Comment l’Etat se torche avec le droit d’auteur

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Image reprise de cette page.

Oui, il y a une vulgarité particulière, relativement inhabituelle, dans le titre de ce billet.

Mais les mots sont dûment pesés. Il y a trois mois, sur la gabegie ReLIRE, je titrais « l’État légalise le piratage, mais que le sien, faut pas déconner » en me disant : « mec, c’est la réalité de la situation, mais tu y vas peut-être un peu fort ».

Mais le courrier reçu par une consoeur, en réponse à une requête, dépasse les limites de l’absurdité et de l’indécence.

Je vous résume l’histoire. Notre consoeur (appelons-la A.) remarque un texte court d’un auteur de ses amies dans la base ReLIRE, figurant initialement au sommaire d’une anthologie parue avant 2001 – donc, tombant théoriquement sous la coupe de l’inique loi. Depuis, le texte en question est reparu dans une version augmentée. Il s’agit donc d’un texte disponible, donc ne devant pas tomber sous le coup de la loi. Simple, non ? A. le signale comme une incorrection à la base.

La réponse laisse sans voix (gras de ma part) :

Nous avons bien reçu votre signalement de disponibilité n°XXXX concernant [l’anthologie d’origine]. Cette demande ne peut être validée, car la disponibilité d’une seule nouvelle de ce recueil n’a pas d’incidence sur le statut du recueil, qui est actuellement indisponible dans le commerce.

[Suivent les formalités d’usage pour s’opposer à la gestion collective]

A. précise qu’elle a trouvé ce texte parce qu’elle avait cherché le titre de l’anthologie, rien n’apparaissant au nom de l’auteur concerné (encore une belle façon se faire entourlouper sans s’en rendre compte).

Cela confirme que des textes peuvent entrer en gestion collective et être numérisés, même s’ils ont été réédités par ailleurs, même si cette numérisation risquerait de faire une concurrence déloyale au nouveau livre.

C’est plus qu’un braquage, là, c’est carrément un braquage assorti d’un majeur brandi bien haut avec le sourire. L’auteur, en principe souverain sur son oeuvre (c’est le principe fondamental du droit moral), est le seul à pouvoir décider où et quand elle se trouve exploitée. À présent, non seulement l’État peut se l’approprier si elle a le malheur d’avoir été publiée avant 2001, mais en plus, il tortille avec sa propre notion d’indisponibilité en s’attachant non pas au texte en lui-même (l’oeuvre) mais son support (ce qui est en parfaite violation avec toutes les législations, y compris la convention de Berne, dont la France est signataire).

Édifiant, non ?

Heureusement, la résistance s’organise. La Nitchevo Squad relaie les actualités, contresens, recense les auteurs floués et autres actions, à travers un effort collectif de belle envergure – merci à eux.

Et, joie, le collectif le Droit du Serf a déposé un recours pour Excès de Pouvoir contre le décret, recours validé par le Conseil d’État (article entier) :

Cette requête porte sur les multiples violations de la loi que compte le décret, contraire à la Convention de Berne, au Traité de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI), au droit de l’Union européenne, ainsi qu’à la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il n’est en outre pas conforme à la loi du 1er mars 2012 (sic).

On notera avec amusement que le décret d’application n’est même pas conforme à la loi qu’il est censé faire appliquer.

Au-delà de la fureur que suscite ce bafouement, ce vol d’État, je déplore profondément le fait que cette loi absurde, bancale et léonine ne fasse que dégrader encore davantage les relations entre acteurs de la chaîne du livre, notamment celles entre auteurs et le milieu éditorial, déjà bien tendues par la contraction du marché et l’arrivée du livre électronique. Ce n’est pas comme si le livre avait besoin de se tirer, en plus, une balle dans le pied.

