Qu’est-ce qu’on se narre

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Le prix Campbell change de nom (tant mieux)

H. W. Wesso (Hans Waldemar Wessolowski) / Astounding Stories (Clayton)

Je résume rapidement : une controverse a récemment traversé l’édition anglophone, à l’initiative de Jeannette Ng, lauréate du prix John W. Campbell du meilleur nouvel auteur. Cela s’est passé il y a quelques semaines à peine, à la Worldcon de Dublin.

John W. Campbell était un éditeur absolument fondamental de la science-fiction américaine, mais il se trouve aussi qu’il était carrément raciste et pro-esclavage, une vérité inconfortable que Jeannette Ng a clairement rappelée à une assistance quelque peu gênée (lire ici son bref discours d’acceptation).

Félicitations, donc, aux magazines Dell, qui ont réagi extrêmement vite à la situation en renommant le prix « Astounding« , du nom de la revue dirigée par Campbell pendant une grande partie de sa vie. Astounding est une pierre angulaire de l’histoire du genre (et de son âge d’or), car Campbell, aussi détestable soit-il, était également (et c’est pour ça que la situation est compliquée) un excellent éditeur de littérature.

Donner au prix le nom de la revue semble une solution idéale, rendant hommage à l’héritage immense de celle-ci dans l’histoire de la science-fiction, sans légitimer plus longtemps un personnage aux propos déjà inacceptables dans les années 1950.

2019-08-30T18:06:24+02:00mardi 3 septembre 2019|Le monde du livre|2 Comments

Apprends la magie de jeter 100 pages avec la méthode Marie Kondo

Donc, comme beaucoup de gens qui aiment les bouquins, les jeux vidéo, la musique, la culture geek, les trucs et les machins, qui habitent depuis longtemps au même endroit et donc l’âge commence à monter en dizaines, j’ai comme qui dirait un léger problème de bordel. (Oui maman, je sais, j’ai toujours eu un problème de bordel. Sors de cet artifice rhétorique qui servira juste à me dédouaner si jamais tu tombes là-dessus, steuplaaaaît.) J’ai en plus une propension à l’accumulation, du genre, hé, si ça peut servir, faut garder, non ? J’ai une grande cave. Ça sert à ça.

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En exclusivité mondiale, voici ce qui se passe quand j’ouvre la porte de ma cave.

Alors donc voilà, j’ai lu le bouquin à la mode, La Magie du rangement1, de Marie Kondo, énorme vente internationale, et maintenant une série Netflix.

Le principe fondamental de la méthode Marie Kondo est globalement connu : « conserve ce qui te donne de la joie« . Mais plus intéressant, elle recommande, quand tu jettes / donnes / supprimes un objet de ton environnement, de le remercier pour le plaisir qu’il t’a donné, et je trouve ça plutôt chouette. Ça ne mange pas de pain, et si l’on considère que les possessions sont d’une certaine manière un reflet de l’individu ou même une projection, cela revient à se remercier soi-même avant de clore le (micro) chapitre de sa vie que représente l’objet. Pourquoi pas ?

Là où ça devient intéressant, c’est qu’elle libère aussi l’individu de la culpabilité des achats impulsifs2… ou du rejet des cadeaux moches. Tu as acheté un pull en promo dont tu aimais vraiment la couleur mais tu te rends compte avec le recul que, franchement, il ne te va pas et ne t’ira jamais, eh bien tu t’en débarrasses, mais tu le remercies du plaisir qu’il t’a donné sur le moment quand tu pensais vraiment que c’était une bonne affaire. De ce point de vue, il a rempli son office sur le moment. Idem pour le pot de chambre de mariage3 qu’on t’a offert et qui, franchement, fait un peu désordre dans ton 350m2 de Bali cinquante ans plus tard. Tu peux t’en débarrasser, Marie t’en donne le droit, non sans le remercier pour l’intention avec laquelle il t’a été offert et le plaisir qu’il t’a donné. Il a, encore une fois, rempli son office.

Le rapport avec l’écriture ?

Aimer le processus et le chemin davantage que la destination.

