse. Si l’auteur s’ennuie, il y a de fortes chances que le lecteur aussi. Arrêtez-vous tout de suite. Pourquoi vous ennuyez-vous ? Cette scène est-elle vraiment indispensable ? Ne peut-elle pas simplement disparaître ? Et si elle est indispensable, comment la rendre intéressante, tendue, drôle, imaginative – selon vos préférences ?

Écriture frustrante. Plus difficile – ça s’appelle, dans le langage secret des écrivains professionnels de haute tenue intellectuelle, « ramer sa race ». Souvent, la frustration découle d’un manque de clarification des enjeux, de la scène, des personnages, du récit. « Pourquoi » est la question la plus utile qu’un auteur peut se poser ; pourquoi êtes-vous frustré.e ? J’aurais tendance à parier que cela entraînera une autre question, plus féconde : que vous manque-t-il pour avancer ? Ce qui entraîne alors une ou des actions pour résoudre le problème.

Ecriture difficile. Malheureusement, pas cent mille détours. Inspirez à fond, bouchez-vous le nez, plongez, ménagez-vous des pauses, des récompenses en fonction de vos goûts (bonbons Haribo, heavy metal à fond les watts, verre de champ’). Mais il faut surtout reconnaître cette difficulté. Ce passage n’est pas comme les autres. Il vous faut l’accepter et vous féliciter pour tout progrès accompli. Ne pas vous astreindre au même rythme de progression que sur le reste. Considérer chaque paragraphe / phrase / mot comme une petite victoire qui rapproche du but. Courage.

Ecriture vide de sens personnel. Mêmes conseils que pour l’ennui, en plus prononcés. Si ce que vous écrivez n’a aucun sens pour vous, à quoi bon ? Il existe des métiers tout aussi malhonnêtes mais largement plus lucratifs qu’écrivain, comme trader ou avocat d’assurances. Il convient de traquer le sens originel du projet, et l’en réinvestir. Cela peut impliquer de jeter des dizaines, des centaines de pages qui se sont fourvoyées ; c’est un crève-coeur, mais cela ne vaut-il pas le coup pour retrouver la foi et l’envie ? Plutôt que de se crever le cœur à écrire des pages que l’on n’aime de toute façon pas ? (En revanche, si ce travail est un travail de commande, c’est que vous êtes déjà pro et que vous l’avez accepté en connaissance de cause ; en conséquence, vous n’avez de toute façon pas besoin de moi, débrouillez-vous.)

Manque de récompenses intrinsèques. Celui-là est difficile et j’ignore si l’on peut vraiment le résoudre ; le manque de récompenses intrinsèques provient typiquement de la lenteur du travail d’écriture. On peut arguer que l’écriture est un fin en soi, que le plaisir de découvrir son histoire constitue une récompense suffisante – c’est vrai, mais ce genre de raisonnement fonctionne surtout quand on avance bien, justement ; quand on est coincé, les récompenses et le plaisir se font évasifs. Peut-être faut-il revenir, là aussi, à l’envie, au sens personnel mentionné au point précédent, pour retrouver cette sensation d’accomplissement qui pousse à avancer. En revanche, je déconseillerais de lire les pages déjà écrites – c’est le meilleur moyen de se rendre compte de tout ce qu’il y a à corriger dessus (c’est inévitable, pour un premier jet), et de se décourager davantage. Peut-être vaut-il mieux les fantasmer. Rêver à toute la distance parcourue dans l’histoire. On corrigera plus tard, une fois le manuscrit terminé. Et si vous avez la chance d’avoir déjà terminé une ou plusieurs histoires, rappelez-vous que vous avez déjà réussi. Vous réussirez encore. Il faut juste être patient, travailler un peu tous les jours, pour avancer, peu à peu, voir les pages s’amonceler, et que la sensation de progression se fasse tangible.

Ambiguïté et manque de structure. Beaucoup plus facile : si vous ne savez pas où vous allez, mais que vous en avez besoin, interrompez la rédaction. Peut-être avez-vous besoin de faire le point sur la situation de votre récit, l’état d’esprit de vos personnages, le prochain mauvais coup du grand méchant, etc. Peut-être avez-vous besoin de beaucoup de structure pour vous tranquilliser. Nul ne reprocherait à un randonneur de « perdre » un quart d’heure pour s’orienter sur sa carte. Prenez ce temps, vous aussi, pour vous recharger l’esprit et les batteries narratives. Ne vous perdez juste pas dans la contemplation des jolies fleurs de montagne ; n’oubliez pas qu’il faut poursuivre.

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En cas d’attaque sévère de procrastination, Bailey recommande d’établir une liste de ses causes (et celle ici proposée peut servir d’amorce). Dès lors, on peut envisager de l’attaquer et de la résoudre avec des actions ciblées. L’essentiel, conseille-t-il, est de réintégrer la raison dans le processus, afin de vaincre le cerveau reptilien paralysé par l’ampleur d’un projet trop amorphe.

  1. Oui, là, sérieux, j’ai quand même un peu honte.
2019-06-07T22:47:35+02:00jeudi 19 mai 2016|Best Of, Technique d'écriture|9 Commentaires
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