Bravo, technocrates, bravo pour votre myopie, votre cupidité, votre ignorance et votre abyssale stupidité. Bravo pour vos séances d’autocongratulation, bravo pour vos rires légers échangés dans des salons à boiseries, bravo pour vos cocktails tièdes et vos discours interminables : vous faites tout ce qu’il faut pour faire couler le bateau collectif tout en vous félicitant de votre culture et de votre finesse. Mais je vais vous dire : vous ne savez rien. Vous ne connaissez du monde que ce qu’on vous en a dit. Vous n’aimez de lui que ce qu’on vous a désigné. Mais il y aura toujours des opposants pour vous contester avec intelligence, pour douter avec raison, il y aura toujours un espace qui ne vous appartiendra pas : l’esprit. Si vous lisiez des livres, comme vous prétendez vous en gargariser, vous le sauriez, car il en est le terrain privilégié.

(Heureusement qu’il y a de vrais éditeurs, qui bossent et défendent les intérêts de leurs auteurs. Gloire leur soit rendue, car, sans eux, il n’y aurait plus qu’à fermer boutique – peut-être même à l’aide d’une corde et d’une solive.)

Pour mémoire, il est toujours possible de signer la pétition lancée par le Droit du Serf contre la loi ici.

2013-06-27T10:07:53+02:00jeudi 27 juin 2013|Le monde du livre|12 Commentaires

Créer du lien : spécial Imaginales 2013

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Affiche Magali Villeneuve et Alexandre Dainche

Et voici, comme promis, une compilation des comptes-rendus du festival Imaginales de cette année pris chez les autres, fournis en commentaires, en avis, en images !

Comme c’est désormais l’habitude, ActuSF a filmé et enregistré un bon nombre de débats et de conférences, à retrouver sur ce blog, en plus de nombreuses photos.

Il faut commencer par voir celui de Fetish-Cat, en BD, avec des Deep Ones chibi et des orques !!

Côté blogueurs, je signale Endea et son blog Clair Obscur, Snow Bulle de Livre, ainsi que le RSF Blog, qui proposent comme toujours des reportages très détaillés en plusieurs parties, réservés à chaque facette du festival. Jetez un oeil aussi à celui de Jack, rapide et rigolo, et à celui de Tortoise, qui en prime parle aussi de Geekopolis.

Chez les écrivains, Li-Cam, Mélanie Fazi, Fabrice Colin (je suis totalement d’accord – mais pour la Côte de Boeuf, entendons-nous bien !) racontent « leurs » Imaginales.

Un lien enfin pour Jerom, illustrateur de talent qui a réalisé le super habillage graphique du groupe de musique et lectures The Deep Ones : c’est ici ! Mythologica a pris quantité de photos de notre premier concert, visibles ici. N’hésitez pas aussi à visiter notre page Facebook.

Le festival est fini, mais on ne peut douter de l’existence d’une 13e édition en 2014. Rendez-vous l’année prochaine, et dans l’intervalle, pour d’autres rencontres. !

 

 

2013-06-12T09:48:35+02:00vendredi 14 juin 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Créer du lien : spécial Imaginales 2013

Imaginales toujours fidèles

Et voilà, après un long périple, les douzièmes Imaginales sont terminées, avec une affluence encore supérieure aux années précédentes si je ne m’abuse, une convivialité toujours présente, d’innombrables rencontres, et une course à la fois incessante et exaltante, pour ma part, pendant cette semaine. Merci avant tout à vous, lecteurs, nouveaux et fidèles ; merci à l’organisation, aux traducteurs et aux modérateurs de compèt (Stéphanie et Bernard ; Marion notre maman à tous ; Sylvie, Hélène, Jocelyne, Nelly, Christophe, Valérie, Anne et j’en oublie hélas certainement) ; merci mes compagnons de signature qui ont supporté mon cerveau en surchauffe et mes blagues pourries (Mélanie Fazi, Sylvie Miller et Phillppe Ward) ; merci à mes compagnons des Deep Ones pour un premier concert particulièrement fort en émotions ; merci à Jean-Claude et aux étudiants de la masterclass ; merci à Fabrice Colin, Pierre Bordage, Rachel Tanner et Raphaël Albert pour s’être gentiment prêté au jeu de notre interrogatoire pour la table ronde sur Elfes et Assassins, y compris quant nous les chahutions avec Sylvie ; merci à Florian de la Fnac de Belfort pour l »accueil et le souvenir.