Une des causes de la procrastination dans le domaine créatif (lire : les sept causes de la procrastination et comment y remédier) touche à la complexité du travail, ce qui le rend intimidant (et donc, on se trouve d’un coup pris d’une irrésistible passion pour la vaisselle). Je tâtonne, j’explore, et parfois, je me plante.

Sauf que c’est déjà assez dur comme ça, alors j’ai pas envie de me planter. Que de temps perdu ! Que de frustration ! Non ?

Quand j’avais vingt ans et que je commençais, j’écrivais assez lentement parce que j’essayais de faire bien du premier coup. J’étais concentré sur le rendu autant que sur le contenu, ce qui est l’équivalent discursif de réfléchir à une réponse avant même d’avoir trouvé comment formuler la question. Ça fait bobo la tête. Alors, à force, ça marchait, mais j’ai vite découvert que travailler le rendu, la forme, l’efficacité, c’était plutôt le rôle des corrections. Comme disait Terry Pratchett, « le premier jet n’est là que pour s’expliquer l’histoire ».

À trente ans, avec davantage d’expérience, j’ai fini par accepter (avec réticence) le fait qu’écrire des trucs « pour rien », des pages entières qu’on jette (j’élague entre 10 et 30% de mes premiers jets de manuscrits), ce n’est pas du travail inutile. Tâtonner dans une direction dont on se rend compte a posteriori qu’elle n’était pas adaptée au projet n’est pas du temps perdu, c’est écrire ce qu’il ne fallait pas pour pouvoir mieux découvrir ce qu’il fallait. Après, quand t’es à la bourre sur ta date de rendu, la consolation est un peu maigre, et t’aimerais bien tomber juste du premier coup, ça pourrait pas marcher un peu plus comme ça ?

Aujourd’hui, je me suis aperçu d’un seul coup (avec le confort que donne un peu de recul et une date de rendu un peu plus relax, quand même) que je m’en tape d’écrire 100 pages pour rien si je me suis amusé à les faire, ou si, du moins, j’y ai trouvé du sens. Au contraire, presque. Si elles m’ont apporté quelque chose dans l’exploration, si j’y ai trouvé une forme de compte, quelle importance qu’elles ne servent pas le projet ? L’acte est sa propre récompense – le reste forme à mon sens des illusions dangereuses.

Telle Marie Kondo, je remercie alors ces pages pour le plaisir et le sens qu’elles m’ont apporté sur le moment. Et je les supprime sans une once de regret. Car elles ont rempli leur office.

Et le plus merveilleux, c’est qu’en général… elles restent. Car, écrites dans la joie et la vérité, ce sont souvent les plus intéressantes. Mais pour ça… il faut être sincèrement prêt à les bazarder. On ne peut pas faire semblant de lâcher-prise.

  1. Je m’aperçois à cet instant que j’ai une abréviation TextExpander pour le mot « rangement », ça ressemble à un appel désespéré de mon inconscient.
  2. Ok, oui, faire des achats impulsifs c’est pas terrible d’un point de vue environnemental, et même financier, donc autant éviter, mais que celui ou celle qui n’a jamais acheté un truc qu’il a regretté ensuite me jette la première paire d’escarpins qui font mal aux pieds.
  3. Ça existe. Je vous laisse chercher.
2019-08-30T19:31:13+02:00lundi 2 septembre 2019|Best Of, Technique d'écriture|6 Comments

Worldcon 2019, jours 4 et 5

Je jure que lundi midi, quand un ami a reçu ses gyôzas au restaurant, je me suis dit : « mon cerveau doit ressembler à ça ». Ce qui méta-décrit mon état de cramitude : ce n’est pas tellement l’image qui compte que le fait que j’aie simplement pu la concevoir…

Bref ! Gros coup de bleu (de blues) à la cérémonie de clôture tandis que cette 77e Worldcon touche à sa fin et que symboliquement, le flambeau a été remis à l’équipe de l’année prochaine, ConZealand, à Wellington. Entre les tables rondes et les belles rencontres toutes reliées par notre passion commune, ces cinq jours sont passés extrêmement vite.