Vous le savez, les comptes-rendus de festival, ce n’est pas mon truc, donc je me contenterai de quelques photos, de répercuter tout ce qui a été capturé dans les jours qui viennent, et je prépare un Créer du lien sur le festival avec les excellents articles des autres. Personnellement, j’ai juste quelques photos pourries prises avec le portable.

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2013-06-11T09:42:25+02:00jeudi 30 mai 2013|Le monde du livre|8 Commentaires

Le site Mythologica devient une revue papier

Illus. Pascal Quidault

Illus. Pascal Quidault

Le site Mythologica, qui propose chroniques et dossiers autour de l’imaginaire, se lance dans la grande aventure du papier avec une revue trimestrielle. Au programme : des nouvelles inédites, un dossier thématique et des chroniques, centrées sur la littérature bien sûr mais n’oubliant pas les autres médias comme le jeu, la musique, le cinéma. De plus, la revue sera également disponible en numérique.

Je déclare sans partage ma joie de voir naître un nouveau média tel que celui-là. Avec la disparition d’Asphodale que j’avais contribué à fonder puis dirigée, le sommeil de Faëries, le passage au tout-web de Khimaira, les supports périodiques se sont raréfiés, même si les ténors de longue date tiennent bon (Bifrost, Galaxies, Fiction), même si d’autres initiatives modernes ont vu le jour (à commencer par Angle Mort). Offrir davantage d’exposition à l’imaginaire et d’études de fond pour compléter l’immédiateté du Net ne peut qu’être positif pour la littérature.

Un numéro 0 avec au sommaire Nathalie Dau, John Emerson et Brice Tarvel, consacré à la fantasy, paraîtra en mai. Les prochains dossiers porteront parfois sur des auteurs (Lovecraft, George R. R. Martin) ou des thématiques (L’imaginaire slave).

Pour tout savoir, un mini-site dédié à la revue (et proposant d’ores et déjà de s’abonner) se trouve ici.

2013-04-19T10:27:22+02:00vendredi 19 avril 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Le site Mythologica devient une revue papier

Résultats du prix Masterton 2013

Les lauréats de ce prix, dont le jury composé de critiques, éditeurs, essayistes, récompense les textes d’horreur ou de fantastique, viennent d’être annoncés :

Romans francophones

Jérôme Noirez : 120 journées, Calmann-Levy

Étaient finalistes :  

  • Li Cam : La Chimère aux ailes de feu, Griffe d’Encre
  • Morgane Caussarieu : Dans les veines, Mnémos
  • Sire Cédric : Le premier sang, Le pré aux clercs
  • Céline Guillaume : La Baronne des Monts Noirs, Terre de Brume
  • Frédéric Livyns : Le souffle des ténèbres, Val Sombre
  • Frédéric Merchadou : Ange Maudit, Malpertuis

Romans traduits

Michelle Paver : 40 jours de nuit, Hachette (traduit par Blandine Longre)

Étaient finalistes : 

  • Ben Aaronovitch : Les Rivières de Londres, J’ai Lu (traduit par Benoit Domis)
  • Darynda Jones : Charley Davidson, Première tombe sur la droite, Milady (traduit par Isabelle Pernot)
  • Robert Kirkman & Jay Bonansinga : L’ascension du gouverneur (The Walking dead T1), Le livre de poche (traduit par Pascal Loubet)
  • Ari Marmell : Darksiders, le caveau des abominations, Milady (traduit par Cédric Degottex)

Nouvelles

Claude Ecken : Au réveil il était midi, L’Atalante

Étaient finalistes : 

  • Mélanie Fazi : « Les soeurs de la Tarasque », in Reines et Dragons, Mnémos
  • Anthelme Hauchecorne : Baroque’n’roll, Midgard
  • Jean Carlo Lavoie : « Les Adorateurs de sorcières », Solaris 181
  • Emilie Witwicki-Barbet : « Au nom de la lune », in Ils ne devaient pas s’aimer, Val Sombre

[Source]

2013-04-03T18:16:18+02:00lundi 8 avril 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Résultats du prix Masterton 2013

Prix Bob Morane 2013, les lauréats

Les résultats sont tombés ce 27 mars. Félicitations à tous les lauréats !

Roman francophone

Laurence Suhner pour Vestiges, L’Atalante

Roman traduit

Paolo Bacigalupi pour La fille automate, Au diable Vauvert (traduit par Sara Doke)

Nouvelle

Roland C. Wagner pour Le train de la réalité, L’Atalante

Coup de coeur

L’intégrale Omale, de Laurent Genefort, aux éditions Denoël.

2013-04-02T10:32:38+02:00jeudi 4 avril 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Prix Bob Morane 2013, les lauréats

Mélanie Fazi expose ses photographies à Rennes

Salutations, peuple breton ! Mélanie Fazi, que tu connais pour ses écrits, ses traductions, sa présence dans l’imaginaire, est également photographe. Elle a rapporté de ses pérégrinations en salons littéraires, concerts, répétitions, quantité de portraits dynamiques, intimistes ou insolites d’artistes, musiciens, écrivains.

Elle exposera au Dahlia Noir, à Rennes. Cela commence ce week-end (samedi) et c’est pour un petit mois.

expo-fazi-rennes

2013-04-03T09:37:51+02:00mercredi 3 avril 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Mélanie Fazi expose ses photographies à Rennes

L’État légalise le piratage, mais que le sien, faut pas déconner

Hélas non, ce n’est pas un poisson d’avril ; l’information est tellement saumâtre, tellement absurde, que le monde littéraire s’insurge devant cet abus de pouvoir scandaleux.

Voici le topo. Imaginez que demain, le ministre de l’agriculture vote une loi qui lui permette d’entrer chez vous et de se servir dans votre frigo. Votre seul recours ? Dire « non » quand il aura ouvert la porte et posé la main sur le jambon. Et si vous étiez parti en vacances, ou tout simplement sorti à ce moment-là ? Dommage. Vous êtes fucké (à moins de sauter dans de nouveaux cerceaux administratifs pour récupérer votre bien). Et, en attendant, le frigo est vide.

Cela vous semble dingue ? C’est pourtant ce que vient de voter le gouvernement français avec la loi sur les indisponibles au XXIe siècle, dite ReLIRE. En substance : vous êtes auteur d’un livre devenu indisponible. L’État peut décider de le ressortir, sous forme numérique, de lui-même. On vous rémunère, quand même, mais là n’est pas la question : les conditions sont les mêmes pour tout le monde, pas de négociation possible. Surtout, c’est 50/50 – pour l’auteur… et l’éditeur original, qui a justement laissé le livre devenir indisponible – donc qui s’est désintéressé de son exploitation !

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Il est normal qu’un livre vive son existence commerciale, puis s’éteigne. Mais le Code la Propriété Intellectuelle dicte justement que les droits peuvent revenir au créateur au bout d’un temps de non-exploitation… pour qu’il décide quoi en faire, justement. On ne les lui vole pas, et on n’en fait pas profiter un partenaire précédent !

Pour s’opposer à cette édition, il faut déterminer – en consultant une base de données qui fait honneur à la longue histoire de l’informatique d’État à la française, c’est-à-dire : au design soviétique tout en pastels administratifs et stable comme la tour de Pise – que votre oeuvre figure au registre, puis remplir un beau formulaire Cerfa pour dire en substance : « mon cher gouvernement chéri, t’es sympa, mais tu peux aller te faire fleurir avec des chardons ».