J’ai été frappé (comme à chaque fois) par le pragmatisme à la fois simple et décomplexé de l’approche de l’écriture dans le milieu anglophone. On adore encore, en France, se raconter des contes comme quoi le « talent » ou la « vocation » doivent primer sur toute autre considération ; que l’écriture (ou la création) restent la chasse gardée d’une classe mystérieuse d’élus mystiques qui « l’ont » (le truc) ou pas. Dans une culture qui s’est toujours proclamée égalitaire, cela me laisse drôlement songeur.

Rien de tout cela à une Worldcon. Tu veux écrire ? Bosse. Bosse, encore, encore et encore. Et puis davantage que ça. Ne lâche pas ; prends-toi des portes dans la tronche, marche sur les râteaux, c’est inévitable, cela fait partie du chemin hélas, mais quoi que tu fasses, n’oublie pas : ne lâche pas. Le travail est ta seule variable d’ajustement, et ce qui différencie ceux qui « y arrivent » (arrivent à publier, jouissent d’un certain lectorat, pour faire connaître leur travail au monde) c’est avant tout la persévérance, la volonté d’évoluer et d’apprendre sans cesse. C’est dur, oh oui. Mais tu veux ? Alors donne tout et même le reste, et tu pourras probablement y arriver, même si cela doit prendre dix ou vingt ans. Au fond, il n’y a qu’une seule vraie métrique : l’expérience. Et une seule pulsion : une niaque tellement invraisemblable qu’elle confine à la mégalomanie, l’inconscience, ou un mélange des deux. (Au passage, je repose ça là)

Tu te doutes, auguste lectorat, que je souscris entièrement au discours, parce que c’est celui que j’ai biberonné depuis plus de vingt ans, et j’oserais dire que c’est celui qui m’a conduit où je me trouve (soit, timidement, un peu plus loin qu’il y a vingt ans, c’est-à-dire : j’ai publié quelques trucs et des gens ont aimé), avec l’immense conscience que j’ai à peine commencé à vaguement accepter le chaos non-euclidien doublé de résolution indispensable qui semble apparemment former l’essence de ce métier. On apprend toujours, et c’est ça qui est merveilleux. On en a parlé il y a un an tout juste dans Procrastination, d’ailleurs (« Talent Vs. Travail »).

Non, ça ne sera pas plus simple ou plus facile, mais au bout d’un moment, tu finiras par comprendre intimement que c’est normal. Le talent existe peut-être. Mais vu qu’on ne peut pas y faire grand-chose, on s’en balance un peu, et tout ce que tu peux faire, c’est travailler sans relâche à cette chose qui compte pour toi ; et la seule personne à qui tu rends des comptes, en définitive, c’est toi-même. (Coucou, Steven Pressfield.)

Authentique, et il fallait que je reparte avec. Attention : peut contenir également des larmes de directeur d’ouvrage.

Sinon, ça fait tout drôle, j’ai mesuré le jour même que c’était la première fois que j’étais invité à intervenir sur une table ronde avec ma casquette musicale, aux côtés de Sam Watts (compositeur entre autres de la bande originale de Sarah Jane Adventures !), et pouvoir discuter avec le public de bandes-son légendaires (en replaçant au passage celle de Babylon 5 par Christopher Franke) a constitué un des grands plaisirs de cette convention.

George R. R. Martin sera toastmaster de ConZealand.

Ma plus grande erreur aura certainement été d’emporter une grande valide vide. En pensant que je rapporterais DES TRUCS. Ben forcément, hein. Je cherche, aussi. Les livres, c’est comme les gaz parfaits. C’est curieux, ça finit toujours pas occuper tout l’espace disponible.

2019-08-19T22:14:53+02:00mardi 20 août 2019|Carnets de voyage, Le monde du livre, Technique d'écriture|17 Comments

Worldcon 2019, jours 2 et 3

C’est chouette et étrange d’entendre parler gaélique dans la rue : je jurerais que ça sonne comme du valyrien. J’ai regardé le ciel au cas où. Dracaris, toussa.

Donc, auguste lectorat, un article ! Un dimanche ! Woah ! Ben oui, parce que sinon lundi je parlerai de trois jours d’un coup, et la nature a horreur de l’asymétrie, ou pas.