La manoeuvre est d’une énormité qui confine à la gifle. Il s’agit ni plus ni moins d’une expropriation et même de piratage, puisque nous sommes pieds et poings liés devant cette initiative.

Rappelons que l’auteur est souverain sur son oeuvre ; si on veut l’exploiter, on lui demande son avis. Pas l’inverse. Cette loi crée une exception grave, dont même les Américains, avec le régime du copyright, n’osent pas rêver. Enfin si, Google a bien essayé, mais s’est cassé les dents. Pour ajouter l’outrage au dommage, le même gouvernement français s’est élevé à corps et à cris contre la numérisation de Google Books, justement, prétextant le non-respect du droit d’auteur… pour faire la même chose deux ans plus tard.

Cerise sur le gâteau, la base, probablement vérifiée par des lolcats équipés de moufles, présente des incohérences totales par rapport à la loi. Citons par exemple

Maester_numerisation_oeuvres_indisponibles_snac_BD

Que faire ?

Pour aller plus loin :

Cette vidéo de Mediapart où Benoît Peeters qui résume simplement la situation en quelques minutes

Revolución.

2014-03-05T10:47:43+01:00vendredi 29 mars 2013|Le monde du livre|27 Commentaires

Finalistes du Grand Prix de l’Imaginaire

gpiLe 21 mars, le jury du Grand Prix de l’Imaginaire a annoncé la liste de ses finalistes. Les lauréats seront annoncés comme tous les ans au festival Etonnants Voyageurs de Saint Malo, qui se déroulera cette année du 18 au 20 mai. Félicitations à tous et bonne chance !

Roman francophone

  • Les Derniers parfaits de Paul Béorn (Mnémos)
  • Oniromaque de Jacques Boireau (Armada)
  • Elliot du Néant de David Calvo (La Volte)
  • Du sel sous les paupières de Thomas Day (Folio SF)
  • Le Premier sang de Sire Cédric (Le Pré aux Clercs)

Roman étranger

  • La Fille automate de Paolo Bacigalupi (Au diable vauvert)
  • Enig Marcheur de Russell Hoban (Monsieur Toussaint Louverture)
  • Descendre en marche de Jeff Noon (La Volte)
  • Black-out de Connie Willis (Bragelonne)

Nouvelle francophone

  • Women in chains (recueil) de Thomas Day (ActuSF)
  • « J’atteindrai le pôle nord » de Gulzar Joby (in Galaxies n°18)
  • Des nouvelles de Ta-Shima (recueil) de Adriana Lorusso (Ad Astra)
  • Une collection très particulière (recueil) de Bernard Quiriny (Seuil)
  • Le prophète et le vizir (recueil) de Yves et Ada Rémy (Dystopia)

Nouvelle étrangère

  • « Les Mains de son mari » de Adam-Troy Castro (in Angle mort n°6)
  • Les Dames de Grâce Adieu (recueil) de Susanna Clarke (Laffont)
  • Manhattan à l’envers (recueil) de Peter F. Hamilton (Bragelonne)
  • « La Petite déesse » de Ian McDonald (in Bifrost n°68)

Roman jeunesse francophone

  • Nuit brûlée de Charlotte Bousquet (L’Archipel)
  • Black Rain – Saison 1 (tomes 1 et 2) de Chris Debien (Flammarion)
  • La Dernière lame de Estelle Faye (Le Pré aux clercs)
  • Ici-bas de Yves Grevet (Syros)
  • Magies secrètes de Hervé Jubert (Le Pré aux clercs)

Roman jeunesse étranger

  • Little Brother de Cory Doctorow (Pocket)
  • Jennifer Strange, dresseuse de Quarkons de Jasper Fforde (Fleuve Noir)
  • BZRK de Michael Grant (Gallimard)
  • Quelques minutes après minuit de Patrick Ness (Gallimard)
  • Sous le signe du scorpion de Maggie Stiefvater (Hachette)