Je passe devant tous les jours et J’AIMERAIS VRAIMENT COMPRENDRE POURQUOI PAPA LAPIN EST NATURISTE

J’avoue une certaine fatigue en ce moment, due à tous ces trucs chouettes que je laisse entendre mais qui ne sont pas prêts à être révélés tel le Necronomicron (un livre maléfique mais vraiment imprimé très, très petit) et aussi ça va prendre un peu de temps pour se décanter mais, ça viendra, disais-je.

Je ne nierai donc pas que j’ai fait la connaissance relativement prolongée des moquettes du Centre de Convention de Dublin à certains moments, histoire de regarder intensément le vide, mais à part ça :

C’est génial d’être ici. Les festivals de manière générale me font cet effet (sortir de l’isolement de l’écriture pour s’apercevoir que a) oh y a des gens en-dehors de mon bureau b) on aime tous la SFF c) ooooh DES LIVRES RETENEZ-MOI) mais la Worldcon, avec son aspect organisé par les fans, pour les fans, ajoute une facette communautaire assumée très agréable. Je parlais de mon sac avant-hier (ma vie est passionnante), il ne m’a pas fallu longtemps pour y coller tous les badges de SF du monde sans me dire que j’allais passer pour un gros naze, et bon dieu, ça fait du bien de se plonger dans sa sous-culture. (Sous au sens de : sous-courant, pas inférieure, bien sûr.) Et voir tous les pros du monde entier dans le même esprit, sans gêne, y compris ses idoles secrètes, ça fait tellement plaisir !

Speaking of which, un aspect me frappe particulièrement pendant cette Worldcon, c’est le soin apporté à l’inclusivité. Alors je vois évidemment ça de l’extérieur, donc c’est difficile de juger si c’est suffisant, mais le nombre de sujets et de mentions au code de conduite me semble remarquable ; ces questions n’ont jamais été éloignées de l’esprit des panelistes que j’ai vus, et c’est vraiment chouette. Il y a de quoi reprendre un peu espoir et se dire qu’un jour, peut-être, on n’aura plus besoin de mettre d’accent sur rien, parce que ce sera entré dans les mœurs de, en résumé, foutre une paix simple et sincère aux gens sur ce qu’ils sont ou désirent être. De la SF ? Beh, c’est pour ça qu’on est là.

Speaking of which, encore, je suis allé voir la table ronde sur les auteurs « problématiques » : que fait-on des oeuvres majeures, mais dont on découvre que le créateur n’est pas aussi fréquentable qu’on peut l’espérer (ce qui est parfois un euphémisme) ? Les Lovecraft, Céline, ou même, beaucoup plus proche de nous, les apparences de diversité rentrées un peu au forceps de J. K. Rowling ? J’ai des idées, mais je trouve que ça mérite un article à part.

Le concert symphonique que je ne voulais absolument pas rater, avec du Game of Thrones, du World of Warcraft, et un chef d’orchestre qui dirige Star Wars avec une baguette lumineuse verte en mode sabre laser. CLASSE ULTIME

Je m’efforce forcément de garder un peu l’oreille sur les rails quant à la traduction de littératures étrangères (genres francophones, AU COMPLET HASARD) vers d’autres langues ou évidemment l’anglais, et il semble que peu à peu, la diversité gagne du terrain là aussi, grâce notamment au travail de personnes comme Francesco Verso – éditeur italien de Future Fiction, qui réalise un énorme travail de découverte et de traduction vers l’italien mais aussi l’anglais. Il a récemment compilé, au terme de cinq ans de dur labeur, une anthologie de science-fiction mondiale (avec notre Ugo Bellagamba) en langue anglaise, intitulée World Science Fiction, avec un des meilleurs slogans que je connaisse : « préserver la biodiversité de la science-fiction ». Car c’est l’essence même de la traduction : nourrir la richesse des cultures. Le livre était lancé à cette Worldcon et les stocks sont déjà vides, ce qui est génial (j’ai eu le dernier !)

Les consciences semblent progresser lentement mais sûrement sur la conviction que la diversité mondiale représente la clé de la vitalité des genres, mais il faut pour cela des volontés en béton armé (c’est un travail de titan et de longue haleine) et des financements (de traduction). Cependant, je pense que si les genres réussissent à se développer au sein de leurs marchés intérieurs, qu’ils s’y pérennisent et se renforcent grâce à une forme de projet d’ensemble et (soyons dingue) de collaboration, j’ose croire que cela donnera à chaque culture de quoi s’affirmer un chouïa davantage face au géant anglophone, principalement américain bien sûr.