Prix Jacques Chambon de la traduction

  • Florence Bury pour Princes de la pègre de Douglas Hulick (L’Atalante)
  • Camille Croqueloup pour Sous le signe du scorpion de Maggie Stiefvater (Hachette)
  • Sara Doke pour La Fille automate de Paolo Bacigalupi (Au diable vauvert)
  • Pierre-Paul Durastanti pour Zendegi de Greg Egan (Le Bélial’) & « Le Régime du singe » de George R.R. Martin (Bifrost n°67)
  • Nicolas Richard pour Enig Marcheur de Russell Hoban (Monsieur Toussaint Louverture)

Prix Wojtek Siudmak du graphisme

  •  Pascal Blanché pour Derelict Planet (CFSL Ink)
  • Stéphane Perger pour Tadjélé. Récits d’exil de Léo Henry, Laurent Kloetzer, Jacques Mucchielli & Stéphane Perger (Dystopia)
  • Aurélien Police pour Féérie pour les ténèbres (Intégrale 1 & 2) de Jérôme Noirez (Le Bélial’)
  • Shaun Tan pour La Chose perdue et L’Oiseau roi et autres dessins (Gallimard)

BD / Comics

  •  Azimut (tome 1) de Wilfrid Lupano et Jean-Baptiste Andreae (Vents d’Ouest)
  • Les Contes de l’ère du Cobra (tomes 1 & 2) de Enrique Fernandez (Glénat)
  • Daytripper de Gabriel Bà et Fàbio Moon (Urban Comics)
  • Freaks’Squeele (tomes 1 à 5) de Florent Maudoux (Ankama)
  • Zaya (tomes 1 & 2) de Jean-David Morvan et Huangjiawei (Dargaud)

Manga

  • Black Paradox de Junji Ito (Tonkam)
  • Billy Bat (tomes 1 à 5) de Takashi Nagasaki et Naoko Urasawa (Pika)
  • Les Enfants de la mer (tomes 1 & 2) de Daisuke Igarashi (Sarbacane)
  • Sanctum (tomes 1 à 5) de Masao Yajima et Boichi (Glénat)
  • The Arms Peddler (tomes 1 à 5) de Kyoichi Nanatsuki et Night Owl (Ki-oon)
  • Thermae Romae (tomes 1 à 4) de Mari Yamazaki (Sakka)

Essai

  • L’Homme-machine et ses avatars sous la direction de Marc Atallah et Dominique Kunz Westerhoff (Vrin)
  • La Science-Fiction en France de Simon Bréan (Presses de l’Université de Paris-Sorbonne)
  • Rétro-futur ! de Raphaël Colson (Les Moutons électriques)
  • Petite philosophie du zombie de Maxime Coulombe (Presses Universitaires de France)
  • Bram Stoker. Dans l’ombre de Dracula de Alain Pozzuoli (Pascal Galodé)
  • Ces français qui ont écrit demain de Natacha Vas Deyres (Honoré Champion)

Prix spécial

  • Les éditions Ad Astra, pour la publication de l’intégrale du Cycle de Lanmeur (2 volumes) de Christian Léourier
  • Le label Délirium, pour la publication des anthologies Creepy et Eerie
  • Mes cheveux fous de Neil Gaiman et Dave McKean (Au diable vauvert)
  • Créatures fantastiques et monstres au cinéma de John Landis (Flammarion)
  • Féérie pour les ténèbres (Intégrale 1 & 2) de Jérôme Noirez (Le Bélial’)

Source (rappelant également la présélection)

2013-03-24T23:00:25+01:00lundi 25 mars 2013|Le monde du livre|Commentaires fermés sur Finalistes du Grand Prix de l’Imaginaire

Amazon entube la chaîne du livre : la vente d’ebooks d’occasion

fail_fish(Finalement, ma dent ne serait qu’un problème périphérique. Je suis donc en mesure de revêtir mon armure antiémeute et de lancer à un post à polémique.)

D’après cet article d’Actualitté, Amazon étudie la vente de livrels1 de seconde main. C’est-à-dire, la possibilité de transférer un livre acheté par un client à un autre contre un coût. Le fichier disparaît du compte du premier, pour arriver sur celui du second (avec une commission au passage pour Amazon). Magie, se dit le client content : enfin, on me permet de disposer de mon livre comme je l’entends, et de le revendre comme bon me semble. Justice !

Non, Amazon entube tout le monde. La chaîne du livre, l’éditeur en premier, et l’auteur avec. Mais le public – vous – aussi. Démonstration.

Ce qui scandalise les acteurs du livre

C’est simple : Amazon semble bien placé pour créer une économie parallèle du livre, où les fichiers s’échangeront hors du circuit traditionnel. Éditeurs et auteurs veulent une part de ces échanges, si Amazon prélève sa commission. Cela scandalise en retour le public, qui ne voit pas pourquoi ceux-ci toucheraient quoi que ce soit sachant que le fichier a été déjà acheté. Et le marché de l’occasion traditionnel fonctionne sans. Alors, qu’est-ce qu’ils veulent, ces vilains auteurs et éditeurs déjà pleins aux as ? (HINT : pour la majorité, ils ne le sont pas.)

Le problème, c’est que nous parlons de dématérialisé, et non de biens physiques.

Le dématérialisé pose un problème de propriété et de consommation

adam_appleLes activistes du dématérialisé répètent à l’envi que ce marché obéit à des règles différentes du marché physique (d’accord) et que donc, pour les plus extrémistes d’entre eux, les gens qui voudraient gagner de l’argent de leur travail n’ont qu’à fermer leur gueule (pas d’accord). Les questions et les problèmes nouveaux que posent ces marchés ne se résolvent pas d’un coup de baguette magique (pour les activistes) ni par la transposition d’un modèle existant (pour les conservateurs). Nous sommes face à de vrais dilemmes dont il convient d’étudier les fondements si l’on veut pouvoir construire une réflexion.

Quel est le principe de l’idée de consommation ? La destruction du bien. Consommer, c’est détruire. À plus ou moins long terme, et en fonction de l’usure susceptible du bien. Une pomme s’use plus vite qu’une voiture, mais l’idée est la même : au bout d’un moment, elle ne sera plus (ou plus utilisable), j’en aurai retiré toute la jouissance potentielle.

C’est l’idée fondatrice du marché de l’occasion. Un bien dont un tiers a déjà joui sera usé, donc perdra de sa valeur, et un acheteur de seconde main peut accepter ce compromis contre un prix réduit. C’est le cas avec le livre : un livre qui a tourné entre de nombreuses mains est défraîchi, il a peut-être été abîmé, et le deuxième acheteur accepte cette perte de valeur au profit de l’oeuvre qui s’y trouve. Additionnellement, le nombre fini d’exemplaires physiques crée une rareté artificielle qui va donner, ou non, une valeur à l’oeuvre imprimée.

Mais dans le cas du dématérialisé, cette clause de destruction, d’obsolescence, fondamentale au principe de consommation disparaît. (J’aimerais d’ailleurs bien que les Benjamin Bayart et consorts, qui exposent très bien le mécanisme, poussent un peu leur réflexion sur le bouleversement économique fondamental que cela implique – c’est rien moins que toute la théorie économique, fondée sur la notion d’usure, qui fout le camp.) Si je copie un livre, de la musique, rien de tout cela ne s’use. Je consomme mes produits culturels autant de fois que je le souhaite, ils ne s’usent pas. Le matériel employé pour ce faire s’use, lui, mais le support physique devient découplé du contenu (et avec la généralisation du cloud, on n’aura bientôt même plus à se soucier d’espace de stockage, juste d’un terminal léger). Si vous voulez faire fortune aujourd’hui, ne fondez pas les Beatles : fabriquez des iPhone.