Le Centre de Congrès de Dublin me paraît tout droit sorti de L’Âge de Cristal (et il y a autant d’escalators)

En tâche de fond, je réfléchis toujours aux réseaux commerciaux et ce qu’ils peuvent apporter, ou enlever, aux interactions et communications. Je me suis fait un programme nourri sur le sujet, de manière à avancer de mon côté sur la manière juste d’utiliser ces outils. Voir certains exemples et entendre certains discours m’alimente beaucoup sur les aspects positifs de la chose (que je ne nie pas !), sur une approche potentiellement différente qui me permettrait de me réconcilier avec mon but premier (contribuer de la valeur à la discussion), bref, j’en reparlerai probablement.

2019-08-17T23:55:26+02:00dimanche 18 août 2019|Carnets de voyage, Le monde du livre|5 Comments

Worldcon 2019, jour 1

… soit compte-rendu de la journée d’hier.

Observation 1 : j’ai visiblement choisi le seul hôtel de tout Dublin qui ne fait pas d’oeufs bacon au petit-déj.

Observation 2 : ne pas prendre de sac pour la journée en se disant « boaaaah ils en fourniront bien à l’accueil » est une réflexion idiote.

Observation 3 : 30’ à pied pour aller à la convention, c’est « ça se fait » quand tu réserves, « ça passe » quand tu y vas, « ah bon un peu pfouh quand même » quand tu dois rentrer d’une longue journée.

Observation 4 : la Worldcon, c’est toujours génial.

ACCUEILLI PAR LA DELOREAN DE RETOUR VERS LE FUTUR BON DIEU
Mes partis-pris géographiques sont dignes d’un grand écart facial (le ruban noir est pour la convention de Wellington en 2020)

C’est ma quatrième et je commence à avoir mes marques : l’immense programme de tables rondes, animations et conventions (il n’est pas rare d’avoir 10 éléments en parallèle sur le programme), la grande dealers’ room avec tout le merchandising de tes rêves et des bouquins splendides et pas chers, les animations pour enfants qui ont l’air trop chouettes que tu les jalouses intérieurement de pas avoir leur âge, et puis surtout l’ambiance amicale, les gens de tous horizons et de toutes nationalités qui engagent la discussion dans la rue ou les couloirs en voyant ton badge, les cosplays prodigieux (love aux deux personnes en combinaison de la Beratnas Gas), les thèmes de discussions allant du très sérieux social, économique, scientifique au réjouissant loufoque.

J’avoue que je termine cette journée passablement rincé (trois tables rondes quasiment à suivre, évidemment toutes en anglais), mais avec que du bonheur : j’ai pu dire ce qui me tenait à coeur en faisant des blagues auxquelles les gens ont ri, ce qui, au bout du compte, couvre à peu près tout ce que j’espère accomplir dans cet exercice. (Il n’y a aussi qu’à la Worldcon que tu peux faire éclater de rire une salle entière avec une vielle référence en te présentant comme suit : « I’m French, as you might guess from my outrrrrrrageous accent. »)

Pas de captations hélas, mais nous avons parlé de communication et de langage dans le monde animal, ainsi que de séries télé hors de la sphère américaine, et… j’avoue que l’intervention qui m’inquiétait le plus était le « Fantastical Travel Guide », où nous étions censés roleplay un personnage de nos mondes imaginaires pour donner envie à de potentiels lecteurs / touristes de venir visiter. Sachant que je suis en plein dans « Les Dieux sauvages » et que la Rhovelle n’est clairement pas une destination de vacances super recommandable, je frémissais un peu, mais j’ai résolu de jouer une Mériane complètement blasée (un peu hybridée avec Chunsène pour les besoins de l’exercice, je l’admets) en mode humour noir. Et malgré quelques difficultés (pas facile de sortir des vannes dans une autre langue après avoir arrêté l’improvisation théâtrale depuis bientôt trois ans), j’ai eu quelques jolies rencontres avec des personnes qui ont eu envie de lire le livre – ce qui dépassait amplement mes espérances ! (Lesquelles se définissaient très précisément comme suit : « ne pas se vautrer horriblement en endossant en public un rôle féminin ».) J’ai également beaucoup ri en écoutant mes camarades (fantastique roleplay d’un dieu assez pragmatique par Karolina Fedyk !)