L’occasion en dématérialisé équivaut à du neuf

Quand un éditeur de jeu vidéo, qui fournit un support physique, réclame sa part d’une vente en occasion ou s’efforce de la circonvenir par des mécanismes de clés à usage unique, on hurle au scandale, et à juste titre. Un support physique obéit aux principes de consommation énoncés ci-dessus, et la circulation du contenu (ainsi que son usage) connaîtra une fin plus ou moins proche en fonction du soin apporté au média. C’est le risque inhérent aux biens de seconde main.

Mais que l’on se mette à vendre d’occasion des fichiers numériques : c’est exactement la même chose que de vendre le contenu neuf. Il peut circuler dans un nombre infini de mains, dans un état identique à son premier jour. Le mot « occasion » devient par là même fallacieux. C’est la raison pour laquelle, si les contenus sont indistingables du neuf, les acteurs du livre – auteur et éditeur – réclament leur pourcentage, si Amazon – ici simple diffuseur et plate-forme d’échange – prélève sa commission.

Les droits du consommateur bafoués

boromir-handcuffs-meme-generator-one-does-not-simply-handcuff-superman-5be09aAmazon semble séduire le consommateur en lui proposant un service laissé pour compte jusqu’ici dans l’économie numérique : disposer de son fichier comme bon lui semble. C’est effectivement un problème : actuellement, un « bien » numérique (livre, jeu vidéo acheté sur Steam par exemple, même votre épée légendaire de Diablo III) n’est pas un bien réel, au titre d’un livre dont vous disposez souverainement, que vous pouvez prêter, donner, utiliser pour caler un meuble. C’est un accord de licence – le fournisseur de contenu vous octroie une licence d’utilisation révocable sur le contenu dont vous avez acheté, non pas la propriété, mais l’usage. Rien ne l’empêche d’effacer votre bibliothèque s’il considère que vous avez violé les termes de cette licence (voir cette affaire kafkaïenne).

Amazon n’offre que le mirage d’un marché de l’occasion et d’une liberté de transfert de vos biens (qui n’en sont pas). En effet, pour qu’un tel système fonctionne, cela implique

  1. L’usage de DRM (on en a parlé ici) pour recréer un simulacre de rareté (laquelle induit de la valeur)
  2. La création d’un marché clos de formats compatibles (l’écosystème Amazon)

Ce qui entraîne :

  1. Non, vous ne disposez pas de votre contenu comme bon vous semble (puisque restriction d’accès par DRM)
  2. Vous êtes enchaîné(e) à Amazon, puisque vous ne pouvez transférer le bien (ou accord de licence) qu’au sein de son écosystème.

Droits du consommateur, vraiment ?

I have a dream

Il semble juste de posséder ce que l’on paie. Qu’on puisse en disposer comme bon nous semble ; mais, dès lors que tout transfert de propriété numérique est impossible (comme les activistes ne manquent pas de le marteler, copier n’est pas voler), puisque je transmets à l’identique ce que je possède, on ne peut que donner. Il découle que tout marché de l’occasion, fondé sur l’idée d’obsolescence et de transfert, ne peut exister dans un monde numérique. Et que toute tentative de l’instaurer, comme semble vouloir le faire Amazon, nuit à tous, du créateur au consommateur – sauf à la plate-forme, qui bénéficie d’une source de revenus illégitime tout en enchaînant davantage les consommateurs à son écosystème. Il s’agit là d’une manoeuvre démagogique et grotesque.

Un tel marché, à tout le moins, ne pourrait s’imaginer qu’avec un système de DRM unique, fonctionnel, interopérable, de manière à le dégager de tout fabricant. Autant dire qu’on ne le verra jamais, et qu’il est probablement plus souhaitable de trouver de nouvelles manières de rémunérer et faire vivre la création en tirant avantage des fantastiques possibilités d’échange que permet le numérique plutôt que calquer les principes très mal adaptés de l’économie classique de la rareté et de l’obsolescence.

  1. Livres électroniques, pour se passer du disgracieux anglicisme « ebook ».
2013-02-19T22:23:50+01:00mercredi 20 février 2013|Le monde du livre|14 Commentaires
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