Elle est pas trop meugnonne cette roussette, elle te dit, va cliquer sur le site, steuplaît

Par la suite, visiblement incapable de lire correctement un programme passé trois heures de discussion publique, j’ai raté toutes les tables rondes que je voulais suivre, mais ça a été bien, car l’occasion de discuter avec les Français (nous sommes 86 de la délégation cette année – sur 6918 participants, dont 206 Allemands ou 359 Finlandais… allez, faisons un effort !), notamment les très motivés organisateurs du projet Worldcon française en 2023.

Le site semblait en sommeil, mais le projet est plus que jamais d’actualité, le temps d’amener beaucoup plus de précisions et une nouvelle identité graphique qui devraient tomber très bientôt. Pour voir ce qui a déjà été fait, et suivre l’action, c’est ici. Le centre de congrès de Nice paraît idéalement placé avec des lignes de tram directement reliées à l’aéroport, et une logistique solide constitue la fondation de toute proposition de Worldcon. Avec en prime les atouts de la Côte d’Azur, le projet a beaucoup d’atouts pour séduire le public international, mais majoritairement américain, de l’événement.

Demain, je me suis prévu un programme beaucoup plus riche en tables rondes, comme des propositions de sociétés sortant de la féodalité et de la colonie spatiale chères à la fantasy et la SF, l’appropriation culturelle, ou encore le rôle magique de la beauté dans le conte et donc, par filiation, nos genres.

Et puis j’ai prévu d’emporter un sac.

2019-08-15T23:03:24+02:00vendredi 16 août 2019|Carnets de voyage, Le monde du livre|5 Comments

Worldcon 2019, jour 0

J’aime voir tout écrit en gaélique.

À l’heure où ces photons viendront s’imprimer sur votre rétine pour y créer du sens, je serai en train d’affronter le premier défi de toute Worldcon : récupérer mon badge, forcément. Déjà vu des copains à l’aéroport (yeah !) et donc, tu en déduis, auguste lectorat, car tu es suprêmement puissant, que je suis bien arrivé et vivant. Ce qui est toujours une bonne chose. En général. Dans mon cas précis, je ne peux pas me prononcer pour l’opinion de tout le monde. Mais je vais partir du principe que si. Parce que je suis un optimiste.

Si tout va bien, demain matin à la même heure, compte-rendu d’aujourd’hui (qui sera beaucoup passé en tables rondes).

Vers l’horizon et au-delàààààà

2019-08-14T19:28:40+02:00jeudi 15 août 2019|Carnets de voyage, Le monde du livre|3 Comments

Procrastination podcast S03E22 : « Les ateliers d’écriture »

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Deux semaines ont passé, et le nouvel épisode de Procrastination, notre podcast sur l’écriture en quinze minutes, est disponible ! Au programme : « Les ateliers d’écriture« .

Cercles d’écriture, de (re)lecture, une pratique ancienne du monde littéraire et prenant de plus en plus la forme d’ateliers à visée professionnalisante. Comment cela fonctionne-t-il, et que peut-on en attendre ? Après un rapide tour d’horizon de Lionel, Mélanie présente les formules, en insistant sur les différents publics auxquels elles s’adressent. Pour Laurent, le plus intéressant dans le système consiste à affronter la difficulté de produire en se confrontant au regard immédiat d’autrui.

Références citées

– L’atelier Clarion http://clarion.ucsd.edu

– CoCyclics https://cocyclics.tremplinsdelimaginaire.com

– Le club Présences d’Esprits https://www.presences-d-esprits.com

– Les Mots, école d’écriture https://lesmots.co

Procrastination est hébergé par Elbakin.net et disponible à travers tous les grands fournisseurs et agrégateurs de podcasts :

Bonne écoute !

2019-08-18T22:49:06+02:00jeudi 1 août 2019|Procrastination podcast|2 Comments